In Memoriam: DEMAIN, (27/10/1905-26/07/1907), stupidement assassiné !
INTRODUCTION: 01, 02, 03, 04, 05, 06, 07, 08, 09, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30,
31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61,
62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92

Nos:
Première  année, Numéro 03
VENDREDI 1O NOVEMBRE 1905 
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE














NOTRE PROGRAMME


















Anatole LEROY-BEAULIEU,
de l'institut . . . . . . . . . . . . . . . .
 Aux Lecteurs de  "Demain"
    
Le Passé et l'Avenir
Giulio VITALI . . . . . . . . . .  . .
 Correspondance : L'Action politique des catholiques Italiens
Auguste PRENAT . . . . . . . .
  La Séparation (notes juridiques)

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
 France : La Crise du Bloc républicain. - Autour de l'article 5 . -- La Présidence des associations cultuelles. - L'Anticléricalisme aux Colonies.- Les Caisses de chômage. - Archevêque démissionnaire. - Saint-Siège et Italie : Un Concile Français à Rome. - La Franc-Maçonnerie et le parti socialiste. - Allemagne : Le Centre catholique dans le Grand-Duché de Bade. - La Culture alsacienne. -- Angleterre : Le Paupérismc. - Autriche-Hongrie : Le Suffrage universel sauveur. - Russie : Le Tiers-Etat et la révolution en Russie.
REVUE DES PERIODIQUES
Les Annales de philosophie chrétienne. - Le Relativisme de la Science. - Le Facteur moral dans la conquête de la liberté. - Le Renouvellement de l'hagiographie. - Les Funérailles des pauvres.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Lourdes et ses tenanciers. - La jeune Fille chrétienne et moderne. -
Dernières Publications.
« DEMAIN » laisse à ses collaborateurs, avec la plus grande liberté de s'exprimer, l'entière responsabilité de leurs opinions.
DEMAIN commencera incessamment la publication d'une série de lettres inédites de Lamennais.

AUX LECTEURS DE " DEMAIN"
Le Passé et l'Avenir
L'heure où se fonde cette Revue est triste. Sombre est l'aurore du siècle nouveau. Toutes les grandes qui ont fait la force de la France et l'honneur de la civilisation chrétienne, toutes les idées ou les croyances qui donnaient aux peuples une raison de vivre, sont contestées, attaquées, vilipendées. Ce n'est plus seulement l'Evangile et la foi au Christ, c'est la foi en
   .(suite>>>
Dieu, c'est la loi morale, c'est le mariage et la famille c'est l'idée de patrie dont, hier encore, les héritiers de Ferry et de Gambetta se flattaient de tirer une religion nouvelle capable de remplacer l'ancienne      
   On pourrait dire que nous vivons au milieu des ruines. Traditions nationales, institutions politiques, notions, sociales, croyances religieuses, presque tout ce qu'aimaient et admiraient nos pères, tout ce qui les rassurait sur l'avenir, ce qu'ils nous avaient légué comme un rempart pour notre pays ou comme un refuge pour notre faiblesse, s'écroule autour de nous; et ce qui reste encore debout, nous craignons de la voir bientôt s'effondrer sur nos têtes. 
L'heure est triste. Il faut aux plus jeunes et aux plus robustes un cœur vaillant pour ne pas se laisser aller à  la désespérance... 
Ils ont cru que lorsqu'on avait à défendre l'idée de Dieu et l'Evangile, la fraternité chrétienne 1a paix sociale, les droits de la conscience; la dignité du foyer; la perpétuité de la patrie, le découragement  était une défaillance. Forts de leurs convictions religieuses et de  leur traditions locales, ils se sont inspirés, pour les luttes nouvelles de l'esprit  de cette grande cité lyonnaise, esprit de" liberté et d'initiative, qui, aux heures de combat, a déjà  suscité de nobles œuvres, juste orgueil de la France chrétienne. Etant jeunes, de race robuste  généreuse, ils ont senti que le pessimisme était un signe de vieillesse, et que, s'il était pardonnable aux vieillards courbés vers la. tombe, il était coupable chez les peuples qui ne doivent ni vieillir ni mourir, coupable surtout en un pays comme la France, auquel son passé défend de se croire sans avenir. 
Et quand, pour coordonner leurs efforts, il leur a fallu choisir une devise qui symbolisât leurs  tendances et résumât leurs ambitions, ces jeunes hommes, grandis au milieu des décombres et des écroulements, ont donné pour titre, à l'organe de leur foi et de leurs espoirs: "Demain"! 
D'autres, que l'âge ne fait pas leurs aînés, pliant sous le poids des déceptions, vieillis , débilités par le désenchantement, s'obstinent à tourner  leurs yeux, et leurs affections vers le passé,  comme si le passé n'était point mort, ou comme si l'intensité de leurs regrets, à force d'évoquer les jours d'autrefois, devait les ressusciter. Eux, au  contraire, jeunes de cœur et d'énergie, au lieu de s'attarder en des lamentations vaines, ou de jeter l'anathème à leur temps et à leur pays, ils lèvent un regard résolu sur les jours qui viennent; et,  comme un défi aux professeurs de découragement  ou aux artisans de destruction, ils en appellent hardiment d'aujourd'hui à demain, du présent à l'avenir. 
Et cet avenir nouveau, qu'ils veulent faire prochain, ils s'apprêtent virilement à l'édifier sur les décombres d'hier et les ruines d'aujourd'hui. Institutions ou croyances, héritage des siècles, parmi toutes les choses qui menacent de s'écrouler sur nous, il en est de divines et de nécessaires...


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1ère contribution de Henri BREMOND,
... Artiste, la baronne de Handel-Mazzetti pouvait nous laisser sur la scène du confessionnal, chrétienne, catholique, elle nous devait, elle se devait à elle-même autre chose. Elle a suivi la voix de sa conscience et, par juste retour, à cet appel de la foi, l'art a répondu,: par une inspiration magnifique. Les soixante dernières pages de ce livre sont les plus belles. L'œuvre poignante et douloureuse jusqu'au bout s'achève sur, une impression de douceur et de paix. Jessé mourra luthérien. La vérité humaine le veut ainsi, mais il mourra avec la": conscience du mal  qu'il a voulu faire, avec le remords d'avoir attenté à l'image sainte dont Dieu se sert pour attirer à lui le petit village catholique, Sur l'échafaud, il demande pardon de sa criminelle tentative, il exalte la foi et le grand cœur de Maria Schinnagel. Que s'est-il passé? L 'héroïque femme a compris enfin la Vérité de cette parole du prêtre:  "Ce n'est pas le diable qui te met au cœur de la pitié pour ce malheureux."  Affiliée aux Dominicaines, elle a le moyen facile de pénétrer jusqu'à la prison de Jessé. Le récit de ses deux visites résume, explique et parfait le livre. C'est l'un (sic!) des plus splendides choses que j'aie jamais lues. Je ne croyais pas
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  qu'on pût surpasser le fameux chapitre d'Adam Bede, l'entrevue de Hetty et de Dinah dans la prison. 
Je me trompais. Maria Schinnagel est plus humaine, plus touchante, plus belle que Dinah Morris. D'abord Maria essaie de convertir le jeune homme, mais cette suprême controverse l'irrite et le blesse. Dans son insuccès, la pauvre femme voit un châtiment de Dieu sur elle. C'est une agonie de regrets et de scrupules : « Si tu étais restée vierge, tu aurais pu sauver cette âme... » Elle prie cependant. Une grâce meilleure 1ui  ouvre les yeux. Elle revient. Cette fois, elle ne songe plus qu'à la miséricorde. Plus un mot de controverse.  Simplement, suavement, bonne et maternelle, elle attendrit, elle apaise, elle console, elle transforme Jessé. Luthérien, il veut, Il croit encore l'être. Il ne reniera pas la foi de sa mère. Par le repentir, la confession de ses fautes, le pardon des injures, l'acceptation généreuse de son supplice, Jessé entre dans 1a communion des saints;  aimant, vénérant, glorifiant Maria Schinnagel, il aime, sans le savoir, mais il aime vraiment, il vénère, il glorifie la véritable Eglise du Christ. 
Henri BREMOND, REVUE DES PERIODIQUES


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POUR L'HISTOIRE du « PARTI CATHOLIQUE »
Dans son discours du 11 novembre, M. Monis, sénateur de la Gironde, ayant fait allusion à l'appel lancé a 1885, par M. le comte de Mun pour la formation d'un parti catholique, a reçu de celui-ci une importante lettre où le rôle du Pape Léon XIII dans cette question est nettement marqué. Nous reproduisons, d'après l'Officiel, à titre de documents. historiques la lettre de M. de Mun et le passage du discours de M. Morus qui en a été l'occasion. 
Séance du 13 novembre I905.
M. Monis:  "J'entendais l'honorable M. Charles Dupuy dire: « Prenez garde! ce parti de Eglise, ce parti menaçant qui. réunira. toutes les forces contre la République, ce parti qui n'a jamais pu se former, Il va se former au lendemain de la Séparation... Quand je suis entré dans la politique, il y a vingt années,. j'ai vu un éloquent appel de M. de Mun qui ne demandait rien moins  que le formation de ce parti catholique "dans le but; disait-il d'unir dans une pensée supérieure de défense religieuse les partis monarchistes, impérialistes et même si possible des républicains modérés. Il avait adressé son appel au vicomte de Bélisal, le 1er novembre 1884, en lui demandant de fonder ce parti catholique avec lui. Celui qui répondit fut M. Cazenove de Pradines, qui lui dit: "Le parti catholique que vous proposez de fonder, il est fondé, c'est le parti royaliste. L'important était de précipiter la chute de la République et le retour de la monarchie. » 
Cette réponse fut sans doute considérée comme suffisante, car les journaux religieux nous apportaient, le 9 novembre 1885 la courte *lettre de M. de Mun ainsi conçue: 
"Monsieur le Rédacteur en chef, 
Afin de ne pas soulever une division entre les catholiques, je renonce à donner suite au projet d'organisation que j'avais annoncé par ma lettre au vicomte de Bélisal. 
« A. DE MUN. » 
Le parti catholique n'était pas à former, il était fondé: c'état le parti royaliste! et nous avons compté avec lui depuis trente ans...
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Séance du 4. novembre I905.
M. MONIS: "Je désire porter à la connaissance du Sénat un document qui m'arrive à l'instant même. Si je l'avais' eu plus tôt, je l'aurais produit par voie de rectification au procès-verbal. 
M. le comte de Mun m'a adressé une lettre ainsi conçue: 
Monsieur le Sénateur, 
"Dans le discours que vous avez prononcé hier à la tribune d, Sénat, vous avez, afin de justifier vos attaques contre l'Eglise, rappelé la tentative que j'ai faite en I885, pour organiser le parti catholique. A ce propos, vous avez, en les plaçant entre guillemets, dans le compte rendu officiel, cité comme de moi et pour définir mes intentions des paroles que je n'ai jamais écrites ni prononcées. j'ai sous les yeux la lettre que, pour lui annoncer mon projet en le priant de s'y associer, j'ai adressée au vicomte de Bélizal et que vous avez invoquée comme si votre citation en était extraite. Elle ne renferme rien qui se rapproche de la phrase que vous avez rapportée. J'ignore où vous avez puisé le texte de la lettre que m'aurait, à son tour, écrite M. de Cazenove de Pradines. Il était, assurément, ainsi que plusieurs des membres du parti royaliste, opposé à mon entreprise. Mais, quelle que pût être ma déférence pour eux. ce ne furent pas leurs avis qui m'y firent renoncer. Ce fut l'intervention du grand pape Léon X dont vous avez fait, devant le Sénat, un si juste éloge. Sans blâmer cette entreprise en principe, il craignait que dans l'état intérieur de notre Pays, la formation d'un parti catholique ne parût mêler l'Eglise à nos luttes politiques, ce qu'il s'efforça empêcher pendant toute la durée de son pontificat. L'exemple, vous le voyez, va directement contre la thèse que vous avez soutenue. 
Veuillez agréer, Monsieur le Sénateur, l'assurance de mes sentiments distingués. 
Albert de Mun. 
J'ai tenu, Messieurs, à donner acte à M. le comte de Mun de sa protestation et à la faire paraître au journal officiel, dans le meilleur rang possible. 
M. L'AMIRAL DE CUVERVll.LE ..Nous vous en remercions!
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LETTRE D'ANGLETERRE     
Dans ma dernière lettre je parlais de la manière dont on avait en Angleterre envisagé la position prise par l'abbé Loisy et je faisais remarquer que le public avait été mieux préparé qu'ailleurs au genre de pensée que la critique religieuse exige. Matthew Arnold s'était donné 
comme tâche! pendant toute sa vie, de s'opposer au dilemme populaire qui veut qu'on accepte le christianisme en bloc avec tous ses miracles, ses légendes et ses prophéties ou qu'on e rejette tout à fait. Il voulait montrer qu'il y a une profonde vérité naturelle dans le christianisme, une beauté unique et une compréhension qui lui permettra de survivre à tous les effets désagrégeants de la critique, d'autant plus qu'il a remplacé, absorbé. dissipé. spiritualisé ou vivifié de son propre esprit universel tant de religions classiques ou barbares. 
Mais un des défauts de Matthew Arnold était de traiter d'une manière insuffisante les idées contenues dans des mots comme  "dogme", "Eglise", "Royaume des cieux", "croyance" "sacerdoce", "catholicité". II aborda, en effet, tous ces sujets, et souvent avec une lucidité et une précision remarquables, mais il dut à ses relations avec les Liberal Churchmen et les ecclésiastiques qui avaient été les amis de son père, une manière superficielle et méprisante de traiter l'histoire religieuse et les dogmes, ainsi qu'une profonde aversion pour les prétentions sacerdotales. On peut, jusqu'à un certain point, excuser et quelquefois même justifier cette attitude, mais elle l'empêcha de traiter avec l'impartialité qu'il avait apportée à d'autres études, soit ce qu'il appelait l'"ecclésiasticisme" ou "dogme", soit l'opposition au dogme des non-conformistes ou des protestants dissidents (c'est-à-dire de ces protestants qui font opposition à l'Eglise anglicane). 
II y avait donc en Angleterre une grande difficulté à introduire la critique dans des questions qui touchent à l'enseignement du dogme et à l'histoire de l'Eglise.. Percy Gardner va jusqu'à dire que les dogmes de l'Eglise sont tous ensemble sans valeur aucune, étrange manière, sans doute, de critiquer l'expression suprême du christianisme considéré au point de vue social et comme religion du monde! D'autre part, le parti ecclésiastique avait parfois montré une tendance à séparer complètement le dogme de l'histoire et à prétendre qu'aucune distinction, aucune modification, aucun développement n'était possible dans l'expression de la foi chrétienne: il parlait comme si nous, chrétiens, nous étions liés par les expressions d'une métaphysique (ayant subi à ses origines des influences payennes) aussi étroitement que nous le sommes par l'idéal chrétien lui-même. 
C'est donc là, sans doute, que se trouve la grande difficulté, le problème capital que la pensée religieuse doit maintenant résoudre: les rapports de la. critique avec le dogme. Et c'est surtout ici, comme on peut s'y attendre, que beaucoup d'Anglais n'ont pas compris la position de l'abbé Loisy, - bien qu'ils aient admiré son courage et que quelques-uns aient considéré comme nécessaire la position qu'il avait prise. L'intelligence nouvelle et plus exacte qu'on a maintenant de la profondeur, de la réalité et de la vérité de la religion juive, et par conséquent de la religion chrétienne primitive, a fait naître un désir général de faire table rase de l'Eglise du moyen âge et du christianisme historique et de retourner à la religion du Christ vue dans ses plus fraîches couleurs, dans la signification très profonde que les prophètes avaient, dans sa vigueur spontanée, dans sa foi vive et dans ses rapides progrès. « Il y a maintenant, dit-on, quelques chances de voir se réaliser la signification très profonde des religions juive et chrétienne, telle qu'elle ne l'a jamais été auparavant, avec une plus grande ampleur et même avec plus de précision que dans les premiers temps, car lorsqu'on a les idées elles-mêmes. On peut négliger les imperfections qui les accompagnaient et on n'a pas besoin de s'attarder, comme le faisaient les premiers chrétiens à des questions qui ne provenaient que de l'ignorance scientifique 
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Tel est, semble-t-il, l'idéal vers lequel tend la grande masse des laïques chrétiens, v compris, lorsqu'à un certain point, des écrivains tels que Sir Oliver Lodge. Mais  cette tendance de simplification l'erreur est, en réalité, à peu près celle Que ces écrivains croient trouver chez les dogmatistes! Elle consiste à regarder le christianisme comme une collection de déclarations justement ce qui, d'après ces écrivains, est impossible à faire. Le christianisme est tout cela; il comprend des déclarations, des lois, des commandements et des pensées, mais il est beaucoup plus que cela: c'est un esprit, c'est une manière de considérer les choses. Mais si nous allons chercher ce qu'il est dans sa forme la plus complète possible, nous ne devons l'étudier, ni à  une époque, ni dans une région particulière, mais dans son histoire et dans ses rapports avec les autres religions, philosophies et morales. 
Pour le dire plus simplement, le christianisme est la révélation, par l'intermédiaire de certaines personnes, d'une manière de considérer la vie et un sens parti lier dans lequel la vie doit être prise. La preuve de profondeur, de la vérité et de la réalité de cette manière de considérer la vie, se trouve dans son pouvoir satisfaire non seulement çà et là un individu ou plusieurs individus, mais aussi d'absorber, de s'assimiler, d'expliquer, d'approfondir et de réconcilier toutes autres religions, philosophies et morales qui se sont montrées dignes de vivre dans de grandes et nobles âmes. 
Et le dogme est l'expression, dans le langage,  cette tentative faite ainsi par le christianisme pour justifier son existence et sa survivance dam; ses rapports avec la pensée grecque et l'organisation romaine ainsi qu'avec toutes les formes de paganisme qu'il rencontre dans le monde. Ces dogmes peuvent être imparfaits et non scientifiques, il sera peut-être difficile de modifier ou de les adapter aux exigences de la pensée moderne, mais la pensée moderne elle-même n'aurait pu naître sans eux; d'autre part, le côté superficiel la faiblesse de notre propre christianisme rie peuvent être éprouvés autrement que par un retour au développement historique de l'esprit chrétien. 
Si le christianisme est la seule vraie religion monde, il ne peut avoir été corrompu par les vérités autres religions, et s'il a été corrompu par des fausses se trouvant en lui, cela signifie que son développement, son aptitude à recevoir tout le monde, n'est encore qu'incomplète. C'est donc notre devoir non pas de dénoncer la fausseté, mais de découvrir la vérité, non pas de détruire le dogme, mais de l'expliquer par une métaphysique plus profonde, non pas de faire table rase de l 'histoire de la pensée passée conservée dans les conciles, le Credo et les articles de foi, mais de montrer comment la vraie ligne de développement peut 
tracée, à travers la complexité et la confusion résultant de la différence de race, de pensée; de langage et de temps. S'il y a un genre de pensée avec lequel le christianisme ne peut se rencontrer et auquel il ne peut survivre, alors le christianisme n'est pas la seule religion du monde, et s'il y a quelque fausseté d'origine  payenne dans la religion chrétienne actuelle, que  l'esprit du christianisme ne peut pas combattre avec  succès ni finalement détruire, alors cette fausseté doit contenir quelque vérité profonde par laquelle elle  survivra. Si cela était vrai, la loyauté envers l'Eglise  pourrait coexister avec la critique la plus diligente des  documents; et, en effet, il devient chaque jour plus clair qu'une adhésion purement passive aux disciplines de l'Eglise est la plus grave trahison et qu'une obéissance active, par la pensée, la parole et l'action, à l'esprit chrétien, telle qu'elle s'est montrée dans les grands combats de l'histoire chrétienne, - non dans la destruction (car la pure négation n'a pas de sens pour la vie), mais dans la réconciliation, la sympathie agissante, l'assimilation rapide et profonde de toutes les   vérités et de tout idéal dignes de l'humanité, - une telle obéissance, indépendante, personnelle, volontaire est le seul loyalisme qu'elle peut trouver digne d'exiger.