Première
année, Numéro 19
VENDREDI
2 MARS 1906
SOMMAIRE:
INFORMATIONS
ET DOCUMENTS
France:
Les nouveaux Evêques. - Le Congrès sacerdotal d'Albi. -
Où
en sont les inventaires. - Les Protestants et l'inventaire. - Une
Souscription.
- La Coopération des Idées. - Juifs et Chrétiens.
- Saint-Siège
et Italie: La Séparation. - Pour le Clergé
français.
- Les Réformes militaires. - Allemagne :
Les Groupes radicaux. - Les Recettes socialistes. - Nouveaux
Impôts
ecclésiastiques. - Alsace-Lorraine: Situation ouvrière.
- Angleterre:
Le Service militaire obligatoire. - Le Mariage de la Princesse Ena. -
Le
Père Tyrrel. - Le «Cigarette-Bill». - Un Navire
d'Emigrants.
- Tribunaux pour Enfants. Autriche-Hongrie:
La nouvelle Loi électorale. - Belgique:
La Loi sur le Divorce. - La Loi contre l'Absinthe. - Etats-Unis:
L'Amérique latine. - Les Biens d'Eglise. - Grèce:
Militarisme
et Politique - Norvège:
Le Catholicisme. - Pologne
Russe: Agitation religieuse. - Russie:
La Convocation de la Douma. - La
Répression. - Suède:
Le Suffrage universel.
REVUE DES PERIODIQUES
La
Conscience
individuelle et la Loi (Revue de
Métaphysique
et de Morale). - Le Cardinal Perraud (Le
Correspondant). - La Séparation libérale (Revue
de droit et de Jurisprudence des Eglises séparées de
l'Etat).
NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Poètes
et Humoristes de l'Allemagne, par J. Bourdeau. - Ouvrages à
consulter
sur Walt Whitman.
La
loi sur les retraites ouvrières obligatoires est votée
par
la Chambre. Le Sénat l'adoptera prochainement, à son
tour.
Cette loi est mal jugée par les sociologues, dont l'idéal
est d'améliorer le caractère et la volonté des
individus
en même temps que de restreindre le champ de la misère
physique.
La prévoyance et la responsabilité sortent
évidemment
fort atteintes du vote d'une pareille loi. Désormais, le
prolétaire
n'aura nul mérite à ne pas manquer d'un peu de pain sur
ses
vieux jours. En modérant sa consommation d'alcool et de tabac
pendant
les trente années de versements désormais obligatoires
pour
se constituer une pension de 360 francs, l'ouvrier pouvait facilement
arriver
au même résultat, par le moyen de la mutualité
libre
ou, ce qui valait mieux encore, l'administration
|
et la
fructification autonome de ses économies. Mais l'Etat l'en a
jugé
incapable. Nous nous réjouissons évidemment de tout ce
qui
améliore le sort matériel des
déshérités.
Nous n'en déplorons pas moins l'humiliante tutelle
économique,
source d'imprévoyance et de lâcheté, où les
réduit le «paternalisme» d'Etat.
La
nomination
des nouveaux évêques français a suivi de
près
la publication de l'Encyclique. Le Pape a accompli cet acte en toute
liberté,
usant ainsi d'un des avantages de la situation nouvelle.
On ne
saurait en conclure que les nominations épiscopales se feront
désormais en France de la même façon, et il est
probable
qu'on adoptera un mode d'élection) plus conforme à
l'esprit
du droit ecclésiastique; mais, dans les circonstances
présentes,
il était
urgent de pourvoir des diocèses dont certains
étaient,
depuis plusieurs années, vacants. Ces premiers choix ont
été
généralement approuvés: ceux qui espéraient
on ne sait quelle épuration de l'épiscopat et la
nomination
de religieux pour gouverner les diocèses de France, ont tout
lieu
d'être déçus. Les nouveaux élus sont de
même
origine que les anciens, et ils étaient presque tous pourvus
déjà
de postes concordataires. Il n'y aura donc pas en France deux
épiscopats
et les catholiques français n'auront qu'à se louer
d'avoir
vu nommer comme évêques des prêtres, non des
politiciens.
Les
opérations de l'inventaire viennent de donner lieu à
quelques
tragiques bagarres. Une malheureuse femme a été
tuée.
Nous n'exploiterons pas l'indignation publique à ce sujet. Mais
nous exprimerons le regret profond d'être dans
l'impossibilité
de ne pas faire un partage général des
responsabilités
dans tous ces tristes événements où la raison,
héroïque;
pourtant elle aussi, ne joue aucun rôle.
M. Millerand
a fait, dimanche dernier, d'intéressantes déclarations
à ses électeurs. Cet ancien révolutionnaire est
aujourd'hui
un de nos hommes politiques les plus assagis. Mais, à l'encontre
de ce qui se passe d'habitude chez les hommes de cette espèce
où
le calme arrive avec l'impuissance ou l'assouvissement des
appétits,
l'ancien collaborateur de Waldeck-Rousseau n'a rien perdu de sa force
ni
de sa lucidité. Il a réclamé avec énergie
la
cessation de toute politique anticléricale, aujourd'hui que la
séparation
est faite; il a déploré la dangereuse diminution du
patriotisme
et démontré que nul progrès ne pouvait
désormais
être accompli dans l'ordre social tant que la pacification
religieuse
ne serait pas un fait accompli et que l'idée de patrie ne serait
point restaurée.
Le
parlementarisme anglais reste fidèle à une de ses plus
nobles
traditions. Un chef de parti subit-il quelque désastre
électoral
dans sa propre circonscription, aussitôt un des élus du
parti
se lève et offre son siège au leader. C'est ainsi que M.
Balfour, chef des Unionistes, qui avait été battu
à
Manchester, vient d'être acclamé dans Jan circonscription
de la Cité de Londres, grâce au désistement plein
abnégation
d'un de ses, fidèles. Chez nous, rien de pareil ne se produit.
Qu'un
parlementaire éminent, honneur et lumière de son
parti,
voit sa monture tuée sous lui au cours' de la bataille
électorale
et nul autour de lui, fût-ce Je dernier de ses lieutenants, ne
mettra
pied à terre pour lui permettre de remonter en selle. Gambetta,
Goblet, Floquet, M. Piou, pour n'en citer que 'quelques-uns,
éprouvèrent
des échecs désastreux pour leur parti, sans que nul
esprit
de discipline, de tactique, de renoncement de la part de leurs troupes,
intervint pour y remédier.
 |
Vingt-cinq
années de laïcisme:
Contribution
à l'Histoire des Idées
Personne
aujourd'hui ne conteste que, depuis vingt-cinq ans, la doctrine
laïque
n'ait subi de nombreuses et importantes modifications." Parmi ces
dernières,
la plus connue est l'altération et la diminution du sentiment
patriotique.
Naguère les bataillons scolaires couvraient la France. Gambetta,
Spuller, Paul Bert, Jules Ferry saluaient dans l'instituteur le premier
professeur d'exercices militaires, et ils aimaient à redire que
la religion de la patrie 'devait être désormais la seule
religion
que pussent admettre les esprits imbus de la culture moderne. En 1883,
un concours était ouvert entre les membres de l'enseignement
primaire
sur la question de l'éducation militaire à
l'école,
et le lauréat du concours, M. C. About, instituteur à
Novéant-les-Prés,
en Meurthe-et-Moselle, célébrait en un beau langage
«
la dignité et la noblesse de la profession des armes », et
il invitait ses collègues à développer chez
l'enfant
« ces habitudes de subordination, d'obéissance, de
renoncement
à soi-même qui sont le caractère du soldat ».
Que de changements en peu d'années! Les instituteurs se
réunissent
encore pour délibérer sur leurs devoirs professionnels,
mais
il arrive que la réunion de leur « Amicale »,
ouverte
au chant de l'Internationale, se termine aux accents de la Carmagnole,
ou encore l'assemblée, comme le faisait, au mois de septembre
1905,
telle autre Amicale du Midi, vote un ordre du jour dans lequel elle
déclare
que « le mot de patrie, pour les Français
réfléchis
et sages, a perdu son sens primitif qui voulait que la patrie
s'arrêtât
aux Pyrénées, aux Alpes et au Rhin. » Comme
autrefois,
on ouvre des concours, mais le sujet proposé consiste à
signaler
les livres scolaires qui ne répondent pas aux exigences et aux
aspirations
de l'esprit moderne, et le jury décerne le prix à un
instituteur
qui traite «( d'empoisonneurs» les Compayré, les
Steeg,
les Burdeau, les Paul Bert, coupables d'avoir fait entendre «les
claironnades de la Revanche » et d'avoir enseigné "l'amour
passionné de la patrie» (1). Enfin, comme s'il fallait
enlever
toute illusion à ceux qui voudraient croire qu'il ne s'agit
là
que de manifestations isolées, il a été
officiellement
constaté que la Revue de l'Enseignement primaire, dirigée
par M. Gustave Hervé, comptait parmi ses abonnés tout
près
de quatorze mille instituteurs. ,
Certes,
voilà des changements, et cependant, si graves soient-ils, ils
sont
loin d'être les seuls, et même ils ne sont peut-être
pas les plus inquiétants. Il y a quatre mois, j'ai
signalé
ici même l'évolution du mouvement syndicaliste
français
aboutissant aux formules révolutionnaires de la
Confédération
générale du travail. Lorsqu'en 1884, Waldeck-Rousseau et
ses amis défendaient devant le Parlement la loi sur les
syndicats,
ils ne prévoyaient guère que les groupements
professionnels
deviendraient les cadres des cohortes marxistes et guesdistes, qu'on y
enseignerait la lutte des classes et l'art du "sabotage" et de
l'immobilisation
instantanée de l'outillage de nos grandes usines en jetant
quelques poignées de sable sur les coussinets des machines
à
vapeur et des dynamos.
(1) Le Bon Dieu
laïque, Comment
on fait des cléricaux
et
des
nationalistes, par Antonin FRANCHET, édition de la Petite
République.
111, rue Réaumur. - Je ferai. au cours de cet article, plusieurs
emprunts à cette très curieuse
brochure
qui porte en exergue cette devise: « Laïcisons la
laïque!
" |
De
même cote, M. Naquet et ses acolytes"
annonçaient, il y
a vingt cinq ans, que le .divorce servirait a consolider Institution du
mariage, fournissant une solution équitable aux conflits
nombreux
que les époux croiraient devoir soumettre à. l'arbitrage
des tribunaux; beaucoup croyaient ~ sincèrement que le divorce
resterait
une institution aristocratique, que le peuple divorcerait peu, et on
faisait
même de cette prévision une objection contre la
thèse
de M. Naquet. Peu d'années ont suffi pour rassurer sur ce point
la conscience de ces démocrates de la stricte observance et, en
leur impartialité, les faits ont donné également
tort
à M. Naquet et à ses adversaires. Le peuple divorce
beaucoup,
et l'union conjugale, loin de se trouver consolidé, est
maintenant
attaquée jusque dans son essence et dans son principe
même.
Le nombre des divorces s'est accru au-delà de toutes les
prévisions
des partisans de la loi de 1.884, le divorce par consentement
mutuel,
formellement prohibé par cette loi, est quotidiennement admis
par
nos magistrats, et il a reçu si bon accueil dans nos
prétoires,
que le plus souvent on ne témoigne même plus au texte le
simulacre
de respect qui consiste à feindre de s'y conformer, au moment
même
où on le viole. L'union libre, conclue jusqu'au
désenchantement
de l'une des deux parties contractantes, se généralise,
contribuant
par son extension même, à voiler à nos yeux la
multiplication
réelle des divorces effectifs, puisque la dissolution judiciaire
des mariages n'est plus nécessaire à d'innombrables
couples
qui se sont dispensés de notifier leur union à l'officier
de l'état-civil.
Il serait
facile de poursuivre cette démonstration, en prenant
successivement
les différents compartiments de l'activité sociale;
bornons-nous
à ces trois':: exemples, et puisque aussi bien le fait n'est
pas:
contesté, contentons-nous de tirer la conclusion: depuis
vingt-cinq
années, la doctrine laïque a subi de graves et nombreux
changements,
et cette évolution a été à ce point rapide
qu'on peut dire qu'il existe, en réalité, deux doctrines
laïques, celle de 1880 et celle de 1905. Laquelle des deux est
authentique
et orthodoxe, et. au point de vue du laïcisme, qui a raison de
Gambetta,
de Paul Bert et de Burdeau, ou de M. Jaurès et de M. Gustave
Hervé?
Il est
entendu que cette question est toute résolue pour deux
catégories
de personnes: d'abord, cela va de soi, pour les adeptes de cet esprit
laïque
deuxième manière, et aussi pour la plupart des
catholiques
qui ne manquent d'exposer avec complaisance que le germe morbide,
déposé
dans l'intelligences par le laïcisme, devrait rapidement
désorganiser
la vie sociale et encourager toutes les révoltes, aussi bien
celles
contre l'austère discipline de la famille et du travail, que
celles
contre les réquisitions sacrées de la patrie. Mais cette
démonstration est moins probante qu'on ne le suppose et elle
laisse
indifférents un grand nombre d'esprits. La masse est immense des
hommes attachés à l'esprit laïque et qui, pourtant,
répudient ces doctrines extrêmes: instituteurs paisibles,
professeurs de l'enseignement secondaire et des Universités,
industriels
et négociants, paysans et ouvriers des centres manufacturiers du
Nord ou de l'Est, tous ces hommes adhèrent à la doctrine
laïque, mais à celle de la première manière,
à celle des Burdeau, des Spuller, des Paul Bert, des Gambetta,
des
Jules Ferry, et ils persistent à penser que puisque ces hommes
très
intelligents et très perspicaces, authentiques
représentants
du laïcisme moderne, ont professé cette doctrine, il doit
être
possible de la professer encore; ils estiment que la première
manière
était la bonne. |
Russie:
la répression
La
répression dans les provinces baltiques reste impitoyable. Les
organes
réactionnaires eux-mêmes, tels que le Messager
de Riga, publient des récits d'exécutions atroces,
qu'il est impossible de lire sans honte et sans douleur. Le journal
raconte,
entre autres, qu'à Felline, cinquante-trois personnes, parmi
lesquelles
se trouvaient deux jeunes garçons de treize à quinze ans,
ont été fusillées sur l'ordre d'un capitaine de
cavalerie.
Et combien de gens exécutés par erreur! Le journal Les
Provinces Baltiques emprunte les détails suivants aux
feuilles
locales : « Lembourg.
Le 11 janvier, les membres de l'administration locale ont
été
arrêtés; dix d'entre eux furent fusillés, cinquante
reçurent cent coups de fouet chacun. Bertzen. 'Vingt personnes
ont
été arrêtées. - Roon.
Cinq personnes ont été fusillées, et dix
condamnées
de cinquante à cent coups de fouet. - Skoultin. soixante
personnes
ont été arrêtées. Cinq jeunes gens de
dix-huit
à vingt-cinq ans ont été fusillés, trente
autres
reçurent de cent à cent cinquante coups de fouet. Skrouden.
Une foule de gens ont été arrêtés, un grand
nombre fusillés. L'artillerie a détruit presque tout le
village...,
etc., etc. La force armée est sous les ordres des barons
allemands
qui profitent de l'occasion pour se débarrasser des gens qui les
gênent. On consume a fouetter femmes et enfants; à
Ronebourg,
Mlle Karlsson, jeune intellectuelle, a reçu cinquante coups de
fouet
de la main des cosaques. Il est probable que la vie des barons
allemands
qui ont dirigé la répression, ne vaudra pas cher
sitôt
l'armée partie. »
SUÈDE:
Le Suffrage universel.
Le
nouveau cabinet radical de M. Staaf vient de déposer à la
Chambre un projet de réforme du suffrage universel.
D'après
ce projet, le nombre des membres de la seconde Chambre (Chambre
populaire),
sera de cent soixante-cinq pour les campagnes et de soixante-cinq pour
les villes. Dans chaque circonscription électorale, on lira un
représentant
à la majorité des voix. Les grandes villes seront
divisées
en circonscriptions élisant chacune un député.
Seront
électeurs tous les Suédois n'ayant pas de passé
judiciaire
et âgés de vingt-quatre ans au moins. Ne sont
éligibles
à la seconde Chambre que les Suédois qui sont
électeurs
dans une circonscription électorale ou (s'il s'agit d'une ville
ayant plusieurs circonscriptions) dans une des circonscriptions de
cette
ville. Aux élections générales, la majorité
absolue sera nécessaire. Aux élections de ballottage, la
majorité relative sera suffisante. La délimitation des
circonscriptions
électorales sera fixée tous les neuf ans par le roi.
Cette
loi, qui est d'une extrême importance, rencontrera
vraisemblablement
une forte opposition au sein de la première Chambre, tout
litière
conservatrice et opposée au suffrage universel.
Cette
nécessita d'une presse sillonniste et d'une presse amie du
Sillon
s'impose pour désolidariser le catholicisme de certains partis
qui
l'exploitent ou voudraient l'asservir.
b)
Section des Conseillers de Cercles (vendredi
matin 16 février).
L'importance
de la réunion a été manifeste par l'attention
soutenue
avec laquelle le rapport de M. L. Cousin été
écouté.
Il a bien semblé que jamais l'âme commune du Sillon
n'avait
été plus présente que dans la discussion qui a
suivi
ce rapport, discussion montrant la plus parfaite unanimité de
tous,
prêtres et laïcs, sur les points élucidés.
LE
Vè CONGRÈS NATIONAL DU SILLON
Un
de nos
amis nous écrit:
Le Vè
Congrès national du Sillon, autour duquel la conspiration
du silence semble s'être faite dans la presse de partis, a
été
une splendide manifestation de la vitalité, de la force, de
l'unité
de cette grande œuvre sociale.
Plus de
quinze cents congressistes, venus de toutes les parties de la France,
et auxquels se sont joints plusieurs centaines habitant Paris ou
les environs, ont pris une part active aux travaux des
différentes
sections.
Dès
le premier jour, à la réunion des journalistes, la grande
salle du Sillon était insuffisante à contenir les
auditeurs,
si bien qu'à partir du second soir, les séances durent se
tenir sous la tente du Congrès, immense hall de .ès de
deux
mille mètres carrés, qui fut entièrement rempli le
jour de la réunion publique par sept mille personnes.
Voici
un aperçu du travail des différentes sections:
a)
Réunion des journalistes (jeudi 15
février).
L'équivoque
habilement entretenue par la presse, soit actionnaire, soit
anticléricale,
est celle qui consiste à affirmer l'impossibilité, sinon
théorique, du moins pratique, d'être à la fois
républicain,
démocrate et catholique.
Cette
équivoque s'effondrera le jour où l'opinion publique,
mieux
éclairée, connaîtra le Sillon qu'elle ignore, et
qu'elle
saura ce qu'il est, autrement que par une presse qui défigure et
travestit ses doctrines, les sillonnistes étant à la
fois,
parmi les républicains, les plus passionnément
dévoués
à la République démocratique à
l'avènement
de laquelle ils travaillent, et parmi tous les chrétiens les
plus
filialement soumis à l'Eglise catholique. |
D'ailleurs,
voici le rapport de M. L. Cousin, tel qu'il paru
dans
1'Eveil
Démocratique
Les
Relations du Sillon avec le Clergé
Quelles
relations le Sillon, en tant que groupe d'action sociale,
peut-il
et doit-il avoir avec le prêtre envisagé comme membre de
la
hiérarchie sacrée?
Aucun point
du programme paru dans le Sillon ne présentait ainsi
le problème; s'il apparaît ainsi aujourd'hui, sous cette
forme
concrète et précise, c'est qu'il se trouvait posé
depuis longtemps dans là vie de nos groupes.
Dès
nos tout premiers commencements, en effet, les prêtres
nous ont donné leur concours, dès ces premiers
commencements
aussi la nature de nos relations avec eux a été
discutée:
le Sillon est-il ou n'est-il pas catholique S'il n'est pas catholique,
pourquoi fait-il appel à l'action du prêtre? S'il est
catholique,
pourquoi prétend-il reste autonome et ne pas être
englobé
dans les groupement diocésains ou paroissiaux?
A cette
question très nette nous pouvons répondre de la
façon
la plus catégorique. Ce n'est pas que quelqu'un d'entre nous,
après
s'être longtemps absorbé dans la méditation de ce
grave
sujet, après avoir lu les meilleurs traités sur ces
matières
et consulté les personnages dont l'opinion fait autorité,
ait enfin mis debout une réponse dont l'impeccable logique
défie
toute objection " c'est tout simplement que le problème se
trouvant
posé dans et par la vie du Sillon, cette vie elle-même
s'est
suffisamment précisée pour que, désormais, la
solution
apparaisse clairement, pour que s'évanouisse toute
ambiguïté
au sujet des relations du prêtre en tant que membre de la
hiérarchie
sacrée avec le Sillon.
La
société civile est une société comme
l'Eglise
en est une; toutes les deux sont parfaites dans le sens
théologico-juridique
de ce mot, car toutes les deux ont leur raison d'être et leur fin
propre; elles peuvent se concevoir l'une sans l'autre et, de fait, la
société
civile a précédé l'Eglise.
C'est
pourquoi, même au moyen âge, quand la société
civile et la société ecclésiastique avaient les
mêmes
sujets quant tout citoyen était en même temps un enfant de
l'Eglise, celle-ci n'a jamais prétendu étendre son
domaine
sur la société civile au point de l'absorber, de lui
enlever
son existence distincte et ses organes propres.
Aujourd'hui
cette distinction des deux sociétés est beaucoup plus
accentuée
qu'alors, tout citoyen n'étant! pas nécessairement, tant
s'en faut, un enfant de l'Eglise, et un grand nombre de citoyens
n'ayant,
de fait, aucun lien qui les rattache à l'Eglise.
Action
de prêtre, action de citoyen
L'action
sociale du citoyen et l'action sociale du prêtre ont
toujours
pu être conçues comme distinctes au sein même d'un
peuple
chrétien. C'est le prêtre et non le laïc, qui dit, au
nom de Dieu, ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire pour
être
sauvé, qui donne les formules de la vie morale, aussi bien pour
les sociétés que pour les individus.
Mais il est
dans le rôle du laïc capable de parler à
ses concitoyens, d'étudier avec eux les organismes sociaux, de
montrer
comment ces organismes fonctionnent bien quand telles conditions sont
remplies
et mal quand ces conditions sont violées. Et si, comme cela est
arrivé pour Le Play, par exemple, ce laïc établit
par
des preuves convaincantes, sans recourir à l'argument de la Foi,
que l'observation du décalogue éternel est la condition
de
la prospérité des peuples, on ne devra pas dire qu'il a
fait
incursion dans le domaine réservé aux prêtres; il
faudra
convenir qu'il est resté dans son domaine d'économiste,
de
juriste et de politique...
Les
Messes "Pro populo"
Reims,
24 février.
Monsieur
le Directeur,
Les
curés, à certains jours de l'année, ne peuvent
accepter
d'honoraire de messe, parce qu'ils doivent, ayant charge d'âmes,
dire la messe ces jours-là pro populo. Cette charge pour les
curés
avait sa contrepartie dans le traitement qui leur était servi
par
l'Etat. Le budget des cultes supprimé, .les curés
pouvaient
se demander s'ils devaient, en conscience, continuer à dire la
messe
pro populo, sans recevoir d'honoraire. N'est-ce pas en ce sens qu'il
faut
comprendre l'information que vous publié sur les curés de
l'Ardèche. Il serait peut-être utile alors de la
préciser...
sous la forme absolue où vous la donnez, elle cause un certain
étonnement.
Recevez,
Monsieur le Directeur, etc.
J.
BELLER.
|
| CORRESPONDANCE:
Magyars, Roumains et Juifs
Munich,
le 10 février.
Cette
plus belle, en Europe, des «grands-routes qui
marchent",
le Danube, dont le rôle historique après avoir
été
d'ouvrir l'Occident à l'Asie, semble aujourd'hui celui de
favoriser
le reflux de l'Europe vers l'Orient, traverse, pare et enrichit sur le
tard de sa Course majestueuse, deux des plus belles et des plus riches
plaines
du monde: la Hongrie et la Roumanie. Unies plutôt que
séparées
par le plateau de Transylvanie, qui permet aux Roumains de
déborder
par les vallées du Maros et du Kœrœs jusque sous Arad et
Nagyvarad,
tandis que l'îlot hongrois des Szekely occupe le centre du pays,
-c es deux magnifiques bassins de moissons données, du reste
comblés
de tous les dons de Dieu et habités par les plus beaux peuples
de
la terre, forment deux royaumes tellement solidaires
économiquement
et géographiquement que, à première vue, l'on
s'étonne
de leur
inimitié. On s'en étonne bien plus lorsque,
envisagés
sous le rapport politique, on les voit isolés et
ceinturés
par l'immense océan des peuples slaves, à peine
retenus
à l'Europe occidentale par de minces fibrilles allemandes du
côté
de Vienne et de la Styrie. Je donnais dernièrement un premier
aperçu
de la politique magyare à égard de ces Slovaques qu'il
serait
de l'intérêt de la Hongrie de rendre si heureux qu'ils
n'aient
même pas envie de regarder par dessus les horizons idylliques de
leurs vallées. Ces mêmes procédés
sévissent,
il va sans dire, à. l'égard des Houtzoules, des
Rousniaques,
des Serbes, des Croates, en un mot de tous les Slaves. Eh bien, admis
le
semblant d'une nécessité à cette ligne de
conduite,
la logique voudrait au moins qu'à l'égard des Roumains,
qui,
eux aussi, pourraient craindre quelque péril slave, - et nous
verrons
une fois ce que vaut cet épouvantail commode, - la Hongrie en
agisse
autrement. Il n'en est rien. La magyarisation et les
procédés
vexatoires de la minorité maîtresse du pays s'ils ne
sévissent
nulle part ailleurs plus durement qu'au pays slovaque, ne sauraient
guère
passer pour moindres en Transylvanie. La seule différence est
qu'ils
s'y adressent à un peuple moins innocent et mieux
résistant.
D'autre part, en Roumanie où l'on se défend de tout
nationaliser
à tort et à travers, avec l'énergie contraire, ce
sont les Juifs qui poussent d'épouvantables clameurs parce qu'un
ensemble de précautions préservatrices, - réduites
du reste à une seule loi, - les empêche d'accaparer la
Valachie,
comme ils l'ont déjà fait à peu près de la
Moldavie, et comme ils s'annexent désormais la Hongrie sous
couleur
de l'augmenter. Il y a là en suspens un double problème
curieux
à examiner et dont un demi siècle suffira à
apporter
la solution. On verra alors lequel des deux systèmes
était
le bon : demeurer strictement exclusivement soi et maître chez
soi,
ou, au contraire, absorber le voisin jusqu'à concurrence de
n'être
plus soi-même, mais lui; de ne plus valoir que ce qu'il vaut,
lui!
Une série de publications viennent de jeter une lumière
singulière
sur ce double problème: je veux parler avant tout des deux
brochures
d'une admirable éloquence où M. A. D. Xénopol,
professeur
d'histoire à l'Université de Jassy, étudie les
rapports
des Roumains et des Hongrois, puis la question israélite en
Roumanie.
D'autre part, le livre de M. André Bélessort sur la
Roumanie
mettrait un peu de pittoresque et d'agrément autour de ces
arides
discussions. Nous tirerions volontiers de l'un et l'autre auteur ce qui
est utile à notre démonstration, si la documentation de
M.
Xénopol n'était déjà, à elle seule,
trop riche. Il était du reste préparé à la
rassembler par la science historique la plus considérable dont
il
ait jamais été fait preuve en Roumanie.
Raisonnement
magyar : Nous sommes cinq à six millions au plus. Si
nous
magyarisons les trois à quatre millions de Roumains de notre
territoire,
nous serons en mesure, lorsque viendront les jours de suffrage
universel,
notre cauchemar, de résister à nos cinq ou six millions
de
Slaves que nous n'arrivons pas à réduire. Que si, du
reste,
nous n'y arrivons pas, alors à force de mesures coercitives,
détachons
d'entre ces "Hongrois de langue non magyare», comme dit la
Constitution,
assez d'individus pour faire pencher de notre côté la
balance.
Au demeurant, magyarisons tout. Commençons par nationaliser tous
nos Juifs et tous ceux qui s'y prêtent. Et voici la porte
désormais
si largement ouverte qu'on peut affirmer; à vrai dire, qu'il n'y
a qu'à désirer se faire Hongrois pour le devenir. Mais il
est à remarquer aussi qu'à vue de nez, qui voyage
maintenant
en Hongrie, s'il n'est accueilli dans d'authentiques familles du pays.
n'a plus guère affaire qu'à des Juifs, ne rencontre plus
qu'eux, partant leur laisse à eux seuls son argent et risque de
s'en revenir ayant perdu toutes ses illusions sur un peuple qui fut
jadis
si chevaleresque et si magnifique; mais dont aujourd'hui, si l'on
entend
encore la langue, on n'entend plus le cœur, et si l'on voit la cocarde,
on ne reconnaît plus souvent le visage, cette beauté
hongroise
à laquelle même des slavophiles comme M. Louis
Léger
étaient obligés de rendre hommage.
La
faute de ce raisonnement est double. Tout d'abord elle élimine
peu
à peu de la nation maîtresse tous les caractères
vraiment
hongrois au profit d'une peu sympathique teinture judéo-magyare;
et dans cette mixtion, les pires éléments de l'appoint
nouveau
s'exaspèrent aux dépens des grandes qualités du
fond
primitif et le dénaturent. Secondement, pour parler net, on ne
dénationalise
jamais un peuple. On le persécute! En admettant que Slovaques,
Serbes,
Croates et Roumains arrivent à tous parler magyar, ils n'en
auront
pas moins conservé parallèlement leur langue originale
comme
les Tchèques de Bohème qui savent tous l'allemand et n'en
sont ainsi que mieux aptes à la lutte contre l'allemand. C'est
une
loi constatée : le triomphe final appartient à qui sait
la
langue du vainqueur sans oublier la sienne. Rappelez-vous l'histoire de
la conquête des Gaules par les Francs, puis de l'Angleterre par
les
Normands. Savoir le magyar sera simplement être beaucoup mieux
armé
pour résister aux Magyars. Et. avec les procédés
en
cours, ce ne sera pas augmenter l'amour qu'il serait si facile de leur
vouer s'ils voulaient rester fidèles à la lettre et
à
l'esprit de leur Constitution. Ce qu'ils sèment aujourd'hui
c'est
la haine: que peuvent-ils récolter? Demandez-le leur à
eux
qui ont si vaillamment résisté à l'Autriche. J'ai
résumé les griefs slovaques, Voici comment M. Xenopol
résume
ceux des Roumains de Transylyanie. Il constate d'abord que «la
dénationalisation
à outrance des peuples d'autre race' n'a été
pratiquée
nulle part avec autant de sauvagerie qu'en Hongrie ». Et il
énumère:
« Magyarisation des noms de localités, des cours d'eau et
montagnes des pays de langue roumaine; magyarisation des noms propres,
de baptême et de famille de tous les Roumains; introduction de la
langue magyare dans les écoles confessionnelles des Roumains,
qui
ne sont pourtant entretenues que par des contributions volontaires du
peuple
roumain et que l'Etat magyar ne subventionne d'aucune manière j
création de jardins d'enfants, où les Roumains sont
obligés
d'envoyer leurs enfants en bas âge, afin d'y apprendre le
hongrois
sous la férule de bonnes magyares recueillies U.1 peu partout;
procès
de presse et procès politiques qui envoient en prison par
centaines
les écrivains et patriotes roumains pour la plus
légère
manifestation en faveur de leur peuple. Puis M. Xenopol passe en
revue les résultats: « Ce qui devait céder,
céda;
ce qui était resté non attaqué, était et
est
encore inattaquable." Autrement
dit, les mauvais éléments roumains sont aujourd'hui
magyars;
les mauvais Roumains font désormais de mauvais Magyars. II en
est
de même partout. Suit la démonstration que si cette haine
séculaire n'est point appelée à disparaître,
que si Roumains et Hongrois n'arrivent à
généreusement
signer un pacte d'oubli d'une part, et, d'autre part, d'abolition de
tous
procédés de la nature de ceux
énumérés
ci-dessus, «la disparition de l'Autriche-Hongrie aura pour
conséquence
l'augmentation de puissance de l'Empire allemand, la
prédominance
des Slaves dans le centre de l'Europe et la ruine des Roumains et des
Hongrois".
Quos vult perdere...
Raisonnement
roumain: C'est l'inverse; mais il pèche dans
l'application
par excès contraire, du reste, en dehors de la question juive,
dans
des cas si particuliers qu'il n'est pas illicite de les ignorer au
moins
dans ces premiers exposés généraux. A tout
prendre,
ce raisonnement est plein de sagesse. II se résume ainsi: c Nous
tenons jalousement à rester nous-mêmes. Nous ne nous
suiciderons
pas par persuasion. » Les mesures défensives de
l'authenticité
de la nation roumaine sont toutes dirigées contre les Juifs et
elles
atteignent d'autres de loin en loin, c'est uniquement à cause
d'eux.
Ceux-ci ont poussé et poussent de tels cris qu'ils ont
ameuté
l'Europe. Mais l'Europe ne sait pas quel assaut la Roumanie doit
repousser,
ni de quelle espèce d'Israélites. II faut l'avoir vu sur
place. La seconde brochure de M. Xenopol serait tout entière
à
citer. Parue sous une première forme à la Renaissance
.latine
du 15 octobre 1902, elle n'a pas eu tout le retentissement qu'elle
méritait.
Elle n'a rien perde de son actualité. Servant la cause
contraire,
elle aurait été imprimée et répandue dans
le
monde par milliers d'exemplaires.. Le gouvernement roumain se devrait
à
lui-même d'en inonder les chancelleries, les bureaux de
rédaction,
les bibliothèques publiques et les cercles: on la devrait
distribuer
à qui en fait la demande, et tous les journaux chrétiens
se devraient de la reproduire en tout ou en partie, car elle est
d'intérêt
général. Ce qui est étudié là, ce
n'est,
en effet, pas surtout la politique défensive du peuple roumain
à
l'égard des Juifs, mais bien plutôt la politique offensive
des Juifs à l'égard de toute nationalité sans
exception.
Le premier
mot de cette histoire est alcoolisme. Dès le XVIIIè
siècle, le «commerce des boissons spiritueuses
était
ouvert aux Juifs, tant dans les villes que dans les campagnes. Mais les
princes s'aperçurent bientôt des ravages que les Juifs
faisaient
dans la population rurale par leurs boissons et par leurs habitudes
commerciales
vertement caractérisées dans plusieurs rapports. M.
Xenopol
suit sous divers règnes le cours de leur infiltration et
surprend
l'accroissement formidable et abusif de leur richesse en dépit
de
toutes les mesures de prudence, portant toujours toutes sur ce point
particulier,
cet art spécial d'enivrer le peuple par des boissons
frelatées,
de le mettre hors de bon sens, enfin de le dépouiller sous
prétexte
de dette. Après le commerce de boissons et l'exploitation de la
population rurale, ils accaparent, dès 1825, le commerce des
céréales.
Les boyards, eux, ne pensent qu'à s'en aller en France vivre de
la vie de Paris, et n'ayant rien que des terres, ils empruntent
à
ces mêmes Juifs à des taux de 15 à 24 %
continuellement
ajoutés au capital parce que ne pouvant presque jamais
être
payés à l'échéance, si bien que les terres
finissaient par être vendues à l'encan, achetées
par
«des hommes de plus bas, sur lesquels le juif remettait
bientôt
la main. Enfin, de fil en aiguille, ils accaparèrent toutes les
industries, tout le commerce, tous les métiers. Aujourd'hui leur
dernier assaut se rue sur la terre même, qu'une loi très
sage
rend inaliénable aux étrangers, car dans les villes ils
ont,
comme tout le monde. le droit de posséder des immeubles. Un
très
curieux épisode de détail de cet accaparement:
"L'imitation
de la culture européenne transformait tous les jours davantage
les
mœurs et les habitudes de la population plus aisée. L'ancien
costume
était abandonné pour les redingotes, les pantalons et les
habits français, que les tailleurs indigènes ne savaient
pas couper, pendant que ceux d'origine juive, venus de
l'étranger,
s'entendaient à le faire. Les Roumains ne pouvaient apprendre
nulle
part les nouvelles façons, car ils n'étaient jamais
reçus
comme apprentis chez les maîtres ouvriers juifs. Il en
était
de même des bottes, des meubles, des voitures, des selles et
surtout
des vêtements pour femmes et enfants. Dans les commencements, des
couturières et des modistes françaises étaient
venues
s'établir dans le pays; mais elles furent supplantées par
des Juives qui fournissaient à leur clientèle des
articles
à beaucoup meilleur marché qui, on le sait, sont toujours
préférés, quand bien même ils sont de
mauvaise
qualité...»
Il
faudrait
maintenant citer le paragraphe de première importance où
M. Xenopol explique par quel ingénieux mécanisme, au nom
de leur liberté de conscience, les envahisseurs se sont rendus
maîtres
entièrement, aujourd'hui, du commerce de la viande. Mais cela
nous
mènerait trop loin. Retenons ces dernières lignes
supplémentaires:
" |
"Dans
toutes les villes de la Moldavie l'abattage s'opère par le
couteau
des hahams juifs, et les chrétiens ne mangent que les parties de
la bête qui répugnent aux descendants d'Israël. Cette
façon d'immoler les animaux, en leur coupant la gorge et en
laissant
s'écouler tout leur sang, est des plus cruelles et des plus
barbares.
Il est connu que par suite des progrès des idées morales,
partout dans les pays occidentaux, on cherche à rendre le moins
douloureux possible le sacrifice des animaux nécessaires
à
la nourriture de l'homme. La guillotine, la ponction céphalique
ont remplacé partout, dans les abattoirs des nations
civilisées,
l'emploi du couteau; car il répugne à nos sentiments les
plus intimes de voir se tourmenter, râler d'une façon
horrible
et se débattre dans les angoisses de la mort, pendant un
interminable
quart d'heure, une pauvre bête innocente que la
nécessité
inexorable de notre vie nous pousse seule à immoler. La Roumanie
a voulu ajouter aussi ce progrès à tant d'autres que lui
a enseignés l'Europe. Mais partout en Moldavie, elle s'est
heurtée
au rituel juif qui, au nom de la liberté de conscience, impose
à
notre siècle des pratiques antédiluviennes de
cruauté
et de barbarie. »
Puis
M. Xenopol nous montre le Juif réfractaire au travail de la
terre,
mais se rejetant sur l'exploitation agricole dans laquelle
d'autres
travaillent et dont il récolte les bénéfices. Et
suit
la démonstration de la façon dont leurs machines et leur
bétail partout supplantent le travail du paysan à qui,
à
l'heure actuelle, il ne reste plus, étant inapte à tout
autre
travail, qu'à mourir de misère ou à s'endetter
encore
et toujours chez lui, Juif. Dès lors, sur ce pays pour eux de
cocagne,
l'immigration des juifs de Galicie a été si
considérable
que voici le tableau actuel donné par M. Xénopol des
rapports
de la population israélite immigrée et de la
chrétienne
autochtone dans les districts moldaves:
Ville
Dorohoï
Botochani
Falticeni
Piatra
Roman
Bacou
Focsani
Tecowtsch
Galaz
Birlad
Vaslui
Houchr
Jassy |
Chrétiens
7.200
19.200
4.300.
13.600
8.400
15.600
15.500
8.500
22.300
12.500
4.500
12.300
40.200
|
Juifs
8.701
5.4000
6.800
7.500
4.200
5.400
2.500
.800
2.600
2.500
2.700
3.100
34.300
|
Il
va sans dire que les districts où cette proportion est la
moindre
sont les districts montagnards ou ruraux, Galaz excepté, qui est
un port cosmopolite, où l'univers entier est
représenté,
et où il y a peut-être autant de Grecs, de Levantins et
d'Italiens
que de Roumains.
Ceci
amène naturellement à l'examen du problème le plus
grave, celui de l'extraordinaire puissance prolifique de la race juive,
et à la vérification d'une curieuse loi, assez
généralement
ignorée encore pour que nous nous croyions obligés de
nous
y arrêter et de citer une fois de
Plus.
M. A. Cauza, professeur d'économie politique à
l'Université
de Jassy, explique de la façon suivante cette tendance constante
des juifs à l'augmentation et des chrétiens
à
la diminution:
«
Ce phénomène de décroissance (1) de
l'élément
roumain dans son propre pays trouve son explication dans la loi
économique
naturelle en vertu de laquelle la population humaine est
déterminée
à tout moment, par la quantité des moyens d'existence
qu'elle
est en état de se procurer. Le commerce et l'industrie se
trouvant
aujourd'hui entre les mains des Juifs, qui ont saisi presque tous les
moyens
disponibles d'existence procurés par ces branches
(l'activité,
il n'est resté aux Roumains, dans les villes, que les fonctions,
mal payées, qui ne peuvent nourrir tout le monde, et dont le
nombre
est forcément limité. Voilà pourquoi, pendant que
les Juifs continuent à se multiplier, la limite de leur
développement
étant élastique, attendu que dans une certaine mesure les
affaires commerciales et industrielles sont capables d'un accroissement
progressif, les Roumains continuent à diminuer, leurs moyens
d'existence
étant restreints dans des bornes qui ne sauraient être
dépassées.
Voilà
le fait abstrait, et voici un coin de sa traduction concrète;
c'est
M. Xenopol qui reprend la. parole :
"La
population des villes étant pour une grande partie juive, elle
constitue une couche isolatrice entre la population des campagnes et
les
classes dirigeantes. On sait que ces dernières, pour ne pas
dépérir,
doivent être alimentées sans cesse par les sucs
généreux
et puissants de l'élément rural. La sélection de
ce
dernier s'opère d'une façon naturelle par
l'établissement
des paysans plus intelligents dans les villes, comme petits industriels,
ou
commerçants.
Ces éléments nouveaux, ainsi transplantés dans les
villes, constituent la classe dans laquelle se recrute la bourgeoisie
qui,
à son tour, procure à 1a nation ses intelligences
d'élite.
Il v a bien quelquefois des sauts directs de la classe paysanne dans
l'élite
intellectuelle, mais ces sauts ne sont que des exceptions. En Roumanie
et surtout en Moldavie, une pareille sélection naturelle des
classes
sociales est impossible, les paysans ne pouvant presque jamais
s'introduire
dans les villes, où toutes les positions économiques sont
occupées par la race étrangère des Juifs. Le sort
qui attend la Valachie n'étant qu'une affaire de temps, on
comprend
quels graves intérêts les Roumains s'attachent à
défendre
dans la question israélite. Il s'agit de bien autre chose que
d'antisémitisme
aveugle et de haine passionnée de race. Il s'agit de l'existence
même du peuple roumain.
Et nous
entrons dans le vif de la question: pourquoi le Roumain est-il
toujours vaincu dans la lutte pour l'existence par le Juif? M.
Xènopol
répond sans hésiter: Le Juif a une autre morale, un code
qui lui enjoint de ne jamais ménager le chrétien, il est
dénué de scrupules. De plus, ils ont entre eux une
admirable
solidarité. - Et il le prouve par des faits, des faits et encore
des faits. « Le Roumain n'a pas à lutter, conclura-t-il,
dans
le commerce ou les métiers, avec les Juifs comme individus, mais
bien avec la masse entière qui soutient chaque individu, pendant
que chez les Roumains cette organisation manque. - Et cette
énumération
stricte des faits est tellement révoltante et péremptoire
que l'unique loi par laquelle ce peuple valeureux, menacé
d'être
étranglé chez (à suite)
(1)
Voici
un tableau statistique qui constate ce fait à Jassy pour une
période
de 9 ans à partir de 18". Et, dès lors, cela a
continué
dans cette proportion :
ANNEES
1853
1854
1855
1856
1857
1858
1859
1860
1861
Total
|
|
CHRETIENS
|
nés
856
857
913
952
950
1.011
1.087
1.102
861
8.648
|
morts
1.237
1.233
835
1.421
1.253
1.303
1.181
1.225
1.306
11.000
|
|
JUIFS
|
nés
1.578
1.547
1.676
1.626
1.720
1.628
1.637
1.297
1.264
18.373
|
morts
880
923
1.015
1.190
924
1.016
812
1.086
934
8.840
|
|
accumule
les difficultés à l'obtention de l'indigénat par
cette
seule obligation imposée au postulant de fi demeurer à
partir
du moment de sa demande dix ans dans le pays en prouvant, par des actes
qu'il lui a été utile J), semble non pas seulement d'une
stricte justice, mais même ridiculement débonnaire. Notez,
du reste, qu'à cause des Juifs elle s'applique à tout
étranger...,
car on n'a pas voulu avoir l'air de créer une exception. Et M.
Xenopol
étudiant le jeu de ce règlement, en arrive à cette
conclusion:
Quand
les Roumains auront reconquis leur indépendance
économique
à l'intérieur, comme ce sont toujours eux qui, au prix de
leur sang, ont obtenu leur indépendance extérieure, alors
ils pourront exposer aux Juifs des forces égales sur le terrain
politique et alors le moment sera arrivé d'ouvrir largement aux
Juifs les portes de la cité roumaine. Jusqu'alors il est
impossible
de doubler la force économique considérable dont ils
disposent
dans le pays, de l'autorité politique, sans condamner les
Roumains
à devenir en peu de temps les ilotes des juifs.
"L'exemple
de la Galicie et de la Hongrie, dit-il ailleurs, serait là pour
nous montrer le tableau de la Roumanie future. »
Et
nous voici revenus à notre point de départ, à
cette
étrange comparaison entre points de vue si contradictoires et
chacun
dangereux par quelque côté. Ici un petit peuple fier et
généreux
offre l'indigénat qui en veut et à qui consent
à
apprendre sa langue; il pousse le zèle jusqu'à
persécuter
tous ses voisins sous prétexte de se les assimiler... On devient
Hongrois de force. Mais que valent ces nouveaux Hongrois? L'avenir le
dira...
Un autre petit peuple non moins méritoire aux yeux de l'Europe
qu'il
a tant de fois sauvée de la barbarie, tient à-se
conserver
sans alliage et maître de ses destinées. Or, on le
voudrait
forcer à ingurgiter un poison dont tout son organisme
immédiatement
périrait. Et il semble avoir tort, car momentanément il
est
moins florissant et d'un moindre poids dans la politique et la banque
universelles
qui ne font plus qu'un. Mais il reste lui-même, et j'ai davantage
confiance en ses destinées. Qu'il apprenne seulement à
travailler!
La Hongrie peut s'accroître en apparence, elle n'est
déjà
plus elle-même et l'on s'en aperçoit! Un moment viendra
où
elle-même ne se reconnaîtra plus et ce sera trop tard...
Qu'on
ne parle pas de Sionisme, alors qu'Israël a la partie si belle
dans
les plaines du Danube et de la Tisza et dans les défilés
des Carpathes! Mais, hélas! un jour viendra où sous le
nom
de Hongrois, agiotera et politiquera un peuple qui ne saura plus rien
déjà
Hongrie et qui ne connaîtra plus que son intérêt
mercantile...
Qu'en sera-t-il à ce moment de la Roumanie? Dut-elle jamais
périr,
si elle persiste dans
sa noble obstination à ne pas se laisser aliéner, du
moins
aura-t-elle eu l'honneur de ne s'être point suicidée. Pour
le reste, je crains bien que cette belle utopie de M. Xenopol, - et
notez
que ce serait le seul parti logique, - d'une alliance étroite et
indissoluble entre Roumains et Magyars qui sauvegarderait les deux
pays,
ne soit à jamais rendue impossible surtout par cette question
juive,
tant que les juifs ne seront pas les maîtres à Bucarest
comme
à Budapest. Or, quand ils le seront, il n'y aura tout de
même
plus de Roumanie... Alors?
William
RITTER. |
Revue
des Périodiques
LA
CONSCIENCE
INDIVIDUELLE ET LA LOI
La
Revue de Métaphysique et de Morale, janvier
1906, publie
une excellente conférence de M. E. Boutroux. En voici le morceau
capital:
Il ne peut
être question de chercher laquelle de ces des puissances,
doit être fin et laquelle moyen. L'une et l'autre sont des fins
en
soi. La loi, considérée comme la source même de la
civilisation et de l'humanisation, était un principe pour les
anciens.
A travers toutes ses transformations, elle et restée un
.principe.
Quels que : soient l'origine et l'objet qu'on lui attribue, elle a un
caractère
qui la rend irréductible à la volonté des
individus
comme tels: l'universalité. Elle est la même pour tous, et
elle impose à chacun une conduit conforme au bien commun, Elle
est
l'expression d'un ordre social. Et une société quoiqu'on
fasse, ne pourra jamais être la simple juxtaposition
extérieure
et mécanique d'atomes individuels.
D'un
autre côté, la conscience individuelle est, elle aussi,
une
fin en soi. C'est la nier que d'en faire un moyen. La grandeur d'un
Socrate,
d'un Luther, d'un Pascal est d'avoir cherché le vrai d'une
conscience
absolument libre, résolue, selon ses forces, à ne
reconnaître
d'autre loi que l'évidence qui s'impose à elle.
Si la
conscience et la loi sont deux fins en soi, s'ensuit-il qu'elles
doivent se développer parallèlement, sans se mêler,
ou encore, étant admis qu'elles appartiennent à un seul
et
même monde, qu'elles doivent se contenter d'un régime de
limitations
réciproques et de compromis?
De quels
systèmes ne peuvent être que des expédients
ou des pis-aller. Car la conscience Individuelle et la loi ne sont pas
seulement irréductibles l'une à l'autre: elles sont
encore
solidaires l'une de l'autre. Leur pénétration mutuelle
est
la condition de leur développement respectif.
La
loi suppose la conscience; car, qu'elle vise la justice ou
l'utilité,
ce qui, sans doute, comme disaient les anciens, ne diffère qu'en
apparence, elle a dans la conscience sa source première, son
juge
suprême, son principe de vie et de perfectionnement. Ses
prescriptions
qui, aujourd'hui, se présentent à nous sous la forme
d'articles
de code, abstraits et exacts, ont été d'abord des
sentiments
et des pensées mouvants et individuels. Et il importe qu'elles
soient
constamment confrontées avec la conscience vivante des
individus.,
si l'on ne veut pas qu'elles dégénèrent en
scolastique
et en routine. Car telle est la tendance naturelle des institutions
humaines.
Elles se détachent en quelque sorte de l'esprit qui leur a
donné
naissance et, suivant une logique toute formelle, se
définissent,
se systématisent, se fixent, comme d'elles-mêmes, dans des
formes achevées et rigides. Elles prennent alors l'aspect
imposant
des |
choses
immuables j mais, de plus en plus éloignées de l'homme,
qui
cherche et qui change, elles finissent par perdre leur sens spirituel
pour
se réduire à de vaines formules, et elles cessent
d'être
bienfaisantes. C'est par un contact incessant avec des esprits qui sont
des consciences que la loi demeure concrète et vivante,
modifiable
et perfectible.
D'autre
part, la conscience individuelle ne peut se passer de la loi. C'est
chimère
de s'imaginer une conscience qui se développerait à elle
toute seule. Dès que l'homme prétend dépasser
l'animalité,
il lui faut se servir de mots, de concepts, de règles, donc de
ces
généralités abstraites dont la loi est le
résumé
et l'expression la plus autorisée. De cette condition, nul ne
peut
s'affranchir j et si une conscience pouvait être strictement
indépendante
et individuelle, elle ne serait, en réalité, qu'une
pensée
livrée aux hasards des suggestions étrangères, ou
de l'autosuggestion, qui n'en diffère qu'en apparence. Et de
même
que la conscience ne se réalise qu'en s'appliquant à des
idées, à des traditions, à des lois, de même
elle ne saurait se développer en se prenant elle-même pour
fin unique. Le travail Qui la fortifie et lui confère
l'originalité
véritable, c'est l'effort pour pénétrer l'origine,
la signification et la valeur des lois. II y a entre la conscience
proprement
humaine et la loi une affinité remarquable. En s'appliquant
à
la loi, la conscience s'éveille j et son œuvre est de
créer
des lois. On sait que le philosophe Kant se proposait de
réaliser
en lui-même; dans sa plénitude, l'autonomie de la
conscience:
il ne se satisfit qu'en se donnant des lois plus sévères
que les lois communes. C'est en s'appuyant sur la loi qu'on se rend
capable
de la dépasser: c'est en posant une loi plus universelle, plus
juste,
plus morale, plus digne du nom de loi, qu'on devient une conscience
plus
haute et plus libre.
D'où
il suit que, d'une part, la loi ne peut, sans se changer en force
aveugle
et despotique, étouffer les consciences individuelles: elle sera
d'autant plus rationnelle, vivante, et capable de progrès,
qu'elle
assurera plus largement la vie, l'essor et le déploiement.
même
audacieux et aventureux, des consciences individuelles. D'autre part,
la
conscience ne peut, sans se renier, sans se réduire à
l'isolement
et à l'impuissance, mépriser ou tenir pour de simples
lisières
extérieures ces lois qui l'ont élevée, qui lui ont
fourni le point d'appui nécessaire à son
développement
rationnel. ce n'est pas par dédain transcendant, c'est avec .la
conviction très intime de ce qu'il y a de bon et de vrai, dans
la
loi, alors même qu'elle se manifeste par des mesures injustes,
que
Socrate accepte la mort prononcée au nom des lois de sa patrie.
Il entend ces lois lui dire: « Traiter d'égal à
égal
avec les lois et ta patrie, et leur rendre injure pour injure, coup
pour
coup, tenter de les détruire et de les perdre, alors que sans
elles,
tu ne serais ni un citoyen ni un homme, appellerais-tu cela justice,
toi
qui fais profession d'être attaché à la
vertu?»
En
résumé, ll faut renoncer à la métaphore
commode. |