Nos:
Première  année, Numéro 16
VENDREDI 9 FEVRIER 1906
SOMMAIRE
BULLETIN POLITIQUE
Auguste PRÉNAT . . . . .
 A propos des Inventaires
Ernest DIMNET . . . . . . .
 Chronique : Newman
E. BARON. . . . . . . . . . .
 Pour la Philosophie religieuse
Camille PINTA  . . . . .
 Assemblées de paroisse dans l'ancienne France

INFORMATIONS ET DOCUMENTS  
France: Le Budget des Cultes,  La Séparation et le Vatican - Paroles épiscopales. - Le Registre de catholicité. - La Liberté religieuse dans l'Armée. -A  Ecole des Sciences politiques.- Une Enquête sociale. - Saint-Siège et Italie: M. Lemire à Rome. - Réunion des Evêques siciliens. - Destitution d'Archevêques. - La Chute du Cabinet Fortis. - Les Elections de Turin.- Au Quirinal - Allemagne: Guillaume II et Edouard Vll.- Contre les Socialistes. - Les Victimes du Travail.- L'Ouvrière allemande. - Salaires de misère. - Angleterre: Les Professions au nouveau Parlement. - La future Législation sociale.- Autriche-Hongrie: Le Suffrage universel.- L'Université catholique de Salzbourg. - Le comte Nicolas Bapffy. - Belgique: Un Congrès israélite. - Espagne: L'Espagne et le Saint-Siège. - Etats-Unis: L'Effort chrétien. - Pologne russe: La nouvelle Encyclique du Pape. - Russie: La Suppression des Journaux. -Nicolas II et les Gens de Russie.- Suisse : Préparatifs de guerre.
 REVUE DES PERIODIQUES
Qu'est-ce qu'un Dogme? (Bulletin de Littérature ecclésiastique). - Manning et Newman (Le Correspondant). - Le Rôle de la Séparation (Revue Bleue).- L'Inventaire (Journal des Débats, L'Humanité), etc...
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
L'Expérience religieuse, traduit par Franck Abauzit. - The Crucible (1re année).

BULLETIN POLITIQUE
      Les bagarres qui se sont produites à Paris viennent d'introduire dans la difficile question de la Séparation un facteur imprévu qui en aggrave et en complique la solution déjà si malaisée. S'incliner devant la loi ou la violer, tel est le dilemme qui s'imposait aux catholiques. Des baptisés ne pratiquant pas pouvaient l'ignorer, il est vrai. Mais les catholiques effectifs ne sauraient en faire abstraction. Il faut donc se soumettre ou résister. La résistance est-elle possible, doit-elle être efficace? Non. Et la preuve c'est que les  ennemis de l'idée religieuse, si bons juges des fautes commises, se réjouissent publiquement déjà
de la velléité qui en a été manifestée, dans l'espoir qu'il y  aura là prétexte à  des violences  subrogatoires dont l'Eglise pâtira. Minorité dans le pays, les catholiques ne peuvent utilement s'insurger. S'ils étaient capables de ce plus, ils l'eussent été d'abord de ce moins qui consistait à défendre le Concordat sur le terrain électoral. S'insurger, c'est chercher à défendre de vieilles positions mises à sac déjà par l'ennemi, alors qu'il s'agit seulement d'en conquérir de nouvelles et de s'y fortifier. Est-ce avec des bagarres, même généreuses, qu'on rétablira le Concordat en France? Alors pourquoi se faire massacrer...    
      L'inventaire, pour considérer à un autre point de vue les manifestations auxquelles, il a, donné  lieu, vient de mettre en relief une des pires possibilités de la loi de Séparation, une de celles que le clergé réfléchi avait prévues et qu'il redoutait par-dessus  toutes: l'indiscipline des fidèles redevenus les maîtres du culte. Si les futures associations cultuelles se doivent comporter à l'égard du clergé et  la hiérarchie ecclésiastique comme les manifestants de Sainte-Clotilde, par exemple, se sont conduits à l'égard de leur vénérable curé qu'ils ont injurié  et mis à ma porte de son église...
    Rome continue à garder le silence. Elle fait ainsi aux catholiques français l'honneur de les traiter en  hommes responsables de leurs actes et conscients de  leurs destinées. Il importe que cet honneur ne soit pas immérité. Mais il pourrait vite le devenir. Le silence de Pie X est interprété de diverses façons,  les unes assez irrévérencieuses. Feignant de répondre
à l'attente impatiente de leurs lecteurs, certains journaux prennent la défense du pape et cherchent des excuses à son silence. D'autres envoient des adresses au Saint-Siège, et après avoir discrètement flétri l'une des alternatives auxquelles il pourrait se résoudre, protestent de leurs sentiments d'obéissance,  quelle que soit l'attitude définitive qu'il adopte.  Ajoutons que ces impatients ne tarderont pas à être fixés. On annonce, en effet, que le gouvernement aura publié d'ici à trois semaines la troisième partie du règlement d'administration publique, relative aux associations cultuelles. .
      M. Ferdinand Buisson, M. 1'abbé Sertilanges, professeur de philosophie morale l'Institut catholique de Paris, M. le Sénateur Béranger, M. le pasteur Louis Comte, M. Marc Sangnier et quelques autres personnalités d'opinions et de milieux très divers, avaient organisé, dimanche, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, un meeting de protestation contre les malsaines exhibitions graphiques des vitrines et des kiosques à journaux. Il s'agissait d'éveiller l'attention des pouvoirs publics que les croisades morales passionnent si peu. Les organisateurs du meeting avaient compté sans !a rue. L'insolente invasion d'un public suspect couvrit leurs voix et ils durent se retirer devant les impudeurs mêmes qu'ils étaient venus flétrir. Ces hommes divers, assaillis par un tel orage apprécieront sans doute désormais, beaucoup plus qu'ils n'auraient su le faire; auparavant, ta valeur de l'union pour le bien, que les opinions seules sont incapables de réaliser.

 













.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

.