Première
année, Numéro 10
VENDREDI
29 DECEMBRE
1905
SOMMAIRE:
Henri
BREMOND . .
|
Le
Primat de la conscience dans
la philosophie de
Newman
 |
Augustin
LEGER. . .
|
Correspondance:
Mœurs contemporaines |
| Hippolyte
HEMMER |
L'abbé
de Tourville, directeur de conscience |
INFORMATIONS
ET DOCUMENTS
France:
Décision à prendre. - L'Essai loyal de la loi de
Séparation.
- Le Discours du comte de Mun. - L'impôt du culte.- Un Discours
de
M. Doumer.- Saint-Siège et Italie: Le Livre
blanc.
-Contre le non expedit. - Une lettre de Mgr Bonomelli. - Allemagne
: Poussée révolutionnaire. - L'Indemnité des
membres
du Reichstag.- Angleterre: La Force démocratique.
- Les Catholiques anglais. - Un Parlement israélite. - Equateur:
La Situation de l'Eglise. - Espagne: La Propina. - Russie:
A Moscou.- Un Concile orthodoxe.- Suisse: La Campagne
contre
l'absinthe.- Pour les Protestants dispersés.

REVUE DES PERIODIQUES
Pour
l'Essai
loyal (Le Correspondant). - Ne redoutons pas la
Séparation (La
Quinzaine). - Le Devenir chrétien (Annales de Philosophie
chrétienne). - La Valeur scientifique d'Auguste Comte (Revue
de Métaphysique et de Morale). - Une Lettre de Gorki
(L'Aurore).
- Les Protestants et la Séparation (La Vie Nouvelle). -
Les
Fausses dévotions (Bulletin religieux du diocèse de
Tarentaise).
NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Les
Haines
contemporaine et le Devoir des catholiques, par M. l'abbé
Planeix.
- La Vie profonde, par Marc Sangnier. - Les Vraies idées du
Sillon,
par l'abbé Jean Desgranges.

LE PRIMAT DE
LA
CONSCIENCE,
Dans
la philosophie religieuse de Newman, notre collaborateur et ami, M.
Henri
Brémond publiera prochainement un important essai de biographie
psychologique de Newman. Il veut bien nous communiquer, pour les
lecteurs
de Demain, le chapitre de conclusions de cet ouvrage qui formera le
complément
et le couronnement de ses études antérieures sur
l'illustre
théologien. |
Sentiment
religieux, expérience chrétienne, réalisme
chrétien,
mille nuances dont aucune ne me paraît négligeable,
distinguent
les différents phénomènes de conscience que ces
Pauvres
mots tâchent de traduire. Personne néanmoins ne fera
difficulté
de reconnaître entre eux une sorte d'identité
foncière.
Il serait trop long de rappeler ici les lignes de la philosophie
religieuse
de Schleiermacher...
Lui-même
il nous explique en cent endroits de quelle façon nous devons
entendre
cet axiome. La Grammar of Assent a pour but de nous montrer que la
conscience
est le seul moyen d'arriver à connaître
religieusement
les vérités religieuses . Tout ce livre n'est qu'une
longue
définition de l'illative sense et cet illative sense est
le
nom que prend la conscience en quête de vérité
religieuse.
Mais
elle n'est pas seulement un principe de connaissance, elle
est
aussi la fin de toute religion, soit naturelle , soit
révélée.
Dogme et pratique, tout ce qui est proprement religieux, s'ordonne
nécessairement
à elle.
Parlant
d'un des dogmes auxquels il tenait le plus, il a dit lui-même :
«
Si la succession apostolique n'était pas un principe moral, elle
n'aurait plus de valeur (2)
Nous
voilà, dites-vous, en pleine morale indépendante, et, en
tout cas, aussi loin que possible de Schleiermacher. Sentiment
religieux,
réalisme chrétien, expérience chrétienne,
Newman
ne semble-t-il pas subordonner toutes ces activités
religieuses
à la simple conscience morale telle qu'un païen ou un
incrédule
le peuvent et le doivent avoir. Pour lui," en effet, la
conscience
morale, l'appréhension du bien à faire et du mal à
éviter n'est pas autre chose qu'un sentiment religieux,
qu'une
expérience chrétienne, qu'une « réalisation
» des dogmes chrétiens. Tous ces différents mots
ont
pour lui le même sens. Nous l'entendions tantôt
déclarer
nul un dogme quelconque qui ne se trouverait pas être aussi un
principe
moral, Ailleurs, il nous dit pareillement que dans la sélection
doctrinale qu'il a dû faire il s'est guidé sur son
expérience
de chrétien. « Dès le début; l'enseignement
de mes maîtres anglicans ne correspondait pas exactement à
mes propres expériences religieuses....
(1)
Newman ne semble pas avoir lu Herder mais il a été,
plus qu'il ne l'a cru lui-même, sous l'influence de Coleridge, ce
"Herder anglais" A ce propos qu'on me permette d'insister sur
l'importance
extraordinaire de Coleridge, C'est le magnifique précurseur de
tant
de pensées dont nous vivons tous aujourd'hui. |