Première
année, Numéro 14
VENDREDI
28 JANVIER
1906
SOMMAIRE:
J.-M.
BERNARD . . . .
|
Nouvelles
tendances en Morale Historique. |
Caietano
ORTIZ ?. . .
|
Les
Partis politiques en Espagne. |
H.-C.
CORRANCE . .
|
Les
Concordats et les Libertés gallicanes |
| Abbé
J. BARRALLON |
le
Protectorat et l'argent français |
Henri
BREMOND . . Chronique historique: La Littérature catholique

INFORMATIONS
ET DOCUMENTS
France:
M. Fallières et la Séparation. Une Réunion
d'Evêques.
- Le Centime du Clergé. - La Question des Tabernacles. - Saint-Siège
et Italie: Echange de procédés. Le
Saint-Siège
et le Japon. - Prélats décorés. - Allemagne:
Socialisme et Antimilitarisme. - Le Particularisme. -Alsace-Lorraine:
Nouveaux
Groupements politiques. - Belgique: Les Projets
d'Anvers.
- Espagne: La Richesse qui se cache. Le Concordat
espagnol.
Perse: Un Parlement à Téhéran. Pologne
Allemande:
La Confession des Soldats. - Pologne Russe: L'Encyclique
à la Pologne. Russie : La Constitution. La
Situation
financière. .
REVUE
DES PERIODIQUES
L'Apprentissage
de la Vérité (Revue Bleue). - La Part de la
Volonté
(La Science Sociale). - Pour le Suffrage universel (Journal
des
Débats); etc.
NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Enquête
sur l'organisation d'une Eglise séparée de l'Etat, par
l'abbé
J. Trésal Bismarck et son temps, par Paul Matter; etc.

BULLETIN
L
'élection de M. Fallières a été des mieux
accueillies
à l'étranger, où le tempérament modeste et
sensé de cet honorable parlementaire est considéré
comme un gage de paix, dans la mesure, du moins, où si peu de
chose
est capable d'entraver la mystérieuse marche des
événements.
Les
élections pour le renouvellement de la Chambre des Communes
touchent
à leur fin. La victoire des libéraux a pris des
proportions
inespérées. Les conservateurs et les unionistes ne
cherchent
nullement à dissimuler leur défaite; ils la
proclament,
au contraire, courageusement, ce qui est, comme attitude, la
suprême
fiche de consolation des beaux joueurs qui ont perdu.
M.Campbell-Banerman,
de son côté, lutte de beaux gestes avec les vaincus. Il
triomphe
modestement et déclare qu'il est loin de sa pensée de
considérer
désormais l'opposition conservatrice comme une quantité
négligeable. |
Ce
sont là paroles de politicien hautement civilisé et qui
se
réserve une part de l'avenir, quel qu'il soit, en n'allant
point,
dans les jours de triomphe, jusqu'au bout de sa victoire.
Les
paroles si sages de M. Campbell-Banerman ont rarement été
prononcées, en France, par les partis sortis vainqueurs dd la
lutte
politique.
Nous
sommes une cinquantaine de membres du Labour Party. C'est à la
suite
de la sentence judiciaire rendue par la Chambre des Lords, en
1901,
sentence en vertu de laquelle toute Trade-Union convaincue
d'avoir
fomenté une grève est civilement rendue responsable
envers la partie lésée, que les différentes
associations
ouvrières résolurent de se faire représenter
aux Communes, afin de travailler efficacement à l'abolition de
cette
disposition légale. La responsabilité en question,
supprime
en fait le droit de grève et rend presque toute coalition
impossible.
Le parti ouvrier anglais qui représente déjà le
quart
de la population électorale comptera cent quatre-vingt
membres
environ aux Communes, le jour où l'Angleterre y sera exactement
représentée. Les observateurs ne se méprennent
point
sur le sens de cette première victoire. Il y a là un
germe
gros d'avenir et d'inconnu. Ce facteur nouveau tout cas, l'ère
du
parlementarisme classique, en un pays où ce parlementarisme est
né.
Le «
kaiserisme » et le socialisme se sont silencieusement
mesurés cette semaine, en Allemagne. Silencieusement ne signifie
point sans mot dire. La presse conservatrice allemande a
conjuré
1a foudre impériale de s'abattre sur la tête de Catilina.
Catilina, c'est M. Bebel et son état-major. De leur
côté,
les socialistes ont parlé. Environ trois cents meetings auxquels
ont pris part, dit-on, près de huit cent mille auditeurs, se
sont
tenus dimanche à Berlin et dans les diverses' villes de
l'Empire.
Il s'agissait de commémorer par une explosion
d'indignation
la fusillade de la délégation ouvrière qui se
présenta
devant le Palais d'Hiver, à Saint-Pétersbourg, le 2
janvier de l'année écoulée. Mais tout s'est
passé en phrases imprimées ou clamées.
L'armée
n'a pas eu à tirer son sabre dans la rue, où la
révolution,
idéologique encore, n'est pas descendue. Partie est-elle
remise?
On le dit, naturellement, de part et d'autre. En attendant,
l'identité
des contraires se donne carrière dans le pays de Hegel. Et
c'est l'empereur lui-même qui réalise d'autorité
le
programme socialiste. Les taxes sur les successions, aux progressions,
exorbitantes et dont le projet officiel est déposé pour
la
forme sur les bureaux du Reichstag réalise, au delà
de ce que, pour leur part, nos socialistes français oseraient en
espérer, une réforme dont le capitalisme allemand est
appelé
à faire les frais.
La
répression la plus rigoureuse sévit en Russie où
la
presse est supprimée et où des arrestations en masse ont
lieu chaque jour. Les vieux partis autoritaires et orthodoxes n'en sont
pas moins fort mécontents. Ces mesures de rigueur ne
balayeraient,
en effet, la révolution que pour faire place à des
réformes
rationnelles qu'ils combattent âprement et que le czar aurait
résolu
de réaliser. Dans quelle mesure et sur quoi de certain une telle
interprétation des événements russes est-elle
fondée?
Nous l'ignorons bien.
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