Nos:
Première  année, Numéro 19
VENDREDI 2 MARS 1906
  SOMMAIRE:
 BULLETIN POLITIQUE
Paul BUREAU . . . . . .
Vingt-cinq années de pensée laïque
William RITTER . . . .
 Magyars, Juifs et Roumains
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
France: Les nouveaux Evêques. - Le Congrès sacerdotal d'Albi. - Où en sont les inventaires. - Les Protestants et l'inventaire. - Une Souscription. - La Coopération des Idées. - Juifs et Chrétiens. - Saint-Siège et Italie: La Séparation. - Pour le Clergé français. - Les Réformes militaires. - Allemagne : Les Groupes radicaux. - Les Recettes socialistes. - Nouveaux Impôts ecclésiastiques. - Alsace-Lorraine: Situation ouvrière. - Angleterre: Le Service militaire obligatoire. - Le Mariage de la Princesse Ena. - Le Père Tyrrel. - Le «Cigarette-Bill». - Un Navire d'Emigrants. - Tribunaux pour Enfants. Autriche-Hongrie: La nouvelle Loi électorale. - Belgique: La Loi sur le Divorce. - La Loi contre l'Absinthe. - Etats-Unis: L'Amérique latine. - Les Biens d'Eglise. - Grèce: Militarisme et Politique - Norvège: Le Catholicisme. - Pologne Russe: Agitation religieuse. - Russie: La Convocation de la Douma. - La Répression. - Suède: Le Suffrage universel.
  REVUE DES PERIODIQUES
La Conscience individuelle et la Loi (Revue de Métaphysique et de Morale). - Le Cardinal Perraud (Le Correspondant). - La Séparation libérale (Revue de droit et de Jurisprudence des Eglises séparées de l'Etat).
 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Poètes et Humoristes de l'Allemagne, par J. Bourdeau. - Ouvrages à consulter sur Walt Whitman.

BULLETIN POLITIQUE
La loi sur les retraites ouvrières obligatoires est votée par la Chambre. Le Sénat l'adoptera prochainement, à son tour. Cette loi est mal jugée par les sociologues, dont l'idéal est d'améliorer le caractère et la volonté des individus en même temps que de restreindre le champ de la misère physique. La prévoyance et la responsabilité sortent évidemment fort atteintes du vote d'une pareille loi. Désormais, le prolétaire n'aura nul mérite à ne pas manquer d'un peu de pain sur ses vieux jours. En modérant sa consommation d'alcool et de tabac pendant les trente années de versements désormais obligatoires pour se constituer une pension de 360 francs, l'ouvrier pouvait facilement arriver au même résultat, par le moyen de la mutualité libre ou, ce qui valait mieux encore, l'administration  
et la fructification autonome de ses économies. Mais l'Etat l'en a jugé incapable. Nous nous réjouissons évidemment de tout ce qui améliore le sort matériel des déshérités. Nous n'en déplorons pas moins l'humiliante tutelle économique, source d'imprévoyance et de lâcheté, où les réduit le «paternalisme» d'Etat. 
La nomination des nouveaux évêques français a suivi de près la publication de l'Encyclique. Le Pape a accompli cet acte en toute liberté, usant ainsi d'un des avantages de la situation nouvelle.
On ne saurait en conclure que les nominations épiscopales se feront désormais en France de la même façon, et il est probable qu'on adoptera un mode d'élection) plus conforme à l'esprit du droit ecclésiastique; mais, dans les circonstances présentes, il était urgent de pourvoir des diocèses dont certains étaient, depuis plusieurs années, vacants. Ces premiers choix ont été généralement approuvés: ceux qui espéraient on ne sait quelle épuration de l'épiscopat et la nomination de religieux pour gouverner les diocèses de France, ont tout lieu d'être déçus. Les nouveaux élus sont de même origine que les anciens, et ils étaient presque tous pourvus déjà de postes concordataires.  Il n'y aura donc pas en France deux épiscopats et les catholiques français n'auront qu'à se louer d'avoir vu nommer comme évêques des prêtres, non des politiciens.
Les opérations de l'inventaire viennent de donner lieu à quelques tragiques bagarres. Une malheureuse femme a été tuée. Nous n'exploiterons pas l'indignation publique à ce sujet. Mais nous exprimerons le regret profond d'être dans l'impossibilité de ne pas faire un partage général des responsabilités dans tous ces tristes événements où la raison, héroïque; pourtant elle aussi, ne joue aucun rôle.
M. Millerand a fait, dimanche dernier, d'intéressantes déclarations à ses électeurs. Cet ancien révolutionnaire est aujourd'hui un de nos hommes politiques les plus assagis. Mais, à l'encontre de ce qui se passe d'habitude chez les hommes de cette espèce où le calme arrive avec l'impuissance ou l'assouvissement des appétits, l'ancien collaborateur de Waldeck-Rousseau n'a rien perdu de sa force ni de sa lucidité. Il a réclamé avec énergie la cessation de toute politique anticléricale, aujourd'hui que la séparation est faite; il a déploré la dangereuse diminution du patriotisme et démontré que nul progrès ne pouvait désormais être accompli dans l'ordre social tant que la pacification religieuse ne serait pas un fait accompli et que l'idée de patrie ne serait point restaurée.
Le parlementarisme anglais reste fidèle à une de ses plus nobles traditions. Un chef de parti subit-il quelque désastre électoral dans sa propre circonscription, aussitôt un des élus du parti se lève et offre son siège au leader. C'est ainsi que M. Balfour, chef des Unionistes, qui avait été battu à Manchester, vient d'être acclamé dans Jan circonscription de la Cité de Londres, grâce au désistement plein abnégation d'un de ses, fidèles. Chez nous, rien de pareil ne se produit. Qu'un parlementaire éminent, honneur et  lumière de son parti, voit sa monture tuée sous lui au cours' de la bataille électorale et nul autour de lui, fût-ce Je dernier de ses lieutenants, ne mettra pied à terre pour lui permettre de remonter en selle. Gambetta, Goblet, Floquet, M. Piou, pour n'en citer que 'quelques-uns, éprouvèrent des échecs désastreux pour leur parti, sans que nul esprit de discipline, de tactique, de renoncement de la part de leurs troupes, intervint pour y remédier.
Vingt-cinq années de laïcisme:
Contribution à l'Histoire des Idées
Personne aujourd'hui ne conteste que, depuis vingt-cinq ans, la doctrine laïque n'ait subi de nombreuses et importantes modifications." Parmi ces dernières, la plus connue est l'altération et la diminution du sentiment patriotique. Naguère les bataillons scolaires couvraient la France. Gambetta, Spuller, Paul Bert, Jules Ferry saluaient dans l'instituteur le premier professeur d'exercices militaires, et ils aimaient à redire que la religion de la patrie 'devait être désormais la seule religion que pussent admettre les esprits imbus de la culture moderne. En 1883, un concours était ouvert entre les membres de l'enseignement primaire sur la question de l'éducation militaire à l'école, et le lauréat du concours, M. C. About, instituteur à Novéant-les-Prés, en Meurthe-et-Moselle, célébrait en un beau langage « la dignité et la noblesse de la profession des armes », et il invitait ses collègues à développer chez l'enfant « ces habitudes de subordination, d'obéissance, de renoncement à soi-même qui sont le caractère du soldat ». Que de changements en peu d'années! Les instituteurs se réunissent encore pour délibérer sur leurs devoirs professionnels, mais il arrive que la réunion de leur « Amicale », ouverte au chant de l'Internationale, se termine aux accents de la Carmagnole, ou encore l'assemblée, comme le faisait, au mois de septembre 1905, telle autre Amicale du Midi, vote un ordre du jour dans lequel elle déclare que « le mot de patrie, pour les Français réfléchis et sages, a perdu son sens primitif qui voulait que la patrie s'arrêtât aux Pyrénées, aux Alpes et au Rhin. » Comme autrefois, on ouvre des concours, mais le sujet proposé consiste à signaler les livres scolaires qui ne répondent pas aux exigences et aux aspirations de l'esprit moderne, et le jury décerne le prix à un instituteur qui traite «( d'empoisonneurs» les Compayré, les Steeg, les Burdeau, les Paul Bert, coupables d'avoir fait entendre «les claironnades de la Revanche » et d'avoir enseigné "l'amour passionné de la patrie» (1). Enfin, comme s'il fallait enlever toute illusion à ceux qui voudraient croire qu'il ne s'agit là que de manifestations isolées, il a été officiellement constaté que la Revue de l'Enseignement primaire, dirigée par M. Gustave Hervé, comptait parmi ses abonnés tout près de quatorze mille instituteurs. ,
Certes, voilà des changements, et cependant, si graves soient-ils, ils sont loin d'être les seuls, et même ils ne sont peut-être pas les plus inquiétants. Il y a quatre mois, j'ai signalé ici même l'évolution du mouvement syndicaliste français aboutissant aux formules révolutionnaires de la Confédération générale du travail. Lorsqu'en 1884, Waldeck-Rousseau et ses amis défendaient devant le Parlement la loi sur les syndicats, ils ne prévoyaient guère que les groupements professionnels deviendraient les cadres des cohortes marxistes et guesdistes, qu'on y enseignerait la lutte des classes et l'art du "sabotage" et de l'immobilisation instantanée de l'outillage de nos  grandes usines en jetant quelques poignées de sable sur les coussinets des machines à vapeur et des dynamos.
(1) Le Bon Dieu laïque, Comment on fait des cléricaux

et des nationalistes, par Antonin FRANCHET, édition de la Petite République. 111, rue Réaumur. - Je ferai. au cours de cet article, plusieurs emprunts à cette très curieuse
brochure qui porte en exergue cette devise: « Laïcisons la laïque! "
De même cote, M. Naquet et ses acolytes" annonçaient, il y a vingt cinq ans, que le .divorce servirait a consolider Institution du mariage, fournissant une solution équitable aux conflits  nombreux que les époux croiraient devoir soumettre à. l'arbitrage des tribunaux; beaucoup croyaient ~ sincèrement que le divorce resterait une institution aristocratique, que le peuple divorcerait peu, et on faisait même de cette prévision une objection contre la thèse de M. Naquet. Peu d'années ont suffi pour rassurer sur ce point la conscience de ces démocrates de la stricte observance et, en leur impartialité, les faits ont donné également tort à M. Naquet et à ses adversaires. Le peuple divorce beaucoup, et l'union conjugale, loin de se trouver consolidé, est maintenant attaquée jusque dans son essence et dans son principe même. Le nombre des divorces s'est accru au-delà de toutes les prévisions des partisans de la loi de 1.884, le divorce par consentement  mutuel, formellement prohibé par cette loi, est quotidiennement admis par nos magistrats, et il a reçu si bon accueil dans nos prétoires, que le plus souvent on ne témoigne même plus au texte le simulacre de respect qui consiste à feindre de s'y conformer, au moment même où on le viole. L'union libre, conclue jusqu'au désenchantement de l'une des deux parties contractantes, se généralise, contribuant par son extension même, à voiler à nos yeux la multiplication réelle des divorces effectifs, puisque la dissolution judiciaire des mariages n'est plus nécessaire à d'innombrables couples qui se sont dispensés de notifier leur union à l'officier de l'état-civil.
Il serait facile de poursuivre cette démonstration, en prenant successivement les différents compartiments de l'activité sociale; bornons-nous à ces trois':: exemples, et puisque aussi bien le fait n'est pas: contesté, contentons-nous de tirer la conclusion: depuis vingt-cinq années, la doctrine laïque a subi de graves et nombreux changements, et cette évolution a été à ce point rapide qu'on peut dire qu'il existe, en réalité, deux doctrines laïques, celle de 1880 et celle de 1905. Laquelle des deux est authentique et orthodoxe, et. au point de vue du laïcisme, qui a raison de Gambetta, de Paul Bert et de Burdeau, ou de M. Jaurès et de M. Gustave Hervé?
Il est entendu que cette question est toute résolue pour deux catégories de personnes: d'abord, cela va de soi, pour les adeptes de cet esprit laïque deuxième manière, et aussi pour la plupart des catholiques qui ne manquent d'exposer avec complaisance que le germe morbide, déposé dans l'intelligences par le laïcisme, devrait rapidement désorganiser la vie sociale et encourager toutes les révoltes, aussi bien celles contre l'austère discipline de la famille et du travail, que celles contre les réquisitions sacrées de la patrie. Mais cette démonstration est moins probante qu'on ne le suppose et elle laisse indifférents un grand nombre d'esprits. La masse est immense des hommes attachés à l'esprit laïque et qui, pourtant, répudient ces doctrines extrêmes: instituteurs paisibles, professeurs de l'enseignement secondaire et des Universités, industriels et négociants, paysans et ouvriers des centres manufacturiers du Nord ou de l'Est, tous ces hommes adhèrent à la doctrine laïque, mais à celle de la première manière, à celle des Burdeau, des Spuller, des Paul Bert, des Gambetta, des Jules Ferry, et ils persistent à penser que puisque ces hommes très intelligents et très perspicaces, authentiques représentants du laïcisme moderne, ont professé cette doctrine, il doit être possible de la professer encore; ils estiment que la première manière était la bonne.
Russie: la répression
La répression dans les provinces baltiques reste impitoyable. Les organes réactionnaires eux-mêmes, tels que le Messager de Riga, publient des récits d'exécutions atroces, qu'il est impossible de lire sans honte et sans douleur. Le journal raconte, entre autres, qu'à Felline, cinquante-trois personnes, parmi lesquelles se trouvaient deux jeunes garçons de treize à quinze ans, ont été fusillées sur l'ordre d'un capitaine de cavalerie. Et combien de gens exécutés par erreur! Le journal Les Provinces Baltiques emprunte les détails suivants aux feuilles locales : « Lembourg. Le 11 janvier, les membres de l'administration locale ont été arrêtés; dix d'entre eux furent fusillés, cinquante reçurent cent coups de fouet chacun. Bertzen. 'Vingt personnes ont été arrêtées. - Roon. Cinq personnes ont été fusillées, et dix condamnées de cinquante à cent coups de fouet. - Skoultin. soixante personnes ont été arrêtées. Cinq jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans ont été fusillés, trente autres reçurent de cent à cent cinquante coups de fouet. Skrouden. Une foule de gens ont été arrêtés, un grand nombre fusillés. L'artillerie a détruit presque tout le village..., etc., etc. La force armée est sous les ordres des barons allemands qui profitent de l'occasion pour se débarrasser des gens qui les gênent. On consume a fouetter femmes et enfants; à Ronebourg, Mlle Karlsson, jeune intellectuelle, a reçu cinquante coups de fouet de la main des cosaques. Il est probable que la vie des barons allemands qui ont dirigé la répression, ne vaudra pas cher sitôt l'armée partie. »

SUÈDE: Le Suffrage universel.
Le nouveau cabinet radical de M. Staaf vient de déposer à la Chambre un projet de réforme du suffrage universel. D'après ce projet, le nombre des membres de la seconde Chambre (Chambre populaire), sera de cent soixante-cinq pour les campagnes et de soixante-cinq pour les villes. Dans chaque circonscription électorale, on lira un représentant à la majorité des voix. Les grandes villes seront divisées en circonscriptions élisant chacune un député. Seront électeurs tous les Suédois n'ayant pas de passé judiciaire et âgés de vingt-quatre ans au moins. Ne sont éligibles à la seconde Chambre que les Suédois qui sont électeurs dans une circonscription électorale ou (s'il s'agit d'une ville ayant plusieurs circonscriptions) dans une des circonscriptions de cette ville. Aux élections générales, la majorité absolue sera nécessaire. Aux élections de ballottage, la majorité relative sera suffisante. La délimitation des circonscriptions électorales sera fixée tous les neuf ans par le roi. Cette loi, qui est d'une extrême importance, rencontrera vraisemblablement une forte opposition au sein de la première Chambre, tout litière conservatrice et opposée au suffrage universel.
Cette nécessita d'une presse sillonniste et d'une presse amie du Sillon s'impose pour désolidariser le catholicisme de certains partis qui l'exploitent ou voudraient l'asservir.
b) Section des Conseillers de Cercles (vendredi matin 16 février).
L'importance de la réunion a été manifeste par l'attention soutenue avec laquelle le rapport de M. L. Cousin été écouté. Il a bien semblé que jamais l'âme commune du Sillon n'avait été plus présente que dans la discussion qui a suivi ce rapport, discussion montrant la plus parfaite unanimité de tous, prêtres et laïcs, sur les points élucidés.

LE Vè CONGRÈS NATIONAL DU SILLON
Un de nos amis nous écrit:
Le Vè Congrès national du Sillon, autour duquel la conspiration du silence semble s'être faite dans la presse de partis, a été une splendide manifestation de la vitalité, de la force, de l'unité de cette grande œuvre sociale.
Plus de quinze cents congressistes, venus de toutes les parties de la France, et auxquels se sont joints  plusieurs centaines habitant Paris ou les environs, ont pris une part active aux travaux des différentes sections.
Dès le premier jour, à la réunion des journalistes, la grande salle du Sillon était insuffisante à contenir les auditeurs, si bien qu'à partir du second soir, les séances durent se tenir sous la tente du Congrès, immense hall de .ès de deux mille mètres carrés, qui fut entièrement rempli le jour de la réunion publique par sept mille personnes.
Voici un aperçu du travail des différentes sections:
a) Réunion des journalistes (jeudi 15 février).
L'équivoque habilement entretenue par la presse, soit actionnaire, soit anticléricale, est celle qui consiste à affirmer l'impossibilité, sinon théorique, du moins pratique, d'être à la fois républicain, démocrate et catholique.
 Cette équivoque s'effondrera le jour où l'opinion publique, mieux éclairée, connaîtra le Sillon qu'elle ignore, et qu'elle saura ce qu'il est, autrement que par une presse qui défigure et travestit ses doctrines, les sillonnistes étant à la fois, parmi les républicains, les plus passionnément dévoués à la République démocratique à l'avènement de laquelle ils travaillent, et parmi tous les chrétiens les plus filialement soumis à l'Eglise catholique.
D'ailleurs, voici le rapport de M. L. Cousin, tel qu'il paru dans 1'Eveil Démocratique

Les Relations du Sillon avec le Clergé
Quelles relations le Sillon, en tant que groupe d'action sociale, peut-il et doit-il avoir avec le prêtre envisagé comme membre de la hiérarchie sacrée?
Aucun point du programme paru dans le Sillon ne présentait ainsi le problème; s'il apparaît ainsi aujourd'hui, sous cette forme concrète et précise, c'est qu'il se trouvait posé depuis longtemps dans là vie de nos groupes.
Dès nos tout premiers commencements, en effet, les prêtres nous ont donné leur concours, dès ces premiers commencements aussi la nature de nos relations avec eux a été discutée: le Sillon est-il ou n'est-il pas catholique S'il n'est pas catholique, pourquoi fait-il appel à l'action du prêtre? S'il est catholique, pourquoi prétend-il reste autonome et ne pas être englobé dans les groupement diocésains ou paroissiaux?
A cette question très nette nous pouvons répondre de la façon la plus catégorique. Ce n'est pas que quelqu'un d'entre nous, après s'être longtemps absorbé dans la méditation de ce grave sujet, après avoir lu les meilleurs traités sur ces matières et consulté les personnages dont l'opinion fait autorité, ait enfin mis debout une réponse dont l'impeccable logique défie toute objection " c'est tout simplement que le problème se trouvant posé dans et par la vie du Sillon, cette vie elle-même s'est suffisamment précisée pour que, désormais, la solution apparaisse clairement, pour que s'évanouisse toute ambiguïté au sujet des relations du prêtre en tant que membre de la hiérarchie sacrée avec le Sillon.
La société civile est une société comme l'Eglise en est une; toutes les deux sont parfaites dans le sens théologico-juridique de ce mot, car toutes les deux ont leur raison d'être et leur fin propre; elles peuvent se concevoir l'une sans l'autre et, de fait, la société civile a précédé l'Eglise.
C'est pourquoi, même au moyen âge, quand la société civile et la société ecclésiastique avaient les mêmes sujets quant tout citoyen était en même temps un enfant de l'Eglise, celle-ci n'a jamais prétendu étendre son domaine sur la société civile au point de l'absorber, de lui enlever son existence distincte et ses organes propres.
Aujourd'hui cette distinction des deux sociétés est beaucoup plus accentuée qu'alors, tout citoyen n'étant! pas nécessairement, tant s'en faut, un enfant de l'Eglise, et un grand nombre de citoyens n'ayant, de fait, aucun lien qui les rattache à l'Eglise.

Action de prêtre, action de citoyen
L'action sociale du citoyen et l'action sociale du prêtre ont toujours pu être conçues comme distinctes au sein même d'un peuple chrétien. C'est le prêtre et non le laïc, qui dit, au nom de Dieu, ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire pour être sauvé, qui donne les formules de la vie morale, aussi bien pour les sociétés que pour les individus.
Mais il est dans le rôle du laïc capable de parler à ses concitoyens, d'étudier avec eux les organismes sociaux, de montrer comment ces organismes fonctionnent bien quand telles conditions sont remplies et mal quand ces conditions sont violées. Et si, comme cela est arrivé pour Le Play, par exemple, ce laïc établit par des preuves convaincantes, sans recourir à l'argument de la Foi, que l'observation du décalogue éternel est la condition de la prospérité des peuples, on ne devra pas dire qu'il a fait incursion dans le domaine réservé aux prêtres; il faudra convenir qu'il est resté dans son domaine d'économiste, de juriste et de politique...

Les Messes "Pro populo"

Reims, 24 février.
Monsieur le Directeur,
 Les curés, à certains jours de l'année, ne peuvent accepter d'honoraire de messe, parce qu'ils doivent, ayant charge d'âmes, dire la messe ces jours-là pro populo. Cette charge pour les curés avait sa contrepartie dans le traitement qui leur était servi par l'Etat. Le budget des cultes supprimé, .les curés pouvaient se demander s'ils devaient, en conscience, continuer à dire la messe pro populo, sans recevoir d'honoraire. N'est-ce pas en ce sens qu'il faut comprendre l'information que vous publié sur les curés de l'Ardèche. Il serait peut-être utile alors de la préciser... sous la forme absolue où vous la donnez, elle cause un certain étonnement.
Recevez, Monsieur le Directeur, etc.
J. BELLER.


CORRESPONDANCE:  Magyars, Roumains et Juifs
 Munich, le 10 février.
Cette plus belle, en Europe, des «grands-routes qui
marchent", le Danube, dont le rôle historique après avoir été d'ouvrir l'Occident à l'Asie, semble aujourd'hui celui de favoriser le reflux de l'Europe vers l'Orient, traverse, pare et enrichit sur le tard de sa Course majestueuse, deux des plus belles et des plus riches
plaines du monde: la Hongrie et la Roumanie. Unies plutôt que séparées par le plateau de Transylvanie, qui permet aux Roumains de déborder par les vallées du Maros et du Kœrœs jusque sous Arad et Nagyvarad, tandis que l'îlot hongrois des Szekely occupe le centre du pays, -c es deux magnifiques bassins de moissons données, du reste comblés de tous les dons de Dieu et habités par les plus beaux peuples de la terre, forment deux royaumes tellement solidaires économiquement et géographiquement que, à première vue, l'on s'étonne de  leur inimitié. On s'en étonne bien plus lorsque, envisagés sous le rapport politique, on les voit isolés et ceinturés par l'immense océan des peuples slaves, à peine retenus  à l'Europe occidentale par de minces fibrilles allemandes du côté de Vienne et de la Styrie. Je donnais dernièrement un premier aperçu de la politique magyare à égard de ces Slovaques qu'il serait de l'intérêt de la Hongrie de rendre si heureux qu'ils n'aient même pas envie de regarder par dessus les horizons idylliques de leurs vallées. Ces mêmes procédés sévissent, il va sans dire, à. l'égard des Houtzoules, des Rousniaques, des Serbes, des Croates, en un mot de tous les Slaves. Eh bien, admis le semblant d'une nécessité à cette ligne de conduite, la logique voudrait au moins qu'à l'égard des Roumains, qui, eux aussi, pourraient craindre quelque péril slave, - et nous verrons une fois ce que vaut cet épouvantail commode, - la Hongrie en agisse autrement. Il n'en est rien. La magyarisation et les procédés vexatoires de la minorité maîtresse du pays s'ils ne sévissent nulle part ailleurs plus durement qu'au pays slovaque, ne sauraient guère passer pour moindres en Transylvanie. La seule différence est qu'ils s'y adressent à un peuple moins innocent et mieux résistant. D'autre part, en Roumanie où l'on se défend de tout nationaliser à tort et à travers, avec l'énergie contraire, ce sont les Juifs qui poussent d'épouvantables clameurs parce qu'un ensemble de précautions préservatrices, - réduites du reste à une seule loi, - les empêche d'accaparer la Valachie, comme ils l'ont déjà fait à peu près de la Moldavie, et comme ils s'annexent désormais la Hongrie sous couleur de l'augmenter. Il y a là en suspens un double problème curieux à examiner et dont un demi siècle suffira à apporter la solution. On verra alors lequel des deux systèmes était le bon : demeurer strictement exclusivement soi et maître chez soi, ou, au contraire, absorber le voisin jusqu'à concurrence de n'être plus soi-même, mais lui; de ne plus valoir que ce qu'il vaut, lui! Une série de publications viennent de jeter une lumière singulière sur ce double problème: je veux parler avant tout des deux brochures d'une admirable éloquence où M. A. D. Xénopol, professeur d'histoire à l'Université de Jassy, étudie les rapports des Roumains et des Hongrois, puis la question israélite en Roumanie. D'autre part, le livre de M. André Bélessort sur la Roumanie mettrait un peu de pittoresque et d'agrément autour de ces arides discussions. Nous tirerions volontiers de l'un et l'autre auteur ce qui est utile à notre démonstration, si la documentation de M. Xénopol n'était déjà, à elle seule, trop riche. Il était du reste préparé à la rassembler par la science historique la plus considérable dont il ait jamais été fait preuve en Roumanie.
Raisonnement magyar : Nous sommes cinq à six millions au plus. Si nous magyarisons les trois à quatre millions de Roumains de notre territoire, nous serons en mesure, lorsque viendront les jours de suffrage universel, notre cauchemar, de résister à nos cinq ou six millions de Slaves que nous n'arrivons pas à réduire. Que si, du reste, nous n'y arrivons pas, alors à force de mesures coercitives, détachons d'entre ces "Hongrois de langue non magyare», comme dit la Constitution, assez d'individus pour faire pencher de notre côté la balance. Au demeurant, magyarisons tout. Commençons par nationaliser tous nos Juifs et tous ceux qui s'y prêtent. Et voici la porte désormais si largement ouverte qu'on peut affirmer; à vrai dire, qu'il n'y a qu'à désirer se faire Hongrois pour le devenir. Mais il est à remarquer aussi qu'à vue de nez, qui voyage maintenant en Hongrie, s'il n'est accueilli dans d'authentiques familles du pays. n'a plus guère affaire qu'à des Juifs, ne rencontre plus qu'eux, partant leur laisse à eux seuls son argent et risque de s'en revenir ayant perdu toutes ses illusions sur un peuple qui fut jadis si chevaleresque et si magnifique; mais dont aujourd'hui, si l'on entend encore la langue, on n'entend plus le cœur, et si l'on voit la cocarde, on ne reconnaît plus souvent le visage, cette beauté hongroise à laquelle même des slavophiles comme M. Louis Léger étaient obligés de rendre hommage.
La faute de ce raisonnement est double. Tout d'abord elle élimine peu à peu de la nation maîtresse tous les caractères vraiment hongrois au profit d'une peu sympathique teinture judéo-magyare; et dans cette mixtion, les pires éléments de l'appoint nouveau s'exaspèrent aux dépens des grandes qualités du fond primitif et le dénaturent. Secondement, pour parler net, on ne dénationalise jamais un peuple. On le persécute! En admettant que Slovaques, Serbes, Croates et Roumains arrivent à tous parler magyar, ils n'en auront pas moins conservé parallèlement leur langue originale comme les Tchèques de Bohème qui savent tous l'allemand et n'en sont ainsi que mieux aptes à la lutte contre l'allemand. C'est une loi constatée : le triomphe final appartient à qui sait la langue du vainqueur sans oublier la sienne. Rappelez-vous l'histoire de la conquête des Gaules par les Francs, puis de l'Angleterre par les Normands. Savoir le magyar sera simplement être beaucoup mieux armé pour résister aux Magyars. Et. avec les procédés en cours, ce ne sera pas augmenter l'amour qu'il serait si facile de leur vouer s'ils voulaient rester fidèles à la lettre et à l'esprit de leur Constitution. Ce qu'ils sèment aujourd'hui c'est la haine: que peuvent-ils récolter? Demandez-le leur à eux qui ont si vaillamment résisté à l'Autriche. J'ai résumé les griefs slovaques, Voici comment M. Xenopol résume ceux des Roumains de Transylyanie. Il constate d'abord que «la dénationalisation à outrance des peuples d'autre race' n'a été pratiquée nulle part avec autant de sauvagerie qu'en Hongrie ». Et il énumère: « Magyarisation des noms de localités, des cours d'eau et montagnes des pays de langue roumaine; magyarisation des noms propres, de baptême et de famille de tous les Roumains; introduction de la langue magyare dans les écoles confessionnelles des Roumains, qui ne sont pourtant entretenues que par des contributions volontaires du peuple roumain et que l'Etat magyar ne subventionne d'aucune manière j création de jardins d'enfants, où les Roumains sont obligés d'envoyer leurs enfants en bas âge, afin d'y apprendre le hongrois sous la férule de bonnes magyares recueillies U.1 peu partout; procès de presse et procès politiques qui envoient en prison par centaines les écrivains et patriotes roumains pour la plus légère manifestation en faveur de leur peuple.  Puis M. Xenopol passe en revue les résultats: « Ce qui devait céder, céda; ce qui était resté non attaqué, était et est encore inattaquable." Autrement dit, les mauvais éléments roumains sont aujourd'hui magyars; les mauvais Roumains font désormais de mauvais Magyars. II en est de même partout. Suit la démonstration que si cette haine séculaire n'est point appelée à disparaître, que si Roumains et Hongrois n'arrivent à généreusement signer un pacte d'oubli d'une part, et, d'autre part, d'abolition de tous procédés de la nature de ceux énumérés ci-dessus, «la disparition de l'Autriche-Hongrie aura pour conséquence l'augmentation de puissance de l'Empire allemand, la prédominance des Slaves dans le centre de l'Europe et la ruine des Roumains et des Hongrois". Quos vult perdere...
Raisonnement roumain: C'est l'inverse; mais il pèche dans l'application par excès contraire, du reste, en dehors de la question juive, dans des cas si particuliers qu'il n'est pas illicite de les ignorer au moins dans ces premiers exposés généraux. A tout prendre, ce raisonnement est plein de sagesse. II se résume ainsi: c Nous tenons jalousement à rester nous-mêmes. Nous ne nous suiciderons pas par persuasion. » Les mesures défensives de l'authenticité de la nation roumaine sont toutes dirigées contre les Juifs et elles atteignent d'autres de loin en loin, c'est uniquement à cause d'eux. Ceux-ci ont poussé et poussent de tels cris qu'ils ont ameuté l'Europe. Mais l'Europe ne sait pas quel assaut la Roumanie doit repousser, ni de quelle espèce d'Israélites. II faut l'avoir vu sur place. La seconde brochure de M. Xenopol serait tout entière à citer. Parue sous une première forme à la Renaissance .latine du 15 octobre 1902, elle n'a pas eu tout le retentissement qu'elle méritait. Elle n'a rien perde de son actualité. Servant la cause contraire, elle aurait été imprimée et répandue dans le monde par milliers d'exemplaires.. Le gouvernement roumain se devrait à lui-même d'en inonder les chancelleries, les bureaux de rédaction, les bibliothèques publiques et les cercles: on la devrait distribuer à qui en fait la demande, et tous les journaux chrétiens se devraient de la reproduire en tout ou en partie, car elle est d'intérêt général. Ce qui est étudié là, ce n'est, en effet, pas surtout la politique défensive du peuple roumain à l'égard des Juifs, mais bien plutôt la politique offensive des Juifs à l'égard de toute nationalité sans exception.
Le premier mot de cette histoire est alcoolisme. Dès le XVIIIè siècle, le «commerce des boissons spiritueuses était ouvert aux Juifs, tant dans les villes que dans les campagnes. Mais les princes s'aperçurent bientôt des ravages que les Juifs faisaient dans la population rurale par leurs boissons et par leurs habitudes commerciales vertement caractérisées dans plusieurs rapports. M. Xenopol suit sous divers règnes le cours de leur infiltration et surprend l'accroissement formidable et abusif de leur richesse en dépit de toutes les mesures de prudence, portant toujours toutes sur ce point particulier, cet art spécial d'enivrer le peuple par des boissons frelatées, de le mettre hors de bon sens, enfin de le dépouiller sous prétexte de dette. Après le commerce de boissons et l'exploitation de la population rurale, ils accaparent, dès 1825, le commerce des céréales. Les boyards, eux, ne pensent qu'à s'en aller en France vivre de la vie de Paris, et n'ayant rien que des terres, ils empruntent à ces mêmes Juifs à des taux de 15 à 24 % continuellement ajoutés au capital parce que ne pouvant presque jamais être payés à l'échéance, si bien que les terres finissaient par être vendues à l'encan, achetées par «des hommes de plus bas, sur lesquels le juif remettait bientôt la main. Enfin, de fil en aiguille, ils accaparèrent toutes les industries, tout le commerce, tous les métiers. Aujourd'hui leur dernier assaut se rue sur la terre même, qu'une loi très sage rend inaliénable aux étrangers, car dans les villes ils ont, comme tout le monde. le droit de posséder des immeubles. Un très curieux épisode de détail de cet accaparement:
"L'imitation de la culture européenne transformait tous les jours davantage les mœurs et les habitudes de la population plus aisée. L'ancien costume était abandonné pour les redingotes, les pantalons et les habits français, que les tailleurs indigènes ne savaient pas couper, pendant que ceux d'origine juive, venus de l'étranger, s'entendaient à le faire. Les Roumains ne pouvaient apprendre nulle part les nouvelles façons, car ils n'étaient jamais reçus comme apprentis chez les maîtres ouvriers juifs. Il en était de même des bottes, des meubles, des voitures, des selles et surtout des vêtements pour femmes et enfants. Dans les commencements, des couturières et des modistes françaises étaient venues s'établir dans le pays; mais elles furent supplantées par des Juives qui fournissaient à leur clientèle des articles à beaucoup meilleur marché qui, on le sait, sont toujours préférés, quand bien même ils sont de mauvaise qualité...»
Il faudrait maintenant citer le paragraphe de première importance où M. Xenopol explique par quel ingénieux mécanisme, au nom de leur liberté de conscience, les envahisseurs se sont rendus maîtres entièrement, aujourd'hui, du commerce de la viande. Mais cela nous mènerait trop loin. Retenons ces dernières lignes supplémentaires: "
"Dans toutes les villes de la Moldavie l'abattage s'opère par le couteau des hahams juifs, et les chrétiens ne mangent que les parties de la bête qui répugnent aux descendants d'Israël. Cette façon d'immoler les animaux, en leur coupant la gorge et en laissant s'écouler tout leur sang, est des plus cruelles et des plus barbares. Il est connu que par suite des progrès des idées morales, partout dans les pays occidentaux, on cherche à rendre le moins douloureux possible le sacrifice des animaux nécessaires à la nourriture de l'homme. La guillotine, la ponction céphalique ont remplacé partout, dans les abattoirs des nations civilisées, l'emploi du couteau; car il répugne à nos sentiments les plus intimes de voir se tourmenter, râler d'une façon horrible et se débattre dans les angoisses de la mort, pendant un interminable quart d'heure, une pauvre bête innocente que la nécessité inexorable de notre vie nous pousse seule à immoler. La Roumanie a voulu ajouter aussi ce progrès à tant d'autres que lui a enseignés l'Europe. Mais partout en Moldavie, elle s'est heurtée au rituel juif qui, au nom de la liberté de conscience, impose à notre siècle des pratiques antédiluviennes de cruauté et de barbarie. »
Puis M. Xenopol nous montre le Juif réfractaire au travail de la terre, mais se rejetant sur  l'exploitation agricole dans laquelle d'autres travaillent et dont il récolte les bénéfices. Et suit la démonstration de la façon dont leurs machines et leur bétail partout supplantent le travail du paysan à qui, à l'heure actuelle, il ne reste plus, étant inapte à tout autre travail, qu'à mourir de misère ou à s'endetter encore et toujours chez lui, Juif. Dès lors, sur ce pays pour eux de cocagne, l'immigration des juifs de Galicie a été si considérable que voici le tableau actuel donné par M. Xénopol des rapports de la population israélite immigrée et de la chrétienne autochtone dans les districts moldaves:
Ville

Dorohoï
Botochani
Falticeni
Piatra
Roman
Bacou
Focsani
Tecowtsch
Galaz
Birlad
Vaslui
Houchr
Jassy
Chrétiens
7.200
19.200
4.300.
13.600
8.400
15.600
15.500
8.500
22.300
12.500
4.500
12.300
40.200
Juifs
8.701
5.4000
6.800
7.500
4.200
5.400
2.500
 .800
2.600
2.500
2.700
3.100
34.300
Il va sans dire que les districts où cette proportion est la moindre sont les districts montagnards ou ruraux, Galaz excepté, qui est un port cosmopolite, où l'univers entier est représenté, et où il y a peut-être autant de Grecs, de Levantins et d'Italiens que de Roumains.
Ceci amène naturellement à l'examen du problème le plus grave, celui de l'extraordinaire puissance prolifique de la race juive, et à la vérification d'une curieuse loi, assez généralement ignorée encore pour que nous nous croyions obligés de nous y arrêter et de citer une fois de
Plus. M. A. Cauza, professeur d'économie politique à l'Université de Jassy, explique de la façon suivante cette tendance constante des juifs à l'augmentation et  des chrétiens à la diminution:
« Ce phénomène de décroissance (1) de l'élément roumain dans son propre pays trouve son explication dans la loi économique naturelle en vertu de laquelle la population humaine est déterminée à tout moment, par la quantité des moyens d'existence qu'elle est en état de se procurer. Le commerce et l'industrie se trouvant aujourd'hui entre les mains des Juifs, qui ont saisi presque tous les moyens disponibles d'existence procurés par ces branches (l'activité, il n'est resté aux Roumains, dans les villes, que les fonctions, mal payées, qui ne peuvent nourrir tout le monde, et dont le nombre est forcément limité. Voilà pourquoi, pendant que les Juifs continuent à se multiplier, la limite de leur développement étant élastique, attendu que dans une certaine mesure les affaires commerciales et industrielles sont capables d'un accroissement progressif, les Roumains continuent à diminuer, leurs moyens d'existence étant restreints dans des bornes qui ne sauraient être dépassées.
Voilà le fait abstrait, et voici un coin de sa traduction concrète; c'est M. Xenopol qui reprend la. parole :
"La population des villes étant pour une grande partie juive, elle constitue une couche isolatrice entre la population des campagnes et les classes dirigeantes. On sait que ces dernières, pour ne pas dépérir, doivent être alimentées sans cesse par les sucs généreux et puissants de l'élément rural. La sélection de ce dernier s'opère d'une façon naturelle par l'établissement des paysans plus intelligents dans les villes, comme petits industriels, ou commerçants. Ces éléments nouveaux, ainsi transplantés dans les villes, constituent la classe dans laquelle se recrute la bourgeoisie qui, à son tour, procure à 1a nation ses intelligences d'élite. Il v a bien quelquefois des sauts directs de la classe paysanne dans l'élite intellectuelle, mais ces sauts ne sont que des exceptions. En Roumanie et surtout en Moldavie, une pareille sélection naturelle des classes sociales est impossible, les paysans ne pouvant presque jamais s'introduire dans les villes, où toutes les positions économiques sont occupées par la race étrangère des Juifs. Le sort qui attend la Valachie n'étant qu'une affaire de temps, on comprend quels graves intérêts les Roumains s'attachent à défendre dans la question israélite. Il s'agit de bien autre chose que d'antisémitisme aveugle et de haine passionnée de race. Il s'agit de l'existence même du peuple roumain.
Et nous entrons dans le vif de la question: pourquoi le Roumain est-il toujours vaincu dans la lutte pour l'existence par le Juif? M. Xènopol répond sans hésiter: Le Juif a une autre morale, un code qui lui enjoint de ne jamais ménager le chrétien, il est dénué de scrupules. De plus, ils ont entre eux une admirable solidarité. - Et il le prouve par des faits, des faits et encore des faits. « Le Roumain n'a pas à lutter, conclura-t-il, dans le commerce ou les métiers, avec les Juifs comme individus, mais bien avec la masse entière qui soutient chaque individu, pendant que chez les Roumains cette organisation manque. - Et cette énumération stricte des faits est tellement révoltante et péremptoire que l'unique loi par laquelle ce peuple valeureux, menacé d'être étranglé chez (à suite)


(1) Voici un tableau statistique qui constate ce fait à Jassy pour une période de 9 ans à partir de 18". Et, dès lors, cela a continué dans cette proportion :
 
ANNEES
1853
1854
1855
1856
1857
1858
1859
1860
1861

Total
CHRETIENS
nés
856
857
913
952
950
1.011
1.087
1.102
861

8.648
morts
1.237
1.233 
835
1.421
1.253
1.303
1.181
1.225
1.306

11.000
JUIFS
nés
1.578
1.547
1.676
1.626
1.720
1.628
1.637
1.297
1.264

18.373
morts
880
923
1.015
1.190
924
 1.016
812
1.086
934

8.840


accumule les difficultés à l'obtention de l'indigénat par cette seule obligation imposée au postulant de fi demeurer à partir du moment de sa demande dix ans dans le pays en prouvant, par des actes qu'il lui a été utile J), semble non pas seulement d'une stricte justice, mais même ridiculement débonnaire. Notez, du reste, qu'à cause des Juifs elle s'applique à tout étranger..., car on n'a pas voulu avoir l'air de créer une exception. Et M. Xenopol étudiant le jeu de ce règlement, en arrive à cette conclusion:
Quand les Roumains auront reconquis leur indépendance économique à l'intérieur, comme ce sont toujours eux qui, au prix de leur sang, ont obtenu leur indépendance extérieure, alors ils pourront exposer aux Juifs des forces égales sur le terrain politique et alors le moment sera arrivé d'ouvrir largement aux Juifs les portes de la cité roumaine. Jusqu'alors il est impossible de doubler la force économique considérable dont ils disposent dans le pays, de l'autorité politique, sans condamner les Roumains à devenir en peu de temps les ilotes des juifs.
"L'exemple de la Galicie et de la Hongrie, dit-il ailleurs, serait là pour nous montrer le tableau de la Roumanie future. »
Et nous voici revenus à notre point de départ, à cette étrange comparaison entre points de vue si contradictoires et chacun dangereux par quelque côté. Ici un petit peuple fier et généreux offre l'indigénat  qui en veut et à qui consent à apprendre sa langue; il pousse le zèle jusqu'à persécuter tous ses voisins sous prétexte de se les assimiler... On devient Hongrois de force. Mais que valent ces nouveaux Hongrois? L'avenir le dira... Un autre petit peuple non moins méritoire aux yeux de l'Europe qu'il a tant de fois sauvée de la barbarie, tient à-se conserver sans alliage et maître de ses destinées. Or, on le voudrait forcer à ingurgiter un poison dont tout son organisme immédiatement périrait. Et il semble avoir tort, car momentanément il est moins florissant et d'un moindre poids dans la politique et la banque universelles qui ne font plus qu'un. Mais il reste lui-même, et j'ai davantage confiance en ses destinées. Qu'il apprenne seulement à travailler! La Hongrie peut s'accroître en apparence, elle n'est déjà plus elle-même et l'on s'en aperçoit! Un moment viendra où elle-même ne se reconnaîtra plus et ce sera trop tard... Qu'on ne parle pas de Sionisme, alors qu'Israël a la partie si belle dans les plaines du Danube et de la Tisza et dans les défilés des Carpathes! Mais, hélas! un jour viendra où sous le nom de Hongrois, agiotera et politiquera un peuple qui ne saura plus rien déjà Hongrie et qui ne connaîtra plus que son intérêt mercantile... Qu'en sera-t-il à ce moment de la Roumanie? Dut-elle jamais périr, si elle persiste  dans sa noble obstination à ne pas se laisser aliéner, du moins aura-t-elle eu l'honneur de ne s'être point suicidée. Pour le reste, je crains bien que cette belle utopie de M. Xenopol, - et notez que ce serait le seul parti logique, - d'une alliance étroite et indissoluble entre Roumains et Magyars qui sauvegarderait les deux pays, ne soit à jamais rendue impossible surtout par cette question juive, tant que les juifs ne seront pas les maîtres à Bucarest comme à Budapest. Or, quand ils le seront, il n'y aura tout de même plus de Roumanie... Alors?
William RITTER.
Revue des Périodiques
LA CONSCIENCE INDIVIDUELLE ET LA LOI
La Revue de Métaphysique et de Morale, janvier 1906, publie une excellente conférence de M. E. Boutroux. En voici le morceau capital:
Il ne peut être question de chercher laquelle de ces des puissances, doit être fin et laquelle moyen. L'une et l'autre sont des fins en soi. La loi, considérée comme la source même de la civilisation et de l'humanisation, était un principe pour les anciens. A travers toutes ses  transformations, elle et restée un .principe. Quels que : soient l'origine et l'objet qu'on lui attribue, elle a un caractère qui la rend irréductible à la volonté des individus comme tels: l'universalité. Elle est la même pour tous, et elle impose à chacun une conduit conforme au bien commun, Elle est l'expression d'un ordre social. Et une société quoiqu'on fasse, ne pourra jamais être la simple juxtaposition extérieure et mécanique d'atomes individuels.
D'un autre côté, la conscience individuelle est, elle aussi, une fin en soi. C'est la nier que d'en faire un moyen. La grandeur d'un Socrate, d'un Luther, d'un Pascal est d'avoir cherché le vrai d'une conscience absolument libre, résolue, selon ses forces, à ne reconnaître d'autre loi que l'évidence qui s'impose à elle.
Si la conscience et la loi sont deux fins en soi, s'ensuit-il qu'elles doivent se développer parallèlement, sans se mêler, ou encore, étant admis qu'elles appartiennent à un seul et même monde, qu'elles doivent se contenter d'un régime de limitations réciproques et de compromis?
De quels systèmes ne peuvent être que des expédients ou des pis-aller. Car la conscience Individuelle et la loi ne sont pas seulement irréductibles l'une à l'autre: elles sont encore solidaires l'une de l'autre. Leur pénétration mutuelle est la condition de leur développement respectif.
La loi suppose la conscience; car, qu'elle vise la justice ou l'utilité, ce qui, sans doute, comme disaient les anciens, ne diffère qu'en apparence, elle a dans la conscience sa source première, son juge suprême, son principe de vie et de perfectionnement. Ses prescriptions qui, aujourd'hui, se présentent à nous sous la forme d'articles de code, abstraits et exacts, ont été d'abord des sentiments et des pensées mouvants et individuels. Et il importe qu'elles soient constamment confrontées avec la conscience vivante des individus., si l'on ne veut pas qu'elles dégénèrent en scolastique et en routine. Car telle est la tendance naturelle des institutions humaines. Elles se détachent en quelque sorte de l'esprit qui leur a donné naissance et, suivant une logique toute formelle, se définissent, se systématisent, se fixent, comme d'elles-mêmes, dans des formes achevées et rigides. Elles prennent alors l'aspect imposant des 
choses immuables j mais, de plus en plus éloignées de l'homme, qui cherche et qui change, elles finissent par perdre leur sens spirituel pour se réduire à de vaines formules, et elles cessent d'être bienfaisantes. C'est par un contact incessant avec des esprits qui sont des consciences que la loi demeure concrète et vivante, modifiable et perfectible.
D'autre part, la conscience individuelle ne peut se passer de la loi. C'est chimère de s'imaginer une conscience qui se développerait à elle toute seule. Dès que l'homme prétend dépasser l'animalité, il lui faut se servir de mots, de concepts, de règles, donc de ces généralités abstraites dont la loi est le résumé et l'expression la plus autorisée. De cette condition, nul ne peut s'affranchir j et si une conscience pouvait être strictement indépendante et individuelle, elle ne serait, en réalité, qu'une pensée livrée aux hasards des suggestions étrangères, ou de l'autosuggestion, qui n'en diffère qu'en apparence. Et de même que la conscience ne se réalise qu'en s'appliquant à des idées, à des traditions, à des lois, de même elle ne saurait se développer en se prenant elle-même pour fin unique. Le travail Qui la fortifie et lui confère l'originalité véritable, c'est l'effort pour pénétrer l'origine, la signification et la valeur des lois. II y a entre la conscience proprement humaine et la loi une affinité remarquable. En s'appliquant à la loi, la conscience s'éveille j et son œuvre est de créer des lois. On sait que le philosophe Kant se proposait de réaliser en lui-même; dans sa plénitude, l'autonomie de la conscience: il ne se satisfit qu'en se donnant des lois plus sévères que les lois communes. C'est en s'appuyant sur la loi qu'on se rend capable de la dépasser: c'est en posant une loi plus universelle, plus juste, plus morale, plus digne du nom de loi, qu'on devient une conscience plus haute et plus libre.
D'où il suit que, d'une part, la loi ne peut, sans se changer en force aveugle et despotique, étouffer les consciences individuelles: elle sera d'autant plus rationnelle, vivante, et capable de progrès, qu'elle assurera plus largement la vie, l'essor et le déploiement. même audacieux et aventureux, des consciences individuelles. D'autre part, la conscience ne peut, sans se renier, sans se réduire à l'isolement et à l'impuissance, mépriser ou tenir pour de simples lisières extérieures ces lois qui l'ont élevée, qui lui ont fourni le point d'appui nécessaire à son développement rationnel. ce n'est pas par dédain transcendant, c'est avec .la conviction très intime de ce qu'il y a de bon et de vrai, dans la loi, alors même qu'elle se manifeste par des mesures injustes, que Socrate accepte la mort prononcée au nom des lois de sa patrie. Il entend ces lois lui dire: « Traiter d'égal à égal avec les lois et ta patrie, et leur rendre injure pour injure, coup pour coup, tenter de les détruire et de les perdre, alors que sans elles, tu ne serais ni un citoyen ni un homme, appellerais-tu cela justice, toi qui fais profession d'être attaché à la vertu?»
En résumé, ll faut renoncer à la métaphore commode.

 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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