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POUR
L'HISTOIRE du « PARTI CATHOLIQUE »
Dans
son discours du 11 novembre, M. Monis, sénateur de la Gironde,
ayant
fait allusion à l'appel lancé a 1885, par M. le comte de
Mun pour la formation d'un parti catholique, a reçu de celui-ci
une importante lettre où le rôle du Pape Léon XIII
dans cette question est nettement marqué. Nous reproduisons,
d'après
l'Officiel, à titre de documents. historiques la lettre de M. de
Mun et le passage du discours de M. Morus qui en a été
l'occasion.
Séance
du 13 novembre I905.
M.
Monis: "J'entendais l'honorable M. Charles Dupuy dire: «
Prenez
garde! ce parti de Eglise, ce parti menaçant qui.
réunira.
toutes les forces contre la République, ce parti qui n'a jamais
pu se former, Il va se former au lendemain de la Séparation...
Quand
je suis entré dans la politique, il y a vingt années,.
j'ai
vu un éloquent appel de M. de Mun qui ne demandait rien
moins
que le formation de ce parti catholique "dans le but; disait-il d'unir
dans une pensée supérieure de défense religieuse
les
partis monarchistes, impérialistes et même si possible des
républicains modérés. Il avait adressé son
appel au vicomte de Bélisal, le 1er novembre 1884, en lui
demandant
de fonder ce parti catholique avec lui. Celui qui répondit fut
M.
Cazenove de Pradines, qui lui dit: "Le parti catholique que vous
proposez
de fonder, il est fondé, c'est le parti royaliste. L'important
était
de précipiter la chute de la République et le retour de
la
monarchie. »
Cette
réponse fut sans doute considérée comme
suffisante,
car les journaux religieux nous apportaient, le 9
novembre 1885 la
courte
*lettre de M. de Mun ainsi conçue:
"Monsieur
le Rédacteur en chef,
Afin
de ne pas soulever une division entre les catholiques, je renonce
à
donner suite au projet d'organisation que j'avais annoncé par ma
lettre au vicomte de Bélisal.
    «
A. DE MUN. »
Le
parti catholique n'était pas à former, il était
fondé:
c'état le parti royaliste! et nous avons compté avec lui
depuis trente ans...
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Séance
du 4. novembre I905.
M.
MONIS: "Je désire porter à la connaissance du
Sénat
un document qui m'arrive à l'instant même. Si je l'avais'
eu plus tôt, je l'aurais produit par voie de rectification au
procès-verbal.
M.
le comte de Mun m'a adressé une lettre ainsi conçue:
Monsieur
le Sénateur,
"Dans
le discours que vous avez prononcé hier à la tribune d,
Sénat,
vous avez, afin de justifier vos attaques contre l'Eglise,
rappelé
la tentative que j'ai faite en I885, pour organiser le parti
catholique.
A ce propos, vous avez, en les plaçant entre guillemets, dans le
compte rendu officiel, cité comme de moi et pour définir
mes intentions des paroles que je n'ai jamais écrites ni
prononcées.
j'ai sous les yeux la lettre que, pour lui annoncer mon projet en le
priant
de s'y associer, j'ai adressée au vicomte de Bélizal et
que
vous avez invoquée comme si votre citation en était
extraite.
Elle ne renferme rien qui se rapproche de la phrase que vous avez
rapportée.
J'ignore où vous avez puisé le texte de la lettre que
m'aurait,
à son tour, écrite M. de Cazenove de Pradines. Il
était,
assurément, ainsi que plusieurs des membres du parti royaliste,
opposé à mon entreprise. Mais, quelle que pût
être
ma déférence pour eux. ce ne furent pas leurs avis qui
m'y
firent renoncer. Ce fut l'intervention du grand pape Léon X dont
vous avez fait, devant le Sénat, un si juste éloge. Sans
blâmer cette entreprise en principe, il craignait que dans
l'état
intérieur de notre Pays, la formation d'un parti catholique ne
parût
mêler l'Eglise à nos luttes politiques, ce qu'il
s'efforça
empêcher pendant toute la durée de son pontificat.
L'exemple,
vous le voyez, va directement contre la thèse que vous avez
soutenue.
Veuillez
agréer, Monsieur le Sénateur, l'assurance de mes
sentiments
distingués.
     Albert
de Mun.
J'ai
tenu, Messieurs, à donner acte à M. le comte de Mun de sa
protestation et à la faire paraître au journal officiel,
dans
le meilleur rang possible.
M.
L'AMIRAL DE CUVERVll.LE ..Nous vous en remercions!
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LETTRE
D'ANGLETERRE
Dans
ma dernière lettre je parlais de la manière dont on avait
en Angleterre envisagé la position prise par l'abbé Loisy
et je faisais remarquer que le public avait été mieux
préparé
qu'ailleurs au genre de pensée que la critique religieuse exige.
Matthew Arnold s'était donné
comme
tâche! pendant toute sa vie, de s'opposer au dilemme populaire
qui
veut qu'on accepte le christianisme en bloc avec tous ses miracles, ses
légendes et ses prophéties ou qu'on e rejette tout
à
fait. Il voulait montrer qu'il y a une profonde vérité
naturelle
dans le christianisme, une beauté unique et une
compréhension
qui lui permettra de survivre à tous les effets
désagrégeants
de la critique, d'autant plus qu'il a remplacé, absorbé.
dissipé. spiritualisé ou vivifié de son propre
esprit
universel tant de religions classiques ou barbares.
Mais
un des défauts de Matthew Arnold était de traiter d'une
manière
insuffisante les idées contenues dans des mots comme
"dogme",
"Eglise", "Royaume des cieux", "croyance" "sacerdoce",
"catholicité".
II aborda, en effet, tous ces sujets, et souvent avec une
lucidité
et une précision remarquables, mais il dut à ses
relations
avec les Liberal Churchmen et les ecclésiastiques qui avaient
été
les amis de son père, une manière superficielle et
méprisante
de traiter l'histoire religieuse et les dogmes, ainsi qu'une profonde
aversion
pour les prétentions sacerdotales. On peut, jusqu'à un
certain
point, excuser et quelquefois même justifier cette attitude, mais
elle l'empêcha de traiter avec l'impartialité qu'il avait
apportée à d'autres études, soit ce qu'il appelait
l'"ecclésiasticisme" ou "dogme", soit l'opposition au dogme des
non-conformistes ou des protestants dissidents (c'est-à-dire de
ces protestants qui font opposition à l'Eglise anglicane).
II
y avait donc en Angleterre une grande difficulté à
introduire
la critique dans des questions qui touchent à l'enseignement du
dogme et à l'histoire de l'Eglise.. Percy Gardner va
jusqu'à
dire que les dogmes de l'Eglise sont tous ensemble sans valeur aucune,
étrange manière, sans doute, de critiquer l'expression
suprême
du christianisme considéré au point de vue social et
comme
religion du monde! D'autre part, le parti ecclésiastique avait
parfois
montré une tendance à séparer complètement
le dogme de l'histoire et à prétendre qu'aucune
distinction,
aucune modification, aucun développement n'était possible
dans l'expression de la foi chrétienne: il parlait comme si
nous,
chrétiens, nous étions liés par les expressions
d'une
métaphysique (ayant subi à ses origines des influences
payennes)
aussi étroitement que nous le sommes par l'idéal
chrétien
lui-même.
C'est
donc là, sans doute, que se trouve la grande difficulté,
le problème capital que la pensée religieuse doit
maintenant
résoudre: les rapports de la. critique avec le dogme. Et c'est
surtout
ici, comme on peut s'y attendre, que beaucoup d'Anglais n'ont pas
compris
la position de l'abbé Loisy, - bien qu'ils aient admiré
son
courage et que quelques-uns aient considéré comme
nécessaire
la position qu'il avait prise. L'intelligence nouvelle et plus exacte
qu'on
a maintenant de la profondeur, de la réalité et de la
vérité
de la religion juive, et par conséquent de la religion
chrétienne
primitive, a fait naître un désir général de
faire table rase de l'Eglise du moyen âge et du christianisme
historique
et de retourner à la religion du Christ vue dans ses plus
fraîches
couleurs, dans la signification très profonde que les
prophètes
avaient, dans sa vigueur spontanée, dans sa foi vive et dans ses
rapides progrès. « Il y a maintenant, dit-on, quelques
chances
de voir se réaliser la signification très profonde des
religions
juive et chrétienne, telle qu'elle ne l'a jamais
été
auparavant, avec une plus grande ampleur et même avec plus de
précision
que dans les premiers temps, car lorsqu'on a les idées
elles-mêmes.
On peut négliger les imperfections qui les accompagnaient et on
n'a pas besoin de s'attarder, comme le faisaient les premiers
chrétiens
à des questions qui ne provenaient que de l'ignorance
scientifique
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Tel
est, semble-t-il, l'idéal vers lequel tend la grande masse des
laïques
chrétiens, v compris, lorsqu'à un certain point, des
écrivains
tels que Sir Oliver Lodge. Mais cette tendance de simplification
l'erreur est, en réalité, à peu près celle
Que ces écrivains croient trouver chez les dogmatistes! Elle
consiste
à regarder le christianisme comme une collection de
déclarations
justement ce qui, d'après ces écrivains, est impossible
à
faire. Le christianisme est tout cela; il comprend des
déclarations,
des lois, des commandements et des pensées, mais il est beaucoup
plus que cela: c'est un esprit, c'est une manière de
considérer
les choses. Mais si nous allons chercher ce qu'il est dans sa forme la
plus complète possible, nous ne devons l'étudier, ni
à
une époque, ni dans une région particulière, mais
dans son histoire et dans ses rapports avec les autres religions,
philosophies
et morales.
Pour
le dire plus simplement, le christianisme est la
révélation,
par l'intermédiaire de certaines personnes, d'une manière
de considérer la vie et un sens parti lier dans lequel la vie
doit
être prise. La preuve de profondeur, de la vérité
et
de la réalité de cette manière de
considérer
la vie, se trouve dans son pouvoir satisfaire non seulement
çà
et là un individu ou plusieurs individus, mais aussi d'absorber,
de s'assimiler, d'expliquer, d'approfondir et de réconcilier
toutes
autres religions, philosophies et morales qui se sont montrées
dignes
de vivre dans de grandes et nobles âmes.
Et
le
dogme est l'expression, dans le langage, cette tentative faite
ainsi
par le christianisme pour justifier son existence et sa survivance dam;
ses rapports avec la pensée grecque et l'organisation romaine
ainsi
qu'avec toutes les formes de paganisme qu'il rencontre dans le monde.
Ces
dogmes peuvent être imparfaits et non scientifiques, il sera
peut-être
difficile de modifier ou de les adapter aux exigences de la
pensée
moderne, mais la pensée moderne elle-même n'aurait pu
naître
sans eux; d'autre part, le côté superficiel la faiblesse
de
notre propre christianisme rie peuvent être
éprouvés
autrement que par un retour au développement historique de
l'esprit
chrétien.
Si
le christianisme est la seule vraie religion monde, il ne peut avoir
été
corrompu par les vérités autres religions, et s'il a
été
corrompu par des fausses se trouvant en lui, cela signifie que son
développement,
son aptitude à recevoir tout le monde, n'est encore
qu'incomplète.
C'est donc notre devoir non pas de dénoncer la fausseté,
mais de découvrir la vérité, non pas de
détruire
le dogme, mais de l'expliquer par une métaphysique plus
profonde,
non pas de faire table rase de l 'histoire de la pensée
passée
conservée dans les conciles, le Credo et les articles de foi,
mais
de montrer comment la vraie ligne de développement peut
tracée,
à travers la complexité et la confusion résultant
de la différence de race, de pensée; de langage et de
temps.
S'il y a un genre de pensée avec lequel le christianisme ne peut
se rencontrer et auquel il ne peut survivre, alors le christianisme
n'est
pas la seule religion du monde, et s'il y a quelque fausseté
d'origine
payenne dans la religion chrétienne actuelle, que l'esprit
du christianisme ne peut pas combattre avec succès ni
finalement
détruire, alors cette fausseté doit contenir quelque
vérité
profonde par laquelle elle survivra. Si cela était vrai,
la
loyauté envers l'Eglise pourrait coexister avec la
critique
la plus diligente des documents; et, en effet, il devient chaque
jour plus clair qu'une adhésion purement passive aux disciplines
de l'Eglise est la plus grave trahison et qu'une obéissance
active,
par la pensée, la parole et l'action, à l'esprit
chrétien,
telle qu'elle s'est montrée dans les grands combats de
l'histoire
chrétienne, - non dans la destruction (car la pure
négation
n'a pas de sens pour la vie), mais dans la réconciliation, la
sympathie
agissante, l'assimilation rapide et profonde de toutes les
vérités et de tout idéal dignes de
l'humanité,
- une telle obéissance, indépendante, personnelle,
volontaire
est le seul loyalisme qu'elle peut trouver digne d'exiger.
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