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Auguste CHOLAT:
"VERS L'ÉGLISE LIBRE"
C'est en ces mots que M. Julien de Narfon a résumé
l'espoir
des catholiques et des libéraux qui, loin de redouter la
Séparation,
la voient arriver avec joie, qui l'attendent comme un acte de
loyauté,
comme une délivrance. Combien sont-ils ceux-là? Une
poignée,
ou bien une foule, ignorante de son nombre et de sa force; qui le dira?
Il semble qu'à l'heure actuelle le pays se
désintéresse
d'un événement qui sera peut-être, du siècle
nouveau, le plus grave, le plus fécond.
Chacun sait que la loi sera votée bientôt, que
désormais
toutes les protestations seront vaines; pourquoi ferait-on au
Sénat
l'honneur de lire des discours déjà prononcés
à
la Chambre; la Haute Assemblée n'a-t-elle pas son
siège
fait?
Et puis, la Séparation attriste trop de gens. Les
prêtres
voient avec peine arriver les difficultés matérielles et
s'en aller l'ancienne routine qui leur fut si secourable: il leur
faudra
maintenant employer des méthodes nouvelles et les renouveler
sans
cesse, appuyer leur ministère sur des cadres neufs, ne plus
compter
enfin sur leur qualité de fonctionnaires, mais sur leur
prédication
morale et leur vie, pour justifier leur action sur les âmes.
Pour les protestants, l'approche de la rupture a fait
naître
un état de profond malaise et d'anxiété, qui s'est
fait jour au Synode général officieux de Reims et s'est
traduit
par les discussions de ces derniers mois. L'union avec l'Etat
était,
pour le protestantisme français, la seule manière de
conserver
l'unité entre les orthodoxes qui se rattachent aux Synodes
officieux
et veulent maintenir dans son intégrité la
déclaration
de foi de 1872, les libéraux, adversaires de toute confession
doctrinale
et le parti du centre, qui fit naître, au sein même de la
droite,
le Synode d'Anduze (1879). L'union rompue, les protestants seront
laissés
à la logique du libre examen: l'émiettement.
De leur côté, les républicains marchent sans
enthousiasme
vers une solution à laquelle ils se sont vus acculer et qui
reste
pour eux l'inconnu. Comment désormais persécuter une
Eglise
débarrassée d'entraves, sans aboutir à une lutte
religieuse,
à une guerre civile, dont il est difficile de prévoir
l'issue;
et certains rêvent déjà de nouvelles chaînes:
quelque bon règlement d'administration publique, ou même
quelque
nouvelle loi habilement forgée. Certains autres, comme MM. Monis
et Clemenceau, trouvent insuffisante la première étape
que
représente le projet de loi: ils voudraient supprimer toute
période
de transition et faire dès maintenant une séparation
radicale
et complète. L'article 4 surtout est leur cauchemar: ils ne
peuvent
admettre que, pour la dévolution des biens, l'Etat tienne compte
de l'avis des évêques, ce qui leur semble une porte
habilement
ouverte à une entente officieuse avec l'Eglise. D'autres enfin
pensent
que la liberté fera naître ce parti clérical que le
Concordat a toujours étouffé. Ils savent que depuis
trente-cinq
ans, il y a parmi les catholiques français, non seulement pour
les
questions dogmatiques, mais pour les plus infimes minuties, une
véritable
surenchère de loyalisme romain, qui se traduira par une
centralisation
excessive et qui rendra peut-être inefficace la bienfaisante
action
des éléments libéraux. Leurs regards restent
tournés
vers cette glorieuse histoire de l'Eglise gallicane, qui' est une
partie
inaliénable du patrimoine national; volontiers, ils diraient
avec
M. Clemenceau: « Je ne veux pas d'associations cultuelles dont un
Bossuet serait exclu. » Mais ils n'osent parler, car chez eux
aussi
il y a surenchère - surenchère d'anticléricalisme
- et ils craignent de manquer le train. Ou bien s'ils parlent,
c'est
trop tard, et il importe peu qu'ils se voilent la face et scindent
leurs
habits.
Pour recueillir cette impression de tristesse, il faut lire la
brochure
que vient de publier un ancien disciple et ami de M.
Waldeck-Rousseau,
un vieux-républicain s'il en fût, M. J.-B. Galley (1) ; il
faut la lire parallèlement au livre de M. de Narfon, a.
auquel
elle semble faire écho:
«Que, demain, l'Eglise soit plus forte, je dis que c'est
l'évidence...
«Les catholiques ont toujours craint de susciter une
dissension
dans l'Eglise et de donner au pouvoir civil une occasion d'intervenir
et
aux impies une occasion de se réjouir. Et on pourrait
espérer
qu'il va s'éveiller demain quelque sentiment d'individualisme
local,
de personnalité religieuse, que l'épiscopat devra
ménager?
C'est bien plutôt le contraire qui se manifestera...
« ...Les congrégations romaines auront désormais,
dans
la main, les évêchés de France, comme le ministre
de
l'Intérieur ses préfectures. Dans cette hiérarchie
catholique personne ne parlera plus des bureaux de la rue Bellechasse.
C'est à Rome que sera la toute puissante direction (p. 78).
»
Combien de républicains pensent tout bas ce que M. Galley vient
de dire tout haut. Faire une Séparation libérale, comme
on
est en train de la faire, c'est enlever à l'Etat toutes ses
garanties,
lui donnant l'unique et ridicule compensation de la suppression du
budget
des cultes. Mais, d'autre part, ne pas la faire libérale, c'est
trahir l'idéal républicain lui-même, en trahissant
la liberté!
C'est le dilemme, l'inéluctable dilemme.
Vers l'Eglise libre!... Parmi les murmures des intérêts et
des craintes, c'est le cri de la confiance en l'avenir que jette ce
titre.
Pusillanimes, pourquoi donc craignez-vous? Que petite est votre foi:
vous,
en l'Eglise, et vous, en la liberté?
Catholiques,
vous vous étonnez d'être libres, vous vous lamentez de
n'être
plus enchaînés, vous vous demandez de quoi seront
vêtus
vos prêtres, de
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quoi ils se nourriront, lorsqu'ils ne
seront
plus salariés par vos ennemis; ne savez-vous pas quelle
puissante
génératrice d'énergie est la pauvreté? La
prière
et l'amour n'ont pas besoin de vos somptueuses basiliques.
Oubliez-vous
qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de lier la parole de Dieu? Ouvrez
les yeux et voyez dans quelle direction marche l'humanité: la
liberté
est désormais votre seule sauvegarde; recevez-la avec joie,
comme
la charte commune, intangible, de l'avenir, acceptez en toutes
les
conséquences, aimez-la avec passion.
On vous dira que nous ne sommes pas prêts à cette
séparation,
que nous manquons d'initiative, que nous sommes gent
moutonnière.
Vous répondrez en faisant effort pour acquérir les mœurs
des hommes libres. On vous dira « qu'un peuple ne va pas
impunément
à l'encontre de ses traditions historiques » et vous
répondrez:
Un peuple ne se raidit pas impunément contre le sens de son
évolution.
Le sens de notre évolution à nous, le sens de
l'évolution
qui peu à peu entraînera l'humanité tout
entière,
c'est la séparation de plus en plus complète et radicale
des choses de la religion et de celles de la politique. Certes, il est
préférable que cette évolution soit lente et
progressive,
mais de quelque façon que les étapes en soient franchies,
ce serait folie que de vouloir revenir en arrière. .
Quant aux républicains, d'où pourraient venir leurs
appréhensions?
Craindraient-ils que l'Eglise ne redevienne toute-puissante et ne
refuse
ensuite aux autres cette liberté qui aurait fait sa force?
Crainte
vaine: le temps n'est plus où, par l'action politique, l'Eglise
pourrait retrouver l'influence qu'elle a perdue; de plus en plus elle
comprend
la nécessité de ne pas compromettre son action propre
.dans
les combinaisons de la politique. Si l'influence du catholicisme doit
augmenter,
ce ne sera que par ses renouvellements intellectuels et moraux, garants
d'une mentalité nouvelle: essentiellement progressive, et dont
la
liberté n'aura rien à redouter. Combien y a-t-il encore
de
catholiques pour défendre l'inquisition? Combien, après
le
voyage du roi d'Italie à Bologne, pour revendiquer encore le
pouvoir
temporel? Peut-être le temps n'est-il pas éloigné
où,
chez nous, comme en Amérique, personne ne doutera de la
sincérité
des catholiques lorsqu'ils se placeront sous l'égide de la
liberté.
Certes, ce sera toujours l'honneur de l'Eglise du Christ d'avoir
affirmé
constamment la supériorité du domaine spirituel sur le
domaine
temporel, mais cette vérité a pu avoir dans un
état
social différent du nôtre des applications
désormais
périmées: le droit qu'en ont voulu tirer certains papes
de
déposer les souverains, n'a plus pour nous qu'un.
intérêt
historique. Nous sommes sur ce point de l'avis de Fénelon
écrivant
pour le duc de Bourgogne: «Le .prince est laïque et soumis
aux
pasteurs pour le spirituel comme le dernier laïque, s'il veut
être
chrétien. Les pasteurs sont soumis aux princes pour le temporel,
comme les derniers sujets: ils doivent l'exemple. » N'est-ce pas
là la paraphrase du précepte : « Rendez à
César
ce qui est à César »? Et quel sens peut donc avoir
pour nous cette affirmation de la supériorité du
spirituel
sur le temporel. sinon que rien ne prévaut contre la loi de la
conscience?
Comprendre et prêcher ainsi la dignité souveraine de la
conscience
humaine, .n'est-ce pas prêcher le respect non seulement de sa
conscience
propre, mais de toutes les consciences sincères, n'est-ce pas.
travailler
à cette grande fraternité des âmes, source de la
vraie
tolérance et de la vraie liberté?
Un savant catholique, dont la loyauté et la modération
sont
connues de tous, M. Alfred Baudrillart, conclut ainsi son plaidoyer
pour
le Concordat :
« Il en sera de la loi sur la Séparation comme de la loi
sur
les associations religieuses; tous ceux qui ont cru à un
degré
quelconque à la bonne foi du gouvernement en ont
été
les dupes et les victimes; si les catholiques peuvent passer à
travers
les mailles de la loi, on resserrera les mailles et voilà tout.
Nous savons comment fonctionne la machine législative et quelles
garanties peuvent présenter des lois que l'on modifie chaque
jour
au gré des passions de la majorité. Donc ce sera la
persécution
et la guerre. »
A ces paroles, certains républicains de gauche, dont je parlais
tout à l'heure, semblent bien vouloir donner raison; s'ils
désirent
voir voter au plus tôt le projet relativement libéral
adopté
par la Chambre des députés, c'est avec
l'arrière-pensée
qu'il sera dans la suite aggravé. M. Henry Bérenger, par
exemple, ne se lasse pas de nous avertir que ce projet n'est qu'une
première
étape et que « la bataille ne fait que commencer ».
La majorité qui sera bientôt envoyée au Parlement
suivra-t-elle
ces violents? C'est possible: les violents ont souvent raison des
timides.
Mais M. Baudrillart croit-il qu'il ne serait pas aussi facile à
une majorité sectaire de molester les catholiques sous le
régime
concordataire?
Ce
qui
est vrai, c'est que la manière dont seront traités les
catholiques
dépendra, pour une bonne part, de leur conduite après 1a
Séparation. S'ils renoncent une bonne fois à la
chimère
d'un parti politique confessionnel, s'ils font ce qui est en eux pour
introduire
dans l'esprit public la distinction des intérêts temporels
et de la religion, s'ils comprennent les exemples de simplicité
chrétienne et de bonté d'un Pape, qui n'est
peut-être
ni un profond politique, ni un grand savant, mais dont l'ambition est
d'être
le serviteur de ses frères les plus humbles, s'ils se consacrent
de plus en plus au soulagement de ceux qui souffrent, ils auront vite
fait
de gagner la sympathie de tous les esprits libéraux et, peu
à
peu, une détente se produira dans ce pays trop longtemps
divisé
par la haine. L'Eglise pourra reprendre auprès de tous son
action
bienfaisante; les petits redeviendront son point d'appui; elle ne
rêvera
plus d'occuper une place officielle, ni de haranguer des ministres: elle
sera pauvre, mais libre.
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Les
Israélites
et la Séparation.
L'Univers Israélite nous apprend que le consistoire central
s'est
occupé, au cours de ses dernières séances, de la
séparation
des Eglises et de l'Etat.
La question a été posée de savoir s'il devait
adresser
des réclamations au Sénat, au sujet des dispositions du
projet
que loi voté parla Chambre qui sont de nature à
créer
des entraves au culte israélite.
Après une longue discussion, il s'est prononcé à
une
grande majorité pour la négative en ce qui concerne
celles
de ses dispositions qui sont applicables à tous les cultes sans
distinction et qui ont été voulues par la Chambre comme
répondant
aux idées générales dont ses votes se sont
inspirés.
Mais quant à celles qui lèsent uniquement et
exclusivement
le culte israélite et qui n'ont été introduites
dans
le projet de loi que par suite d'erreurs ou de malentendus, parce que
la
Chambre Ignorait les conditions particulières où le culte
israélite est placé en France, le consistoire central a
décidé,
par 6 voix contre 5, qu'il convenait de prier le ministre des cultes de
les signaler à l'attention du Sénat.
Une note portant sur les points suivants a été
envoyée
au ministre des Cultes et au président de la Commission,
M.
Vallé
:
"1° L'article du projet de loi qui, dans les villes de plus de
20.000
habitants, exige, pour la constitution des associations cultuelles, un
minimum de 25 personnes, peut entraîner la disparition d'un
certain
nombre de communautés israélites;
"2° Aux termes de l'article 9 du projet de loi, les ministres du
culte
qui n'auront pas droit à une pension de retraite recevront des
allocations
pendant quatre ans; mais dans les communes de moins de 1.000 habitants,
la durée de ces allocations sera de huit ans.
Cette dernière disposition, qui a pour but de favoriser les
paroisses
ou les communautés pauvres, profitera à l'immense
majorité
des prêtres catholiques. Mais comme il n'y a pas une seule
communauté
israélite dans les communes de moins de 1.000 habitants, aucun
ministre
du culte israélite, même parmi ceux qui exercent leurs
fonctions
dans les communautés les plus dénuées de
ressources,
ne pourra en tirer avantage;
"3° Par suite d'une erreur, la Chambre a exclu les professeurs du
séminaire
israélite du bénéfice de la disposition qui a
accordé
des pensions de retraite aux professeurs des Facultés de
théologie
protestante;
"4° Il Y a une sorte de contradiction entre l'article 2 du c.
projet,
qui autorise l'inscription au budget de l'Etat, des départements
et des 'communes des dépenses relatives aux services
d'aumônerie
dans les lycées, collèges, etc., et l'article 9, qui
interdit
aux ministres du Culte de cumuler une pension de retraite avec tout
autre
traitement alloué à un titre quelconque par l'Etat, les
départements
et les communes.
II faut que ces deux articles soient mis en concordance; !'un, avec
l'autre!
si on ne veut pas que les aumôniers israélites
disparaissent
dans un certain nombre de lycées
et
de
collèges.
L'Alliance
des
grands Séminaires.
« L'alliance des grands séminaires", constituée
à
l'Institut catholique de Paris sous la présidence de Mgr
Péchenard
et avec l'approbation du cardinal Richard, n'a pu obtenir
l'adhésion
de tous les intéressés. Jusqu'à ce jour,
l'alliance
n'existe qu'entre trente-sept grands séminaires. La plupart des
autres, dit la Semaine Religieuse d'Albi, ont répondu en
sollicitant
des explications complémentaires. Une demi-douzaine ont
refusé
d'entrer dans les cadres de la nouvelle organisation, dont les
promoteurs
principaux sont l'abbé Garriquet, supérieur
général
de Saint-Sulpice, et M. l'abbé Guibert, supérieur de
l'Ecole
des Carmes.
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SAINT-SIÈGE
et ITALIE: Le mariage religieux.
Pie X vient d'ordonner la révision de la législation
relative
au mariage religieux, aux cas de dispense et de nullité. Les
demandes
d'annulations arrivent, en effet, de plus en plus nombreuses à
Rome,
et elles émanent généralement de la haute
bourgeoisie
et de l'aristocratie. Le nouveau Pontife, épris de droiture et
de
simplicité, entend, au contraire, que ces tentatives de divorce,
que les intéressés essaient de mettre sur le compte de
l'Eglise,
soient soumises à une législation des plus rigides; en
d'autres
termes, que les tribunaux ecclésiastiques soient de moins en
'moins
accessibles à des sollicitations de cette sorte.
Les
Progrès
du Kantisme.
La
Civitta
Cattolica, constatant les progrès du kantisme chez les
catholiques,
attribue la faveur de cette philosophie aux
«exagérations»
et aux « légèretés» des
éducateurs
thomistes. Leurs leçons « ne jetant point de profondes
racines
dans les jeunes intelligences, la séduction des
nouveautés
les gagna sans peine, et ils n'eurent plus que du mépris pour la
simplicité et l'austérité d'Aristote. » La
Civitta
estime qu'« il ne faudrait pas s'imaginer, comme le font
quelques-uns,
que la restauration thomistique entreprise par Léon XIII ait
assuré
à jamais parmi nous le triomphe de la philosophie
d'Aristote».
Le
Pouvoir temporel.
On est vivement irrité au Quirinal contre l'archiduc
héritier
François-Ferdinand qui vient, une fois de plus, d'envoyer son
adhésion
au congrès des catholiques autrichiens où a
été
votée, comme à l'ordinaire, une motion en faveur du
rétablissement
du pouvoir temporel. On considère l'acte du futur empereur
d'Autriche
comme une offense faite au sentiment national italien., et une offense
d'autant plus grave qu'elle est systématique et qu'elle se
reproduit
chaque année. Et l'on note, à ce propos, que ni
François-Joseph,
ni les autres archiducs ne sentent le besoin d'exprimer des vœux pour
le
pouvoir temporel; seul l'archiduc héritier tient à faire
savoir quels sont ses sentiments envers l'Italie et son unité
politique.
On s'attend à ce que la question soit portée à la
Chambre italienne, comme cela fut déjà fait autrefois,
mais
on sait d'avance que cela ne servira qu'à faire constater une
fois
de plus combien est illusoire l'alliance officielle entre l'Autriche et
l'Italie.

ALLEMAGNE:
La Natalité allemande.
Les chiffres officiels les plus récents démontrent que,
dans
la Prusse agricole, comme à Berlin, la famille allemande a perdu
sa légendaire fécondité. Seuls, les ouvriers
restent
fidèles à la « tradition» et continuent de
croître
et de multiplier, comme les y invitait le célèbre
agitateur
socialiste Ferdinand, Lasalle qui, d'ailleurs, mourut lui-même
célibataire.
Quelques chiffres illustreront ce fait important: le recul de la
natalité
allemande. Le nombre des naissances pour l'Allemagne entière
s'élevait
en 1873 à 41,7 pour 1.000 habitants. Il était
tombé
en 1888 à 38,1. En 1903, il n'était plus en Prusse que de
34,7. L'Allemagne continue, malgré tout, d'être plus
prolifique
que la France où, d'après un récent rapport de M.
Jacques Bertillon, le nombre des naissances n'atteignit en 1904 que
818,229,
le chiffre le plus bas qui ait été constaté depuis
que la statistique existe: il n'en résulte pas moins que la
natalité
diminue en Allemagne avec une grande rapidité. Le Reichsbote
s'en
afflige et dénonce la « décadence germanique"
imminente:
« En trente et un ans, écrit-il, nous gommes tombés
de 7 pour 1.000, chute assez considérable. En France, la chute a
été moins rapide. Dans ce dernier pays, le chiffre des
naissances
est tombé entre 1770 et 1888, soit en cent dix ans, de 38
à
24,5, soit d'environ 14. Mais les Français ont mis
cinquante-cinq
ans à subir le même recul que nous en trente et un ans."

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