Nos:
Première  année, Numéro 20
VENDREDI  9 MARS 1906 
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE














NOTRE PROGRAMME


















Albert LECLÈRE, professeur
à l'Université de Berne   .   .   .   .   .   
  Examinons notre Conscience
Caietano ORTIZ . . . . . . . . . .
 Les partis politiques en Espagne, L'Intégrisme
M. MORESCO, Professeur
 à l'Université de Gêne
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  Les Paroisses dans l'ancienne France
GARDAIR . . . . . . . . . . . . . . .
Lettre à l'Editeur : La Résistance

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    France: Les Inventaires. - L'Assemblée de l'Episcopat. -  Les Associations cultuelles. ~ Les nouveaux évêques et le Gouvernement. - Le Denier du Culte. - Positivisme et Catholiques. - Les juifs de France. - Saint-Siège et Italie: L'organisation catholique. - Pour les Emigrants italiens, - L'Electorat féminin. - Allemagne: Antimilitarisme. -  La consommation de l'alcool. ,- Noces d'argent du couple impérial. - Angleterre: Les ouvriers au Parlement. - Pour les écoliers.- Le Socialisme chrétien. - Tournée épiscopale en automobile. - L'Art pour tous. Les Progrès de l'aliénation mentale.- Amérique : Etudiants sérieux. - Espagne: Le mariage du Roi. -  Japon: Panique à Tokio.- Portugal: La Presse bâillonnée. - Russie: Le Règlement de la Douma. - Les Partis politiques.- L'Instruction obligatoire et gratuite. - Turquie: Les Femmes turques.

REVUE DES PERIODIQUES
Demi-fous et demi-responsables (La Revue des Deux-Mondes). - Il faut respecter les lois (Le Bulletin religieux du diocèse de Tarentaise). - Le Parti catholique (De l'Ouest-Eclair).- Mgr BonomeIli (Du Journal des Débats).
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Questions d'Angleterre, par J.-B. Piolet.

BULLETIN POLITIQUE
    Le cabinet Rouvier se retire devant une coalition victorieuse dont le jacobinisme retirera tout le profit si M. Fallières ne sait ou ne veut pas déjouer ses plans. Battu par un vote combiné de droite et d'extrême gauche, le gouvernement devrait logiquement faire place à un ministère hybride pris par égales parties, ici, là et ailleurs. Mais comme on gouverne avec un parti et non avec la logique, il est à craindre que la victoire tout entière reste aux mains des violents les plus nombreux, ceux de gauche, ce qui, au fond, ne serait pas pour mécontenter les politiciens de l'excès du mal.
  Il faut nous féliciter sans réserve des chrétiennes et sages paroles prononcées par M. l'abbé Lemire et dont la Chambre a voté l'affichage. A force d'être évidents et justes, les sentiments dont elles se sont inspirées finiront par prévaloir contre les artificielles attitudes politiques et par s'imposer aux esprits les plus prévenus. Pas à tous cependant. En couvrant de ses clameurs ce 
discours si raisonnable et si humain, la Droite s'est gravement   déconsidérée.
   Il se confirme que le Conseil d'Etat s'efforce de rendre le règlement d'administration publique acceptable, surtout en ce qui concerne le fonctionnement des associations cultuelles. Etant donnés, d'autre part, les conseils de prudence et de raison qui semblent prévaloir au sein de la commission préparatoire de l'assemblée plénière de l'épiscopat. Il y a tout lieu d'espérer que les mortels politiciens, pêcheurs en eau trouble et en eau sanglante, seront déçus et que la loi de Séparation ne déchaînera en France ni la guerre religieuse ni la guerre civile, contrairement à ce que tant de nos ennemis en escomptent, Les graves conjonctures que traverse en ce moment notre pays et dont on se réjouit en maints lieux comme d'un appoint à la déconsidération du régime et à l'abaissement de la France, seront un motif de plus pour les catholiques patriotes et sensés de collaborer au maintien de l'ordre matériel dans les rues et de la raison dans les cerveaux. Qu'on le sache bien là où il importe que la chose soit sue.
Le conflit franco-allemand, avec l'intérêt, la participation ou la complicité qu'y apporte ou qu'y prend le reste du monde, n'est pas encore résolu. Le serait-il bientôt dans les volontés qu'il ne le serait point pour cela dans les faits. En attaquant âprement, comme en se défendant obstinément, les deux nations obéissent à des lois qu'elles n'ont point faites, mais qu'elles subissent dès l'instant qu'elles sont contraintes, l'une à trouver une expansion à sa plénitude de vie, l'autre à maintenir la large existence que l'Histoire lui a créée. La politique agressive de l'Allemagne et la politique conservatrice de la France à Algésiras sont, vis-à-vis l'une de l'autre, dans la position respective où se trouvent le droit et la vie.
On avait annoncé que la lettre de Mgr Bonomel1i sur la Séparation, lettre dénoncée par l'épiscopat lombard, serait désavouée par le Vatican. C'est chose faite. Le Pape a écrit au Cardinal Ferrari, pour repousser les maximes de « libéralisme moderne » contenues dans cette lettre, « maximes que l'Eglise n'acceptera jamais». Ces paroles ont soulevé en Italie et ailleurs, dans les milieux libéraux, une vive émotion. Il s'agissait de la neutralité de l'Etat en matière religieuse, neutralité qui semble devoir être un principe de plus en plus indiscuté dans les nations modernes et qui a toujours été, par contre, mal notée par les théologiens. L'Eglise, d'ai11eurs, s'en accommode fort bien à l'occasion. Elle préfère en principe l'union avec l'Etat et cherche à la prolonger le plus possible, mais elle ne peut point ne pas voir que l'avenir est pour elle non dans le privilège mais dans le droit commun.
On peut observer en ce moment, sur beaucoup de points de l'Europe catholique, que l'efficacité morale et sociale de la doctrine chrétienne y est profondément affaiblie par l'intrusion de la politique proprement dite. Les partis conservateurs appellent un peu partout les catholiques à leur secours, lorsqu'ils ne les prennent pas dérisoirement sous leur protection. Le phénomène est surtout visible en France et en Italie, grâce aux circonstances momentanées qui le mettent en relief; mais il se révèle partout ailleurs avec une égale gravité pour qui sait l'observer avec soin. De toutes parts, en effet, le ferment chrétien soulève, brise et dissocie, mais de toutes parts aussi la politique cherche à emprisonner dans son froid et fragile ciment ce principe de liberté, dé justice, de vie qu'est l'incompressible idéal chrétien.

 

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Examinons notre Conscience
Le sentiment qui me pousse à envoyer à Demain ce court article, c'est l'étonnement où je suis de ne voir presque jamais indiquée, ou de .voir reléguée au second plan par ceux qui l'indiquent, la cause principale de tous les malheurs dont souffre actuellement l'Eglise catholique.
On accuse la paresse d'esprit de Ceux qui s'attachent à outrance à tout ce qui n'est pas indispensable à l'orthodoxie, à ce qui peut faire croire la foi hostile à la raison; on n'a pas tort en ceci, mais ce mal n'est pas le plus grave.
On accuse encore l'orgueil et la fantaisie de ceux qui modernisent en théologie; on n'a pas toujours tort, mais ce mal est assez léger, Car il n'est guère de novateurs dangereux. Beaucoup de ceux qui semblent tels sont plutôt mal compris.
On accuse surtout la haine des ennemis de l'Eglise, du christianisme, de toutes religions. Certes, cette haine existe, souvent brutale, féroce 'même, autant qu'absurde. Mais ce mal, plus réel que les deux premiers, n'est pas encore le plus effrayant.
Le plus effrayant, le voici. Dussé-je faire sourire, et bien que n'ayant aucun titre à prêcher les autres, je ne crains pas de l'affirmer: nous souffrons par dessus tout de la diminution du nombre des saints. C'est cela que notre Religion a. pour raison suprême de produire, et il y en a moins que jadis,
Est-il juste de reprocher si amèrement à nos adversaires la conduite qu'ils tiennent à notre égard? D'abord, souffrons-nous bien profondément de la situation qui nous est faite? Je vois en nous beaucoup de colère, mais la colère n'est pas l'indignation. Je vois en nous beaucoup de haine et une grande disposition à la violence; c'est comme si, de l'Evangile, nous avions retenu surtout le passage où on lit que Jésus chassa les vendeurs du Temple et oublié à peu près le reste, à commencer par le crucifiement. Notre unique raison d'être, dans ce monde, est pourtant d'y vivre autrement que les autres. Leur empruntons-nous, à ces autres, ces manières de parler et d'agir que notre religion condamne plus sévèrement encore que ne fait la raison? C'est en vain, dès lors, que nous revendiquons notre droit à exister. Car valons-nous la peine que nous prendrions pour nous défendre, si nous sommes devenus semblables à ceux que nous blâmons, si nous nous défendons comme ils attaquent? Ceux d'entre nous qui, en ce moment même, ne perdent aucune occasion de s'amuser, ont-ils une douleur sincère des souffrances de l'Eglise? Comment la sauver, disent-ils? C'est très simple. On sera capable et digne de la sauver quand, convaincu qu'elle souffre parce qu'on a trop peu fait soi-même pour elle et parce qu'on a perdu, ou à peu près, le sens chrétien, on sentira le désir violent, effectif, d'une vraie conversion. C'est Se moquer que de dire: « Je veux que l'Eglise vive ", et de se refuser à faire vivre d'abord le christianisme dan; son âme propre. La première condition du triomphe de la foi dans le monde, en grand, c'est le triomphe de cette foi dans les individus qui la prétendent posséder. Qu'il est inepte et lâche d'attendre ce triomphe de l'appui des gouvernements, qui ont d'ailleurs des fins toutes différentes et dont tout l'effort ne pourrait produire de la véritable foi gros comme un grain de sénevé! Si l'on est à tel point désemparé quand manque cet appui extérieur et factice, c'est vraisemblablement que l'on voudrait voir la foi victorieuse sans sérieusement combattre soi-même pour elle. Et pourquoi veut-on cependant sa victoire? serait-ce, ô honte! Afin surtout qu'elle contribuât à conserver un ordre social dont on se trouve assez bien? A l'origine de tous les grands mouvements de rénovation religieuse ou nationale, que voit-on? Des épidémies d'héroïsme.
Et  l'on voudrait le maintien, la diffusion de la religion du sacrifice par des moyens autres que l'héroïsme? Modifier quelques élections, organiser quelque! bagarres, c'est trop peu pour sauver l'Eglise du Christ, en vérité! Il est étrange aussi que l'on oublie à tel point que la persécution promise aux chrétiens comme une épreuve et comme une grâce et que les premiers triomphes de leur foi eurent précisément pour cause les défaites qui les décimaient? Ce n'est pas pour travailler à son propre salut et à celui du christianisme dans la satisfaction béate d'une vie confortable que nous existons; c'est pour travailler à ces deux fins dans' la  souffrance. Si nous voulons y travailler autrement,  notre christianisme est un non-sens.
Certes, il est inexact que la vertu donne toujours la lumière et donne toute lumière; il faut qu'elle s'appelle vertu intellectuelle, pour mener à la solution des problèmes qui touchent à la morale et à la religion elles-mêmes. Mais la vertu intellectuelle suppose cependant des vertus morales. Si nous combattons en nous l'orgueil, la paresse et la sensualité, ne serons-nous pas plus disposés à examiner sans préjugés toutes les nouveautés, à creuser notre propre pensée jusqu'à mettre à ~u, en elle, les affirmations qui sont essentielles à la raison même, à rejeter toutes solutions des problèmes moraux et sociaux que nous n'admettons que par intérêt?
Bref, la seule manière efficace de nous imposer au monde, c'est d'être tels que l'on nous envie, c'est d'être les chrétiens qu'en général nous ne sommes pas. On s'explique assez bien que nous soyons peu séduisants quand on remarque combien peu nous réalisons notre idéal.
Quel sera, dans l'avenir prochain, l'état du monde? Quelles difficultés naîtront? Quels problèmes se poseront? On ne le peut dire exactement. Mais une chose est certaine, en dépit de l'universelle relativité: c'est que la sainteté, je ne dis pas seulement la sainteté individuelle, mais aussi la. sainteté du saint social, sera la seule puissance capable de promouvoir la transformation du monde à laquelle on aspirera. Du renoncement, de l'héroïsme, des âmes sachant se vaincre et chercher le vrai et le bien avec une sincérité absolue, avec une entière bonne volonté: voilà ce qu'il faudra au monde pour marcher vers l'étoile, quelle qu'elle sera, à laquelle, pour reprendre une expression d'Emerson, l'humanité voudra accrocher son char. Nous savons notre Evangile assez riche pour qu'on y retrouve toujours le meilleur des idéaux inédits que l'on pourra prêcher; ne noua laissons donc pas prévenir par d'autres inventeurs, évitons avec d'autant plus de soin de laisser faire à d'autres œ que nous pouvons faire nous-mêmes, que seul l'enthousiasme 

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religieux peut opérer la grande rénovation dont tous sentent le besoin.  Pourquoi ce culte de l'Humanité dont on fait si grand bruit depuis  Auguste  Comte? Parce que si la morale ne devient point une religion, t'en est fait d'elle; nos adversaires en conviennent volontiers. Mais sont-ils propres à jouer ce rôlede prophètes et de prêtres qu'ils affectent parfois? Où puiseront-ils la foi sans hésitation, la charité parfaite, le courage sans mesure qui sont nécessaires pour l'œuvre qu'ils rêvent? Les faits le prouvent: sans une religion positive, sans cette inspiration à nulle autre pareille que l'on rencontre dans le christianisme, On ne possède pas ce qui est requis pour une telle œuvre. Combien vite toute religion naturelle se dissout en pure philosophie? Donc, en définitive, le monde a besoin de nous; nous sommes ceux dont le zèle peut être précisément celui qu'il faut avoir pour réaliser le bien qu'entrevoit la raison naturelle, mais que l'homme livré à lui-même ne peut faire descendre de l'idéalité dans les faits. Ne commettons pas le crime de refuser d'être le sel de la terre? Ayons conscience, enfin, de notre responsabilité, qui est si engagée dans les événements que nous déplorons; ou bien, alors, si nous sommes prêts à prendre notre parti de manquer au monde qui a besoin de notre force, à l'Eglise qui ne sera que ce que nous serons, au Christ qui ne veut point de sépulcres blanchis, à Dieu qui vomit les tièdes de sa bouche, eh! bien, cessons donc de nous dire chrétiens et catholiques, ce sera plus franc. « Sois toi-même », a dit un philosophe; que chacun de nous médite cette parole.
La persécution qui, d'ailleurs, nous est annoncée, promise par l'Evangile, est un excellent réactif de la valeur des âmes; elle fait connaître l'état des cœurs par la manière même dont ils l'accueillent. Or, puisque nous sommes étonnés par la persécution qui, pourtant, fait partie intégrante de nos destinées, et qui convient éminemment à notre qualité de fidèles d'une religion où l'élément moral est prépondérant, - car être moral, c'est accepter d'être plus souvent vaincu que vainqueur dans la lutte pour la vie, - c'est donc que nous sommes insuffisamment chrétiens, insuffisamment moraux?
Un autre signe de notre infirmité, c'est l'indiscipline qui règne parmi nous, l'indépendance tapageuse que les soi-disant leaders de notre cause affichent à l'égard des pasteurs, et les incohérences de conduite de plusieurs parmi ceux-ci. Où donc avez-vous vu dans l'Encyclique que le pape approuvât les bagarres où vous vous plaisez? « Soyez en paix, nous répond-on, les hérésies ne sont plus guère possibles. » Je le crois, car notre foi n'est plus amie des discussions théologiques, et les débats théologico-philosophiques qui nous plaisent, ne mènent pas à l'hérésie; ils confirment dans la foi ou jettent dans l'incrédulité. Mais le schisme, le schisme stupide qui peut tenter les esprits bornés et têtus, il est à nos portes . Oh ,'vainquons-le, écartons-le de nous avec d'autant plus de vigueur qu'il serait sans aucune excuse. La large liberté de pensée que l'Eglise laisse à ses fidèles rendrait absurde toute tentative pour briser la hiérarchie.
Si seulement les catholiques de France savaient avec quelle sévérité leur manière de résister est jugée à l'étranger.  Et quelles panacées bizarres ils inventent pour sauver l'Eglise.  Je n'ai pu lire sans stupeur, par exemple, le manifeste de l'Institut d'Action française. D'abord, l'outrecuidance avec laquelle il y est parlé de l'Université est révoltante. Alors, Messieurs, vous pensez qu'on n'a pas su travailler à l'avancement des sciences dans l'Université française? Que tout l'immense labeur de ses. mathématiciens, de ses physiciens, de ses biologistes, de ses philologues et de ses philosophes est sans valeur aucune? Vous êtes difficiles. Et vous avez une bien haute idée de vous-mêmes, une idée que je voudrais vous voir justifier, pour vous croire capables de faire mieux qu'on n'a fait depuis cent ans dans cette Université. Vous jetez aussi l'anathème, sans vergogne, sur Londres, Genève et Berlin, auxquelles cités vous joignez Jérusalem!
C'est de l'inconscience, tout simplement. Et pourquoi toutes ces condamnations? Pour entonner  ensuite un cantique en l'honneur d'Auguste Comte, dont le meilleur de la doctrine vous est inconnu à presque tous, je le jurerais, et dont vous ne louez que les rêves politiques, qui sont un défi jeté au bon sens. De grâce, renoncez donc à ce projet de constituer un Conseil de l'instruction publique nouveau modèle. Il en est parmi vous qui sont riches: qu'ils dotent les associations cultuelles pauvres.
 Vous appartenez tous à la classe des gens bien élevés qui tend à s'éteindre: perpétuez les précieuses traditions de bonne compagnie qui faisaient jadis l'honneur de notre pays et empêchez. dans la mesure de vos forces, notre démocratie de s'encanailler comme elle ne tend que trop à le faire. Quelques-uns de ceux dont je lis le nom ont fait leurs preuves d'écrivains: qu'ils cultivent de leur mieux le domaine où ils ont réussi. Que chacun reste dans sa spécialité et accorde son zèle avec ses compétences. 

Voyez, votre projet est la condamnation implicite des Universités catholiques elles-mêmes; on dirait qu'elles vous sont suspectes, suspectes pour ce que l'on y fait de vraie science. Elles aussi protesteraient très justement. Je ne suppose pas que vous ayez inventé une nouvelle espèce de vérité; votre révélation ',viendrait un peu tard. Collaborez, si vous le pouvez, avec les vrais savants; vous le ferez sans crainte si, ayant vraiment la foi, vous croyez en conséquence que toute vérité peut rapprocher de Dieu.
Ah! la foi réelle, celle qui produit des œuvres qui en manifestent la sublimité, combien il est à craindre qu'elle ne soit trop rare. La manière dont nous saurons nous conduire au milieu de difficultés qui n'ont pas empêché le catholicisme de prospérer en d'autres pays, montrera ce que vaut, ce qu'est, au fond, notre catholicisme français. Examinons notre conscience: c'est l'heure de le faire ou jamais; nous n'aurons de bonnes raisons de croire possible l'espérance que si notre conscience est encore assez droite pour nous faire entendre que le mal vient en grande partie de nous-mêmes et que le mal qui est dans le monde y est surtout parce que nous n'avons pas assez transformé le monde ainsi que notre devoir était de le faire. Et pourquoi n'avons-nous pas transformé le monde? Parce que nous n'avons pas travaillé à notre propre conversion. Encore une rois, nous souffrons surtout de ce qu'il n'y a pas assez de saints parmi nous.
Albert LECLÈRE, professeur à l'Université de Berne.
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Les Partis politiques en Espagne, L'INTÉGRISME
Barcelone, 1 février.
J'accomplis donc ma promesse et commence, dès aujourd'hui, à faire connaître aux lecteurs de Demain nos partis. Beaucoup seront surpris en me voyant débuter par l'intégrisme. Rares sont chez vous ceux qui ont le soupçon de son existence. Vos journaux, qui parlent peu de l'Espagne, parlent encore moins de cet caractéristique des races latines en général et de l'Espagne en particulier. Il ne serait possible ni en Amérique, ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni peut-être en Russie, je ne sais pas en Laponie. Mais par delà les Pyrénées, il s'est développé comme dans le sol natal, il y a pousse des racines profondes, sinon touffues. Je me trompe pourtant en affirmant qu'il a poussé des racines profondes, car le caractère singulier de ce parti est de n'avoir à peu près aucun contact avec les réalités de ce bas monde. Il plane bien haut dans les régions célestes. Aristophane pour se moquer, à tort d'ailleurs, des abstractions de Socrate, l'avait représenté, sur le théâtre d'Athènes, dans une corbeille et dissertant au milieu d'une nuée. Ainsi le parti intégriste et son chef, don Ramon Nocedal, lâchant pied à la terre, se sont campés bien loin au-dessus de cette pauvre planète. Enveloppés d'un nuage épais qui les empêche de voir notre Espagne telle qu'elle est à cette aube du XXè siècle, ils raisonnent et discernent souvent éloquemment sur ses gloires passées, sur l'inquisition, moyen efficace de salut, sur le retour aux principes de gouvernement de Philippe II, le roi grand, sacré et immortel et surtout contre tous les libéralismes présents, passés et à venir. De temps en temps, des éclairs et des tonnerres sortent de la nue. C'est le grand-prêtre qui s'irrite et foudroie quelque téméraire, carliste, alphonsiste ou mestizo, qui a osé dire que lui, Nocedal, devrait, avec son modeste bataillon, descendre ici-bas pour vivre, agir, penser et lutter avec des idées sans doute, mais aussi avec des hommes et des contingences qui ne permettent jamais de réaliser complètement ces idées... Quelques-uns de vos lecteurs trouveront peut-être que cette espèce de politiciens n'est pas absolument l'apanage de notre Espagne et qu'ils en coudoient parfois chez vous. Je n'en sais rien. Mais il me semble que les vôtres auront de la peine à approcher la perfection du type castillan.
L'intégriste vaut donc d'être connu comme le chef-d'œuvre du rêveur en politique. Et voilà la première raison qui m'a poussé à vous parler d'abord de lui. Il en est une autre. Ce parti insignifiant par le nombre de ses adhérents a cependant réussi, jusqu'à cette heure, à apeurer et à terroriser tous ceux qui, chez nous, ont cru qu'il y avait autre chose à faire qu'à raisonner sans fin contre le libéralisme ou à pleurer éternellement auprès des tombeaux. Ils n'ont pu avancer d'un pas, essayer une démarche, créer une revue ou un journal sans entendre, du fond de son nuage, M. Nocedal ou un de ses subalternes qui, au nom des principes abstraits que, d'ailleurs, ils entendaient souvent très mal, brisait leur élan et leur courage, les empêchait d'aller de l'avant et, au besoin, les excommuniait. Beaucoup d'évêques, de très dignes prêtres, d'excellents religieux n'ont pu se soustraire à cette terreur. Elle va diminuant, grâce au ciel. Mais un parti si chétif qui a eu pareille puissance - et tout catholique espagnol sincère et au courant la confessera, - ne mérite-t-il pas une étude préliminaire ? Le connaître, sera connaître un peu notre situation religieuse et, j'ose le dire, la raison de notre stagnation; je n'ajouterai pas de notre décadence irrémédiable, car j'ai confiance en notre relèvement, si nous le voulons.
Une troisième raison m'a enfin déterminé à commencer par lui. S'il vous en souvient, je disais, dans ma précédente lettre, que ce groupe de don Quichottes religieux était, à son insu, le meilleur auxiliaire de la république et du socialisme dans la péninsule. Ces partis avancés n'ont, en effet, qu'à citer les thèses outrancières et ridiculement abstraites soutenues par l'intégrisme pour enlever peu à peu au peuple espagnol, déjà si travaillé par toutes les tendances que nous ramassons dans le mot de franc-maçonnerie, sa foi religieuse et ses convictions monarchiques. Les « nocedalinos" sont et seront surtout dans quelques années les meilleurs agents électoraux des révolutionnaires et des anticléricaux. Et je ne voudrais pas, par exemple, que vos journaux sectaires s'avisent de lire nos intégristes, dont ils donneraient évidemment les élucubrations comme la pure doctrine catholique.
Avant d'étudier l'origine, les développements et les hauts faits de l'intégrisme, je vais' essayer, pour plus de clarté, de le caractériser aussi nettement et objectivement. Il est une doctrine, il est une secte, et il est surtout un homme.
L'intégrisme est une doctrine dont le dogme fondamental et accepté de tous est celui-ci: « l'Espagne moderne peut et doit réaliser dans son intégrité la thèse catholique. » Ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne veulent pas l'admettre dans leurs actes, leurs paroles ou leurs écrits, sont des libéraux, pires que les monstres de la Commune. Voilà le leitmotiv, étudié commenté, développé et dilué à satiété par lés orateurs et les journalistes du parti. Par thèse intégrale, .ils entendent l'application rapide, hic et nunc, à notre pays de toutes les propositions du Syllabus, au sujet duquel ils se gardent bien de faire les distinctions nécessaires et autorisées, sinon exigées, par le bon sens et par l'Eglise {1). Crois ou meurs, telle est la formule. L'idéal d'un gouvernement serait d'avoir aujourd'hui à la tête de l'Espagne un autre Philippe II qui, ayant à ses ordres (2) une Inquisition sévère, se débarrasserait aisément des méchants et des hérétiques. Et, par hérétiques - et méchants, l'intégriste entend non seulement les libres-penseurs sectaires et anticléricaux, mais tous ceux qui se refusent à proclamer le critérium infaillible de don Ramon Nocedal ou de don Sanche y Salvany dans son livre "Le Libéralisme est un Péché". Cet ouvrage, dont il nous faudra reparler, est pour les « nocedalinos" un second Syllabus.
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C'est même au nom du Syllabus de ce chanoine catalan qu'ils .l'ont tout récemment chassé de leur communion, ou mieux, de leur secte.Car l'intégrisme est une secte. Te veux dire une poignée d'hommes passionnés, intraitables et orgueilleux qui, en invoquant sans raison des principes très discutables ou en les interprétant à la mesure de leur étroitesse, paraissent s'être donné la mission d'arrêter chez nous toute action catholique sérieuse, pratique et durable.
Et puisque l'occasion se présente, qu'on me permette une parenthèse. Un livre vient de paraître, ces jours passés, dans notre Catalogne, qui vise particulièrement les exaltés dont je parle. L'auteur en est un jésuite, le P. Palan. Signe des temps! et preuve entre plusieurs, que j'indiquerai plus tard, que même la Compagnie de Jésus, au moins dans plusieurs de ses membres, abandonne l'intégrisme. L'ouvrage fait pas mal de bruit et notre épiscopat l'accueille comme un gage de délivrance après d'autres actes retentissants. Il a pour titre: "Le Catholique d'action" et porte les approbations louangeuses de beaucoup de nos évêques. A l'exemple de l'imitation, il est sous forme de petits versets. Je veux en citer quelques-uns. Peut-être que plusieurs de vos catholiques y trouveront aussi leur profit: « Mon fils, quand tu sens les ardeurs du zèle, garde-toi des excès du mauvais caractère... Nul ne croira que ce soit esprit évangélique de blesser et de blesser encore sans appliquer jamais de remèdes aux blessures... Ils pensent que les cris peuvent beaucoup, et plus ils crient et font du tapage et moins on prête attention à ce qu'ils disent... Si tu veux défendre la foi catholique, défends-la surtout avec tes bonnes œuvres... Si tu comprenais combien il est excellent et avantageux d'être chrétien, l'incrédule t'inspirerait de la compassion et non point de l'aversion... 
Ils sont graves et touchent à la fois aux intérêts matériels et aux intérêts moraux de la population. Les catholiques disent: «L'assistance scolaire, c'est-à-dire la distribution de repas ou des vêtements à des enfants fréquentant les écoles, est une question de bienfaisance. Il est parfaitement légitime que les pouvoirs publics autorisent cette distribution, mais pour autant qu'il s'agisse d'enfants qui en ont besoin. Et, dans ce cas, c'est au bureau de bienfaisance à intervenir. Vouloir étendre ces distributions à des enfants dont les parents sont dans une aisance suffisante, c'est, en somme, amener ces parents à se décharger sur les pouvoirs publics d'un devoir moral et civil qui leur incombe  : nourrir leurs enfants. D'autre part, c'est faire peser sur la masse des contribuables une dépense dont les particuliers devraient s'acquitter .
Les socialistes voient dans l'assistance scolaire une application du principe collectiviste. Ils veulent que la commune assure la soupe et le vêtement, - gratuitement, - à tous les enfants des écoles. Ils prennent argument de ce que de nombreuses communes n'exigent déjà aucune rétribution pour l'enseignement primaire qu'elles donnent, quel que soit le degré de fortune des parents. Ce sont les pouvoirs publics (Etat, provinces, communes), qui doivent, à leur avis, porter à leur budget des dépenses qu'ils considèrent comme d'ordre scolaire. Le bureau de bienfaisance n'a point à s'en mêler.
Entre ces deux théories, qui sont bien nettes, dont la première concilie le principe de la charité avec le respect de l'institution familiale, tandis que la seconde cherche à combattre l'une et l'autre de ces notions, les libéraux sont assez perplexes. Peu enclins à encourager le collectivisme, peu désireux d'aggraver les charges financières dans les communes où ils ont le pouvoir, ils seraient, au fond, disposés, pour la plupart, à se rallier à la thèse catholique et à considérer ces modes d'assistance scolaire: la soupe et le vêtement, comme relevant de la bienfaisance. Mais dès lors, ils sont obligés d'admettre que les enfants des écoles libres doivent bénéficier de ces secours de bienfaisance au même titre que ceux des écoles communales. La loi de 1888 l'exige. A son défaut, l'équité élémentaire le proclame. Enfin, par dessus tout, leur sectarisme répugne à la pensée de reconnaître, à charge du trésor, un droit quelconque aux enfants des écoles libres.
En dépit de tant de divergences, le conseil communal de Saint-Gilles a fini par se rallier à un projet transactionnel qui a été admis par les trois troupes à titre d'expérience: des cantines pour les enfants des écoles communales seront établies dans les écoles communales. D'autres cantines pour les enfants des autres écoles de la commune seront établies dans d'autres locaux communaux (autres' que les écoles). La ration de soupe sera délivrée à chaque enfant au prix de cinq centimes. Le bureau de bienfaisance interviendra pour supporter le prix de la ration à la décharge de tous les enfants ayant droit à l'écolage gratuit.

(1) Nul n'ignore, en effet, par exemple que le dernier membre de la quatre-vingtième et dernière proposition du Syllabus: «( L'Eglise ne doit pas se réconcilier et composer avec la civilisation", pris dans un sens absolu et sans distinction, est faux. Un catholique sincère et sérieux peut-il croire que l'Eglise ait voulu condamner la vraie civilisation dont elle est et a toujours été la mère et la protectrice?
(2) Ce pauvre Philippe II, quel mauvais service lui rendent les intégristes en le prenant sous leur protection. Ils donnent ainsi longue vie à la légende qui le représente comme un prince dur et cruel. Un prêtre de Madrid, don José-Fernandez Montana, a publié une histoire de Felipe el Grandi, qui est un dithyrambe et un défi aux règles élémentaires de la critique. Ce digne ecclésiastique était, il y a quatre ou cinq ans, confesseur de notre reine-mère, Marie-Christine. Ayant écrit dans le Siglo Futuro un article enflammé et violent contre le libéralisme du gouvernement espagnol, celui-ci exigea qu'il fût dépossédé de sa charge.
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NOTES BlBLIOGRAPHIQUES: QUESTIONS D'ANGLETERRE 
par J.-B. Piolet.(Paris, Librairie des Saints-Pères 1906, 3 fr.50.)
M. Piolet a réuni dans ce volume trois études également documentées et intéressantes sur trois questions importantes dans la vie intellectuelle de l'Angleterre: la réforme de la loi sur l'éducation, l'organisation des bibliothèques circulantes et l'organisation des missions protestantes. Il y a cependant un lien entre ces trois sujets si divers en apparence, ce sont trois œuvres d'initiative individuelle que M. Piolet a voulu étudier. Sur les deux premiers points, il est obligé de constater l'infériorité de la France vis-à-vis de l'Angleterre; sur le troisième, son étude conclut en nous montrant que lorsque l'initiative individuelle existe en France, elle réussit parfois mieux qu'en Angleterre.
La première partie du livre est une étude très abrégée, mais claire et exacte, de l'histoire de l'enseignement primaire en Angleterre avant l'Education Bill de 1902. On sait combien cette histoire est compliquée en Angleterre, où l'enseignement, subventionné par l'Etat, ne s'étendait pas, jusqu'en 1902, à la majorité de la population scolaire. On connaît aussi la solution adoptée par le cabinet Balfour. L'Etat subventionne les écoles confessionnelles, dont les autorités locales ou religieuses, ou les particuliers qui les ont fondées, conservent la propriété et l'administration à certaines conditions. On sait à quelles discussions ce principe est soumis en ce moment en Angleterre et combien il mécontente les non-conformistes. Ce qu'il y a de certain, c'est que, si satisfaction leur est donnée en quelque manière pour leurs écoles, le  de libéralisme donné par l'Angleterre subsistera. M. Piolet est peut-être tenté de ne pas estimer à sa  juste valeur le sérieux et l'importance des revendications  non-conformistes. Son étude était écrite avant le triomphe électoral des libéraux, auquel ils ont tant contribué, qui leur donnera certainement satisfaction dans la mesure raisonnable. En tout cas, la lecture de cette première partie du livre est la meilleure préparation à l'intelligence de cette question capitale de l'enseignement primaire, qui passionne en ce moment l'Angleterre. .
La seconde, intitulée la Lecture en Angleterre, et qui traite de l'organisation des différentes bibliothèques de prêt et bibliothèques circulantes, a son importance qu'il est impossible de négliger. Grâce à ces admirables institutions dues à l'initiative privée, à ces entreprises purement commerciales de Mudie, de Smith et de la London Library, qui est cependant due, à l'origine, à une idée de Carlyle, tout Anglais peut se procurer à bon marché la lecture de tous les livres qui paraissent dans son pays et des meilleurs livres étrangers.  
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C'est un résultat inestimable, car bien  souvent l'ouvrier ou l'employé n'a que faire de posséder les livres qu'il veut et qu'il doit lire. Le choix même des bibliothèques de gare, d'après M. Piolet, contribue, par son sérieux, à l'éducation intellectuelle et morale du peuple anglais. II y a peut-être un peu d'optimisme ici. Trop souvent, c'est la vulgarité niaise qui tient la place de la pornographie, et la littérature des périodiques anglais à bon marché qu'on s'efforce en ce moment de copier chez nous, ne valait pas la peine d'être imitée.
Mais, dans l'ensemble, il est vrai que le choix des livres offerts est meilleur et impose par là même, comme l'a très bien vu M. Piolet, un niveau supérieur à la lecture courante. Il ne trouve à citer en France, comme analogue des grandes bibliothèques circulantes, que la Bibliothèque Cardinal, mais il fait une allusion discrète en terminant à l'œuvre qu'il connait bien, les Bibliothèques Hippolyte Taine, dernière pensée de la femme admirable que fut Mme Taine, qui arrivera, espérons-le, à rénover ce qui, dans la vie d'un peuple, devrait être surveillé et respecté à la fois comme une partie importante de l'honneur national: le commerce et la circulation des livres.
Sur la dernière partie de son programme, M. Piolet était encore plus compétent, s'il est possible, car s'il connaît admirablement l'Angleterre, on sait que c'est à lui qu'est due la belle publication des Missions catholiques françaises au XIXe siècle (6 vol. in-8°, librairie Armand Colin). Nous ne voulons pas entrer dans la controverse sur la valeur relative des missions catholiques et protestantes, qu'il nous suffise de dire qu'il nous parait avoir marqué avec justesse les défauts principaux de ces dernières. En tout cas, il s'est efforcé de les traiter avec impartialité, il en a donné pour la première fois en France une statistique exacte empruntée aux sources officielles des Missions, et chacun peut mesurer ainsi l'effort donné et le résultat atteint, et la proportion de l'un à l'autre. Il y a beaucoup à admirer dans cette œuvre immense, quand ce ne serait que la générosité initiale des dons et contributions volontaires et l'opiniâtreté à une tâche ingrate qui est souvent mal récompensée. Terminons en nous associant à un regret exprimé par M. Piolet pour une lacune que lui-même s'est efforcé de combler. Il n'y a pas en France de Bibliothèque et de Musée central des Missions, ni d'Annales dignes de ce nom. On les aimerait plus. et peut-être serait-on plus généreux si on les connaissait davantage. Avec les renseignements qu'elles ont entre les mains, les Missions ont eu tort de ne pas continuer l'œuvre géographique commencée dans les siècles derniers et qui leur assurerait au moins l'intérêt de tout le monde civilisé, sans distinction de croyances.