Nos:
Première  année, Numéro 21
VENDREDI 16 MARS 1906 
  SOMMAIRE:
Bulletin politique.
PRENAT . . . . . . . . . . . .
Le dernier Règlement d'Administration publique
J.-M. BERNARD . . . . . .
M. Rudolph Eucken.- Sa philosophie de la Religion
Dr Fortuné MAZEL . . . .
Lettre à l'Editeur : La Résistance.
A. KOSZUL  . . . . . . .
Quelques Hymnes anglaises

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
France: Le nouveau Ministère.- Le Règlement administratif.- L'Assemblée des Evêques.- Bilan des Inventaires.- Un faux Bruit.- Les Poursuites.- Mariage religieux et Mariage civil.- Saint-Siège et Italie: Le Programme de M. Sonnino.- Pie X et l'Exégèse biblique.- Mgr Bonomelli.- Une Agence pontificale.- Le Vote des Femmes.- Un Divorce princier.- Allemagne: Pour le parti catholique.- L'Invasion russe.- Un Socialiste courtisan.- Les Couvents dans la Province rhénane - Une Fondation de Guillaume II.- Angleterre: Les Finances de l'Eglise.- L'Indemnité parlementaire.- Vagabondage.- Pour le Suffrage des Femmes, - Le Budget des Trades-Unions.- Autriche-Hongrie: Slaves et Germains.- Du Catholicisme au Protestantisme. Spéculations malheureuses.- Belgique: Les Craintes de Guerre.- Espagne: Le Mariage du Roi.- L'Affaire des Guerres coloniales.- José-Maria de Pereda.- Russie L'Esprit de Parti.- Les Elections à la Douma.- Le Suffrage universel.- Suisse : Election des Gouvernements cantonaux.- Catholiques et Protestants.- A l'Université de Fribourg.- Tunisie: Les Juifs.
  REVUE DES PÉRIODIQUES
Le Progrès de la Religion (Revue d'histoire et de littérature religieuses).- Pratiques superstitieuses (L'Apôtre du Foyer).- Le Nord et le Sud en Allemagne (Courrier européen).- L'Evolution démocratique de l'Allemagne (La Revue).
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
 Critique de la Raison pure, par Emmanuel Kant.- Fra Angelico et Bonnozzo Gozzoli, par Gaston Sortais.

  BULLETIN POLITIQUE
L'arrivée au pouvoir de MM. Clémenceau, Briand, Sarrien, constitue un événement assez impressionnant de prime abord. Il suffit cependant d'un coup d'œil jeté sur la déclaration ministérielle pour n'être point tenté de la confondre avec un article du directeur de l'Aurore. La modération du langage n'implique pas toujours, il est vrai, celle des sentiments. M. Clémenceau, qui a déposé son style au vestiaire, ne s'est point débarrassé de ses haines. Mais cet ennemi juré de l'Eglise catholique est trop expérimenté pour se flatter de venir à bout de l'objet de sa suprême aversion. Il ne donnera certainement point tête baissée dans son flanc, comme le fit M. Combes. Il est trop intelligent pour ne point savoir que la 
"manière forte » est une illusion, et que seules la froideur et la perfidie sont de quelqueefficacité. Ministre d'exécution sommaire plus encore que ministre de  combat, il s'apprête certainement à porter des coups décisifs à l'Eglise  pendant son éphémère passage au pouvoir. Qu'il réussisse, comme il en a le désir, à faire des élections à son image, et la décatholicisation de la France, qui est la suprême passion de cet homme aurait fait un grand pas de plus.
On commente beaucoup l'élection sénatoriale qui a eu lieu, dimanche dernier, dans le département des Basses-Pyrénées. M. de Goutaut-Biron, député progressiste, qui avait voté contre la loi de Séparation, a battu, avec une majorité de 68 voix, M. d'Iriart d'Etchépare, membre influent de l'Union démocratique, également député, et qui avait voté, lui, pour la Séparation. M. de Goutaut-Biron a été élu par 529 voix contre 466 obtenues par son adversaire. Ce résultat emprunte toute. sa signification à ce fait que, quelques semaines auparavant, alors que les opérations de l'inventaire n'avaient pas encore eu lieu, le même collège sénatorial envoyait au Luxembourg, par 656 voix contre 313 à M. d'Ariste, candidat libéral, le député Catalogue, un des partisans de la loi. Ce brusque et notable déplacement de voix, surtout dans une élection au suffrage restreint, où les votes sont d'ordinaire voulus et réfléchis, est considéré comme fort symptomatique. On en augure un retour de l'opinion vers les idées modérées aux toutes prochaines élections législatives.
 La conférence d'Algésiras n'aboutit point. L'Allemagne veut pénétrer au Maroc par quelque côté que ce soit. Elle a mis le pied en travers de la porte et ne l'a pas encore retiré; si ce n'est d'une demi-semelle. Et maintenant, elle n'en démord plus. Sur ces entrefaites, M. Rouvier s'en va, mais sa politique demeure, et l'Angleterre conclut une alliance avec l'Espagne, ou pour mieux dire avec la Péninsule ibérique. C'est le commencement de la coalition méditerranéenne contre le pangermanisme. Cependant, on attend toujours que l'une ou l'autre des adversaires cède, ne fût-ce que d'un pouce. Mais c'est l'immobilité, du moins aux yeux des observateurs, lesquels sont de plus en plus des confidents, la diplomatie étant sans grands mystères désormais, soit que les chefs d'Etat se laissent aller à leurs impulsions, soit que trop de parlementaires les interpellent, soit que trop de journalistes dînent à leur table. En attendant, l'Allemagne poursuit sa politique islamite. Elle s'empare de l'imagination du monde musulman et nous dépossède peu à peu de notre séculaire prestige.
 Le drame sans nom du Pas-de-Calais, où plus de mille ouvriers ont été ensevelis vivants dans un enfer dont les horreurs dépassent toute imagination, a violemment ému jusqu'aux âmes les plus légères. Les infortunes politiques dont retentissent avec éclat les journaux, les lamentations hyperboliques de la littérature des partis se sont brusquement tues, pour vingt-quatre heures, du moins, devant la réalité de cette indicible misère humaine, de cette agonie collective, hurlante et sans écho, dont les oreilles d'une mère, d'une femme, d'un enfant, n'ont rien entendu. Pourquoi, l'instinct de solidarité qui agglomère les troupeaux surpris par l'orage n'a-t-il pas, devant de tels désastres, le don de rassembler pour toujours en un faisceau de charité et de pitié toute la fragile et douloureuse espèce humaine! Que l'angoissante vision de tant de tortures désespérées nous enseigne du moins à modérer le récit de nos propres maux.
 

LE DERNIER REGLEMENT: NOTES JURIDIQUES
 La nouvelle législation des cultes est maintenant complète et définitive i il est permis, du moins, de le supposer.
 Le gouvernement démissionnaire a communiqué officiellement à la presse le texte du dernier règlement tel qu'il est sorti des délibérations du Conseil d'Etat, mais il ne l'a pas inséré au journal officiel.
 Pris entre la loi qui exigeait la publication du décret dans les trois mois et .les susceptibilités possibles de leurs successeurs, les ministres ont opté pour la violation de la loi.
Ils sont d'autant moins excusables que rien n'explique les longueurs de l'élaboration du texte.   Etudions-le pourtant, comme s'il était arrêté ne varietur, ce qui paraît vraisemblable.
Par ce décret et par les deux qui l'ont précédé, l'un relatif aux inventaires, l'autre relatif aux pensions et allocations, le Pouvoir exécutif a épuisé, en ce qui concerne la France, le droit que lui avait délégué le Parlement; il lui reste à déterminer, par d'autres règlements, les conditions dans lesquelles la loi sera applicable à l'Algérie et aux colonies.
 Ce qui frappe tout d'abord dans le décret du 9 mars, c'est son extrême longueur. Il ne compte pas moins de cinquante-trois articles, divisés en quatre titres, correspondant aux grandes divisions de la loi. Si l'on songe que le principe de la liberté des conventions domine notre droit et que, légalement, tout ce qui n'est pas défendu est permis, la première impression, quand on est mis en face d'une pareille débauche de réglementation, est de s'affliger et de se défier. Sous la prose grise de ces interminables textes, que d'embûches, que de chausse-trapes doivent se dissimuler pour la simplicité des citoyens dans un pays « où nul n'est censé ignorer la loi »! Comment un pareil assujettissement peut-il d'ailleurs survivre aux liens qui unissaient l'Eglise et l'Etat, alors que ce dernier a prétendu les couper par la Séparation?..
 Pourtant, après avoir lu d'un bout à l'autre, avec attention, ce document auquel tant de gens ont collaboré, et qu'on nous a fait si longtemps attendre, si l'on ne s'explique guère qu'il ait coûté tant de travail et provoqué de si longs retards, du moins n'apparaît-il pas qu'il ait dénaturé la loi, dont il devait assurer l'application. Il ne l'aggrave pas plus qu'il ne l'allège. S'il est compliqué, c'est que la loi n'est pas simple; s'il est tatillon et inquisitorial, c'est que la loi l'a voulu. La situation reste après sa publication ce qu'elle était avant: l'Eglise n'y trouvera aucun motif nouveau de tâcher de s'organiser en dehors ou, au contraire, de tirer parti de la loi qu'elle a justement condamnée, mais qu'elle doit, dans tous les cas, subir.
Entrons dans quelques détails. Une question domine toutes les autres: celle des associations cultuelles. Si, en effet, il n'en est pas constitué, toua les biens des établissements ecclésiastiques, toutes les églises, tous les presbytères sont perdus pour l'Eglise catholique, et l'étude des formalités aux. quelles la dévolution aux associations est subordonnée, n'a plus pour nous aucun intérêt. La police même des cultes n'a plus d'objet, puisqu'il n'y a plus de culte public.
 Le titre III du Règlement, qui est consacré au, « associations pour l'exercice public des cultes » comprend cinq chapitres et dix-neuf articles (articles 30 à 48).
 Le chapitre premier, relatif à la constitution des associations, est satisfaisant en ce qu'il pose, en principe, la liberté absolue des  associations cultuelles de se donner les statuts qu'il leur plaît. 
Cette liberté absolue, au regard de l'Etat, permet (ce point est essentiel et il ne faut pas le perdre de vue), une subordination absolue des associations cultuelles à l'Eglise représentée par l'évêque, si le Souverain-Pontife juge cette subordination nécessaire. Elle n'est pas dans la loi que Pie X a condamnée; elle peut, sans difficulté, être introduite dans les contrats d'association, dont il appartient aux évêques d'être les rédacteurs uniques, en imposant les formules de leur choix comme une condition sine qua non, aux associations qui voudront obtenir un prêtre pour desservir leurs paroisses.
 Sans prétendre donner un modèle de statuts, ce qui excéderait ma compétence, et simplement pour montrer la souplesse du contrat d'association, rien n'empêcherait, par exemple, un évêque de composer lui-même les associations cultuelles de chaque paroisse de son diocèse et de leur demander d'accepter pour charte les articles suivants:
 ARTICLE PREMIER.- Sous le nom de "Conseil de fabrique de la paroisse de...», il est formé dans la commune de..., entre les personnes dont les noms suivent et qui, toutes, ont été agréées par Mgr l'Evêque de..., une association dont l'objet est d'assurer, l'exercice public du culte dans la dite paroisse.
ART. 2.- Conformément aux règles d'organisation générale du culte catholique, l'association, investie légalement de la possession et de l'administration tant des biens provenant de l'ancienne Fabrique que des aumônes et fondations qui pourront lui être faites à elle-même dans l'avenir, maintient à l'évêque du diocèse la tutelle et le contrôle qu'il exerçait sur l'ancienne Fabrique. Au cas où, contrairement à cette stipulation, un acte exigeant l'autorisation de l'évêque, tel qu'une aliénation ou un emprunt, aurait été passé sans que cette autorisation eût été obtenue, la nullité pourrait en être poursuivie par un seul des associés.
ART. 3.- Le curé aura seul la police de l'église, la direction des offices. Il fera de droit partie du Conseil d'administration de l'Association, et pourra, par son veto, suspendre, jusqu'à la décision de l'évêque, toute délibération du Conseil d'administration ou de l'Assemblée générale de l'Association, etc., etc.
 Ces articles, improvisés au courant de la plume, n'ont, encore une fois, dans ma pensée, d'autre but que de montrer comment la hiérarchie catholique, que la loi ignore, peut être réintégrée dans l'association cultuelle par le moyen du contrat. Les  conventions sont la loi des parties, et ces conventions qui seront la loi des associations cultuelles, s'il appartient aux associés seuls de les consentir, il est facile aux évêques de les dicter.
 La déclaration des noms des associés qui forment le nombre minimum des membres de l'association et des limites territoriales de l'association, n'ajoute pas grand-chose aux exigences de la loi de 1901
  Les chapitres II et III sur les recettes et dépenses et le contrôle financier des associations, entrent - dans de minutieux détails et sont en contradiction - manifeste avec le principe même de la Séparation.  On ne saurait les critiquer avec trop de vivacité. Ils sont d'autant plus ridicules qu'ils seront moins efficaces. Plus, en effet, il est difficile d'être en règle, et plus on est tenté de s'affranchir par la fraude  des pièges légaux....
Angleterre:  Le Vagabondage.
Le rapport du comité institué pour l'étude de la question du vagabondage propose des mesures draconiennes destinées à diminuer d'une façon considérable le nombre des vagabonds en Angleterre. Le résumé suivant pourra en donner une idée: 
« 1° Les dépôts temporaires seront  sous le contrôle de la police, et les vagabonds internés  seront retenus pendant quarante-huit heures au moins, et obligés de travailler neuf heures par jour;
2° ceux qui, de bonne foi, cherchent à trouver de l'ouvrage, seront pourvus de livrets de route au moyen desquels ils pourront se procurer le logement et la nourriture nécessaires, tout le long de la route qui leur sera indiquée; 
3°' les récidivistes seront placés dans des colonies agricoles pour une durée minimum de six mois, mais ne pouvant dépasser trois ans; 
4° il sera établi un système d'identification. genre Bertillon;
5° les autorités locales auront le droit de veto en ce qui concerne la distribution de nourriture et les logements; 6° les femmes et les enfants seront reçus dans les workhouses, et les enfants de récidivistes seront envoyés dans des écoles industrielles. »


Pour le Suffrage des Femmes
 Une députation de cinquante dames s'est présentée chez le président du Conseil, sir Henry Campbell-Banneman, pour l'entretenir du suffrage des femmes, quoiqu'il soit malade et alité. Il a fait répondre  que ses opinions sur le suffrage des femmes étaient bien connues ». Là-dessus, les politiciennes essayèrent de s'introduire par la force. Quelques-uns de ces gigantesques policemen qu'on voit à Londres les arrêtèrent avec douceur. Trois d'entre elles furent menées au poste et mises en liberté au bout d'une demi-heure. L'Union sociale et politique des Femmes a publié un manifeste qui dit que le moment est venu d'une « propagande vigoureuse et déterminée », et préconise l'emploi de « nouvelles méthodes d'agitation pour remplacer les anciennes qui ont produit si' peu de résultats en quarante années. Le temps de l'argumentation est passé et celui de l'action est venu". On sait maintenant en quoi consiste l'action, dans la pensée des dames politiciennes d'Angleterre.


Le Budget des Trades-Unions.
L'Engineering publie un très intéressant article donnant les chiffres des dépenses de ses principales trade-unions pendant les dix dernières années. Ces chiffres sont des plus significatifs et montrent la richesse des syndicats ouvriers anglais. Ainsi, le total de ses dépenses se monte à 402.500.000 francs. Sur cette somme, 58.575.000 francs ou 14,6 %, ont été employés à l'occasion de conflits avec les patrons; 90.200.000 francs ou 22,05 %, au bénéfice des sans-travail, et 166.450.000 francs ou 41,4 %, pour d'autres fonds de secours: maladies, accidents, pensions, enterrements, etc., etc., et le reste, soit 86.275.000 francs ou 21,5 %, a été dépensé pour frais de direction, appointements, loyer, papeterie, imprimés, timbres-poste, etc., y compris les sommes payées aux représentants ouvriers au Parlement. 


AUTRICHE-HONGRIE: Slaves et Germains.
La population allemande de l'Autriche est très hostile au projet de réforme électorale élaboré par le gouvernement. Il s'agit de savoir si l'empire d'Autriche perdra désormais son caractère allemand séculaire pour devenir un empire slave; car, du moment où les Slaves possèdent la majorité dans la Chambre, ce n'est plus qu'une question de, temps plus ou moins long pour que l'empire se change en une fédération de pays autonomes, où les Slaves sont en majorité par le nombre. Or, tout le projet du gouvernement manifeste. la tendance de favoriser les Slaves au détriment des Allemands, ainsi qu'il résulte du chiffre de deux cent trente députés slaves contre deux cent cinq allemands, comme du fait que des trente mandats nouvellement créés, pas un n'a été réservé aux Allemands ni aux autres nationalités, que tous ont été
réservés aux Tchèques.


Du Catholicisme au Protestantisme.
Le Conseil ecclésiastique supérieur évangélique d'Autriche publie les chiffres des recrues que sa propagande a amenées au protestantisme durant l'année 1905 : leur nombre est de 4.855 dont 4,480 sorties de l'Eglise catholiques. Les chiffres des entrées dans le protestantisme étalent de 4.624 en 1902, 4.510 en 1903, 4.362 en 1904. On observerait donc une décroissance légère, mais progressive, tandis que 1905 amènerait un léger relèvement. En huit ans, depuis 1898, la somme totale a été de 38.000, en chiffres ronds, soit une moyenne de 4.750 par an. Les organes catholiques autrichiens constatent que les éléments perdus étaient détestables, et que ces conversions sont imputables non à la conviction religieuse, mais à l'ignorance de quelques-uns, enrôlés sans se douter de la gravité du fait; à la cupidité d'un grand nombre qui se laissent gagner à prix d'argent; au fanatisme national de la plupart qui entendent se rattacher de cœur et d'esprit au pangermanisme en se faisant protestants.


 Spéculations malheureuses.
On télégraphie de Budapest qu'une vive sensation est causée dans les milieux mondains par la révélation que l'archiduchesse Clotilde, belle-mère du duc d'Orléans, a perdu toute sa fortune dans des spéculations malheureuses, et qu'elle devrait, en outre, une somme d'une vingtaine de millions. Les gendres de l'archiduchesse, le prince de Thurn-et-Taxis et le duc d'Orléans, s'efforceraient d'amener un accord avec les créanciers.
BELGIQUE : Les Craintes de Guerre.
 Le ministre de l'intérieur vient d'adresser aux gouverneurs une circulaire relative à la mobilisation; on y lit: « Aux termes de l'article 3 de la loi sur la milice, le roi peut, dans certaines circonstances, rappeler à l'activité tel nombre de classes congédiées qu'il juge utile, en commençant par la classe la plus récemment congédiée. Afin de faciliter l'application éventuelle de cette mesure, le département  de la guerre a prescrit aux autorités militaires et à la gendarmerie de réinscrire provisoirement les hommes congédiés des 14" et t 5" classes de milice, dans les différents registres et contrôles. ), On s'accorde à  reconnaître que cette mesure a été dictée par l'inquiétude très vive que suscite, dans les milieux de la cour, le conflit franco-allemand, et qui porte le gouvernement à se tenir prêt à toute éventualité. 


ESPAGNE : Le Mariage du Roi.
  Le roi Alphonse XIII a envoyé au pape le télégramme suivant: « C'est avec un amour filial et avec reconnaissance pour les nouveaux et importants témoignages de bienveillance reçus de Votre Sainteté, que je vous fais connaître mes fiançailles avec la princesse Victoria-Eugénie de Battenberg, mon épouse future, qui se considère comme heureuse de pouvoir maintenant s'appeler la fille dévouée de .l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et s'unit à moi pour demander sa bénédiction à Votre Sainteté, afin que Dieu nous accorde ses grâces et ses faveurs clans cette vie et dans l'autre.»

L'Affaire des Guerres coloniales.
A la Chambre, M. Nouguès, républicain, a interpellé le gouvernement et lui a demandé de rechercher les responsabilités dans l'affaire des guerres coloniales: « On a vu, a-t-il dit, des généraux revenir avec quatre cents colis de bagages; on parle d'un général qui se faisait servir des déjeuners de vingt-cinq mille pesetas; la veuve d'un autre général déposa a la Banque de Londres, sous son nom, soixante-dix mille douros. Les tribunaux d'honneur ne furent pas assez sévères. » L'orateur a réclamé, en conséquence, la nomination de commissaires chargés de faire la lumière sur cette affaire. Sur la demande de M. Moret, la Chambre a repoussé cette proposition par cent quarante-trois voix contre dix-huit.
José-Maria de Pereda.
On annonce de Santander la mort, dans cette ville, de José-Maria de Pereda, une des célébrités littéraires de l'Espagne, qui s'était consacré particulièrement à la description des mœurs pittoresques des populations de la côte cantabrique. Son chef-d'œuvre dans ce genre est, sans contredit, Sotileza, puissante création littéraire dans laquelle il a esquissé un type curieux de pêcheuse de la côte de Santander. La liste des ouvrages de ce prince du roman espagnol contemporain est d'ailleurs longue. A côté de Sotileza, il faut citer Tremontoria, le Goût de terroir, Scènes montagnardes, Types et Paysages, Don Gonzalo Gonzalez de la Gonzalera, et tant d'autres romans écrits en un castillan pur et châtié. II y a peint amoureusement la montagne, la ville et les plages de Santander,
 son pays, avec leurs type de loups de mer, de paysans, de hobereaux quichottesques, d'indianos ou parvenus retour d'Amérique, décrits avec un réalisme vivant et palpitant. Issu de famille noble et riche, Pereda vivait la plupart du temps dans sa résidence familiale du Polanco, où il était né, aux environs de Santander. Son type d'hidalgo, sec, nerveux, rappelant le héros de Cervantès, était populaire dans tout le pays. José-Maria de Pereda avait fait ses études à Santander et à Madrid. Il était membre de l'Académie espagnole. Il avait, à une époque de sa vie, essayé de la politique et avait été élu comme député car liste de Cabornija, lors des fameuses élections du 2 avril 1871. José-Maria de Pereda était âgé de soixante-douze ans.


Le Suffrage universel.
Le Sénat a terminé l'examen du projet concernant les nouveaux statuts de la Diète et de la loi sur le suffrage universel en Finlande. Le droit d'élire et d'être élu est attribué à tous les citoyens des deux sexes ayant atteint l'âge de vingt-quatre ans. La commission chargée de l'élaboration du projet préalable de réorganisation de la représentation nationale avait proposé la limite d'âge de vingt et un ans. Le droit électoral n'est pas attribué aux gens bénéficiant de l'assistance publique et ne figurant pas sur les listes des contribuables, non plus qu'aux gens insolvables.
SUISSE: Élection des gouvernements cantonaux.
 La Suisse marche à son tour à grands pas dans la voie de l'extension des droits politiques. Bientôt tous les cantons suisses auront des gouvernements élus par le suffrage universel. Le corps électoral du canton de Berne s'est prononcé affirmativement sur une demande formulée par « l'initiative Il et tendant à instituer l'élection du Conseil d'Etat (ou pouvoir exécutif), par le peuple. Les électeurs ont accepté cette réforme démocratique à une majorité, chiffres ronds, - de quarante mille suffrages contre dix mille. Il est à noter que les partis conservateur et socialiste ont, en quelque sorte, imposé cette réforme au parti radical, qui, étant au pouvoir, trouve que tout est pour le mieux. L'argument décisif en faveur de l'élection directe a été qu'elle rend le gouvernement plus indépendant envers le Grand Conseil et accroît, par le baptême du suffrage universel, sa force et son autorité. Tous les cantons de la Suisse allemande ont maintenant adopté l'élection directe; il ne reste plus que quatre cantons suisses où le Conseil exécutif soit encore élu au second degré: Fribourg, Vaud, Valais et Neuchâtel. Et même; en ce dernier canton, la question est actuellement posée, sur l'initiative des oppositions anti-radicales réunies, et la réforme sera vraisemblablement votée par le peuple neuchâtelois dans quelques semaines.


Catholiques et Protestants. 
Certains journaux ayant annoncé que, dans le canton de Genève, les catholiques sont maintenant plus nombreux que les protestants, et ayant tiré de ce fait des conséquences erronées, le correspondant genevois .de l'univers met ainsi les choses au point : « Le dernier recensement fédéral accusait 67.228 catholiques contre 62.551 protestants, mais c'est là une sorte de trompe-l'œil dont on ne se rend pas assez compte au dehors; car il est peu de pays où la population soit aussi bizarrement composée que chez nous. En réalité, de ces 67.228, défalquez 44.463 étrangers, dépourvus de tout droit politique, ni. électeurs, ni éligibles, et vous voyez ce qui reste. Chez les protestants, il en va tout autrement: les étrangers ne sont que 5.432; la vérité est donc qu'ils sont 57.109 contre 22.765. A ce point de vue, nous sommes moins du tiers; nous descendons plus bas, si nous avouons que parmi nous il en est plusieurs qui, s'ils étaient Français, voteraient résolument pour le bloc. Aussi, dans le Grand Conseil, qui est élu d'après le système de la représentation proportionnelle, nous demeurons au chiffre humiliant de treize sur cent... Notre population catholique ne compte guère, du reste, que de modestes campagnards, de petits négociants, des ouvriers et des domestiques."


A l'Université de Fribourg.
Le Conseil d'Etat du canton de Fribourg a ratifié l'admission prononcée par le corps professoral de la Faculté des sciences, de M. l'abbé Henri Breuil, licencié ès sciences de l'Université de Paris, comme professeur agrégé à l'Université de Fribourg. M. Breuil enseignera la préhistoire et l'ethnographie. La Faculté des sciences de Fribourg qui s'est acquis par ses travaux une renommée européenne, compte déjà plusieurs professeurs français, parmi lesquels M. Jean Brunhes, qui en est actuellement le doyen.


TUNISIE: Les Juifs.
Une requête est présentée, depuis longtemps, par un grand nombre de juifs tunisiens, devant la Chambre française. Elle demande notamment l'extension de la juridiction française sur tous les juifs de Tunis; la concession du droit de citoyen à un grand nombre d'entre eux. La Chambre a confié ces requêtes au député Chaumet, chargé du rapport général sur les affaires de Tunis. M. Chaumet ne pense pas qu'il faille suivre l'exemple qu'en 1870, Crémieux donna pour l'Algérie, en déclarant les juifs de Tunis citoyens français. Il ne convient, dit-il, d'enlever d'un trait de plume, cent mille sujets au bey de Tunis. La naturalisation doit rester interdite à la masse des juifs de Tunis, mais l'élite de la société juive doit avoir la possibilité de devenir citoyens français. Le comité central. de l'Alliance israélite universelle s'efforce d'amener les désirs des juifs tunisiens devant les autorités. Le président de l'Alliance israélite, M. Harris Leven, a déjà souvent ménagé des négociations avec M. Pichon, le résident Général de Tunis, mais on dit que les hauts fonctionnaires de Tunis soutiennent M. Chaumet dans ses efforts.

SOCIETE D'ETUDES RELIGIEUSES DE LYON
 Sous ce titre: Société d'Etudes religieuses, s'est formé, à Lyon, un groupement de croyants appartenant à toutes les confessions chrétiennes et qui, sans rien sacrifier de leur credo personnel, unis seulement par un lien commun de foi religieuse et de charité mutuelle, se livrent ensemble à l'étude des questions philosophiques et religieuses, dans un esprit d'impartialité intellectuelle et d'édification morale.
 Les réunions ont lieu tous les mois. Le siège social est, 12, rue Louis-Blanc, chez M. Aimé Pallière.
RUSSIE: L'Esprit de Parti.
 Les Rouskia Diéla signalent le danger toujours grandissant qu'offre l'esprit de parti en Russie. L'année 1905 a été véritablement fatale à la société russe, qui ne se doute pas que jusqu'au 3 octobre, elle jouissait d'une liberté d'esprit qu'il est rare de rencontrer dans les sociétés qu'on appelle civilisées. Eloignée du pouvoir, étrangère aux luttes politiques, faisant partie de tel ou tel groupe, où l'attiraient ses sympathies, elle est tombée, le 30 octobre, dans le tourbillon de la vie politique, et, dès ce moment, s'est trouvée plongée dans un complet esclavage de l'esprit. Car n'est-ce pas un esclavage que cette vie de parti qui a commencé à exister chez nous? Dès qu'un individu s'est inscrit dans un parti politique, c'en est fini de sa liberté, de son indépendance, il devient l'esclave de sa secte, à tel point qu'il ne reste plus rien de ses convictions premières, ni de son jugement personnel. Il lit le journal de son parti, toujours plein de mensonges et d'erreurs; il tend la main aux gens dont il a besoin, et qu'hier encore il n'eût pas admis chez lui... Enfin il donnera sa voix à un homme qu'il eût écarté la veille sans hésiter."


Les Elections a la Douma.
L'ouverture de la Douma est, comme on le sait, fixée au 27 avril. Une circulaire du ministère de l'intérieur adressée aux gouverneurs sur les droits électoraux des ouvriers, détermine que le droit de vote n'appartient qu'aux ouvriers des fabriques, des usines et des mines. Les employés municipaux, ceux des omnibus, des abattoirs, des compagnies de navigation, des téléphones, etc., en sont privés. Les élections rurales dans la province de Saint-Pétersbourg ont commencé. Les assemblées communales ont désigné des délégués aux collèges électoraux du district, ces collèges devant ensuite choisir les électeurs au collège de province qui auront à élire les députés à la Douma. Les paysans ont nommé des villageois conservateurs; les autorités sont excessivement satisfaites. A Sestroretsk, cependant, l'assemblée communale refusa de nommer les délégués, alléguant que la Douma d'empire était une farce et qu'il fallait, à sa place, une Assemblée constituante. Le parti démocratique constitutionnel a été autorisé à tenir des réunions. Huit cents électeurs de Moscou auraient refusé d'accepter leurs bulletins de vote, et quarante mille, - la moitié des électeurs inscrits, n'ont pu être trouvés aux adresses indiquées par la police.

CHRONIQUE: Quelques Hymnes anglaises
Il n'est pas de catholique, - au moins parmi ceux qui lisent et liront Demain, - qui n'ait maintes fois déploré les platitudes bruyantes et agressives des cantiques (?) dont les messes des écoles et les prédications de retraites croient naïvement se parer. Est-il besoin de citer quelques exemples? Ce sera, dans "Travaillez à votre salut", une strophe, une merveille de clichés enfantins tels qu'un mauvais élève de collège de troisième ordre en pourrait écrire :
Rien n'est digne d'empressement,
Si ce n'est la vie éternelle
Le reste n'est qu'amusement,
'Misère et pure bagatelle.
Ce sera la pitoyable fadeur du Vive Jésus ! (et d'abord, cette exclamation n'est-elle pas une ineptie presque blasphématoire !)
Aimable nom, quand ma voix te proclame,
D'un nouveau feu pour toi mon cœur s'enflamme.
 Ce sera la ridicule lamentation, d'un pessimisme si étroit, si peu «catholique", du :
Pitié, mon Dieu! C'est pour notre patrie
Que nous prions au pied de cet autel.
Les bras liés et la face meurtrie,
Elle a porté ses regards vers le ciel.
 Ce sera de tautologiques chevilles (Par les chants les plus magnifiques...):
Jamais tu n'en pourras trop faire, -
Tu n'en feras Jamais assez
ou les maladroites vulgarités que l 'on ose adresser à la Vierge ou aux saints:
Unis aux concerts des anges,
Aimable Reine des cieux,
Nous célébrons tes louanges
Par nos chants mélodieux...
Noble époux de Marie,
Digne objet de nos chants,
Notre cœur t'en supplie,
Veille sur tes enfants.
ou les vides assertions du
Je suis chrétien, voilà ma gloire,
Mon espérance et mon soutien,
Mon chant d'amour et de victoire,
Je suis chrétien,  je suis chrétien!
ou les vagues programmes politiques, les pauvres protestations qu'on semble vouloir élever à la hauteur  d une prière:
Nous voulons Dieu dans nos écoles...,
Nous voulons Dieu dans notre armée, etc...
Je ne parlerai point ici de la musique, - il serait  ou sacrilège d'en faire de belle pour de y telles paroles. Mais au moins aurait-on pu attendre de nos pères Lambillotte et autres qu'ils ne missent point les hymnes à la Vierge, et jusqu'à un Tantum ergo - sur des airs de mazurka...
 



 
 
 
 
 
 
 
 

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