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Première  année, Numéro 06
VENDREDI 1er DECEMBRE 1905
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE








J.-M. GROSJEAN . . . .  Un Métaphysicien lyonnais:   Arthur Hannequin.
Auguste CHOLAT . . . .
 Vers l'Eglise Libre
Alfred ROUSSEL . . . . .
  Correspondance inédite de Lamennais
 et de l'abbé Guéranger (1829-1832) (fin)
Dom BESSE . . . . . . . .
La Décentralisation des Etudes historiques.

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    France: Silence menaçant. - Le Pacte de Bordeaux. -  Nouveaux Modes électoraux. - Un Concile national. -  La bonne Presse. - La Démocratie chrétienne. - Le Lycée gratuit, - Le cardinal Lecot et M. Clemenceau. -  Les Protestants et la Séparation. - Les Israélites et la Séparation. - L'Alliance des grands Séminaires. - Saint-Siège et Italie: Le Mariage religieux. - Les Progrès du Kantisme. - Le Pouvoir temporel. - Allemagne: La Natalité allemande. - Une Ligue anti-duelliste - Pour les juifs russes. - Angleterre: Les Sans-Travail. - Autriche: Le Congrès catholique. - Etats-Unis: Socialisme municipal, - Hollande : Future République. - Indochine: La justice en Cochinchine. - Portugal: Succès républicain. - Suisse: Déroute des Socialistes. 
REVUE DES PÉRIODIQUES
Le Clergé et la Crise actuelle. - De l'abus des Dévotions (Annales de Philosophie chrétienne), - La Morale sans Dieu (La Revue). - L'Œuvre de demain (Il momento). - Un Péril national (L'Energie Française). - Les Retraites ouvrières en Allemagne et en France (L'Economiste Français). 
 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Un Santo, par A. Fogazzaro. - L'Agonie du Catholicisme, par M. le Dr Marcel Rifaux. - Comment s'en vont les Reines, par Mme Colette Yver.  

    « DEMAIN » laisse à ses collaborateurs avec la plus grande liberté de s'exprimer, l'entière responsabilité de leurs opinions.
UN MÉTAPHYSICIEN LYONNAIS: 
Arthur HANNEQUIN
    Il avait pris l'habitude, ces dernières années, de partir de sa petite maison de Caluire pour un village de la Marne, un peu avant ses collègues et ses étudiants, le gros du travail universitaire fait, ses pauvres forces depuis longtemps à bout. On le savait malade, traîtreusement atteint au début d'une grande carrière de professeur, - ni abattu pourtant, ni plaintif, - essayant bravement d'arracher encore un peu de vie à la mort qu'il entendait venir, de quoi passer le meilleur de sa pensée à des disciples attentifs, donner lui aussi à ceux si nombreux qui l'aimaient, de son âme très tendre et très aimante, bien faire un peu de temps son métier d'homme .et apprendre à quelques autres à faire comme lui.
  Ses voisins, les travailleurs du quai de Saône, le personnel des trams et des bateaux de Fontaine, le connaissaient et s'intéressaient à lui. J'entendais un jour un vieux mécanicien, surpris de ne plus le voir depuis des semaines, me dire: "C'est un brave homme, celui-là! » Il était avec eux affable,  familier, prenant sa part de leur vie chétive et âpre. Il mettait de bon cœur, - rêvant ardemment d'un temps prochain où ceux qui peinent auraient moins à peiner, où les parts seraient moins inégales, - sa fine main d'artiste dans leur rude main d'ouvrier. En le voyant s'en aller, un matin de juin, les yeux cernés, les joues pâlies et tirées, légèrement penché sur le côté blessé, fiévreux dans un
manteau de voyage, haletant de l'effort fait dans la voiture qui l'emmenait à Vaise, tout  aussi sincèrement que ses étudiants qui regrettaient le professeur éloquent et adoré, que ses collègues de la Faculté «qui ne manquaient jamais d'aller le  consulter toutes les fois qu'une question grave se posait », eux aussi, ses  humbles amis de la rue, s'inquiétaient et murmuraient tout bas des vœux de guérison et de retour. Et quand, au commencement de l'année scolaire, un  soir de novembre, le pauvre invalide réapparaissait, jamais guéri, mais plus droit, souriant de son bon sourire, refait par les longs repos, par l'accueil de ses camarades d'enfance, par les caresses de la  terre natale, le revoir de sa vieille maman et des choses aimées, c'était fête chez tous.
Hélas! Ceux-là qui le saluaient au départ de ce printemps l'attendront vainement cette fois dans les brumes de l'automne finissant. Le maître bienveillant et bienfaisant, l'ami sûr et délicat, « l'homme des bons conseils », ne reviendra pas. La mort l'a arrêté là-bas, à Pargny, le 5 juillet. II avait 48 ans. Le mal a mis quinze ans à briser le corps: ni la volonté, ni l'intelligence n'ont défailli une minute. Sa vie courte, laborieuse, angoissée par moments, fut simple, noble et féconde.
Elle lui a refusé quelques-uns des honneurs auxquels il avait droit. Professeur à la Faculté des Lettres de Lyon à 27 ans, correspondant de l'Institut, membre du Jury d'agrégation de philosophie, chevalier de la Légion d'honneur, la Sorbonne et le Collège de France lui réservaient une chaire à laquelle il n'a pas eu le temps d'arriver. Elle lui avait donné du moins le chaud foyer de douce et aimante tendresse que son cœur de tout jeune homme rêvait déjà sur les bancs du collège et auquel il avait paru sacrifier l'avenir avec l'Ecole normale. Elle lui donna encore d'avoir une pensée à lui - solitaire, profonde, rare, dédaigneuse des actualités ! attirantes - et de pouvoir la dire, d'écrire quelques-uns des livres qu'il portait en lui, d'être pour cette « gentille jeunesse française» de nos grandes écoles et de nos facultés, un excitateur d'âme, un inspirateur d'idéal, un éveilleur de conscience - et aussi, selon le juste témoignage de M. Clédat, « une lumière » pour beaucoup d'hommes et sur quelques-uns des plus obscurs et des plus inévitables problèmes de ce temps.
    D'autres diront ailleurs dans des revues de philosophie ce que fut l'homme, - il fut très grand et très bon, - et ce que vaut sa pensée et son œuvre - elle reste, quoique fragmentaire et mutilée, très digne d'être étudiée et de vivre. L'un de ceux qui ont prononcé à son sujet les paroles les plus peu de critique a pu effrayer; beaucoup de critiques devra rassurer. Ce n'est pas le plus souvent la raison qui nous manque; c est nous qui, apeurés et douteurs, manquons à la raison. Notre ombre nous fait peur.
   C'est bien là, je crois, les deux enseignements généraux qui se dégagent, pour nous, catholiques, de l'histoire de la philosophie telle qu'elle apparaissait à M. Hannequin.
   Savoir: premièrement, que la philosophie moderne, dans ses grandes lignes, est quelque chose de beaucoup plus un qu'on ne le dit, de sensiblement concordant, de définitif vraisemblablement, d'acquis aujourd'hui pour les esprits qui pensent et qui comptent, - un sorte de bloc intellectuel autrement cimenté et redoutable que le bloc politique, qu'on a maintes fois tenté de renverser, mais toujours en vain, dont il serait puéril et périlleux d'ignorer indéfiniment l'existence et de méconnaître la force;
    Et deuxièmement, que la critique, - c'est-à-dire la raison en exercice, - dont le nom est devenu un épouvantail pour certains, emportée par son propre mouvement, franchira toutes les limites qu'on avait espéré lui imposer, passera de l'histoire profane à l'histoire sacrée, des textes de nos classiques aux textes des livres saints, de l'histoire des religions à l'histoire de la religion chrétienne; que tout, dans un temps qui n'est déjà plus l'avenir, sera librement et sévèrement examiné, discuté, contrôlé, retourné, et qu'il n'y aura à exciper par devant le tribunal d'une science hautaine et prévenue, d'aucun privilège, d'aucune réserve en faveur d'aucun fait ou d'aucune conception. Aurait-il dit vrai celui qui écrivait dans des pages émues et courageuses ces paroles graves: «Cependant, que les catholiques s'y prêtent ou qu'ils y fassent obstacle par un verdict de condamnation, qui désormais serait un verdict sur eux-mêmes, la pensée achèvera son évolution. »
(A suivre)                 J.-M. GROSJEAN.



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Auguste CHOLAT:  "VERS L'ÉGLISE LIBRE"
    C'est en ces mots que M. Julien de Narfon a résumé l'espoir des catholiques et des libéraux qui, loin de redouter la Séparation, la voient arriver avec joie, qui l'attendent comme un acte de loyauté, comme une délivrance. Combien sont-ils ceux-là? Une poignée, ou bien une foule, ignorante de son nombre et de sa force; qui le dira? Il semble qu'à l'heure actuelle le pays se désintéresse d'un événement qui sera peut-être, du siècle nouveau, le plus grave, le plus fécond. 
   Chacun sait que la loi sera votée bientôt, que désormais toutes les protestations  seront vaines; pourquoi ferait-on au Sénat l'honneur de lire des discours déjà prononcés à la  Chambre; la Haute Assemblée n'a-t-elle pas son siège fait?
    Et puis, la Séparation attriste trop de gens. Les  prêtres voient avec peine arriver les difficultés matérielles et s'en aller l'ancienne routine qui leur fut si secourable: il leur faudra maintenant employer des méthodes nouvelles et les renouveler sans cesse, appuyer leur ministère sur des cadres neufs, ne plus compter enfin sur leur qualité de fonctionnaires, mais sur leur prédication morale et leur vie, pour justifier leur action sur les âmes.
    Pour les protestants, l'approche de la rupture a  fait naître un état de profond malaise et d'anxiété, qui s'est fait jour au Synode général officieux de Reims et s'est traduit par les discussions de ces derniers mois. L'union avec l'Etat était, pour le protestantisme français, la seule manière de conserver l'unité entre les orthodoxes qui se rattachent aux Synodes officieux et veulent maintenir dans son intégrité la déclaration de foi de 1872, les libéraux, adversaires de toute confession doctrinale et le parti du centre, qui fit naître, au sein même de la droite, le Synode d'Anduze (1879). L'union rompue, les protestants seront laissés à la logique du libre examen: l'émiettement.
    De leur côté, les républicains marchent sans enthousiasme vers une solution à laquelle ils se sont vus acculer et qui reste pour eux l'inconnu. Comment désormais persécuter une Eglise débarrassée d'entraves, sans aboutir à une lutte religieuse, à une guerre civile, dont il est difficile de prévoir l'issue; et certains rêvent déjà de nouvelles chaînes: quelque bon règlement d'administration publique, ou même quelque nouvelle loi habilement forgée. Certains autres, comme MM. Monis et Clemenceau, trouvent insuffisante la première étape que représente le projet de loi: ils voudraient supprimer toute période de transition et faire dès maintenant une séparation radicale et complète. L'article 4 surtout est leur cauchemar: ils ne peuvent admettre que, pour la dévolution des biens, l'Etat tienne compte de l'avis des évêques, ce qui leur semble une porte habilement ouverte à une entente officieuse avec l'Eglise. D'autres enfin pensent que la liberté fera naître ce parti clérical que le Concordat a toujours étouffé. Ils savent que depuis trente-cinq ans, il y a parmi les catholiques français, non seulement pour les questions dogmatiques, mais pour les plus infimes minuties, une véritable surenchère de  loyalisme romain, qui se traduira par une centralisation excessive et qui rendra peut-être inefficace la bienfaisante action des éléments libéraux. Leurs regards restent tournés vers cette glorieuse histoire de l'Eglise gallicane, qui' est une partie inaliénable du patrimoine national; volontiers, ils diraient avec M. Clemenceau: « Je ne veux pas d'associations cultuelles dont un Bossuet serait exclu. » Mais ils n'osent parler, car chez eux aussi il y a surenchère - surenchère d'anticléricalisme - et ils craignent de manquer le train. Ou bien s'ils parlent,  c'est trop tard, et il importe peu qu'ils se voilent la face et scindent leurs habits.
    Pour recueillir cette impression de tristesse, il  faut lire la brochure que vient de publier un ancien  disciple et ami de M. Waldeck-Rousseau, un vieux-républicain s'il en fût, M. J.-B. Galley (1) ; il faut  la lire parallèlement au livre de M. de Narfon, a. auquel elle semble faire écho:
        «Que, demain, l'Eglise soit plus forte, je dis que c'est l'évidence...
        «Les catholiques ont toujours craint de susciter  une dissension dans l'Eglise et de donner au pouvoir civil une occasion d'intervenir et aux impies  une occasion de se réjouir. Et on pourrait espérer qu'il va s'éveiller demain quelque sentiment d'individualisme local, de personnalité religieuse, que  l'épiscopat devra ménager? C'est bien plutôt le contraire qui se manifestera...
    « ...Les congrégations romaines auront désormais, dans la main, les évêchés de France, comme le ministre de l'Intérieur ses préfectures. Dans cette hiérarchie catholique personne ne parlera plus des bureaux de la rue Bellechasse. C'est à Rome que sera la toute puissante direction (p. 78). »
    Combien de républicains pensent tout bas ce que M. Galley vient de dire tout haut. Faire une Séparation libérale, comme on est en train de la faire, c'est enlever à l'Etat toutes ses garanties, lui donnant l'unique et ridicule compensation de la suppression du budget des cultes. Mais, d'autre part, ne pas la faire libérale, c'est trahir l'idéal républicain lui-même, en trahissant la liberté!
    C'est le dilemme, l'inéluctable dilemme.
   Vers l'Eglise libre!... Parmi les murmures des intérêts et des craintes, c'est le cri de la confiance en l'avenir que jette ce titre. Pusillanimes, pourquoi donc craignez-vous? Que petite est votre foi: vous, en l'Eglise, et vous, en la liberté?
Catholiques, vous vous étonnez d'être libres, vous vous lamentez de n'être plus enchaînés, vous vous demandez de quoi seront vêtus vos prêtres, de 
 
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 quoi ils se nourriront, lorsqu'ils ne seront plus salariés par vos ennemis; ne savez-vous pas quelle puissante génératrice d'énergie est la pauvreté? La prière et l'amour n'ont pas besoin de vos  somptueuses basiliques. Oubliez-vous qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de lier la parole de Dieu? Ouvrez les yeux et voyez dans quelle direction marche l'humanité: la liberté est désormais votre seule sauvegarde; recevez-la avec joie, comme la charte commune, intangible, de l'avenir, acceptez  en toutes les conséquences, aimez-la avec passion.
    On vous dira que nous ne sommes pas prêts à cette séparation, que nous manquons d'initiative, que nous sommes gent moutonnière. Vous répondrez en faisant effort pour acquérir les mœurs des hommes libres. On vous dira « qu'un peuple ne va pas impunément à l'encontre de ses traditions historiques » et vous répondrez: Un peuple ne se raidit pas impunément contre le sens de son évolution. Le sens de notre évolution à nous, le sens de l'évolution qui peu à peu entraînera l'humanité tout entière, c'est la séparation de plus en plus complète et radicale des choses de la religion et de celles de la politique. Certes, il est préférable que cette évolution soit lente et progressive, mais de quelque façon que les étapes en soient franchies, ce serait folie que de vouloir revenir en arrière. .
    Quant aux républicains, d'où pourraient venir leurs appréhensions? Craindraient-ils que l'Eglise ne redevienne toute-puissante et ne refuse ensuite aux autres cette liberté qui aurait fait sa force? Crainte vaine: le temps n'est plus où, par l'action politique, l'Eglise pourrait retrouver l'influence qu'elle a perdue; de plus en plus elle comprend la nécessité de ne pas compromettre son action propre .dans les combinaisons de la politique. Si l'influence du catholicisme doit augmenter, ce ne sera que par ses renouvellements intellectuels et moraux, garants d'une mentalité nouvelle: essentiellement progressive, et dont la liberté n'aura rien à redouter. Combien y a-t-il encore de catholiques pour défendre l'inquisition? Combien, après le voyage du roi d'Italie à Bologne, pour revendiquer encore le pouvoir temporel? Peut-être le temps n'est-il pas éloigné où, chez nous, comme en Amérique, personne ne doutera de la sincérité des catholiques lorsqu'ils se placeront sous l'égide de la liberté.
    Certes, ce sera toujours l'honneur de l'Eglise du Christ d'avoir affirmé constamment la supériorité du domaine spirituel sur le domaine temporel, mais cette vérité a pu avoir dans un état social différent du nôtre des applications désormais périmées: le droit qu'en ont voulu tirer certains papes de déposer les souverains, n'a plus pour nous qu'un. intérêt historique. Nous sommes sur ce point de l'avis de Fénelon écrivant pour le duc de Bourgogne: «Le .prince est laïque et soumis aux pasteurs pour le spirituel comme le dernier laïque, s'il veut être chrétien. Les pasteurs sont soumis aux princes pour le temporel, comme les derniers sujets: ils doivent l'exemple. » N'est-ce pas là la paraphrase du précepte : « Rendez à César ce qui est à César »? Et quel sens peut donc avoir pour nous cette affirmation de la supériorité du spirituel sur le temporel. sinon que rien ne prévaut contre la loi de la conscience? Comprendre et prêcher ainsi la dignité souveraine de la conscience humaine, .n'est-ce pas prêcher le respect non seulement de sa conscience propre, mais de toutes les consciences sincères, n'est-ce pas. travailler à cette grande fraternité des âmes, source de la vraie tolérance et de la vraie liberté?
    Un savant catholique, dont la loyauté et la modération sont connues de tous, M. Alfred Baudrillart, conclut ainsi son plaidoyer pour le Concordat :
    « Il en sera de la loi sur la Séparation comme de la loi sur les associations religieuses; tous ceux qui ont cru à un degré quelconque à la bonne foi du gouvernement en ont été les dupes et les victimes; si les catholiques peuvent passer à travers les mailles de la loi, on resserrera les mailles et voilà tout. Nous savons comment fonctionne la machine législative et quelles garanties peuvent présenter des lois que l'on modifie chaque jour au gré des passions de la majorité. Donc ce sera la persécution et la guerre. »
    A ces paroles, certains républicains de gauche, dont je parlais tout à l'heure, semblent bien vouloir donner raison; s'ils désirent voir voter au plus tôt le projet relativement libéral adopté par la Chambre des députés, c'est avec l'arrière-pensée qu'il sera dans la suite aggravé. M. Henry Bérenger, par exemple, ne se lasse pas de nous avertir que ce projet n'est qu'une première étape et que « la bataille ne fait que commencer ». La majorité qui sera bientôt envoyée au Parlement suivra-t-elle ces violents? C'est possible: les violents ont souvent raison des timides. Mais M. Baudrillart croit-il qu'il ne serait pas aussi facile à une majorité sectaire de molester les catholiques sous le régime concordataire?
Ce qui est vrai, c'est que la manière dont seront traités les catholiques dépendra, pour une bonne part, de leur conduite après 1a Séparation. S'ils renoncent une bonne fois à la chimère d'un parti politique confessionnel, s'ils font ce qui est en eux pour introduire dans l'esprit public la distinction des intérêts temporels et de la religion, s'ils comprennent les exemples de simplicité chrétienne et de bonté d'un Pape, qui n'est peut-être ni un profond politique, ni un grand savant, mais dont l'ambition est d'être le serviteur de ses frères les plus humbles, s'ils se consacrent de plus en plus au soulagement de ceux qui souffrent, ils auront vite fait de gagner la sympathie de tous les esprits libéraux et, peu à peu, une détente se produira dans ce pays trop longtemps divisé par la haine. L'Eglise pourra reprendre auprès de tous son action bienfaisante; les petits redeviendront son point d'appui; elle ne rêvera plus d'occuper une place officielle, ni de haranguer des ministres: elle sera pauvre, mais libre.

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Les Israélites et la Séparation.
    L'Univers Israélite nous apprend que le consistoire central s'est occupé, au cours de ses dernières séances, de la séparation des Eglises et de l'Etat. 
    La question a été posée de savoir s'il devait adresser des réclamations au Sénat, au sujet des dispositions du projet que loi voté parla Chambre qui sont de nature à créer des entraves au culte israélite.
    Après une longue discussion, il s'est prononcé à une grande majorité pour la négative en ce qui concerne celles de ses dispositions qui sont applicables à tous les cultes sans distinction et qui ont été voulues par la Chambre comme répondant aux idées générales dont ses votes se sont inspirés.
    Mais quant à celles qui lèsent uniquement et exclusivement le culte israélite et qui n'ont été introduites dans le projet de loi que par suite d'erreurs ou de malentendus, parce que la Chambre Ignorait les conditions particulières où le culte israélite est placé en France, le consistoire central a décidé, par 6 voix contre 5, qu'il convenait de prier le ministre des cultes de les signaler à l'attention du Sénat.
    Une note portant sur les points suivants a été envoyée au ministre des Cultes et au président de la Commission,  M. Vallé :
    "1° L'article du projet de loi qui, dans les villes de plus de 20.000 habitants, exige, pour la constitution des associations cultuelles, un minimum de 25 personnes, peut entraîner la disparition d'un certain nombre de communautés israélites;
    "2° Aux termes de l'article 9 du projet de loi, les ministres du culte qui n'auront pas droit à une pension de retraite recevront des allocations pendant quatre ans; mais dans les communes de moins de 1.000 habitants, la durée de ces allocations sera de huit ans.
    Cette dernière disposition, qui a pour but de favoriser les paroisses ou les communautés pauvres, profitera à l'immense majorité des prêtres catholiques. Mais comme il n'y a pas une seule communauté israélite dans les communes de moins de 1.000 habitants, aucun ministre du culte israélite, même parmi ceux qui exercent leurs fonctions dans les communautés les plus dénuées de ressources, ne pourra en tirer avantage;
    "3° Par suite d'une erreur, la Chambre a exclu les professeurs du séminaire israélite du bénéfice de la disposition qui a accordé des pensions de retraite aux professeurs des Facultés de théologie protestante;
    "4° Il Y a une sorte de contradiction entre l'article 2 du c. projet, qui autorise l'inscription au budget de l'Etat, des départements et des 'communes des dépenses relatives aux services d'aumônerie dans les lycées, collèges, etc., et l'article 9, qui interdit aux ministres du Culte de cumuler une pension de retraite avec tout autre traitement alloué à un titre quelconque par l'Etat, les départements et les communes.
    II faut que ces deux articles soient mis en concordance; !'un, avec l'autre! si on ne veut pas que les aumôniers israélites disparaissent dans un certain nombre de lycées
et de collèges.

L'Alliance des grands Séminaires.
    « L'alliance des grands séminaires", constituée à l'Institut catholique de Paris sous la présidence de Mgr Péchenard et avec l'approbation du cardinal Richard, n'a pu obtenir l'adhésion de tous les intéressés. Jusqu'à ce jour, l'alliance n'existe qu'entre trente-sept grands séminaires. La plupart des autres, dit la Semaine Religieuse d'Albi, ont  répondu en sollicitant des explications complémentaires. Une demi-douzaine ont refusé d'entrer dans les cadres de la nouvelle organisation, dont les promoteurs principaux sont  l'abbé Garriquet, supérieur général de Saint-Sulpice, et M. l'abbé Guibert, supérieur de l'Ecole des Carmes.
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SAINT-SIÈGE  et  ITALIE:  Le mariage religieux.
    Pie X vient d'ordonner la révision de la législation relative au mariage religieux, aux cas de dispense et de nullité. Les demandes d'annulations arrivent, en effet, de plus en plus nombreuses à Rome, et elles émanent généralement de la haute bourgeoisie et de l'aristocratie. Le nouveau Pontife, épris de droiture et de simplicité, entend, au contraire, que ces tentatives de divorce, que les intéressés essaient de mettre sur le compte de l'Eglise, soient soumises à une législation des plus rigides; en d'autres termes, que les tribunaux ecclésiastiques soient de moins en 'moins accessibles à des sollicitations de cette sorte.

Les Progrès du Kantisme.
La Civitta Cattolica, constatant les progrès du kantisme chez les catholiques, attribue la faveur de cette philosophie aux «exagérations» et aux « légèretés» des éducateurs thomistes. Leurs leçons « ne jetant point de profondes racines dans les jeunes intelligences, la séduction des nouveautés les gagna sans peine, et ils n'eurent plus que du mépris pour la simplicité et l'austérité d'Aristote. » La Civitta estime qu'« il ne faudrait pas s'imaginer, comme le font quelques-uns, que la restauration thomistique entreprise par Léon XIII ait assuré à jamais parmi nous le triomphe de la philosophie d'Aristote».

Le Pouvoir temporel.
    On est vivement irrité au Quirinal contre l'archiduc héritier François-Ferdinand qui vient, une fois de plus, d'envoyer son adhésion au congrès des catholiques autrichiens où a été votée, comme à l'ordinaire, une motion en faveur du rétablissement du pouvoir temporel. On considère l'acte du futur empereur d'Autriche comme une offense faite au sentiment national italien., et une offense d'autant plus grave qu'elle est systématique et qu'elle se reproduit chaque année. Et l'on note, à ce propos, que ni François-Joseph, ni les autres archiducs ne sentent le besoin d'exprimer des vœux pour le pouvoir temporel; seul l'archiduc héritier tient à faire savoir quels sont ses sentiments envers l'Italie et son unité politique. On s'attend à ce que la question soit portée à la Chambre italienne, comme cela fut déjà fait autrefois, mais on sait d'avance que cela ne servira qu'à faire constater une fois de plus combien est illusoire l'alliance officielle entre l'Autriche et l'Italie.

ALLEMAGNE: La Natalité allemande.
    Les chiffres officiels les plus récents démontrent que, dans la Prusse agricole, comme à Berlin, la famille allemande a perdu sa légendaire fécondité. Seuls, les ouvriers restent fidèles à la « tradition» et continuent de croître et de multiplier, comme les y invitait le célèbre agitateur socialiste Ferdinand, Lasalle qui, d'ailleurs, mourut lui-même célibataire. Quelques chiffres illustreront ce fait important: le recul de la natalité allemande. Le nombre des naissances pour l'Allemagne entière s'élevait en 1873 à 41,7 pour 1.000 habitants. Il était tombé en 1888 à 38,1. En 1903, il n'était plus en Prusse que de 34,7. L'Allemagne continue, malgré tout, d'être plus prolifique que la France où, d'après un récent rapport de M. Jacques Bertillon, le nombre des naissances n'atteignit en 1904 que 818,229, le chiffre le plus bas qui ait été constaté depuis que la statistique existe: il n'en résulte pas moins que la natalité diminue en Allemagne avec une grande rapidité. Le Reichsbote s'en afflige et dénonce la « décadence germanique" imminente: « En trente et un ans, écrit-il, nous gommes tombés de 7 pour 1.000, chute assez considérable. En France, la chute a été moins rapide. Dans ce dernier pays, le chiffre des naissances est tombé entre 1770 et 1888, soit en cent dix ans, de 38 à 24,5, soit d'environ 14. Mais les Français ont mis cinquante-cinq ans à subir le même recul que nous en trente et un ans."












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