Nos:
Première  année, Numéro 04
VENDREDI 17 NOVEMBRE 1905
  SOMMAIRE:
AVIS DIVERS
AVIS DIVERS





BULLETIN POLITIQUE











NOTRE PROGRAMME















Auguste PRÉNAT . . . . .  La Séparation (notes juridiques)
J. TURMEL  . . . . . . . . . .
 Chronique historique:
Le Renouvellement de l'Hagiographie
William RITTER . . . . . . .
  Correspondance: 
La Vie slave dans les Balkans.

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
AVIS DIVERS   -  PATRONAGES et COLLABORATIONS

France: Achats de Journaux, - La lutte antituberculeuse. - Dans !es grands séminaires. - Saint-Siège et Italie: L'Unification mortelle. - Les guérisons de Lourdes. -  La cherté du blé. - Angleterre : l'Entente cordiale et les libéraux. - Espagne: Succès républicains. -  Japon: Le Progrès du christianisme. - Roumanie: Culture française et culture allemande. - Russie: L'Inconnu. - La succession de M. Pobiedonotzeff. - Suisse: Les Eglises et l'Etat.
        REVUE DES PÉRIODIQUES
Le malaise de la pensée philosophique - L'Esprit scientifique. - Hérésie et Libre-Pensée. - Ampère - Cauchy- Hermite. - Le Vote obligatoire. - La prochaine Décadence allemande. - Les Idées maîtresses de Mazzini. - Les Abus dans les Colonies. - Les Protestants et la Séparation. - Le Féminisme chrétien de Belgique. - Hygiène sociale et Moralité.- Chômage et Vagabondage.
        NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
M. Alfred Rambaud, historien. - L'Edition populaire, d'Ernest Haeckel. - Dernières Publications.

    « DEMAIN » laisse à ses collaborateurs avec la plus grande liberté de s'exprimer, l'entière responsabilité de leurs opinions.
 Nous ne voulons pas tarder davantage de remercier nos amis de la première heure et tous ceux que de communes sympathies intellectuelles et chrétiennes ont spontanément agrégés autour de nous. Nous ne voulons pas tarder non plus davantage de nous réjouir publiquement avec eux. Nous sommes récompensés de nos efforts. et ils le sont des leurs au delà de toute espérance et de toute prévision. Certes notre modeste avènement fut âprement combattu. Mais nous nous sommes défendus vaillamment. par notre unique volonté de vivre. Comme le philosophe pratique qui démontrait le mouvement en marchant. nous nous sommes contentés de réfuter des jugements préconçus et de prouver notre bonne volonté en agissant de notre mieux..Tous nos amis nous sont restés fidèles. Le public lit le nom des uns. nous serrons la main des autres avec la plus reconnaissante effusion. DEMAIN a foré la lourde et dure pierre des préventions. justifiées sans doute. - nous voulons avoir la , modestie de n'y point contredire. - qui pesait sur ses rayons et sur ses ailes. Il luit librement .aujourd'hui dans sa triomphante petite ascension pour ,les quelques heures que Dieu voudra
   
LA SÉPARATION
NOTES JURIDIQUES

II. - Le nouveau Régime des Cultes

Le sol est déblayé; du Concordat et du régime qui en était issu, on a fait table rase; mais, comme on ne peut pas supprimer les fidèles en même temps que le service public qui leur permettait, jusqu'ici, de satisfaire le besoin collectif qu'ils éprouvent de rendre à Dieu un culte selon les rites des diverses églises auxquelles ils appartiennent, le législateur est bien forcé de leur permettre de remplir d'une autre façon le vœu de leurs âmes et le devoir de leurs consciences.
Il est même contraint, ne fût-ce que pour mettre quelque ordre dans la transmission des biens des établissements publics supprimés, de considérer comme subsistant encore les circonscriptions ecclésiastiques que ces établissements desservaient.

       Cela posé, rien de plus simple que le système admis, le même pour tous les cultes.
        « Formez, dit le législateur aux croyants de toutes les religions, formez entre vous des associations pour assurer l'exercice de votre culte. Ces associations seront soumises, en principe, au droit commun des association.déclarées, c'est-à-dire que, moyennant une simple déclaration à la préfecture ou à la sous-préfecture, elles auront la personnalité civile ; elles pourront percevoir de leurs membres des cotisations; elles pourront acquérir, à titre onéreux, les immeubles strictement nécessaires pour atteindre le but qu'elles se proposent, ainsi que le local destiné à l'administration de l'association et à la réunion de ses membres. En cas de dissolution, leurs biens seront dévolus conformément à leurs statuts ou, à défaut de disposition statutaire, suivant les règles déterminées en assemblée générale. »
« Toutefois, poursuit le législateur, comme, sans doute, les cotisations suffiraient malaisément à remplacer le budget des cultes, je m'en vais accorder aux associations cultuelles des avantages importants. Cela leur permettra de vivre et cela me permettra, à moi, un peu de servitude étant la rançon nécessaire de tout privilège, de me mêler à leurs affaires pour les surveiller de près et arrêter leur développement quand il atteindra des proportions que je juge dangereuses. »

      Les associations cultuelles pourront donc recevoir, outre les cotisations de leurs membres (article 19) :
Le produit des quêtes et collectes pour les frais du culte;
Les rétributions pour les cérémonies et services religieux, même par fondation;
Le montant de la location des bancs et chaises; Le bénéfice résultant pour l'association de la fourniture des objets destinés au service des funérailles


 


AVIS DIVERS
    Nous avons fait, jusqu'ici, le service de la Revue à un certain nombre de personnes qui nous ont paru, le par leur culture et leur situation, susceptibles de s'intéresser à la réalisation de noire programme.
    Nous leur serons reconnaissants de vouloir bien nous retourner, ce quatrième numéro, avec la mention REFUSE, si elles n'estiment point devoir souscrire lin abonnement.
    Dans le cas contraire, nous les considérerons comme abonnées, et notre traite postale les touchera prochainement, à moins qu'elles veuillent bien nous désigner une date ultérieure pour s'acquitter.
    Un certain nombre d'observations amicales nous ont été faites relativement au papier de Demain, que l'on n'a pas trouvé assez consistant. Les qualités plastiques d'un papier d'impression se rachètent toujours aux dépens de sa nervosité et de sa force. Mais telle n'a point été la raison de notre choix. Si nous n'avons pas pu donner à nos idées un véhicule matériel plus confortable, c'est que nous avons réduit le prix de notre Revue à son extrême minimum, afin de la rendre le plus possible abordable aux membres de l'enseignement et du clergé, qui sont peu fortunés en général. Néanmoins, comme Demain ne poursuit pas l'ombre d'un but de lucre, nous espérons tout prochainement - à la date de janvier 1906, sans doute, - améliorer sur ce point la partie matérielle, et faire immédiatement profiter nos lecteurs de la première détente qui se produira dans notre budget.
    Des observations plus importantes nous ont été adressées touchant la pagination de Demain. Beaucoup de nos lecteurs se proposent, et nous les en remercions, de collectionner et de faire relier nos livraisons. L'honneur qu'ils nous font ainsi nous obligera à dresser à l'intention de tous nos abonnés, en décembre 1906, un index logique et alphabétique des articles publiés. Nous nous acquitterons de ce travail avec soin et d'une manière régulière, à la fin de chaque année. La tâche nous eût été facilitée par une pagination ininterrompue poursuivie dès la livraison du premier numéro. Pour réparer cet oubli et simplifier la mise en ordre, nous inaugurerons seulement cette pagination de volume à partir du premier numéro de janvier 1906, les livraisons du dernier trimestre 1905 venant, par exception, en tête du premier volume réuni 1905-1906.

Enfin, quelques-uns de nos amis les plus dévoués et qui surveillent avec sollicitude la tenue d'une œuvre qu'ils considèrent justement comme la leur, nous ont exprimé le regret de ce que les trente-deux colonnes de la livraison ne soient pas complètement consacrées au texte proprement dit, - les annonces pouvant être rejetées sur une couverture qui aurait, par surcroît, l'avantage de protéger des feuilles destinées à la reliure. Nous allons étudier de suite les possibilités de nous rendre à ces désirs. Si notre chiffre de souscription nous le permet, nous les réaliserons dès le début de 1906. Il sera très facile, dans ce cas, de supprimer le huitième feuillet des numéros d'octobre, novembre et décembre 1905 et de relier le tout avec des onglets.

    A notre tour de formuler une prière et de demander à nos abonnés qui nous écrivent pour un changement d'adresse, de vouloir bien joindre à leur lettre la somme de 0 fr. 30 en timbres-poste, montant exact des frais d'impression d'une bande nouvelle.

Nous continuons de tenir à la disposition de nos amis le nombre de programmes et de numéros spécimens de la Revue qu'il leur plairait de bien vouloir distribuer autour d'eux. Que chacun de nos abonnés nous amène un nouvel abonné (cette prière ne s'adresse point à ceux qui nous en ont amené un et parfois dix, et auxquels notre reconnaissance la plus profonde reste acquise), et tous les désirs exprimés, foutes les améliorations suggérées recevront pour ainsi dire instantanément satisfaction.

Plusieurs abonnés nous ont envoyé, outre leur adhésion personnelles, des souscriptions d'abonnements devant être servis à des professeurs de l'enseignement primaire, à qui leurs ressources ne permettent pas cette dépense. Nous les remercions sincèrement de cette. intelligente et généreuse initiative, et nous recevrons avec reconnaissance les souscriptions qui nous seront encore envoyées dans ce but.

 


 
REVUE des PERIODIQUES











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SAINT-SIEGE et ITALIE: L'Unification mortelle,
    Les tentatives d'unification des associations catholique, italiennes ont abouti à l'inévitable résultat d'anarchie en attendant celui de mort qui attend toute institution déracinée des conditions de temps, de lieu, d'atmosphère qui l'ont créée. Réunir le midi et le nord, le chaud et le froid l'exubérant et le réfléchi, c'est tuer ces phénomènes pittoresques et vivants pour créer l'agitation d'abord, l'amorphe et l'immobile ensuite. Les journaux libéraux et démocrates protestent vivement contre cette prétention oublieuse des lois de la nature et de la psychologie. En attendant la révolte ouverte ou l'asphyxie, la guerre entre catholiques a été le premier effet de cette tactique qui consiste, sous prétexte que l'union fait la force, à déraciner des arbres pour lier leurs branches en fagots.

Le Pape et les guérisons de Lourdes.
Pie X a fait demander au docteur Boissarie, par l'intermédiaire du docteur Lapponi, le récit des guérisons les plus importantes constatées pendant la durée des grands pèlerinages de Lourdes. Après, connaissance de ces guérisons, le Pape estime que « la Révérende Curie institue un procès régulier sur les constatations des médecins et sur les dépositions des témoins qui ont vu les malades avant leur guérison ».

La cherté du Blé.
La presse italienne consacre de longs articles à la question de la cherté du blé, dont le prix est monté brusquement de 23 à 26 et même 27 francs. A cette occasion, les journaux de l'extrême-gauche ont soulevé à nouveau la question de la suppression ou de la réduction des droits d'entrée sur les blés étrangers. Les organes ministériels combattent cette solution en rappelant que toute réduction des droits sur le blé a toujours amené en Italie l'abandon des terres et l'émigration des agriculteurs. Il faut encore observer que sans une forte protection douanière, les propriétaires ne trouvent pas avantage à employer leurs capitaux à la culture du blé. Voilà pourquoi, en des temps de cherté du blé, le gouvernement s'est borné à faire voter au Parlement de fortes sommes en faveur des ouvriers et agriculteurs et à donner à ceux-ci les moyens de se procurer du pain. Il est probable que dans la crise actuelle on aura recours aux mêmes remèdes.

ANGLETERRE : L'Entente cordiale et les Libéraux.
La saison des discours politiques est ouverte en Angleterre. Sir Edward Grey, lord Rosebery, lord Lansdowne, M. Balfour, ont tour à tour parlé. On sait que le parti libéral est à la veille d'y reprendre le pouvoir. A ce propos, il a été formulé quelques appréhensions touchant des modifications possibles dans la politique extérieure de la Grande-Bretagne. Mais, après le discours de sir Edward Grey, en qui l'on voit le chef futur du Foreign Office, et qui, ayant parlé des principaux résultats obtenus par lord Lansdowne, alliance japonaise, entente cordiale avec la France, ajouta: « Il n'y a rien dans tout cela que le parti libéral désire voir changer », il y a lieu d'être assuré que tout restera en l'état.

ESPAGNE: Succès républicains.
Les élections municipales qui ont eu lieu dimanche en Espagne ont occasionné une vive agitation dans tout le pays, notamment à Séville, Grenade, Cordoue, Oviedo, Bilbao, Santander, Valence, ainsi que sur plusieurs points des provinces de Logrono et de Barcelone, où l'on signale des bagarres avec effusion de sang. La caractéristique générale des élections réside dans les progrès accomplis par l'opinion républicaine. A Valence, à Barcelone, à Santander, à Valladolid, les républicains triomphent à de fortes majorités. Par contre, nulle effervescence dans les provinces et les villes loyalistes. A Madrid, par exemple, c'est à peine. si la sixième partie des électeurs ont pris. part au scrutin.

  
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JAPON: Le progrès du Christianisme
    Le Japon a-t-il une religion répondant à ses besoins? Doit-il, pour se mettre à l'unisson des nations d'Europe et d'Amérique, embrasser le christianisme? Un journal japonais, le Jidaï Shicko, répondait dernièrement à cette question en déclarant « que les anciennes religions sont devenues insuffisantes, qu'il y a lieu d'aller à une foi vraie et complète, car les principes fondamentaux des anciens cultes du pays, la fidélité au souverain et la piété filiale, ne peuvent être considérés comme tels ». L'organe japonais louait, à cette occasion, le bien fait par le christianisme au Japon, il se plaignait toutefois de ce que les ministres de l'Evangile, catholiques ou protestants, ne savaient pas utiliser les éléments dont ils auraient pu se servir. A son tour, le Jiji .Shimpo, rappelant les grands services rendus pendant la guerre avec la Russie par l'œuvre protestante des Tentes, formulait des vœux pour que « la religion chrétienne obtienne toutes sortes d. succès non seulement pour ses entreprises spéciales en temps de guerre, mais pour ses diverses entreprises en temps de paix». Enfin le Shingin va jusqu'à dire « que la mission du Japon est d'établir le royaume du Christ sur la terre ». Les missions catholiques confirment ce progrès de sympathies profondes que le christianisme a conquises au Japon, surtout depuis la guerre.
ROUMANIE: Culture française et Culture allemande.
    Cette question se pose actuellement en Roumanie: laquelle de la civilisation française ou de la Kultur allemande l'emportera dans la vie intellectuelle de ce pays? C'est en France que la plupart des hommes d'Etat roumains se sont formés. C'est notre langue que parle de préférence la société roumaine. C'est en pur français que sont rédigés deux grands journaux de Bucarest. C'est dans le couvent français et catholique de Notre-Dame de Sion que les jeunes filles orthodoxes sont élevées. Ce courant intellectuel tout en faveur de la France s'explique par les affinités de race, la parenté des langues et aussi par ce fait que notre influence n'a jamais blessé en Roumanie le sentiment national. C'est d'ailleurs grâce à la France que ce pays a pu se constituer en Etat indépendant. Les Roumains n'ont pas oublié notre intervention en leur faveur et l'on sait que ce peuple prit le deuil à la nouvelle de nos défaites en 1870. Mais l'influence française est fortement combattue depuis trente ans e~ Roumanie par l'influence allemande. D'abord le nombre de jeunes gens qui font leurs études en Allemagne ou les y achèvent après leur stage en France est en progrès continu. D'autre part, les nombreux précepteurs et gouvernantes qu'envoie l'Allemagne en Roumanie s'y font naturellement les agents de la pénétration allemande: ils introduisent dans les maisons roumaines la langue, les livres, les goûts des Allemands. Comme conséquence de ce nouveau courant, les sympathies du peuple roumain pour l'Allemagne grandissent d'autant plus rapidement que dans le domaine économique et politique, les Roumains ont toujours eu à se féliciter des sympathies et de l'appui des Allemands. Il faut encore se rappeler que le roi Carol, qui gouverne la Roumanie, est issu des Hohenzollern et il s'en souvient. Mais beaucoup de Roumains sont persuadés que la germanisation marquera un recul pour leur pays et qu'ils perdront quelque chose d'essentiel en perdant la culture française qui est la seule universelle. Aussi combattent-ils avec ardeur l'influence germanique..

RUSSIE : L'Inconnu.
Le correspondant du Journal des Débats à Saint-Pétersbourg, écrit que le trait distinctif de la situation" en Russie, est l'absence de toute initiative de la part du tsar Nicolas II, qui s'en remet, pour toutes choses, au comte Witte, son « vice-empereur ». Les journaux dotés de la liberté en profitent pour publier des articles qui eussent été considérés, il y a quelques jours, non seulement comme des délits de presse, mais comme de véritables crimes politiques. Jusque dans les colonnes des journaux conservateurs, le nom de l'empereur est à peu près oublié. Nulle expression de reconnaissance pour l'octroi de la Constitution. Les libéraux continuent à ne pas répondre aux avances de M. Witte, qu'ils jugent insuffisantes. En réalité, des partis parlementaires s'organisent déjà, escomptant le lendemain et craignant de se compromettre. La révolution, faute d'aliments, semble se calmer peu à peu. Mais l'inconnu seul reste à l'ordre du jour.
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LE MALAISE DE LA PENSEE  PHILOSOPHIQUE
    Du Bulletin de la Semaine (Paris, 41, rue Vaneau, . un an, 6 fr, numéro du 8 novembre), sous la plume de Mgr BATTIFOL, recteur de l'Institut catholique de Toulouse:
    Nous lisions dernièrement dans le livre d'un très libre agrégé de philosophie, M. Cresson: «Jamais le malaise de la pensée philosophique n'a été aussi grand qu'il ne l'est actuellement, » Et pourquoi ne reconnaîtrions-nous pas, chez les catholiques eux-mêmes, une contagion de ce malaise?
    Mais du moins, parmi nous, il n'est pas douteux qu'il y a tendance à réagir contre ce malaise, et qu'on fait effort, pour donner à la pensée commune, une plus claire conscience d'elle-même, plus de compréhension, plus de profondeur, plus de vigueur. Notre vœu est que de pareils efforts s'harmonisent au lieu de se combattre, convergent au lieu de se disperser.

L'ESPRIT SCIENTIFIQUE
    De la Revue bleue; 11 novembre 1905. -  Alfred FOUILLÉE, critique la fausse méthode scientifique et morale. Nous détachons de son article les intéressantes lignes que voici sur l'esprit scientifique: .
    L'esprit scientifique consiste, répétons-le, à ne jamais aller plus loin que les faits constatés ou les lois établies, tout au moins à présenter les hypothèses comme de simples suppositions idéales prolongeant l'expérience réelle. L'esprit scientifique consiste à tenir compte de toutes les données possibles et à ne jamais croire cependant que l'on a épuisé la réalité en la ramenant à ce que nous pouvons saisir: le pêcheur s'imagine-t-il qu'il a retiré toute la mer avec tous ses habitants dans son filet? L'esprit scientifique est la prudence, la volontaire suspension de jugement, la lenteur voulue de raisonnement; il a en horreur cette exubérance prodigieuse d'affirmation, dont tant d'esprits nous donnent, aujourd'hui, le spectacle. Combien de savants égarés hors de leur science (surtout en Allemagne), qui n'ont pas plus de rigueur que les poètes et les prophètes? Rappelez-vous toutes les divagations à la mode sur la sélection naturelle dans l'humanité, sur la lutte pour la vie, sur le transformisme, etc ; en les entendant, l'humble logicien, , habitué à réfléchir sur les méthodes et sur les règles du raisonnement, ne peut s'empêcher de sourire. Il songe, avec Socrate, que, s'il ne sait rien, il sait du moins, lui, qu'il ne sait rien et ne prétend pas personnifier la Science. « 0 Liberté! que de crimes sont commis en ton nom! » 0 Science  que d'ignorances, que d'erreurs, que d'absurdités débitées en ton nom!
    Il faut en finir avec cette dangereuse tentation des savants spécialistes, de mettre le pied sur le domaine, ou, faute d'études, ils ne peuvent être que des ignorants, comme sont ignorants les philosophes qui, sans travail suffisant, se hasardent dans une étude spéciale. Si la science humaine ne peut épuiser toute l'analyse ni embrasser du regard toute la synthèse, qu'elle apporte donc toujours à ses propositions les restrictions nécessaires. Qu'elle se défie de tous les systèmes étroits et fermés, fondés sur un seul principe ou sur un petit nombre de principes choisis dans la masse. Qu'elle s'en défie principalement quand il s'agira de dicter à l'homme sa conduite, car notre conduite est notre moi tout entier engagé dans l'action. Le plus cohérent des systèmes peut être ici le plus dangereux, s'il est exclusif: le médecin tuer sûrement le malade selon les règles. Si on laissait faire les biologistes, ils tueraient aussi l'humanité ou tout au moins l'animaliseraient selon les règles.

HERESIE ET LIBRE-PENSEE
Courrier européen; octobre 1905, (Paris, 280, boulevard Raspail, hebd. 12 fr.). -

 D'un article de M. Gabriel SÉAILLES
sur le Chevalier de la Barre:

    Prenons garde que le catholique ou même l'homme  religieux ne devienne l'hérétique du libre-penseur. La religion dont parle le poète, la religion criminelle, la  religion qui tue, ce n'est pas telle croyance, telle opinion sur l'au-delà, ce n'est pas a coup sûr la foi en un dieu de justice et d'amour; la religion qui tue, c'est le fanatisme - sous toutes ses formes, alors même qu'il se déguise au point de ne plus se reconnaître; c'est la prétention d'imposer la vérité dont on se croit le détenteur, c'est la violence exercée sur les consciences...

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AMPERE - CAUCHY - HERMITE
    D'un article de la Quinzaine (1er novembre 1905), de M. R D'ADHIMAR, nous détachons la conclusion suivante:
    Nous avons tenté de dire quels horizons ces trois maîtres ont découverts à nos yeux émerveillés et quels hommes étaient ces illustres savants.
    Ampère était ardent, passionné; son imagination et sa distraction sont passées en proverbe; avec son grand génie, il avait l'âme d'un romantique.
    Cauchy, homme pondéré et correct, distrait comme Ampère, avec la naïveté d'un enfant, eût été, au XVIIè siècle, qualifié de parfait "honnête homme"?.
    Hermite fut un « sage» de l'antiquité, avec un sentiment mystique de la science, avec une bienveillance, une bonté incomparables.
    Ces trois hommes, avec de notables différences, présentent de frappantes ressemblances. Le caractère était chez eux aussi beau que l'intelligence était grande; tous trois ont bien pleinement fait leur « métier d'hommes ».
    Novateurs! certes, ils le furent dans l'ordre du savoir, mais ils n'ont pas pensé qu'il fût bon, dans l'ordre moral, de battre en brèche toute notion, toute institution traditionnelle.,. Tous trois ont été de grands chrétiens, fidèles à l'Eglise.
    Ils ont été enchantés, - mais non point enivrés, - en trempant leurs lèvres dans la coupe d'or de la Science. Ils ont porté dans leur âme une lampe d'albâtre dont ils ont fait la lumière chaque jour plus resplendissante et plus pure, Ils ont allumé des feux qui scintilleront éternellement.
    Protégés contre l'orgueil par l'extrême noblesse de leur nature et par le sentiment religieux, ils sont morts en se réclamant de la miséricorde de Dieu qui avait marqué leur front de ce signe sublime: le génie.
LE VOTE OBLIGATOIRE
.    Des Annales politiques et parlementaires: - Réponse de M. Paul DE5CIIANEL à une enquête ouverte par cette Revue:
    La représentation nationale devrait être comme un miroir ou, pour mieux dire, une carte en miniature du pays et, suivant l'expression de Mirabeau, « une image reproduisant exactement les rapports du tout et des parties ».
    Est-ce là ce que nous avons?
    En 1881, les députés élus ne représentaient que 45 % des électeurs et, en 1885, 43 %; pas la moitié! Et, si je prends ces deux dates, c'est parce qu'en 1881 nous avions le scrutin d'arrondissement et, en 1885, le scrutin de liste, ce qui prouve que la représentation est aussi inexacte avec un mode de scrutin qu'avec l'autre.
Aussi, est-il permis de penser que deux problèmes, déjà résolus en partie chez un assez grand nombre de peuples et dont la solution changerait probablement la face de la société, ne tarderont pas à s'imposer à l'attention publique: l'un est le vote obligatoire, l'autre la représentation proportionnelle que Louis Blanc réclamait déjà en termes admirables. Là est l'avenir, parce que là sont la justice et la vérité.
LA PROCHAINE DECADENCE ALLEMANDE
Revue des Deux-Mondes; livraison du J" novembre. Notre éminent collaborateur, M. le vicomte MELCHIOR DE VOGÜÉ, constate, au cours d'une étude profondément observée:
    1° que le socialisme allemand est un contrepoids nécessaire au matérialisme économique de l'Allemagne; 2° que notre puissante ennemie n'atteindra pas impunément le point culminant de sa prospérité et de sa force. La fatale loi de régression la 'guette déjà à son tour.
    ...La prospérité matérielle est indéniable; tout ce que j'ai vu et rapporté la traduit aux yeux. Des régions pauvres sont devenues florissantes; dans les ports de mer, dans les grands centres industriels, des sources de richesse ont abondamment jailli...
    Quelques esprits craintifs croient cette fortune menacée, avec tout l'organisme qui la produit, par un assaut prochain du socialisme. J'ai dit comment et pourquoi l'assaillant paraissait contenu dans la mesure où il peut être bienfaisant. Le ciel nous garde d'un tyran assez fort pour extirper le socialisme! Il est le ferment qui soulève la pâte lourde des intérêts, Ses apôtres, même exagérés, remplacent tant. bien' que mal les prédicateurs chrétiens que l'on n'écoute plus guère; ils forcent les gouvernements et les classes engourdies dans le bien-être à compter avec un idéal de justice, d'humanité, de pitié...
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PATRONAGES ET COLLABORATIONS
MM. Joseph Aynard, agrégé de l'Université.- Louis Birot, vicaire général du diocèse d'Albi.- Henri Brémond.- Jean Brunhes, professeur à l'Université de Fribourg (Suisse). - Paul Bureau, professeur à la Faculté libre de Droit de Paris. - Sylvestre Casati-Broohter. - E. Carry, de Genève. - Louis Le Cardonnel. - Léon Chaîne.- Emile Chènon, professeur à la Faculté de Droit de Paris. - Ulysse Chevallier. correspondant de l'Institut, professeur aux Facultés catholiques de Lyon. - Albert Dufourcq, professeur à l'Université de Bordeaux. - Albert Ehrhard, professeur à l'Université de Strasbourg.- George Fonsegrive, directeur de la Quinzaine - James Fitzalan Hope, membre de la Chambre du "Parlement anglais, député de Sheffield. - Antonio Fogazzaro, sénateur du Royaume d'Italie. -  Victor Giraud. agrégé de l'Université. - Hippolyte Hemmer - :- Le baron Frédéric de Hügel. - Léon de Kerval, à Fribourg (SuIsse). - Félix Klein, professeur à l'Institut catholique de Paris. - Robert Jacquemont - L. Laberthonnlère.- Albert Leclère, professeur à l'Université de Berne. - Alexandre Lofas. député d'lIle-et-Vilaine - Anatole Leroy-Beaulieu. membre de l'Institut. - Pierre Mandonnet, professeur à l'Université de Fribourg (Suisse). - Georges Michelet, professeur à l'Institut catholique de Toulouse.
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Salvatore Minocchi, professeur à l'Institut des Etudes supérieures de Florence.  Romolo Murri, directeur de la Cultura Sociale, à Rome. - André Pèratè, conservateur des musées de Versailles. Georges Picot, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques. -  Camille Pinta. - Pierre de Quirille, rédacteur du Journal des Débats. - Le docteur Marcel Rifaux. - William Bitter, à Munich. - Vincent Rose, professeur à l'Université de Fribourg (Suisse). - Alfred Roussel, professeur à l'Université de Fribourg (Suisse).  Marc Sangnier, président du Sillon. - Joseph Sauer, professeur à l'Université de Fribourg-en-Brisgau (Allemagne). - Hermann Schell, professeur à l'Université de Würzburg (Allemagne). - Giovanni Semeria, de Gènes (Italie) - Joseph Serre. - A.-D. Sertillanges, professeur à l'Institut catholique de Paris, - Eugene Tavernier, rédacteur de l'Univers. - Max Turmann. - Joseph Turmel, de Rennes. - E. Vacandard, aumônier du lycée Corneille, à Rouen. - Paul Viollet. membre de l'Institut, professeur à l'Ecole des Chartes. - Giulio Vitali, à Rome. - Le vicomte Melchior de Vogüé, de l'Académie française. -  W.-J. Williams, à Eastbourne (Angleterre).- Bertram C.-A. Windle, membre de la Société Morale de Londres. président de Queens College, Cork (Irlande).