Première  année, Numéro 02
VENDREDI 3 NOVEMBRE  1905
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE


















NOTRE PROGRAMME






















Paul BUREAU, professeur 
à la Faculté libre de Paris . . . . . . .
 Les tendances révolutionnaires
chez les
travailleurs manuels 
Pierre JAY  . . . . . . . . . . . .
 Le catholicisme politique
PREHOLD . . . . . . . . . . . .
  Un nouveau Kulturkampf en AI!emagne
Henri BREMOND . . . . . . .
Revue littéraire: Jesse und Maria  (fin)

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    France  La Séparation au Sénat. - Sur le terrain républicain - La révolte des fonctionnaires - La presse catholique républicaine. - Les Jurisconsultes catholiques. - Saint-Siège et Italie : Les économies du Saint-Siège. Le nouveau cathéchisme romain. - Pie X et Saint-Expédit. - La statistique religieuse de Rome. - Contre La Triplice. - Les démocrates chrétiens. - Les socialistes italiens et l'abbé Murri. - Allemagne: La politique du Centre. - L'Union évangélique allemande. - La Hongrie, royaume allemand. - Espagne: M. Loubet et la Presse catholique espagnole. - Pologne russe: Une victoire du nationalisme polonais.
REVUE DES PERIODIQUES
Les Protestants et la Séparation. - Impérialisme et Démocratique,
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
L'idée laïque, par M. Charles Wagner. - Dernières Publications.

  «DEMAIN » laisse à ses collaborateurs avec la plus grande liberté de s'exprimer, l'entière responsabilité de leurs opinions.
     L'article de notre éminent collaborateur, M. Anatole Leroy-Beaaulieu, n'ayant pu nous parvenir à temps, nous le publierons dans notre prochain numéro.
     DEMAIN commencera incessamment la publication d'une série de lettres inédites de Lamennais.

BULLETIN POLITIQUE

LES TENDANCES REVOLUTIONNAIRES 
CHEZ LES  TRAVAILLEURS MANUELS
(à propos des grèves de Longwy)
Les grèves violentes qui ont, pendant plusieurs semaines, agité  nos établissements métallurgiques de l'Est, appellent une fois de plus  l'attention  publique sur un fait grave entre tous, le progrès continu de l'esprit révolutionnaire parmi les travailleurs manuels. Ainsi, il est avéré, après les grèves de Marseille, d'Halluin, de Dunkerque, de Lorient, d'Hennebont, de Toulon, de Brest, de... et comme s'il fallait qu'il fût démontré que cette méthode est, à l'occasion, non moins appréciée des ouvriers ruraux que des travailleurs urbains, les grèves récentes des bûcherons de la Nièvre et des ouvriers agricoles de la région du Midi sont venues attester que les prolétaires des champs ne sont pas demeurés sourds à la propagande active poursuivie dans notre pays en faveur de la révolution sociale...
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    Ce n'est pas tout encore: je viens de rappeler le souvenir des terribles agitations ouvrières de 1831 de 1844; en réalité, les actes de violence. auxquels nous assistons sont autrement graves. Naguère, c'étaient surtout de malheureux ouvriers réduits au dernier degré de la misère par l'introduction soudaine du machinisme ou la concurrence, qui, en un jour de désespoir, s'abandonnaient aux impulsions irréfléchies de la colère et demandaient à « mourir en combattant ou à vivre en travaillant »; mais en 1905, il n'en va plus ainsi. Ces désordres dans la rue, ces pillages, ces menaces, ces excès de tous genres contre les troupes, les employeurs et les propriétés sont l'application méthodique et prévue d'une tactique combinée à l'avance; la Révolution sociale possède dans les milieux ouvriers ses organes réguliers d'enseignement et de propagande, et ceux qui en douteraient n'ont qu'à feuilleter tel organe, que je pourrais nommer, du Syndicat des ouvriers des arsenaux et surtout les divers numéros de la Voix du Peuple. Ce journal est le représentant qualifié de la Bourse du travail de Paris et les doctrines qu'il expose sont en harmonie avec le discours effroyable que le professeur Hervé faisait applaudir, il y a trois semaines, par les milliers d'ouvriers réunis dans la grande salle de cette même Bourse du travail. .
Ainsi la constatation est précise et nous sommes en face d'un phénomène social très considérable en 1905,.. une masse considérable de travailleurs manuels est nettement sympathique aux procédés violents et aux méthodes révolutionnaires. Les politiciens radicaux et les ministres en voyage sont dans leur rôle en affirmant que « nos vaillantes populations laborieuses,  - on sait qu'une ville visitée par un ministre est toujours habitée par une population vaillante et laborieuse, - savent que les moyens violents ne les conduiraient qu'aux pires catastrophes»; la phraséologie ministérielle ne change rien à un fait évident et dûment constaté.
Sur ce fait, on pourrait présenter de nombreuses observations: je me bornerai à en signaler une qui me paraît spécialement opportune, parce qu'elle...

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1ère contribution de Henri BREMOND,
... Artiste, la baronne de Handel-Mazzetti pouvait nous laisser sur la scène du confessionnal, chrétienne, catholique, elle nous devait, elle se devait à elle-même autre chose. Elle a suivi la voix de sa conscience et, par juste retour, à cet appel de la foi, l'art a répondu,: par une inspiration magnifique. Les soixante dernières pages de ce livre sont les plus belles. L'œuvre poignante et douloureuse jusqu'au bout s'achève sur, une impression de douceur et de paix. Jessé mourra luthérien. La vérité humaine le veut ainsi, mais il mourra avec la": conscience du mal  qu'il a voulu faire, avec le remords d'avoir attenté à l'image sainte dont Dieu se sert pour attirer à lui le petit village catholique, Sur l'échafaud, il demande pardon de sa criminelle tentative, il exalte la foi et le grand cœur de Maria Schinnagel. Que s'est-il passé? L 'héroïque femme a compris enfin la Vérité de cette parole du prêtre:  "Ce n'est pas le diable qui te met au cœur de la pitié pour ce malheureux."  Affiliée aux Dominicaines, elle a le moyen facile de pénétrer jusqu'à la prison de Jessé. Le récit de ses deux visites résume, explique et parfait le livre. C'est l'un (sic!) des plus splendides choses que j'aie jamais lues. Je ne croyais pas
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  qu'on pût surpasser le fameux chapitre d'Adam Bede, l'entrevue de Hetty et de Dinah dans la prison. 
Je me trompais. Maria Schinnagel est plus humaine, plus touchante, plus belle que Dinah Morris. D'abord Maria essaie de convertir le jeune homme, mais cette suprême controverse l'irrite et le blesse. Dans son insuccès, la pauvre femme voit un châtiment de Dieu sur elle. C'est une agonie de regrets et de scrupules : « Si tu étais restée vierge, tu aurais pu sauver cette âme... » Elle prie cependant. Une grâce meilleure 1ui  ouvre les yeux. Elle revient. Cette fois, elle ne songe plus qu'à la miséricorde. Plus un mot de controverse.  Simplement, suavement, bonne et maternelle, elle attendrit, elle apaise, elle console, elle transforme Jessé. Luthérien, il veut, Il croit encore l'être. Il ne reniera pas la foi de sa mère. Par le repentir, la confession de ses fautes, le pardon des injures, l'acceptation généreuse de son supplice, Jessé entre dans 1a communion des saints;  aimant, vénérant, glorifiant Maria Schinnagel, il aime, sans le savoir, mais il aime vraiment, il vénère, il glorifie la véritable Eglise du Christ. 
Henri BREMOND, REVUE DES PERIODIQUES


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