Nos:
Première  année, Numéro 08
VENDREDI 15 DECEMBRE 19055
  SOMMAIRE:
Pierre de QUIRIELLE . . . . . . .   Pour les Eglises de France 
Mgr IRELAND, archevêque de Saint-Paul.
SEMENOWSKI,
curé
orthodoxe  de la cathédrale de Kronstadt

LIGNEUL, des Missions étrangères..
Xavier de SALAS, général d'artillerie,  Barcelone.
 La religion et la liberté de conscience dans les armées des principaux pays, Etats-Unis, Russie, Japon, Espagne
Antoine SALLÈS . . . . . . . . . . . .

  L'Action sociale de la Femme
Madeleine CARLIER . . . . . . . . .
Les Etudes religieuses et la Femme
J.-L. CORRANCE . . . . . . . . . . .
Le Protestantisme et la Démocratie

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    France: Les Retraites ouvrières. - Déclarations du cardinal Lecot. La Liquidation du Concordat. - Les Protestants et la Séparation. - Saint-Siège et Italie: Le Consistoire. -Pie X et la Pologne russe.- Les Démocrates chrétiens.- Allemagne: Le Discours de M. Bülow.  Les Evêques allemands. - Autriche: Les Protestants d'Autriche. -Belgique: L'Absinthe en Belgique. -Espagne: La Criminalité 'en Espagne. -Etats-Unis: L'Eglise et 1e Divorce aux Etats-Unis. -Russie: La Question agraire.
REVUE DES PERIODIQUES :
Les Réformes de l'Eglise (Rivista storico-critica delle science theologiche). - L'Université et les idées contemporaines (Revue de Fribourg). - L'Injustice du Droit moderne (Revue Bleue), etc., etc.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
« DEMAIN» laisse à. ses collaborateurs, avec la plus grande liberté de s'exprimer, l'entière responsabilité de leurs opinions.
POUR LES EGLISES DE FRANCE
Il ne faut pas se le dissimuler, pour l'immense majorité des Français, catholiques fervents, catholiques tièdes, catholiques,' franc-maçons, suivant 
l'expression originale et pittoresque de M. Clemenceau, fanatiques
  anticléricaux, la question de la Séparation se  résume dans la question des églises.
 Quel sera leur sort après le vote de la loi et dès que celle-ci  sera votée? Seront-elles encore ouvertes ou fermées? Seront-elles catholiques, schismatiques, ou désaffectées ? Le culte traditionnel se perpétuera-t-il aux lieux accoutumés, consacrés par l'immémoriale piété ,de tant de générations, par le merveilleux prestige de l'art et des souvenirs, ou sera-t-il contraint de se réfugier ailleurs. Ces églises elles-mêmes, sanctuaires toujours vénérables, monuments parfois sublimes, témoignage vivant et singulièrement émouvant de la foi antique, du génie de notre race, des mille liens qui rattachent encore le présent au passé chez ceux qui s'en doutent le moins, que deviendront-ils?
Seront-ils employés à des usages profanes, transformées en cathédrales de la libre-pensée'? Le public est incapable de comprendre les subtilités juridiques de la situation nouvelle; il ne se rend que très imparfaitement compte des charges pécuniaires qu'elle entraînera pour les catholiques. Mais incroyant; indifférent ou hostile, il se pose ces questions...
Qu'il y ait autre chose que sur la question des églises, cela est trop évident. Mais "que l'instinct du public le trompe tout à fait en y attachant une trop grande importance, en y voyant la pierre de touche de la loi nouvelle, 1e signe évident et palpable des effets qu'elle pourra avoir pour le catholicisme français, je ne saurais l'admettre. Il y a là un sentiment juste, infiniment respectable, bien supérieur aux calculs des politiciens, aux combinaisons des habiles, aux passions des violents, aux erreurs  des partis. Ce peuple, dont on escompte d'avance la déchristianisation et qui ne tient guère à  son passé qu'il ignore, paraît, tenir à ses églises, sans bien savoir tout ce qu'elles représentent. Pour lui, les catholiques seront plus forts s'ils s'y maintiennent plus faibles s'ils s'en éloignent. Son instinct l'avertit qu'il faut tout faire pour les conserver pour garder la place où les pères ont prié.
Ce sentiment n'a pas échappé aux auteurs de 1a loi de Séparation, et ils ont eu l'habileté d'en tenir' compte dans une certaine mesure. Sur ce' point, ils ont modifié quelque peu leurs intentions primitive. Le projet de M. de Préssensé, le premier qui ait été discuté sérieusement, celui que M. Gabriel Monod qualifiait de «cosaque", non seulement n'accordait pas aux fidèles la jouissance gratuite et légale des églises, mais leur défendait d'y tarifer: librement et au-dessus du prix actuel, les cérémonies privées du culte et la location des places. Il réservait d'en user pour les cérémonies dites civiques...

















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