Première
année, Numéro 21
VENDREDI
16 MARS 1906
SOMMAIRE:
Bulletin
politique.
INFORMATIONS
ET DOCUMENTS
France:
Le nouveau Ministère.- Le Règlement administratif.-
L'Assemblée
des Evêques.- Bilan des Inventaires.- Un faux Bruit.- Les
Poursuites.-
Mariage religieux et Mariage civil.- Saint-Siège et Italie:
Le Programme de M. Sonnino.- Pie X et l'Exégèse
biblique.-
Mgr Bonomelli.- Une Agence pontificale.- Le Vote des Femmes.- Un
Divorce
princier.- Allemagne: Pour le parti catholique.-
L'Invasion
russe.- Un Socialiste courtisan.- Les Couvents dans la Province
rhénane
- Une Fondation de Guillaume II.- Angleterre: Les
Finances
de l'Eglise.- L'Indemnité parlementaire.- Vagabondage.-
Pour le Suffrage des Femmes, - Le Budget
des Trades-Unions.- Autriche-Hongrie:
Slaves et Germains.- Du Catholicisme
au Protestantisme. Spéculations
malheureuses.- Belgique: Les Craintes
de Guerre.- Espagne: Le Mariage du Roi.-
L'Affaire des Guerres coloniales.- José-Maria
de Pereda.- Russie L'Esprit
de Parti.- Les Elections à la
Douma.-
Le Suffrage universel.- Suisse :
Election
des Gouvernements cantonaux.- Catholiques
et Protestants.- A l'Université
de
Fribourg.- Tunisie: Les Juifs.
REVUE
DES PÉRIODIQUES
Le Progrès
de la Religion (Revue d'histoire et de littérature
religieuses).-
Pratiques superstitieuses (L'Apôtre du Foyer).- Le Nord et le Sud
en Allemagne (Courrier européen).- L'Evolution
démocratique
de l'Allemagne (La Revue).
NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Critique
de la Raison pure, par Emmanuel Kant.- Fra Angelico et Bonnozzo
Gozzoli,
par Gaston Sortais.
BULLETIN
POLITIQUE
L'arrivée
au pouvoir de MM. Clémenceau, Briand, Sarrien, constitue un
événement
assez impressionnant de prime abord. Il suffit cependant d'un coup
d'œil
jeté sur la déclaration ministérielle pour
n'être
point tenté de la confondre avec un article du directeur de
l'Aurore.
La modération du langage n'implique pas toujours, il est vrai,
celle
des sentiments. M. Clémenceau, qui a déposé son
style
au vestiaire, ne s'est point débarrassé de ses haines.
Mais
cet ennemi juré de l'Eglise catholique est trop
expérimenté
pour se flatter de venir à bout de l'objet de sa suprême
aversion.
Il ne donnera certainement point tête baissée dans son
flanc,
comme le fit M. Combes. Il est trop intelligent pour ne point savoir
que
la
|
"manière
forte » est une illusion, et que
seules la froideur et la perfidie sont de quelqueefficacité.
Ministre
d'exécution sommaire plus encore que ministre de combat, il
s'apprête
certainement à porter des coups décisifs à
l'Eglise pendant
son éphémère passage au pouvoir. Qu'il
réussisse,
comme il en a le désir, à faire des élections
à
son image, et la décatholicisation de la France, qui est la
suprême
passion de cet homme aurait fait un grand pas de plus.
On
commente beaucoup l'élection sénatoriale qui a eu lieu,
dimanche
dernier, dans le département des Basses-Pyrénées.
M. de Goutaut-Biron, député progressiste, qui avait
voté
contre la loi de Séparation, a battu, avec une majorité
de
68 voix, M. d'Iriart d'Etchépare, membre influent de l'Union
démocratique,
également député, et qui avait voté, lui,
pour
la Séparation. M. de Goutaut-Biron a été
élu
par 529 voix contre 466 obtenues par son adversaire. Ce résultat
emprunte toute. sa signification à ce fait que, quelques
semaines
auparavant, alors que les opérations de l'inventaire n'avaient
pas
encore eu lieu, le même collège sénatorial envoyait
au Luxembourg, par 656 voix contre 313 à M. d'Ariste, candidat
libéral,
le député Catalogue, un des partisans de la loi. Ce
brusque
et notable déplacement de voix, surtout dans une élection
au suffrage restreint, où les votes sont d'ordinaire voulus et
réfléchis,
est considéré comme fort symptomatique. On en augure un
retour
de l'opinion vers les idées modérées aux toutes
prochaines
élections législatives.
La
conférence d'Algésiras n'aboutit point. L'Allemagne veut
pénétrer au Maroc par quelque côté que ce
soit.
Elle a mis le pied en travers de la porte et ne l'a pas encore
retiré;
si ce n'est d'une demi-semelle. Et maintenant, elle n'en démord
plus. Sur ces entrefaites, M. Rouvier s'en va, mais sa politique
demeure,
et l'Angleterre conclut une alliance avec l'Espagne, ou pour mieux dire
avec la Péninsule ibérique. C'est le commencement de la
coalition
méditerranéenne contre le pangermanisme. Cependant, on
attend
toujours que l'une ou l'autre des adversaires cède, ne
fût-ce
que d'un pouce. Mais c'est l'immobilité, du moins aux yeux des
observateurs,
lesquels sont de plus en plus des confidents, la diplomatie
étant
sans grands mystères désormais, soit que les chefs d'Etat
se laissent aller à leurs impulsions, soit que trop de
parlementaires
les interpellent, soit que trop de journalistes dînent à
leur
table. En attendant, l'Allemagne poursuit sa politique islamite. Elle
s'empare
de l'imagination du monde musulman et nous dépossède peu
à peu de notre séculaire prestige.
Le
drame sans nom du Pas-de-Calais, où plus de mille ouvriers ont
été
ensevelis vivants dans un enfer dont les horreurs dépassent
toute
imagination, a violemment ému jusqu'aux âmes les plus
légères.
Les infortunes politiques dont retentissent avec éclat les
journaux,
les lamentations hyperboliques de la littérature des partis se
sont
brusquement tues, pour vingt-quatre heures, du moins, devant la
réalité
de cette indicible misère humaine, de cette agonie collective,
hurlante
et sans écho, dont les oreilles d'une mère, d'une femme,
d'un enfant, n'ont rien entendu. Pourquoi, l'instinct de
solidarité
qui agglomère les troupeaux surpris par l'orage n'a-t-il pas,
devant
de tels désastres, le don de rassembler pour toujours en un
faisceau
de charité et de pitié toute la fragile et douloureuse
espèce
humaine! Que l'angoissante vision de tant de tortures
désespérées
nous enseigne du moins à modérer le récit de nos
propres
maux.

|
LE
DERNIER REGLEMENT: NOTES JURIDIQUES
La
nouvelle législation des cultes est maintenant complète
et
définitive i il est permis, du moins, de le supposer.
Le
gouvernement démissionnaire a communiqué officiellement
à
la presse le texte du dernier règlement tel qu'il est sorti des
délibérations du Conseil d'Etat, mais il ne l'a pas
inséré
au journal officiel.
Pris
entre la loi qui exigeait la publication du décret dans les
trois
mois et .les susceptibilités possibles de leurs successeurs, les
ministres ont opté pour la violation de la loi.
Ils
sont d'autant moins excusables que rien n'explique les longueurs de
l'élaboration
du texte. Etudions-le pourtant, comme s'il était
arrêté
ne varietur, ce qui paraît vraisemblable.
Par
ce décret et par les deux qui l'ont
précédé,
l'un relatif aux inventaires, l'autre relatif aux pensions et
allocations,
le Pouvoir exécutif a épuisé, en ce qui concerne
la
France, le droit que lui avait délégué le
Parlement;
il lui reste à déterminer, par d'autres
règlements,
les conditions dans lesquelles la loi sera applicable à
l'Algérie
et aux colonies.
Ce
qui frappe tout d'abord dans le décret du 9 mars, c'est son
extrême
longueur. Il ne compte pas moins de cinquante-trois articles,
divisés
en quatre titres, correspondant aux grandes divisions de la loi. Si
l'on
songe que le principe de la liberté des conventions domine notre
droit et que, légalement, tout ce qui n'est pas défendu
est
permis, la première impression, quand on est mis en face d'une
pareille
débauche de réglementation, est de s'affliger et de se
défier.
Sous la prose grise de ces interminables textes, que d'embûches,
que de chausse-trapes doivent se dissimuler pour la simplicité
des
citoyens dans un pays « où nul n'est censé ignorer
la loi »! Comment un pareil assujettissement peut-il d'ailleurs
survivre
aux liens qui unissaient l'Eglise et l'Etat, alors que ce dernier a
prétendu
les couper par la Séparation?..
Pourtant,
après avoir lu d'un bout à l'autre, avec attention, ce
document
auquel tant de gens ont collaboré, et qu'on nous a fait si
longtemps
attendre, si l'on ne s'explique guère qu'il ait
coûté
tant de travail et provoqué de si longs retards, du moins
n'apparaît-il
pas qu'il ait dénaturé la loi, dont il devait assurer
l'application.
Il ne l'aggrave pas plus qu'il ne l'allège. S'il est
compliqué,
c'est que la loi n'est pas simple; s'il est tatillon et inquisitorial,
c'est que la loi l'a voulu. La situation reste après sa
publication
ce qu'elle était avant: l'Eglise n'y trouvera aucun motif
nouveau
de tâcher de s'organiser en dehors ou, au contraire, de tirer
parti
de la loi qu'elle a justement condamnée, mais qu'elle doit, dans
tous les cas, subir.
Entrons
dans quelques détails. Une question domine toutes les autres:
celle
des associations cultuelles. Si, en effet, il n'en est pas
constitué,
toua les biens des établissements ecclésiastiques, toutes
les églises, tous les presbytères sont perdus pour
l'Eglise
catholique, et l'étude des formalités aux. quelles la
dévolution
aux associations est subordonnée, n'a plus pour nous aucun
intérêt.
La police même des cultes n'a plus d'objet, puisqu'il n'y a plus
de culte public.
Le
titre III du Règlement, qui est consacré au, «
associations
pour l'exercice public des cultes » comprend cinq chapitres et
dix-neuf
articles (articles 30 à 48).
Le
chapitre premier, relatif à la constitution des associations,
est
satisfaisant en ce qu'il pose, en principe, la liberté absolue
des
associations cultuelles de se donner les statuts qu'il leur
plaît. |
Cette
liberté absolue, au regard de l'Etat, permet (ce point est
essentiel
et il ne faut pas le perdre de vue), une subordination absolue des
associations
cultuelles à l'Eglise représentée par
l'évêque,
si le Souverain-Pontife juge cette subordination nécessaire.
Elle
n'est pas dans la loi que Pie X a condamnée; elle peut, sans
difficulté,
être introduite dans les contrats d'association, dont il
appartient
aux évêques d'être les rédacteurs uniques, en
imposant les formules de leur choix comme une condition sine qua non,
aux
associations qui voudront obtenir un prêtre pour desservir leurs
paroisses.
Sans
prétendre donner un modèle de statuts, ce qui
excéderait
ma compétence, et simplement pour montrer la souplesse du
contrat
d'association, rien n'empêcherait, par exemple, un
évêque
de composer lui-même les associations cultuelles de chaque
paroisse
de son diocèse et de leur demander d'accepter pour charte les
articles
suivants:
ARTICLE
PREMIER.- Sous le nom de "Conseil de fabrique de la paroisse
de...»,
il est formé dans la commune de..., entre les personnes dont les
noms suivent et qui, toutes, ont été
agréées
par Mgr l'Evêque de..., une association dont l'objet est
d'assurer,
l'exercice public du culte dans la dite paroisse.
ART.
2.- Conformément aux règles d'organisation
générale
du culte catholique, l'association, investie légalement de la
possession
et de l'administration tant des biens provenant de l'ancienne Fabrique
que des aumônes et fondations qui pourront lui être faites
à elle-même dans l'avenir, maintient à
l'évêque
du diocèse la tutelle et le contrôle qu'il exerçait
sur l'ancienne Fabrique. Au cas où, contrairement à cette
stipulation, un acte exigeant l'autorisation de l'évêque,
tel qu'une aliénation ou un emprunt, aurait été
passé
sans que cette autorisation eût été obtenue, la
nullité
pourrait en être poursuivie par un seul des associés.
ART.
3.- Le curé aura seul la police de l'église, la
direction
des offices. Il fera de droit partie du Conseil d'administration de
l'Association,
et pourra, par son veto, suspendre, jusqu'à la décision
de
l'évêque, toute délibération du Conseil
d'administration
ou de l'Assemblée générale de l'Association, etc.,
etc.
Ces
articles, improvisés au courant de la plume, n'ont, encore une
fois,
dans ma pensée, d'autre but que de montrer comment la
hiérarchie
catholique, que la loi ignore, peut être
réintégrée
dans l'association cultuelle par le moyen du contrat. Les
conventions
sont la loi des parties, et ces conventions qui seront la loi des
associations
cultuelles, s'il appartient aux associés seuls de les consentir,
il est facile aux évêques de les dicter.
La
déclaration des noms des associés qui forment le nombre
minimum
des membres de l'association et des limites territoriales de
l'association,
n'ajoute pas grand-chose aux exigences de la loi de 1901
Les chapitres II et III sur les recettes et dépenses et le
contrôle
financier des associations, entrent - dans de minutieux détails
et sont en contradiction - manifeste avec le principe même de la
Séparation. On ne saurait les critiquer avec trop de
vivacité.
Ils sont d'autant plus ridicules qu'ils seront moins efficaces. Plus,
en
effet, il est difficile d'être en règle, et plus on est
tenté
de s'affranchir par la fraude des pièges légaux.... |
Angleterre:
Le Vagabondage.
Le
rapport du comité institué pour l'étude de la
question
du vagabondage propose des mesures draconiennes destinées
à
diminuer d'une façon considérable le nombre des vagabonds
en Angleterre. Le résumé suivant pourra en donner une
idée:
«
1° Les dépôts temporaires seront sous le
contrôle
de la police, et les vagabonds internés seront retenus
pendant
quarante-huit heures au moins, et obligés de travailler neuf
heures
par jour;
2°
ceux qui, de bonne foi, cherchent à trouver de l'ouvrage, seront
pourvus de livrets de route au moyen desquels ils pourront se procurer
le logement et la nourriture nécessaires, tout le long de la
route
qui leur sera indiquée;
3°'
les récidivistes seront placés dans des colonies
agricoles
pour une durée minimum de six mois, mais ne pouvant
dépasser
trois ans;
4°
il sera établi un système d'identification. genre
Bertillon;
5°
les autorités locales auront le droit de veto en ce qui concerne
la distribution de nourriture et les logements; 6° les femmes et
les
enfants seront reçus dans les workhouses, et les enfants de
récidivistes
seront envoyés dans des écoles industrielles. »
Pour
le Suffrage des Femmes
Une
députation de cinquante dames s'est présentée chez
le président du Conseil, sir Henry Campbell-Banneman, pour
l'entretenir
du suffrage des femmes, quoiqu'il soit malade et alité. Il a
fait
répondre que ses opinions sur le suffrage des femmes
étaient
bien connues ». Là-dessus, les politiciennes
essayèrent
de s'introduire par la force. Quelques-uns de ces gigantesques
policemen
qu'on voit à Londres les arrêtèrent avec douceur.
Trois
d'entre elles furent menées au poste et mises en liberté
au bout d'une demi-heure. L'Union sociale et politique des Femmes a
publié
un manifeste qui dit que le moment est venu d'une « propagande
vigoureuse
et déterminée », et préconise l'emploi de
«
nouvelles méthodes d'agitation pour remplacer les anciennes qui
ont produit si' peu de résultats en quarante années. Le
temps
de l'argumentation est passé et celui de l'action est venu". On
sait maintenant en quoi consiste l'action, dans la pensée des
dames
politiciennes d'Angleterre.
Le
Budget des Trades-Unions.
L'Engineering
publie un très intéressant article donnant les chiffres
des
dépenses de ses principales trade-unions pendant les dix
dernières
années. Ces chiffres sont des plus significatifs et montrent la
richesse des syndicats ouvriers anglais. Ainsi, le total de ses
dépenses
se monte à 402.500.000 francs. Sur cette somme, 58.575.000
francs
ou 14,6 %, ont été employés à l'occasion de
conflits avec les patrons; 90.200.000 francs ou 22,05 %, au
bénéfice
des sans-travail, et 166.450.000 francs ou 41,4 %, pour d'autres fonds
de secours: maladies, accidents, pensions, enterrements, etc., etc., et
le reste, soit 86.275.000 francs ou 21,5 %, a été
dépensé
pour frais de direction, appointements, loyer, papeterie,
imprimés,
timbres-poste, etc., y compris les sommes payées aux
représentants
ouvriers au Parlement.
AUTRICHE-HONGRIE:
Slaves et Germains.
La
population allemande de l'Autriche est très hostile au projet de
réforme électorale élaboré par le
gouvernement.
Il s'agit de savoir si l'empire d'Autriche perdra désormais son
caractère allemand séculaire pour devenir un empire
slave;
car, du moment où les Slaves possèdent la majorité
dans la Chambre, ce n'est plus qu'une question de, temps plus ou moins
long pour que l'empire se change en une fédération de
pays
autonomes, où les Slaves sont en majorité par le nombre.
Or, tout le projet du gouvernement manifeste. la tendance de favoriser
les Slaves au détriment des Allemands, ainsi qu'il
résulte
du chiffre de deux cent trente députés slaves contre deux
cent cinq allemands, comme du fait que des trente mandats nouvellement
créés, pas un n'a été réservé
aux Allemands ni aux autres nationalités, que tous ont
été
réservés
aux Tchèques.
Du
Catholicisme au Protestantisme.
Le Conseil
ecclésiastique supérieur évangélique
d'Autriche publie les chiffres des recrues que sa propagande a
amenées
au protestantisme durant l'année 1905 : leur nombre est de 4.855
dont 4,480 sorties de l'Eglise catholiques. Les chiffres des
entrées
dans le protestantisme étalent de 4.624 en 1902, 4.510 en 1903,
4.362 en 1904. On observerait donc une décroissance
légère,
mais progressive, tandis que 1905 amènerait un léger
relèvement.
En huit ans, depuis 1898, la somme totale a été de
38.000,
en chiffres ronds, soit une moyenne de 4.750 par an. Les organes
catholiques
autrichiens constatent que les éléments perdus
étaient
détestables, et que ces conversions sont imputables non à
la conviction religieuse, mais à l'ignorance de quelques-uns,
enrôlés
sans se douter de la gravité du fait; à la
cupidité
d'un grand nombre qui se laissent gagner à prix d'argent; au
fanatisme
national de la plupart qui entendent se rattacher de cœur et d'esprit
au
pangermanisme en se faisant protestants.
Spéculations
malheureuses.
On
télégraphie de Budapest qu'une vive sensation est
causée
dans les milieux mondains par la révélation que
l'archiduchesse
Clotilde, belle-mère du duc d'Orléans, a perdu toute sa
fortune
dans des spéculations malheureuses, et qu'elle devrait, en
outre,
une somme d'une vingtaine de millions. Les gendres de l'archiduchesse,
le prince de Thurn-et-Taxis et le duc d'Orléans, s'efforceraient
d'amener un accord avec les créanciers.
BELGIQUE
: Les Craintes de Guerre.
Le
ministre de l'intérieur vient d'adresser aux gouverneurs une
circulaire
relative à la mobilisation; on y lit: « Aux termes de
l'article
3 de la loi sur la milice, le roi peut, dans certaines circonstances,
rappeler
à l'activité tel nombre de classes
congédiées
qu'il juge utile, en commençant par la classe la plus
récemment
congédiée. Afin de faciliter l'application
éventuelle
de cette mesure, le département de la guerre a prescrit
aux
autorités militaires et à la gendarmerie de
réinscrire
provisoirement les hommes congédiés des 14" et t 5"
classes
de milice, dans les différents registres et contrôles. ),
On s'accorde à reconnaître que cette mesure a
été
dictée par l'inquiétude très vive que suscite,
dans
les milieux de la cour, le conflit franco-allemand, et qui porte le
gouvernement
à se tenir prêt à toute
éventualité.
ESPAGNE
: Le Mariage du Roi.
Le
roi Alphonse XIII a envoyé au pape le télégramme
suivant:
« C'est avec un amour filial et avec reconnaissance pour les
nouveaux
et importants témoignages de bienveillance reçus de Votre
Sainteté, que je vous fais connaître mes
fiançailles
avec la princesse Victoria-Eugénie de Battenberg, mon
épouse
future, qui se considère comme heureuse de pouvoir maintenant
s'appeler
la fille dévouée de .l'Eglise catholique, apostolique et
romaine, et s'unit à moi pour demander sa
bénédiction
à Votre Sainteté, afin que Dieu nous accorde ses
grâces
et ses faveurs clans cette vie et dans l'autre.»
L'Affaire
des Guerres coloniales.
A
la Chambre, M. Nouguès, républicain, a interpellé
le gouvernement et lui a demandé de rechercher les
responsabilités
dans l'affaire des guerres coloniales: « On a vu, a-t-il dit, des
généraux revenir avec quatre cents colis de bagages; on
parle
d'un général qui se faisait servir des déjeuners
de
vingt-cinq mille pesetas; la veuve d'un autre général
déposa
a la Banque de Londres, sous son nom, soixante-dix mille douros. Les
tribunaux
d'honneur ne furent pas assez sévères. » L'orateur
a réclamé, en conséquence, la nomination de
commissaires
chargés de faire la lumière sur cette affaire. Sur la
demande
de M. Moret, la Chambre a repoussé cette proposition par cent
quarante-trois
voix contre dix-huit. |
José-Maria
de Pereda.
On
annonce de Santander la mort, dans cette ville, de José-Maria de
Pereda, une des célébrités littéraires de
l'Espagne,
qui s'était consacré particulièrement à la
description des mœurs pittoresques des populations de la côte
cantabrique.
Son chef-d'œuvre dans ce genre est, sans contredit, Sotileza, puissante
création littéraire dans laquelle il a esquissé un
type curieux de pêcheuse de la côte de Santander. La liste
des ouvrages de ce prince du roman espagnol contemporain est d'ailleurs
longue. A côté de Sotileza, il faut citer Tremontoria, le
Goût de terroir, Scènes montagnardes, Types et Paysages,
Don
Gonzalo Gonzalez de la Gonzalera, et tant d'autres romans écrits
en un castillan pur et châtié. II y a peint amoureusement
la montagne, la ville et les plages de Santander,
son
pays, avec leurs type de loups de mer, de paysans, de hobereaux
quichottesques,
d'indianos ou parvenus retour d'Amérique, décrits avec un
réalisme vivant et palpitant. Issu de famille noble et riche,
Pereda
vivait la plupart du temps dans sa résidence familiale du
Polanco,
où il était né, aux environs de Santander. Son
type
d'hidalgo, sec, nerveux, rappelant le héros de Cervantès,
était populaire dans tout le pays. José-Maria de Pereda
avait
fait ses études à Santander et à Madrid. Il
était
membre de l'Académie espagnole. Il avait, à une
époque
de sa vie, essayé de la politique et avait été
élu
comme député car liste de Cabornija, lors des fameuses
élections
du 2 avril 1871. José-Maria de Pereda était
âgé
de soixante-douze ans.
Le
Suffrage universel.
Le
Sénat
a terminé l'examen du projet concernant les nouveaux statuts de
la Diète et de la loi sur le suffrage universel en Finlande. Le
droit d'élire et d'être élu est attribué
à
tous les citoyens des deux sexes ayant atteint l'âge de
vingt-quatre
ans. La commission chargée de l'élaboration du projet
préalable
de réorganisation de la représentation nationale avait
proposé
la limite d'âge de vingt et un ans. Le droit électoral
n'est
pas attribué aux gens bénéficiant de l'assistance
publique et ne figurant pas sur les listes des contribuables, non plus
qu'aux gens insolvables.
SUISSE:
Élection des gouvernements cantonaux.
La
Suisse marche à son tour à grands pas dans la voie de
l'extension
des droits politiques. Bientôt tous les cantons suisses auront
des
gouvernements élus par le suffrage universel. Le corps
électoral
du canton de Berne s'est prononcé affirmativement sur une
demande
formulée par « l'initiative Il et tendant à
instituer
l'élection du Conseil d'Etat (ou pouvoir exécutif), par
le
peuple. Les électeurs ont accepté cette réforme
démocratique
à une majorité, chiffres ronds, - de quarante mille
suffrages
contre dix mille. Il est à noter que les partis conservateur et
socialiste ont, en quelque sorte, imposé cette réforme au
parti radical, qui, étant au pouvoir, trouve que tout est pour
le
mieux. L'argument décisif en faveur de l'élection directe
a été qu'elle rend le gouvernement plus
indépendant
envers le Grand Conseil et accroît, par le baptême du
suffrage
universel, sa force et son autorité. Tous les cantons de la
Suisse
allemande ont maintenant adopté l'élection directe; il ne
reste plus que quatre cantons suisses où le Conseil
exécutif
soit encore élu au second degré: Fribourg, Vaud, Valais
et
Neuchâtel. Et même; en ce dernier canton, la question est
actuellement
posée, sur l'initiative des oppositions anti-radicales
réunies,
et la réforme sera vraisemblablement votée par le peuple
neuchâtelois dans quelques semaines.
Catholiques
et Protestants.
Certains
journaux ayant annoncé que, dans le canton de Genève, les
catholiques sont maintenant plus nombreux que les protestants, et ayant
tiré de ce fait des conséquences erronées, le
correspondant
genevois .de l'univers met ainsi les choses au point : « Le
dernier
recensement fédéral accusait 67.228 catholiques contre
62.551
protestants, mais c'est là une sorte de trompe-l'œil dont on ne
se rend pas assez compte au dehors; car il est peu de pays où la
population soit aussi bizarrement composée que chez nous. En
réalité,
de ces 67.228, défalquez 44.463 étrangers,
dépourvus
de tout droit politique, ni. électeurs, ni éligibles, et
vous voyez ce qui reste. Chez les protestants, il en va tout autrement:
les étrangers ne sont que 5.432; la vérité est
donc
qu'ils sont 57.109 contre 22.765. A ce point de vue, nous sommes moins
du tiers; nous descendons plus bas, si nous avouons que parmi nous il
en
est plusieurs qui, s'ils étaient Français, voteraient
résolument
pour le bloc. Aussi, dans le Grand Conseil, qui est élu
d'après
le système de la représentation proportionnelle, nous
demeurons
au chiffre humiliant de treize sur cent... Notre population catholique
ne compte guère, du reste, que de modestes campagnards, de
petits
négociants, des ouvriers et des domestiques."
A
l'Université de Fribourg.
Le
Conseil d'Etat du canton de Fribourg a ratifié l'admission
prononcée
par le corps professoral de la Faculté des sciences, de M.
l'abbé
Henri Breuil, licencié ès sciences de l'Université
de Paris, comme professeur agrégé à
l'Université
de Fribourg. M. Breuil enseignera la préhistoire et
l'ethnographie.
La Faculté des sciences de Fribourg qui s'est acquis par ses
travaux
une renommée européenne, compte déjà
plusieurs
professeurs français, parmi lesquels M. Jean Brunhes, qui en est
actuellement le doyen.
TUNISIE:
Les Juifs.
Une
requête est présentée, depuis longtemps, par un
grand
nombre de juifs tunisiens, devant la Chambre française. Elle
demande
notamment l'extension de la juridiction française sur tous les
juifs
de Tunis; la concession du droit de citoyen à un grand nombre
d'entre
eux. La Chambre a confié ces requêtes au
député
Chaumet, chargé du rapport général sur les
affaires
de Tunis. M. Chaumet ne pense pas qu'il faille suivre l'exemple qu'en
1870,
Crémieux donna pour l'Algérie, en déclarant les
juifs
de Tunis citoyens français. Il ne convient, dit-il, d'enlever
d'un
trait de plume, cent mille sujets au bey de Tunis. La naturalisation
doit
rester interdite à la masse des juifs de Tunis, mais
l'élite
de la société juive doit avoir la possibilité de
devenir
citoyens français. Le comité central. de l'Alliance
israélite
universelle s'efforce d'amener les désirs des juifs tunisiens
devant
les autorités. Le président de l'Alliance
israélite,
M. Harris Leven, a déjà souvent ménagé des
négociations avec M. Pichon, le résident
Général
de Tunis, mais on dit que les hauts fonctionnaires de Tunis soutiennent
M. Chaumet dans ses efforts.
SOCIETE
D'ETUDES RELIGIEUSES DE LYON
Sous
ce titre: Société d'Etudes religieuses, s'est
formé,
à Lyon, un groupement de croyants appartenant à toutes
les
confessions chrétiennes et qui, sans rien sacrifier de leur
credo
personnel, unis seulement par un lien commun de foi religieuse et de
charité
mutuelle, se livrent ensemble à l'étude des questions
philosophiques
et religieuses, dans un esprit d'impartialité intellectuelle et
d'édification morale.
Les
réunions ont lieu tous les mois. Le siège social est, 12,
rue Louis-Blanc, chez M. Aimé Pallière. |
RUSSIE:
L'Esprit de Parti.
Les
Rouskia Diéla signalent le danger toujours grandissant qu'offre
l'esprit de parti en Russie. L'année 1905 a été
véritablement
fatale à la société russe, qui ne se doute pas que
jusqu'au 3 octobre, elle jouissait d'une liberté d'esprit qu'il
est rare de rencontrer dans les sociétés qu'on appelle
civilisées.
Eloignée du pouvoir, étrangère aux luttes
politiques,
faisant partie de tel ou tel groupe, où l'attiraient ses
sympathies,
elle est tombée, le 30 octobre, dans le tourbillon de la vie
politique,
et, dès ce moment, s'est trouvée plongée dans un
complet
esclavage de l'esprit. Car n'est-ce pas un esclavage que cette vie de
parti
qui a commencé à exister chez nous? Dès qu'un
individu
s'est inscrit dans un parti politique, c'en est fini de sa
liberté,
de son indépendance, il devient l'esclave de sa secte, à
tel point qu'il ne reste plus rien de ses convictions premières,
ni de son jugement personnel. Il lit le journal de son parti, toujours
plein de mensonges et d'erreurs; il tend la main aux gens dont il a
besoin,
et qu'hier encore il n'eût pas admis chez lui... Enfin il donnera
sa voix à un homme qu'il eût écarté la
veille
sans hésiter."
Les
Elections a la Douma.
L'ouverture
de la Douma est, comme on le sait, fixée au 27 avril. Une
circulaire
du ministère de l'intérieur adressée aux
gouverneurs
sur les droits électoraux des ouvriers, détermine que le
droit de vote n'appartient qu'aux ouvriers des fabriques, des usines et
des mines. Les employés municipaux, ceux des omnibus, des
abattoirs,
des compagnies de navigation, des téléphones, etc., en
sont
privés. Les élections rurales dans la province de
Saint-Pétersbourg
ont commencé. Les assemblées communales ont
désigné
des délégués aux collèges électoraux
du district, ces collèges devant ensuite choisir les
électeurs
au collège de province qui auront à élire les
députés
à la Douma. Les paysans ont nommé des villageois
conservateurs;
les autorités sont excessivement satisfaites. A Sestroretsk,
cependant,
l'assemblée communale refusa de nommer les
délégués,
alléguant que la Douma d'empire était une farce et qu'il
fallait, à sa place, une Assemblée constituante. Le parti
démocratique constitutionnel a été autorisé
à tenir des réunions. Huit cents électeurs de
Moscou
auraient refusé d'accepter leurs bulletins de vote, et quarante
mille, - la moitié des électeurs inscrits, n'ont pu
être
trouvés aux adresses indiquées par la police.
CHRONIQUE:
Quelques Hymnes anglaises
Il
n'est pas de catholique, - au moins parmi ceux qui lisent et liront
Demain,
- qui n'ait maintes fois déploré les platitudes bruyantes
et agressives des cantiques (?) dont les messes des écoles et
les
prédications de retraites croient naïvement se parer.
Est-il
besoin de citer quelques exemples? Ce sera, dans "Travaillez à
votre
salut", une strophe, une merveille de clichés enfantins tels
qu'un
mauvais élève de collège de troisième ordre
en pourrait écrire : |
Rien
n'est digne d'empressement,
Si
ce n'est la vie éternelle
Le
reste n'est qu'amusement,
'Misère
et pure bagatelle. |
Ce
sera la pitoyable fadeur du Vive Jésus ! (et d'abord, cette
exclamation
n'est-elle pas une ineptie presque blasphématoire !)
Aimable
nom, quand ma voix te proclame,
D'un
nouveau feu pour toi mon cœur s'enflamme. |
Ce
sera la ridicule lamentation, d'un pessimisme si étroit, si peu
«catholique", du :
Pitié,
mon Dieu! C'est pour notre patrie
Que
nous prions au pied de cet autel.
Les
bras liés et la face meurtrie,
Elle
a porté ses regards vers le ciel. |
Ce
sera de tautologiques chevilles (Par les chants les plus
magnifiques...):
Jamais
tu n'en pourras trop faire, -
Tu
n'en feras Jamais assez |
ou
les maladroites
vulgarités que l 'on ose adresser à la Vierge ou aux
saints:
Unis
aux concerts des anges,
Aimable
Reine des cieux,
Nous
célébrons tes louanges
Par
nos chants mélodieux...
Noble
époux de Marie,
Digne
objet de nos chants,
Notre
cœur t'en supplie, |
Veille
sur tes enfants.
ou
les vides assertions du
Je
suis chrétien, voilà ma gloire,
Mon
espérance et mon soutien,
Mon
chant d'amour et de victoire,
Je
suis chrétien, je suis chrétien! |
ou
les vagues
programmes politiques, les pauvres protestations qu'on semble vouloir
élever
à la hauteur d une prière:
Nous
voulons Dieu dans nos écoles...,
Nous
voulons Dieu dans notre armée, etc... |
Je
ne parlerai point ici de la musique, - il serait ou
sacrilège
d'en faire de belle pour de y telles paroles. Mais au moins aurait-on
pu
attendre de nos pères Lambillotte et autres qu'ils ne missent
point
les hymnes à la Vierge, et jusqu'à un Tantum ergo - sur
des
airs de mazurka...
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