Extrait
du discours prononcé par M. Edouard AYNARD,
dans la séance de la Chambre, du 29 novembre. Pascal (opuscules choisis). - Au pays de la Vie intense. UN
MÉTAPHYSICIEN
LYONNAIS: |
d'aspirations,
d'une lutte entre défenseurs des institutions et promoteurs des
régimes futurs; Ce choc des esprits conservateurs et des esprits
novateurs n'a rien d'inquiétant. Il est dans l'ordre. Il
faut
que la vie individuelle et sociale se débarrasse des formes
vieillies
et inutilisables au prix de secousses et. de déchirures, des
organismes
mieux adaptés. Il ne s'agit pas non plus de «
défaillances
momentanées, qui ne sont que la rançon de la
moralité.
Cela est de tous les hommes, de tous les temps et de tous les pays, et
la moralité n'est pas la sainteté ». Il n'y a pas
de
détresse aussi longtemps qu'on lutte. Il y a détresse
quand
on ne lutte plus, quand on s'abandonne soi-même, individu ou
peuple,
quand on laisse les défaillances devenir habituelles, quand on
se
fie aux événements, aux usages, aux routines, aux forces
d'inertie de toutes sortes qui nous entraînent, du soin de
résister
aux puissances de l'instinct, de la cupidité, de l'ambition des
peuples et des individus. Et c'est bien de cette détresse,
semble-t-il,
que les signes aujourd'hui abondent: accroissement effrayant et continu
de la criminalité depuis un demi-siècle,
énervement
et faiblesse de la répression. Démocrates, nous
méconnaissons
la
condition vitale de toute démocratie, « l'autorité
de la loi ». Nous n'avons plus même d'esprit public.
«
Nous l'avons remplacé par cette chose sans règle et
mobile
entre toutes, l'opinion publique, chose factice et changeante,
suscitée
le plus souvent ou retournée d'un jour à l'autre par des
irresponsables et qui fausse la relation normale de toute
autorité
et de toute liberté. » « Veulerie et
lâcheté,
voilà ce qu'accusent les mœurs d'en bas, de ces déchets
sociaux
qui sont les délinquants, et les mœurs d'en haut, des juges qui
condamnent, des électeurs qui votent, des élus qui
pérorent,
des bourgeois qui jouissent, et de nous tous, qui que nous soyons, qui
laissons se dissocier nos consciences personnelles, faute d'avoir le
courage
de nous reprendre nous-mêmes. » Chez beaucoup, tous les
dogmes
religieux, moraux, sociaux, politiques, esthétiques, sur
lesquels
l'individu, aux heures troubles trouvait à s'appuyer, nous
manquent
à la fois. Nous avons perdu notre conscience.
Les sociologues, il est vrai, ne nous demandent que de patienter un peu. Ils sont en. train de la remplacer. Ils ont découvert que les faits moraux sont des faits sociaux, et que les faits sociaux sont objet de recherche scientifique au même titre et par la même méthode que les autres faits. La morale, à leur dire, sera quelque jour prochain « un art comparable à la mécanique et à la médecine; cet art emploiera à l'amélioration des mœurs, et des institutions existantes la connaissance des lois sociologiques et psychologiques, comme la mécanique et la médecine utilisent la science des lois mathématiques, physiques, chimiques et biologiques ». Il ne faut décourager aucun effort. M. Hanne:quin, qui n'était pas un timide dans les batailles d'idées, estimait pourtant que tout ce grand et bruyant travail, - qui n'est pas. fait, qui ne sera pas fait de sitôt, qui n'est probablement pas faisable, - ne remédierait pas encore au mal. Et combien plus facile, plus à notre portée, plus sûr, !e véritable remède! Ne plus vouloir, ne plus savoir ce que nous voulons, voilà de quoi nous souffrons et de quoi nous pourrions mourir..
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| LES SYNDICATS JAUNES L'article que j'ai publié sous le titre Les Syndicats Jaunes dans cette Revue, à la date du 24 novembre 1905. a suscité une très vive émotion dans les divers milieux qui s'intéressent au mouvement syndical: de nombreuses protestations se sont élevées du côté des jaunes, visant soit les faits cités, soit les appréciations générales portées sur la constitution et le fonctionnement des syndicats jaunes; le Jaune, du 9 décembre dernier, a même publié sur mon compte un entrefilet dans lequel il n'a pas craint de dire que « jamais les attaques des journaux socialistes, cependant mensongères et venimeuses, ne montèrent jusqu'au degré de mauvaise foi où se place ce singulier professeur de droit ». Il n'entre pas dans mon dessein de relever ces violences, et celles-ci, pas plus que d'autres, ne réussiront à me faire départir de la conduite que doit toujours garder un chrétien et un homme d'études loyal et probe. Je tiens donc à déclarer, pour éviter toute interprétation mal fondée: 1° Que le versement de 100.000 francs fait par un groupement patronal lors de la fondation de la Bourse jaune est antérieur à la venue de M. Biétry, comme leader du mouvement des jaunes, et que celui-ci ne doit pas être confondu avec son prédécesseur, dont 'il a signalé les agissements louches; 2° Qu'il n'a jamais été dans mon intention, - et au surplus, aucune ligne; de mon article ne permet de le supposer, - d'incriminer l'attitude du Comité " directeur de la Fédération nationale des Jaunes de France... Cracovie, le 15 décembre 1905. Nous lisons dans le Recueil des Lois de la Russie que le pouvoir autocratique du tsar s'exerce dans l'organisation de l'Eglise. russe par le Saint Synode, établi par ce même pouvoir. « Ce principe, - affirme l'illustre romancier et philosophe russe M. Merejkoffsky, - est le nerf de la vie de l'Empire, l'axe autour duquel gravite tout le mécanisme de l'Etat ». Chaque membre du Synode, en entrant en fonctions, jure « de considérer le monarque de toutes les Russies, son gracieux souverain, "Comme l'arbitre suprême de ce Collège ecclésiastique ». Mais pour que ce serment ne tende point à devenir un reniement du Christ, « il faut admettre,. - ajoute. M. Merejkoffsky, - qu'il existe dans tous les cas possibles du passé, du présent et de l'avenir une identité infaillible, adéquate et absolue de la volonté du Christ avec celle du tsar. Par conséquent, « le tsar devient le pasteur suprême, l'archiprêtre, la tête visible de l'Eglise, le remplaçant du Christ lui-même ». |
Fidèle à ce serment, le Saint Synode, institué par
Pierre le Grand, fit de l'Eglise russe une esclave muette de l'Etat et
la réduisit au rôle honteux d'instrument de police, Il ne
peut donc être question de communauté de vues entre
l'Eglise
et la société. Aussi, les classes instruites de la Russie
professèrent, de tout temps, pour l'Eglise, un mépris
profond;
qui ne tarda pas à se changer en négation pure:
l'athéisme
peut être envisagé comme un des traits
caractéristiques
de la société russe. Pourtant, il ne serait pas juste de n'attribuer cet athéisme qu'à un mouvement de mécontentement et de réaction contre l'orthodoxie officielle. La source en est beaucoup plus profonde. Elle vient de l'esprit d'analyse, trait dominant de l'âme russe, lequel, sous l'influence des circonstances, a pris, peu à peu, la forme d'un hypercriticisme nihiliste. Herzen, le grand initiateur des courants révolutionnaires en Russie, a parfaitement caractérisé, autrefois, l'attitude de« l'intellectuel » russe, tant à l'égard de l'Europe que de sa propre patrie, lorsqu'il s'avisa de définir ainsi cet intellectuel : « l'homme de l'autre rive» (1). Cet « homme de l'autre rive - est, selon Herzen, « l'homme le plus indépendant du monde -; et c'est là sa supériorité sur l'Occidental, Il n'a pris aucune part au développement historique de l'Europe, aucune tradition ne l'y rattache, il la contemple sans sympathie « de l'autre rive -, grâce à quoi. il voit beaucoup plus clairement tous les mauvais côtés de: l'Europe et se laisse envahir beaucoup plus facilement par l'esprit de destruction. En un mot, il partage tous les doutes des Occidentaux, mais leur foi ne le réchauffe pas -.Et, de même, cet intellectuel russe ne saurait être retenu dans sa fougue destructive par le respect de son propre passé - d'autant moins que l'œuvre de Pierre le Grand, qui sert de point de départ à la Russie moderne; est basée sur l~ négation la plus féroce: de toute tradition nationale. L'Etat broie toute tentative libérale dans son étreinte de fer; la religion ordonne de courber le front non devant Dieu, mais devant son représentant terrestre: le tsar. Bref, d'un coté, l'Europe est étrangère au Russe; et e l'autre, les principes qui gouvernent son pays lui sont odieux. Il en résulta que le nihilisme devint l'expression naturelle de ses idées sur le monde. Mais, sous cette critique nihiliste, nous découvrons - et c'est aussi un trait distinctif de l'âme russe - une soif ardente de vérité religieuse. Maintes fois, on a justement remarqué que l'athéisme russe est une forme obscure et inconsciente du mysticisme et que le peuple russe, tout en étant - le plus athée, est aussi le plus mystique du monde.... |
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Mgr Mignot, archevêqie d'Albi, vient d'adresser à son clergé la note suivante: "L'article 9 de la loi sur la Séparation stipule que les fabriques continueront leurs fonctions, conformément aux règles qui les régissent, actuellement, au moins jusqu'à l'attribution de leurs biens aux associations cultuelles, attribution qui ne pourra commencer qu'un mois après .la publication du règlements d'administration publique, et qui devra être terminée au plus tard le 11 décembre 1906. MM. les Curés voudront bien inviter les Conseils de fabrique à. ne rien changer de leur gestion jusqu'à ce qu'ils reçoivent de nouvelles instructions de l'administration diocésaine. En attendant, nous invitons MM. les Curés à. préparer discrètement les éléments des associations qui devront prendre la suite des fabriques, (dans la .forme et les conditions qui seront déterminées ultérieurement par l'autorité ecclésiastique: Ces associations; dans notre pensée, ne devront tout d'abord comprendre qu'un nombre restreint de membres. Les membres actuels des Conseils de fabrique, y compris le curé, sont naturellement indiqués pour faire partie des associations futures. Le maire n'a plus aucun droit en raison de ses fonctions mais il est à souhaiter qu'il y figure à titre privé. Les femmes peuvent y entrer: il sera pourtant préférable, au moins au début, de s'adresser exclusivement aux chefs de famille. Il Le 16 décembre avait lieu, au Manège Saint-Paul, à Paris, un meeting de protestation contre les massacres de Russie. M. Anatole France a prononcé un discours. "La Révolution russe est une Révolution universelle, a-t-il déclaré. Elle a révélé au prolétariat du monde entier ses moyens et ses fins, sa force et ses destinées; Elle menace tous les despotisme, toutes les oppressions; toutes les exploitations de l'homme par l'homme. Tous les trônes en sont ébranlés. Dans la vieille Autriche, la Révolution gronde. En Allemagne, la social-démocratie; puissamment organisée, mais jusqu'ici placide et débonnaire, regarde du côté de Saint-Pétersbourg et de Moscou et commence à s'émouvoir. Bebel l'a dit au chance lier et aux députés de l'Empire, et le vieux socialiste a donné au conseiller du kaiser cet avis sinistre: "Réfléchissez : l'ébranlement révolutionnaire qui se produit en Russie retentit dans la conscience de l'ouvrier allemand. Mgr Turinaz, évêque de Nancy, a prescrit à ses prêtres de faire disparaître de la liturgie le Domine salvam fac Rempublicam. Le clergé de son diocèse priera désormais pour le pape. La Gazette de France qui. publie cette information, dit que la substitution a été faite dès dimanche aux offices de la cathédrale de Nancy. Mgr Fuzet, reçu récemment à l'Académie des Sciences , belles-lettres et arts de Rouen, a prononcé, à cette occasion, un discours sur l'Archevêché de Rouen à travers les siècles. Il a terminé sa harangue par ces mots : "Pour le salut des âmes, pou. le service de l'Eglise et de la patrie, nous ne nous résignerons pas à périr avec ce qui disparaît. Nous saurons reconnaître les évoluions nécessaires. Se transformer n'est pas mourir: rien ne meurt de qui est immortel." *** La Religion et la Politique. . Mgr Bonnefoy, archevêque d'Aix, dans une récente, interview publiée par le Gaulois, adjure les catholiques de ne pas Il se jeter dans la mêlée des partis. Il leur rappelle que la religion a tout à perdre à confondre ses intérêts avec des intérêts politiques, quels qu'ils soient. La traite des noirs ne pouvait être poursuivie qu'en vertu des lois du 8 mars 1831 et du 27 avril 1848. La première vise uniquement la traite maritime; la seconde, plus générale, s'applique à tous les faits de traite caractérisée, mais ne dicte comme sanction que la perte de la qualité de Français. Il est indispensable de combler au plus tôt la lacune existant dans notre législation.. L'Aurore, journal quotidien dirigé par M. Clemenceau, publie dans son numéro du 24 décembre, la traduction d'une lettre de Maxime Gorki. En voici quelques extraits : "De divers côtés, j'ai reçu des lettres écrites sur un ton gémissant et hystérique: "Qu'est-il arrivé à ce bon peuple russe., pourquoi s'est-il soudain transformé en une brute sanguinaire? ", demande une dame qui m'a envoyé |
une
épître sur du magnifique papier parfumé. "Christ et
son Evangile sont oubliés, la doctrine de l'amour est
foulée
aux pieds, il n'y a plus de respect pour le prochain!", annonce
tristement
M. F..., "membre de la noblesse de Soum" Je ne puis répondre à chacun en détail : je vais le faire d'une seule fois. Les Jours de représailles sont venus. Messieurs, les jours où vous êtes obligés de payer pour votre criminelle indifférence envers la vie du peuple.. Tout ce qui vous inquiète, tout ce que vous pensez, vous l'avez mérité.. Je ne puis vous dire et vous souhaiter! qu'une seule chose, c'est que vos cœurs soient glacés par l'effroi, que les cauchemars oppressent votre sommeil, que toutes les cruautés, les folies qui se commettent dans notre pays vous brûlent comme du feu, vous en êtes dignes. Et vous, Madame, vous voulez savoir ce qui est arrivé au peuple? Il a perdu patience, simplement. Continuellement vous lui avez pris son travail, son dernier morceau de pain, vous l'avez dépouillé ingénument, sans, souci, sans vous rendre compte de vos actes; vous avez vécu sans vous demander qui vous faisait vivre, Vous avez aigri le pauvre et l'affamé par la richesse de vos parures; à la campagne, vous regardiez les moujiks comme des êtres de race inférieure. Et ils l'ont compris. Ils sont assez sensitifs et pas trop méchants; pourtant, : Vous êtes parvenue à les irriter. Vous saviez, vous ne pouviez pas ne pas savoir comment vit le moujik. Celui qui est battu se vengera tôt ou tard, celui dont on n'a pas eu pitié n'aura pas pitié non plus, c'est naturel, ou, ce qui est pire, c'est juste. Ecoutez-moi, ce qui est terrible, ce n'est pas que le paysan frappe impitoyablement, c'est qu'il est impossible qu'il en soit autrement. Comment pouvez-vous espérer trouver la compassion dans un cœur ou vous avez semé là haine? A Kiev, le bon peuple russe a jeté une institutrice par les fenêtres de la maison Brodsky et a soigneusement épargné un canari dans sa cage. Pensez à cela! Un petit oiselet jaune a excité quelque chose comme de la compassion, tandis qu'on lançait à la rue une créature humaine. Il y a donc de l'humanité dans le peuple mais l'homme n'en paraît pas digne. Voilà où sont l'horreur et la tragédie! . Une grave et délicate question va se poser devant la conscience des catholiques français. Rome devra y répondre et peut-être même le résoudre. Il s'agit de savoir dans quelle mesure une prérogative honorifique dont la France catholique fait si royalement les frais pourra nous être ôtée, même si le Gouvernement français y condescend avec le dédain qu'il met à laisser périmer toutes nos traditions lorsqu'elles sont religieuses, et même si la France catholique continue à payer une gloire qui reluirait désormais sur le front d'autrui. La Séparation des Eglises et de l'Etat impliquait. à tel point la rupture des rapports diplomatiques de la République française avec le Saint-Siège, que le rappel officieux de M; Nisard a précédé la discussion du projet de loi. Cette rupture appelle, à son tour, la révocation du mandat séculaire que 1a France tenait, Sinon directement, du moins Indirectement, de la papauté. Le protectorat de la France sur les chrétiens d'Orient dépend, en fait, de la bonne volonté du Saint-Siège. On objecte en vain que "les capitulations, celles de 1535, de 1740, de 1802, furent conclues et signées entre puissances civiles, que nos agents ne tiennent point de l'Eglise le droit de représenter devant les autorités ottomanes les intérêts des communautés religieuses, quelque que soit leur nationalité, que la signature du Saint - Siège ne fut pas plus posée au bas du traité intervenu, en 1535, entre François le, et Soliman le Magnifique qu'elle n'apostilla, en 1878, au Congrès de Berlin, l'article 62 du Règlement international, article qui reconnut formellement, sur la demande de M. Waddington, la situation exceptionnelle et "les droits acquis" de la France sur le terrain du protectorat religieux. On ne protège pas ]es gens malgré eux. Et les droits de la France tomberont à l'état de pure théorie juridique, le jour où. sur l'ordre du Vatican, les établissements religieux étrangers cesseront de faire appel aux bons offices de nos agents diplomatiques. Or, l'éventualité en est imminente, si l'on s'en rapporte, sinon aux menaces, du moins aux avertissements d'un comminatoire très contenu qui forment la conclusion du Livre Blanc pontifical. Au surplus, le Gouvernement français semble faire allègrement son deuil de cet héritage. Depuis le 24 janvier dernier jour où, pour la dernière fois, le ministre des Affaires étrangères (c'était M. Delcassé) réclama, au cours de la discussion du budget, le maintien des crédits pour l'ambassade du Vatican, la France officielle a abdiqué son rôle de grande puissance catholique. Elle a même abdiqué son rôle d'Etat catholique tout court. "La France, issue de la Révolution française, - déclara ce jour-là M. Mesureur, président de la Commission du budget,. - n'est pas une nation catholique ». Et M. Sembat, se levant, ajouta: "Le Gouvernement de la République française ne peut donc pas être un gouvernement catholique.» Moins d'un an après, la rupture était consommée. Et voici que le Gouvernement français n'attend pas même d'être dépossédé de ses derniers droits. Il les vend. En vertu d'un accord conclu, il y a quelques jours, entre le France et l'Italie, cette dernière reprend la protection de ses nationaux en Orient.... |
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| WALT
WHITMAN L'Amérique ne passe pas pour être le pays des poètes. Elle en a produit cependant un qui n'est ni Emerson, ni Edgar Poe, ni Longfellow. Walt Whitman est peu connu en France. Avons-nous à apprendre quelque chose du poète de la démocratie américaine? Au moins ceci: que l'existence du poète idéaliste est possible dans la démocratie la plus moderne et ne apparence la plus utilitaire... Les admirateurs de Walt Whitman se comptent par milliers en Amérique. ... Mais enfin à trente-cinq ans, il n'avait rien fait pour se distinguer de la foule. Il n'était plus journaliste, ayant repris tranquillement le métier de son père. C'était un charpentier amateur qui prenait volontiers des vacances quand il avait fini une de ces petites maisons de bois dont se couvrait alors New-York, un charpentier qui lisait Homère et Tennyson à ses heures et allait au théâtre mais enfin un simple, un homme du peuple adoré de ses camarades pour sa franchise, sa bonne humeur... ...Pour devenir un poète, il suffit souvent d'oser parler. C'est littéralement œ qui arriva à Walt Whitman. Il avait toute la naïveté d'un ignorant, qui, ne sachant rien, ne se demande pas s'il reste quelque chose à dire, l'enthousiasme de la jeune Amérique qui croit que le monde entier a les veux fixés sur elle. C'est ce qu'il faut pour être un sot ou un grand poète. Walt Whitman fut un grand poète. Comme il ne savait pas faire les vers, il n'écrivit pas de vers, mai. une sorte de prose poétique, rythmée et coupée suivant l'essor de la pensée, souvent vulgaire et souvent parfaite Il dit ses rêves et ses pensées avec une simplicité, un appel direct à notre sensibilité dont il y a peu d'exemples. Nos poètes sont chargés de réminiscences, paralysés par des maniérismes, des pudeurs d'expression, des conventions de sentiment. Whitman n'eut rien de tout cela, parce qu'il ignorait à peu près tout. ses défauts furent à lui. Chez lui, du reste, la forme n'est rien, il n'est pas un artiste, mais un penseur. Il n'est pas « fier de ses chants », dit-il, « les mots de mon livre ne sont rien, le sens est tout ». Il ne raconte pas l'histoire du passé mais « l'histoire de l'avenir ». Il n'apporte pas une religion nouvelle ni un projet d'institutions nouvelles, seulement "l'institution du profond amour des camarades). Ainsi, ce n'est pas la forme qu'il faut goûter, c'est la pensée qu'il faut essayer de saisir. Ses thèmes principaux sont les suivants: La liberté: elle a été la condition, la raison l'être de l'établissement des Etats-Unis, elle doit ester. Les Etats-Unis ne se développant pas à part le l'Europe, mais recevant continuellement par l'immigration des populations entières, venues du monde entier, l'Amérique est tenue à. la tolérance et à la liberté dans les rapports entre les races et les religions. C'est l'âme des Etats-Unis; mais les Etats-Unis ne sont qu'un symbole de l'humanité moderne qui ne peut vivre que dans la liberté, L'amour: la démocratie ne se comprend pas, n'existe pas sans fraternité, Les Etats-Unis sont une association de pays très divers qui, leur liberté sauve, doivent s'aimer, Et ceci encore n'est qu'un symbole : la personnalité ne se développe que dans l'amitié ou l'amour. Walt Whitman a la passion de l'amitié à ses deux degrés, l'amitié personnelle, le loyalisme qui choisit une personnalité dans un rang quelconque, pour se donner à elle,... Paris, 10 février, 1906. Les élections anglaises sont terminées: la victoire des libéraux est éclatante. Le nouveau Parlement comptera 376 libéraux proprement dits, 53 membres du parti ouvrier, dont 24 libéraux-ouvriers, et 29 représentants du parti ouvrier indépendant. Les nationalistes irlandais reviennent au nombre de 83; les conservateurs seront 155. II faut remonter bien loin en arrière, jusqu'à l'année 1832, pour retrouver un pareil triomphe des libéraux. En 1892, leur majorité n'était que de 40 voix; en 1~85, elle avait été de 116 voix; Cette fois, la majorité anti-conservatrice est de 357 voix, et la majorité purement libérale, sur tous les autres partis réunis; de 85 suffrages, que les résultats des trois dernières élections qui restent à faire (deux pour les Universités écossaises, une pour les Orkney et Shetland) laissent acquis dès maintenant à une ou deux voix près. Ainsi, les libéraux sont assurés d'une majorité considérable, en dehors de l'appui onéreux du parti irlandais et du parti ouvrier. Pour se servir d'une expression de M. Asquith: "Les libéraux sont les maîtres dans leur propre maison. » Ce sera la première fois depuis longtemps, car leurs majorités précédentes avaient toujours été plus ou moins à la merci d'alliés compromettants. La situation parlementaire paraît désormais très nette et dégagée de toute équivoque. Il reste à savoir l'usage que le parti gouvernemental compte faire du pouvoir qu'il prend dans des conditions exceptionnellement favorables. |
On connaît, dans leurs grandes lignes, les causes du désastre qui vient d'atteindre le parti conservateur. Elles sont multiples et nécessiteraient presque une étude à part. Mais puisqu'il faut nous borner à une énumération accompagnée d'un bref commentaire, disons tout de suite que la question du maintien du libre-échange et celle de l'introduction de la main-d'œuvre chinoise au Transvaal ont joué un rôle prépondérant dans la violente poussée radicale qui vient de se produire de l'autre côté du détroit. Les populations ouvrières, dont une grande partie avait été gagnée aux conservateurs en raison de leur programme démocratique, n'ont pas compris la théorie de M. Chamberlain qui leur affirme que le moyen de maintenir et même de relever le taux des salaires est d'assurer aux produits de l'industrie britannique un débouché dans les colonies, moyennant lin droit sur les produits alimentaires importés de l'étranger en Angleterre, afin de favoriser, en échange, l'entrée du blé canadien et du bétail australien ou néo-zélandais. La démocratie est peu raisonneuse; elle ne comprend pas les politiques a longue portée. Avec elle « un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ». Le protectionnisme, c'est le pain cher, et rien ne prévaut dans son esprit contre cette idée qu'il est facile de lui présenter d'une manière pittoresque et saisissante.. Et comme il n'y a pas en Angleterre de démocratie paysanne .et très peu d'agriculture, le protectionnisme apparaît, à première vue, ne devoir profiter qu'à une minorité de producteurs, propriétaires terriens, grands manufacturiers. Dès lors, il était clair que la cause d'un parti qui faisait de la question du protectionnisme sa principale affaire était perdue d'avance devant le tribunal de l'opinion. De même, cette question de la main-d'œuvre chinoise au Transvaal a eu un retentissement extraordinaire dans les masses profondes de la nation britannique. C'est en apparence seulement que les Anglais paraissent peu enclins à se laisser influencer par les idées doctrinales. Un peuple dans l'histoire duquel la religion tient autant de place que la politique, restera toujours accessible à certains arguments d'ordre sentimental. Que l'on se souvienne du mouvement évangélique qui se propagea à la fin du XVIIIe siècle et dont l'une des conséquences fut la campagne inlassable menée par Wilberforce en faveur de L'abolition de l'esclavage noir; Une partie sentiments qui avaient, à cette époque, si profondément remué l'âme anglaise, s'est réveillée aux accents enflammés des pasteurs dissidents, qui ont dénoncé « l'esclavage » jaune. C'est en vain que l'on a fait observer, avec quelque raison qu'il ne s'agissait nullement d'une servitude imposée, mais d'un contrat de louage; en vain que l'on a rappelé que les gouvernements libéraux ont eux-mêmes autorisé l'exportation des travailleurs indiens dans les colonies des Antilles, à l'île Maurice et à la Réunion. Une propagande effrénée a représenté le travailleur chinois enchaîné dans les ergastules et a fait craindre au travailleur anglais une concurrence pour l'avenir. On avait fait valoir, auprès de l'ouvrier anglais, la nécessité de conquérir en Afrique du Sud l'égalité pour tous les travailleurs blancs; or, voici que les propriétaires des usines entendent se soustraire aux justes exigences des travailleurs blancs et mettent ceux-ci dans un état d'infériorité manifeste vis-à-vis d'une catégorie spécial de manouvriers dont le salaire est soustrait sur les chantiers à la loi de l'offre et de. la demande. On les avait donc trompés. Et cette pensée d'avoir été dupes et complices d'une iniquité, a transporté d'indignation les masses ouvrières. . Il faut d'ailleurs reconnaître qu'en dehors de ces deux causes, qui ont puissamment contribué au triomphe des libéraux, la partie, de toute manière, était perdue depuis de longs mois pour les conservateurs. Ce n'est pas impunément qu'un ministère se maintient, pendant des années au pouvoir, en face d'une opposition désarmée et impuissante.. Les hommes s'usent vite au gouvernement. à notre époque. Les masses électorale sont impatientes et exigeantes. Le doute a vite fait de succéder dans leur esprit au premier mouvement de confiance. Puis, rien ne s'opposant à l'omnipotence de la majorité conservatrice, celle-ci s'est cru tout permis. Oublieuse des raisons de ses précédents succès, elle s'est inspirée de considérations d'ordre politique; elle a fait de la législation de classe; elle a justifié les attaques de ses adversaires qui accusaient de ne favoriser que les grandes influences sociales: l'Eglise, la ploutocratie financière. La. loi sur l'éducation a vivement froissé les adhérents des églises dissidentes si nombreux dans la petite et moyenne bourgeoisie; la loi sur les boissons a paru tenir un compte: trop grand des intérêts des grands distillateurs; la loi sur la main-d'œuvre chinoise, dont nous venons de parler, a paru imposée à un gouvernement docile par un groupe de grands financiers. A côté de cela, les réformes urgentes, telles que la réorganisation de l'armée, n'ont pu aboutir et la législation sociale qui avait valu leurs succès précédents aux conservateurs, a sommeillé. De plus, les dépenses ont augmenté prodigieusement depuis dix ans, pendant toute la durée du ministère Salisbury-Balfour: plus d'un milliard de francs! De graves problèmes, dont dépendent le bien-être matériel et moral d'une grande partie de la classe ouvrière, se sont posés, que le parti gouvernemental n'a pas eu le temps d'étudier, à la veille des élections,... |