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VENDREDI 23 MARS 1906 SOMMAIRE: Bulletin politique.
INFORMATIONS ET DOCUMENTS F. DE LA MENNAIS, - Essai d'un système de philosophie catholique BULLETIN
POLITIQUE
![]() |
Il
convient de constater que le nouveau ministère s'est
laissé
gagner par la nausée
que l'institution des
délégués
administratifs avait soulevée dans le pays, tout au
moins qu'il
a jugé prudent de prendre sa part du dégoût public.
L'agent de surveillance et de délation, installé par M.
Combes au cœur
de chaque village français, n'avait pas été
complètement
mis en disponibilité par le précédent cabinet. On
exigeait peut-être moins de lui; il remplissait ses fonctions
avec
un zèle plus discret. Il subsistait cependant. Le nouveau
ministre
de l'Intérieur a nettoyé les cadres de l'administration
de
cette malpropreté, sacrifiant ainsi au bon goût et au
souci
de sa dignité, sinon à la morale publique, à
laquelle
nous ne nions point, systématiquement du moins, qu'il ne puisse
porter quelque sollicitude. La catastrophe de Courrières a provoqué un mouvement de solidarité sans exemple et qui a largement débordé par delà les frontières. L'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie se sont tout particulièrement associées à notre deuil. Mais c'est le monde du travail surtout qui a pris, une large part de la tragique émotion à laquelle tant d'âmes ont été gagnées. L'or a afflué par ruisseaux. Et parmi ces dons de toute origine, il nous plaît surtout de mentionner les souscriptions populaires, telle, par exemple, celle qu'a ouverte la Gazella dei Popolo, de Turin, et qui a recueilli 10.000 francs en trois jours. Mais, si généreux et abondants qu'ils soient, ces dons sont peu de chose si on les rapproche du sentiment de plus en plus profond qui les inspire, de cette chrétienne pitié dont les hommes de toutes races et de toutes nations se laisseront de plus en plus embraser, espérons-le, jusqu'au jour, s'il arrive jamais, où les lois de la nature seront, sinon vaincues, du moins régularisées et contenues par celles de la raison et de l'amour. ![]() |
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L'ANGLETERRE RELIGIEUSE ET L'EGLISE LARGE (1/4) Les lettres
de J.-R. Green, l'historien du peuple anglais, éditées
avec
beaucoup de discrétion et de goût par M. Leslie Stephen
(1),
comptent parmi les livres les plus métissants de ces
dernières
années. L'homme, très séduisant et attachant, s'y
laisse voir tout entier: Anglais, par la solidité constante de
l'effort
et l'intensité morale; presque Français de surface et le
paraissant d'autant plus que bon nombre de ses lettres sont
adressées
à. Freeman, ce Teuto
Teutonicorum, comme Green s'amusait à.
l'appeler ce lourd Freeman qui haïssait tout de la France.
La
correspondance nous montre aussi l'historien dans la fièvre de
ses
projets, dans la foi ardente et raisonnée qu'il garde à
son
inspiration générale et à sa méthode, dans
le feu du travail et de cette course de vitesse avec la mort qui le
guette,
et dans ses communications incessantes avec les chefs de l'Ecole
historique
d'Oxford.
L'homme d'église nous arrête aussi, le simple vicaire d'un
pauvre faubourg de Londres, qui partage ses journées entre le British
Museum et la visite de sa paroisse; le Broad-Churchman d'abord convaincu
et enthousiaste qui, peu à peu, se déprend de toute
croyance
positive et se voit contraint, par loyauté, à rentrer
dans
la vie laïque. Ce côté de la vie de Green, qui nous
était
moins familier, prend dans la correspondance une sérieuse
importance.
Ce n'est plus Green lui seul qui est en cause, c'est l'Eglise large qui
vit et pense tout haut devant nous, et qui chez l'un de ses membres
plus
pressé et plus logique parcourt en peu d'années les
étapes
de son évolution normale. Nous ne nous trompons pas, je pense,
en
ramenant à cette considération l'examen de tout le livre.
On est presque toujours sûr de bien choisir ses positions quand;
pour juger un écrivain anglais, on se place au point de vue
religieux.
D'ailleurs, chez Green, l'homme, l'historien et le clergyman
démissionnaire,
tout se tient, et en fixant notre curiosité sur un point qui
nous
paraît d'une importance plus générale, nous ne
perdrons,
semble-t-il, rien d'essentiel dans l'étude de cette œuvre et de
cette vie. L'Eglise
large, comme tout l'anglicanisme, est née d'une
série de
compromis. Là est à la fois sa faiblesse, puisque ainsi
elle
manque d'une base logique, et sa vraie puissance, puisqu'elle: ne vient
pas de l'initiative de quelques hommes, mais du lent travail des
années
et de la force même des choses. En ce temps. là, les
universités
anglaises étaient encore foncièrement cléricales
et
la plupart des charges importantes revenaient de droit ou de fait aux
membres
de l'Eglise établie. Comme chez nous l'Ecole de droit, la
cléricature
était une carrière honorable où l'on s'engageait,
le plus souvent, sans une destination précise et sans attrait
spécial.
C'était là, presque sans obligations nouvelles, le cadre
d'une vie paisible ou studieuse, l'indépendance, la
dignité,
le repos. Pour un fellow de college, le ministère pastoral se
réduisait
à fort peu de chose: quelques sermons qui, d'ailleurs,
étaient
encore un exercice académique, de courts offices et le bercement
des jolies phrases de la liturgie anglicane dans le demi-jour des
chapelles
de Christ-Church ou de Trinity. Quant aux convictions religieuses,
personne
n'attachait grande importance aux formulaires qu'il fallait signer
à
la veille du diaconat: on ne demandait, en somme, à chacun que
de
rester fidèle à l'Eglise anglicane, et fort de cette
facile
promesse, tout honnête homme pouvait aller de l'avant. Car on
l'aimait
du fond de l'âme cette Eglise nationale et maternelle. Oui n'a
jamais
respiré cette atmosphère ne peut imaginer quelle prise
elle
gardait et garde encore sur les moins mystiques de ses ministres.
Ceux-là
mêmes, - et ils ont été nombreux en ce
siècle,
- qui, gagnés par l'incrédulité ambiante,
laissaient
à peu près toute croyance, demeuraient solidement
attachés
aux traditions, aux cérémonies, en un mot,
à tout
ce qu'ils ne croyaient plus. Quitter leur Eglise, comme Renan ou
Scherer,
mais la pensée ne leur en venait même pas. Non,
l'anglicanisme
hospitalier à tant de divergences dogmatiques, le serait
également
à la négation du dogme, pourvu que cette négation
fût exprimée de façon religieuse et sans inutile
tapage.
Aussi loin de la Haute que
de la Basse Eglise, on vivait
tranquillement
à l'extrême frontière de l'Establishment, dans l'Eglise
large, en ![]() |
communion de rites et de
prières avec les fidèles
du dedans, en communion de pensée avec les chercheurs du dehors,
j'entends avec les plus téméraires et les moins
respectueux
du passé. Il
serait injuste et inintelligent d'appliquer a juger un pareil
état
d'esprit des règles françaises ou catholiques. Un Arthur
Stanley, chapelain de la reine et , doyen de Westminster, qui,
volontiers,
aurait offert à son ami Renan une stalle de chanoine dans
sa cathédrale ; un Benjamin Jowett, prononçant avec
componction
l'oraison funèbre de Gambetta dans la chapelle de Balliol, de
pareils
ecclésiastiques ne laissent pas que de déconcerter nos
habitudes
de pensée. Ce n'est pas que ces hommes excellents soient
absolument
dépourvus de logique; mais, dans ce pays, la logique. ne fait
pas
tout, et même, quand elle se met de la partie, agit avec plus de
lenteur et de prudence que chez nous. Mais, de quelque façon
qu'elle
intervienne, les
idées,
une fois lancées, n'en font pas moins sûrement leur
chemin.
Stanley, Jowett et les autres préparent efficacement la
laïcisation
d'Oxford. Ils restent dans l'Eglise, mais déjà les plus
vivants
de leurs disciples sentent qu'une telle situation est fausse.
J .-R.
Green est de ceux-là. Venu dix ans plus tôt, il aurait
joui
paisiblement, jusqu'à sa mort, de quelque prébende; dix
ans
plus tard, il ne serait pas entré dans les ordres; arrivé
à un de ces moments d'effervescence où la
nouveauté
des idées empêche de sonder toutes leurs
conséquences,
il entre dans l'Eglise, mais pour en sortir non pas, comme tel autre,
au
seuil de sa carrière cléricale, mais après
plusieurs
années d'une expérience loyale et
généreuse.
C'est la leçon et l'intérêt de sa courte vie.
Cette
vie reçut son orientation décisive en 1859, à une
des conférences qu'Arthur Stanley, regius professor d'histoire
et
alors dans son plein éclat, donnait à Oxford. Green avait
22 ans et touchait au terme de ses études. Longtemps
après,
il rappelait au doyen de Westminster le souvenir de cette
première
rencontre. J'étais
arrivé à Oxford grand liseur et high-churchman
passionné.
Après deux ans de résidence, j'étais paresseux et
sans religion. Fatigue ou dégoût, je ne voulais voir
personne...,
et pour occuper mon activité sans me mêler à la vie
universitaire, je perdais mon temps à des niaiseries..., quand,
un jour, par hasard, j'entrai dans votre salle de conférences. La
religion était en moi aussi bas que tout le reste. Mon
high-churchism
s'était écroulé avec fracas, sans rien laisser
derrière
lui qu'un vague respect pour le bien... J'étais
donc tout à fait misérable quand j'entrai dans cette
salle,
où, ce jour-là, vous parliez du travail, non comme d'un
chemin
vers les bourses et les bénéfices, mais comme de quelque
chose d'excellent qui nous rendait plus semblables au divin
Travailleur.
Ce discours fut pour moi une révélation: « Si vous
n'avez aucun goût à ce qu'Oxford vous impose, du moins
travaillez
à n'importe quoi.» Je revins au vieux dada de mon enfance,
l'histoire, et je crois avoir bien travaillé depuis. Il
en fut de même pour la religion. Vous m'avez donné moins
un
credo qu'une leçon d'universelle sympathie. Vous étiez un
libéral, tourné vers l'avenir comme les autres
libéraux,
mais sans être comme eux injuste pour le présent et pour
le
passé. Je sentis que le respect qui restait en moi pour les
âmes
de bonté, se transformait, à votre parole, en une
catholicité
vivante. En quittant la salle, je pensais au grand nombre de religions
et de personnes différentes dont vous veniez de parler, et
comment
vous nous aviez révélé et fait aimer le bien qui
était
en chacune d'elles. Je
ne puis vous dire de quel secours ce grand principe de sympathie
clairvoyante
a été pour moi depuis; comment, dans mes travaux
historiques,
il m'a gardé du simple hero-worship et de l'esprit de parti;
comment,
dans ma paroisse, il me servait à trouver une valeur, même
aux plus ennuyeux marguilliers.![]() |
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L'ANGLETERRE
RELIGIEUSE ET L'EGLISE LARGE (2/4) Mais,
plus que tout, cela m'a aidé à réaliser
l'idée
d'Eglise, cette Eglise de tous les hommes et de toutes les travers
l'erreur
et l'Ignorance, jusqu'à celui qui est la n Sagesse et la
Vérité. Le
meilleur des aspirations de l'Eglise large est dans cette lettre.
Voilà
de quelles vues nobles et généreuses l'intelligence de
Green
va vivre pendant des années, jusqu'au jour où elle
s'apercevra qu'à force de sublimer l'idée d'Eglise,
il est arrivé à dépouiller cette idée
de toute réalité et de toute substance.
Au
sortir d'Oxford, Green s'était présenté aux
ordres dans un accès d'enthousiasme religieux, et peu
après,
sous l'influence de F. Maurice et des socialistes chrétiens, au
lieu de suivre le conseil de Stanley, qui l'invitait à chercher
une situation dans les quartiers aristocratiques, il avait
demandé
du service dans une pauvre paroisse de l'East-end de Londres
(1861).
Pour cette nature d'impression et de prime saut, une pareille
résolution
aurait pu avoir de pénibles lendemains. On sait la
navrante
misère de ces quartiers et l'impuissance] presque fatale de ceux
qui travaillent à les assainir. Green cependant accepta
sans
réserve, aima souvent les devoirs multiples et rebutants de son
ministère. A ses yeux, toute réalité humaine avait
un sens, un intérêt, une poésie même, et
jamais,
plus tard, il ne fut: tenté de regretter et de trouver
infécondes,
même au point de vue de son œuvre historique, ces
années
d'un contact quotidien avec la misère et la souffrance des
foules,
avec les dernières couches «du peuple anglais".
Dès
le début de sa carrière paroissiale, Green rencontra une
affection et une influence qui devaient le marquer pour toujours. Mme
Ward,
la femme de son curé, fut bonne pour lui comme une sœur
aînée
ou comme une mère. Cette
influence fut, avant tout, religieuse. Mme Ward, aux heures les plus
tourmentées
de sa propre vie, avait trouvé force, repos et joie dans les
lettres
de Mme Guyon. Entre elle et le vicaire de son mari, c'était
là
un des sujets de conversation ordinaires, et ainsi se préparait
chez Green cette religion vague qui se substituerait assez vite
à
toute croyance déterminée et rendrait la transition plus
douce du libéralisme Broad-Church au rationalisme absolu.
«Le
sentiment religieux fut toujours profond chez lui, raconte M. Leslie
Stephen
dans une page où il. résume à
l'emporte-pièce
cette évolution religieuse. La vie spirituelle des mystiques, la
religion du cœur, celle qui subordonne aux émotions les dogmes
et
les faits. lui était naturelle... son intelligence
singulièrement
vive et prompte, l'ardent intérêt qu'il portait aux
recherches
historiques et scientifiques, lui firent accepter le principe
fondamental
du rationalisme, à savoir qu'il faut accepter sans compromis ni
réserve les résultats d'une enquête impartiale et
complète
(1)... Pendant .quelque temps, le charme personnel de F. Maurice le
fascina,
mais ce clair cerveau ne pouvait se contraindre, comme Maurice,
à
obéir à la fois aux exigences du système
dogmatique
et à celles de l'histoire. Il était impossible à
Green,
mystique et savant, d'admettre que les rédacteurs du formulaire
anglican aient atteint, dans leur travail, les dernières
vérités
de la religion. Il savait trop bien l'origine de ce document,
d'ailleurs,
il ne pouvait tenir longtemps l'équilibre des Broad-Churchmen
qui,
tout en admettant que ces formulaires vermoulus ne méritent
aucune
créance, trouvent pourtant dans une équivoque
inconsciente
le moyen de les accepter. Green sentait de façon aiguë le
danger
de manquer de loyauté dans sa conduite. et il décida que
le jour où il ne lui serait plus possible d'attacher un sens aux
paroles liturgiques: K Christ, ayez pitié de «nous", il
laisserait
la cléricature. Cette page
importante précise les idées de Green telles
qu'elles seront à leur point d'arrivée, après un "travail
intérieur de plusieurs années. Si, dès
l'abord,
l'ensemble de la théorie était plus ou moins
explicitement
admis, les nombreuses conséquences ne devaient se
dégager
que peu à peu. "...Tant
que nous ne sommes que de simples ministres de l'Eglise d'Angleterre,
nous
devons redouter la mauvaise volonté du voisin, les accusations
d'athéisme,
les dénonciations faites par des évêques ignorants,
mais une fois devenu ministre de l'Eglise éternelle, tout le
tapage
des controverses ne distrait plus nos oreilles des accords des harpes
qui
entourent le trône. Je sais que c'est ![]() |
là
ce mysticisme dont
tout le monde rit si volontiers, mais je suis persuadé que la
foi
de l'avenir est précisément dans cette alliance entre le
mysticisme et la liberté de critique et de pensée."
Mais tous les chapitres de la vie de Green devaient être
terriblement
courts. Celui-ci, à peine commencé, est brusquement
interrompu.
Mme Ward mourut en juillet 1862, recommandant à son ami cette
famille
d'orphelins. La catastrophe fut pour lui cruelle et bonne tout à
la fois. « En
m'écrasant, cela m'a rendu plus humble", écrit-il,
et on sent qu'au contact de ces petits enfants qu'il voit de plus
près,
sa foi devient plus simple et plus précise.
"J'avais planté là mon article de la Saturday et je caressais la petite Maggie, quand elle me dit: "Savez-vous, Monsieur Green, pourquoi maman est allée au ciel? C'est que Jésus la voulait.» Je me demande si le rédacteur de la Saturday en aurait su plus long que cette philosophe de quatre ans. Pour le moment, elle est très embarrassée de savoir comment on pourra bien là-haut se retrouver. "Maman est un ange maintenant, comment la reconnaîtrai-je quand j'arriverai au ciel? Ah j'y suis, elle viendra au devant de moi et me dira qu'elle est ma maman... » "Irez-vous
au ciel, Monsieur Green? Oh oui, vous y viendrez avec nous, et
nous
serons, de nouveau, tous ensemble.» Qu'on est petit et
misérable
devant un enfant! La demande de celle-ci me trotte dans la tête.
«( Irez-vous au ciel? » et je ne sais que répondre.
C'est peu philosophique, très contraire aux saines doctrines,
mais
le ciel m'est bien plus cher maintenant qu'il y a là-haut
quelqu'un
que j'aime, - et cependant je ne puis pas dire avec ma petite amie; {(
Oh! oui. » Les impressions qui semblaient si profondes s'envolent
si vite, l'Eternité qui se montrait derrière cette tombe
se dérobe de nouveau, et le ciel 'qui semblait si près se
recule de plus en plus... Prie pour moi Dax, comme moi pour toi, pour
que
nous puissions répondre à la demande de cette petite avec
son "oh! oui". Mais le travail persistant auquel il se livrait n'était pas de nature à relever cette foi déjà, - comme on le voit, - très ébranlée. Il avait d'abord entrepris d'écrire une histoire de l'Eglise anglicane, de cette Eglise du passé capable d'une merveilleuse adaptation aux besoins du présent, de cette "creature of repeated compromises", essentiellement modérée, essentiellement illogique. Telle quelle, jadis, elle l'attirait, mais maintenant il renonçait à en raconter l'histoire, parce qu'il lui paraissait impossible « d'attacher l'étiquette d'Eglise à une quelconque des branches de la religion chrétienne en Angleterre". Dès cette époque {1862), entrevoyant les exigences possibles de l'avenir, il se fixait ces deux règles de conduite: 1°
Rester dans le clergé anglican aussi longtemps que, ce faisant,
on contribue à élargir au sein de l'anglicanisme la
sphère
de la liberté de penser; 2°
En sortir au moment où on risquerait, en y restant, de
rétrécir
sa propre pensée. Cette
brève et catégorique résolution montre combien :
Green
était déjà loin de l'optimisme inconséquent
de .ses maîtres en libéralisme. Ceux-ci restent d'abord,
puis
cherchent, si besoin est, des raisons pour justifier leur attitude; lui
reste, mais par provision, et en attendant de voir plus clair au fond
de
lui-même et de ses idées. Certes, il était trop
dévoué
à l'Eglise d'Angleterre pour ne pas souffrir à la vue de
ce qui, peut, être, se préparait; mais, d'autre
part,
l'horreur de l'équivoque le tenait en une douloureuse
défiance... Il
y a là sans doute une lassitude de poitrinaire, un
découragement
de savant, mais je ne me trompe pas en assignant une autre cause
à cette détresse. ' "Tout
me glisse entre les doigts, la foi, la doctrine. Tout devient
irréel...,
je touche au déisme, où m'arrêterai-je?"
![]() |
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L'ANGLETERRE
RELIGIEUSE ET L'EGLISE LARGE (3/4) En
juin 1867, il écrit à Freeman : "Je
me sépare de plus en plus de l'Angleterre et de la politique
anglaise,
it may be from English religion too." On
se rappelle les belles idées qu'il développait
naguère
avec tant de flamme sur le rôle historique de l'Eglise. Que tout
cela maintenant est loin de lui! Rendant
compte à Freeman d'Une
conférence de Stubbs, leur ami commun : "Elle
a fini, écrit-il, sur une tirade religieuse, sincère
évidemment
chez Stubbs, mais qui a dû paraître bizarre à
l'auditoire
d'Oxford, comme elle m'a paru à moi. Ce bon vieux lieu commun
que
l'histoire de ce monde conduit à Dieu, que l'histoire moderne
n'est
que la diffusion de sa lumière dans le Christ. Je revois le
temps
où cela était pour moi la clef de l'histoire. J'ai bien
peur
de l'avoir perdue, cette clef, et je n'ai rien pour la remplacer. Mais
il est encore trop frémissant de cette lutte intérieure
et
extérieure pour demeurer longtemps sur cette inquiète et
mélancolique douceur. Voici encore, - c'est presque la
dernière
fois, - cette note exaltée, présomptueuse et
méprisante
qui détone dans cette âme de délicatesse, de
respect
et de bonté. "Il
y a deux églises dans le monde, l'église du prêtre
et celle du maître d'école, l'église du dogme et
celle
de la science. L'Eglise d'Angleterre peut essayer de concilier ces deux
courants, de garder du moins quelque chose de tous les deux. Mais
chaque
jour rend cette tâche plus impossible. On peut appuyer sa
religion,
- c'est-à-dire le lien moral qui donne à notre vie une
unité
d'action et de propos, ou sur la foi, ou sur les faits, sur
l'enseignement
extérieur de l'Eglise, de la Bible, de la Secte, - ou sur les
leçons
intérieures de l'expérience et du savoir. Mais il est
impossible
de souder ces deux fondements. Avez-vous lu, par exemple, le nouveau
livre
de Darwin sur l'Homme et son origine? Je n'en sais encore que ce qu'en
disent les deux beaux articles de la Saturday, mais quelles
merveilleuses
perspectives ce livre n'ouvre-t-il pas devant de si vastes
problèmes,
comme toutes les controverses théologiques s'effondrent,
paraissent
mesquines et vaines. « Sacrifice ", « Justification",
«
Inspiration", tout cela paraîtra à nos enfants aussi
absurde
que nous paraissent à nous le gnosticisme et la
transsubstantiation.
Je ne dis pas qu'une religion rationnelle soit impossible. Au
contraire,
mais pour y arriver, il nous faut jeter aux balayures les
théologiens
vieilles et fanées de l'enfance du monde.
Dans
un pareil état d'esprit, il n'était que temps pour Green
de prendre une retraite que, d'ailleurs, sa santé
déjà
très compromise rendait nécessaire. L'archevêque de
Canterbury, Tait, qui l'aimait, lui offrit le poste de
bibliothécaire
du palais de Lambeth. Là, l'historien travaillerait à son
aise, et le clergyman, loin autant qu'il le voudrait de toute
fonction
religieuse, sentirait moins lourdes les chaînes qui le
rattachaient
à l'Eglise (1869). Suivons-le dans cette période
d'apaisement,
et bientôt d'indifférence. Bien que pratiquement il
n'appartienne
plus à l'Eglise, et que, même il doive, quelques
années
plus tard, rentrer définitivement dans la vie laïque
(1877), ce que nous verrons de lui nous aidera encore à
connaître
l'Eglise large et la psychologie du clergyman libéral.
II
La
scène change. Brume mystiques, angoisses intérieures,
énervement
des controverses dogmatiques, tout se dissipe, tout s'éclaircit.
D'anglicanisme, de religion même, - et, la chose vaut qu'on
la remarque, - on ne parle presque plus jamais dans les deux cents
dernières
pages de la correspondance. La joie de vivre éclate partout
avec,
de temps en temps, une malédiction jetée en courant aux
doctrines
de renoncement et de tristesse. "Toujours
ces oiseaux de nuit entre le soleil et notre âme. Comme si le
soleil
nous était mauvais! Pauvre de moi, j'ai grand peur de rester
toujours
hellénique plus que chrétien... Mais la vie, la vie dans
toute son énergie, son éclat, sa marche
entraînante,
la vie avec ses brusques passage du rire aux larmes en ont-ils peur,
pourquoi
la dénoncent-ils dans leurs prêches? Ils la
dénoncent
dans leurs prêches, puis ils disparaissent et le soleil continue
à briller et le monde court en riant à la liberté
et à la joie. |
Ce
n'est pas là une simple boutade, mais l'expression un peu vive
d'une
philosophie raisonnée et voulue. "Rappelez-vous
ma théorie de la vie. Ce n'est pas un programme de paresse.
.J'ai
travaillé dur à ce qui en valait la peine et je compte
bien
le faire encore. Mais je proteste contre l'ascétisme pour
l'ascétisme,
contre cette sottise de fermer les yeux à tout ce qui est beau
et
délectable ici-bas, contre cette préférence
donnée
aux choses désagréables, comme si de soi elles valaient
mieux
que les autres; par-dessus tout, je proteste contre toute idée
de
partage entre les différents éléments de notre
être,
contre le mépris de toute une moitié de la vie que nous
avons
à vivre comme si elle nous empêchait de vivre l'autre
moitié.
La tête, l'âme, le corps, que tout se développe de
concert!
Pas d'intellectualisme, pas de spiritualisme, 'pas de sensualisme, mais
une large et complète humanité.
"On
le comprend, cette vie qui l'attire, l'intéresse, l'enchante,
est
le plein développement de l'homme naturel, la mise en œuvre de
toutes
les richesses qui dorment en nous. Qu'aurait dit Mme Ward si elle avait
lu ce programme où la religion tient si peu de place, et nous ne
nous trouvons-nous pas bien loin du temps où le jeune vicaire,
gagné
à la contagion mystique de cette âme, essayait d'entendre
à travers l'infinité des espaces, les harpes du ciel? La
terre lui suffit maintenant et il tend vers elle un effort que
l'inquiétude
des choses invisibles ne morcelle plus, une activité joyeuse que
les soucis d'outre-tombe ne viennent plus assombrir. Quoi qu'on puisse
penser de cette conversion à rebours, il semble pourtant que
Green
soit maintenant, bien plus .qu'autrefois, dans la vérité
de sa nature et que le dénouement
de la crise religieuse coïncide pour lui avec le plein
épanouissement
de sa puissance de vie. Il suffit de l'entendre - causer pour s'en
rendre
compte. Sa conversation jadis un peu nerveuse, impatiente et qui
aimait
le paradoxe provocant, est devenue, nous dit Mme Humphry Ward, plus
calme,
plus sereine, plus égale. Ses lettres, ses écrits
respirent
aussi la douceur et la bienveillance des gens heureux. Car tous les
bonheurs
se pressent pour lui dans ces années d'apaisement et de travail.
En 1877, il a épousé l'admirable femme que nous
retrouverons
bientôt, quand il ne sera plus question de joie. Son livre, la
Short
History, a paru en 1874 avec un succès extraordinaire (1).
Encore une fois, la vie est bonne, foin des prêcheurs
moroses,
et laissons le ,monde courir, moitié pleurant, moitié
riant
« à la liberté et
à
la joie ». Rien,
d'ailleurs, dans cette philosophie qui rappelle les
étranges
homélies où Renan aimait à s'oublier sur ses vieux
jours. L'idéal de Green est tout autre, plus digne, plus intime,
et son égoïsme, - si égoïsme il y a, ne laisse
pas d'être charmant. L'amitié
remplit toutes les pages de cette existence, la bonne amitié
anglaise,
aux sans-façons remplis d'une, robuste tendresse,
l'amitié
dont il écrivait lui-même: « Vous autres, femmes,
vous
nous regardez de bien haut, mais vous ne soupçonnez pas l'ardeur
et la flamme de nos amitiés, à nous autres, hommes.
»
Disons aussi, pour qu'on le sente plus pleinement et simplement ;
homme,
que les chartes et les livres qui prennent presque tout son temps
n'ont pas le meilleur de ses affections et de ses pensées.
Même
avant d'avoir repris son indépendance, il écrivait dans
un
même sens: "La
vie me semble chaque jour plus belle à force d'amour, de paix,
de
tendresse. Ce qui me la rend chère, ce n'est ni l'esprit, ni
l'intelligence,
ni la grandeur de la science.. Tout cela est beau, mais il me suffit,
à
moi, des éclats de rire des petits enfants, et de la bonne
amitié des amis, et des bavardages auprès du feu, et de
la
musique et des fleurs. "Que nous voilà loin des inquiétudes religieuses que nous suivions tout à l'heure dans ses premières années d'âge mûr! Vraiment, quand on le voit aimer ainsi toute : (1) Sans parler des éditions américaines, il s'est vendu , en Angleterre 235.000 exemplaires de la Short History. cf. Quarterly, avril 1902, |
||||||
"Je
ne vois aucune limite à ce progrès en « religion ».
Sur cette idée de progrès, ma foi profonde et intense au
christianisme repose. Comme vous, je vois d'autres religions, la foi
païenne
et la foi d'Israël, jouant leur rôle dans l'éducation
du genre humain. Et je vois l'humanité dépassant ces
croyances
qui l'ont élevée, si bien qu'à chaque grand pas de
la pensée humaine une religion tombe morte et disparaît.
Et
je conclus que ce doit être là une condition du
progrès
du monde, à moins qu'il ne paraisse une religion capable
d'évoluer
elle-même parallèlement à ce progrès. Or,
voici
une religion qui en est capable. Ouvre ton Gibbon et fais la preuve de
ce que j'avance. La fraîche vigueur des enfants des forêts
germaines fond sur la Rome efféminée et tout
s'écroule
sauf cette foi. Le christianisme emprunte de nouvelles formes de vie,
et
dans ce chaos barbare pétrit le monde du moyen âge. Songe
combien l'âme d'Augustin et celle de saint Louis sont
différentes,
et pourtant le christianisme leur suffit à toutes deux. Le moyen
âge s'évanouit, notre monde moderne émerge de la
réforme.
Le christianisme emprunte de nouvelles formes et infuse une vie
nouvelle
à cette nouvelle phase de l'humanité. Combien l'âme
de saint Louis et celle de Luther ne diffèrent-elles pas, le
christianisme
leur suffit à toutes deux et remplit leur attente, A notre
époque,
la pensée humaine fait chaque jour des progrès tels
qu'elle
n'en a jamais faits, mais le christianisme spiritualisé et
épuré.
par les plus larges besoins qui s'offrent à lui, est prêt
à répondre pleinement à tous ces besoins... S'il y
a quelque vérité dans nos plus profonds instincts, il
faut
que Dieu soit constamment au delà, au-dessus de nous, de notre
pouvoir,
de notre science, de notre vertu, et c'est vers cet au delà que
le christianisme nous fait monter. On
voit la doctrine vaste, brillante, profonde dont se nourrissaient, dont
s'illusionnaient aussi les hommes de l'Eglise large. Doctrine juste en
son fond et essentielle, pourvu que l'on sache respecter la
vérité
initiale que cette constante évolution enrichit de l'apport de
chaque
siècle. Mais, comme il arrive toujours, grisés par les
idées
nouvelles, et d'ailleurs excités contre les grands corps
traditionnels
qui regardent ces idées avec défiance, les novateurs
deviennent
bientôt agressifs et se tournent avec violence contre tout ce qui
leur rappelle le passé. Cette note perce déjà dans
la lettre suivante, et nous la verrons, peu à peu, s'accuser
bien
davantage. "Si
je ne tremble pas, si j'exulte à la destinée que Dieu a
marquée
à son Eglise, c'est simplement parce que je crois à la
présence
de l'Esprit de Dieu dont l'inspiration guide l'Eglise.
Cette
présence, cette inspiration, beaucoup l'admettent en paroles,
mais
ils demandent: « Où donc est cette voix de Dieu? »
Bien
sûr elle n'est pas dans la décision des Eglises puisque
ces
décisions ne s'accordent pas entre elles. Tant qu'il y aura des
controverses, comment savoir de quel côté souffle l'Esprit
de Dieu. - Mais n'est-ce pas oublier que l'Esprit habite dans l'Eglise,
non dans les églises, que sa voix est la voix non de telle ou
telle
fraction, mais de la, chrétienté universelle.
Cette voix de l'Eglise, elle est, semble-t-il, dans le consensus du peuple chrétien, unanimité confuse mais puissante. La condamnation de l'esclavage en est un exemple. Et
il ajoute ces deux petites notes, dont la première a une grande
portée: "Remarquez
deux faits importants:1° Ces voix de l'Eglise n'indiquent pas une direction doctrinale, mais morale et sociale... 2° Cette unanimité s'élabore avec une lenteur extrême. Songez aux siècles qu'il a fallu pour qu'on réalisât l'injustice de l'esclavage. Cependant
l'anglicanisme orthodoxe s'épouvantait des hardiesses
croissantes
de certains membres du clergé. En 1859, le succès du
livre
de Darwin ; en 1860, le scandale des Essays and Reviews, en 1862, les
témérités
exégétiques de Colenso ; en 1863, l'accueil fait à
la Vie de Jésus, tous les événements de ces
années
tumultueuses achevaient de compromettre les libéraux. Ceux-ci,
en
effet, couraient indistinctement à tout ce qui avait figure
d'idée
nouvelle et applaudissaient de confiance à tous les coups
qui leur semblaient portés au vieil édifice de la
tradition. L'Eglise
d'Angleterre est de nature tolérante et elle tient
médiocrement
à intervenir dans les querelles doctrinales, sauf quand la
conscience
d'un danger imminent l'affole - et, dans ce cas-là, elle ne
recule
devant aucune maladresse, l'histoire
de Wesley et de Newman le montrent
bien, - un sûr instinct lui fait comprendre que sa grande force
est
précisément dans cette patience éternelle et ![]() |
que pour
elle le vrai moyen de triompher d'une difficulté est de ne pas
essayer
de la trancher. Menacée, à cette heure, de deux
côtés
à la fois, également inquiète du
premier succès
du ritualisme et des témérités de l'Eglise large,
elle essayait de manœuvrer entre ces deux extrêmes,
désavouant
timidement les excès du libéralisme et se montrant comme
il convenait, plus sévère envers les ritualistes qui,
plus
croyants, étaient plus soumis. Pourtant les libéraux
n'avaient
pas pour eux le nombre, et ils savaient bien que la majorité du
clergé se prononcerait contre eux. La belle humeur de Green
s'aigrit
à la pensée de cette résistance.
"Le
clergé, écrit-il, ne représente même pas
l'Eglise.
Que représente-t-il? - Ni les laïques cultivés, ni
l'Angleterre
intelligente, mais l'inintelligence du pays. Et
pour comble d'outrage, il assimile les orthodoxes aux romanistes,
ajoutant
avec raison: « Qu'est-ce qu'un
romanisme sans infaillibilité,
sans unité et sans chef? . Décidément,
la période des violences est ouverte. Quoi qu'il nous en
coûte,
il nous faut suivre ce noble et charmant esprit dans ces outrances de
pensée
et de parole qui lui ressemblent si peu. Il appartenait à cette
génération d'utopistes qui croyait naïvement que la
science répandue partout allait ramener l'âge d'or. Et
pour
lui, maintenant, l'Eglise était la grande barrière de
routine
et d'intolérance qui, pour prolonger son règne, retardait
tant qu'elle pouvait l'avènement de la science.
Qui
empêche les réformes? - L'ignorance populaire. - Qui
s'oppose
à ce que cette ignorance soit éclairée? L'Eglise.
Le clergé sait que l'Eglise s'effondrera le jour où le
peuple
sera instruit à fond, où il n'y aura plus une seule
classe
d'hommes vouée à l'ignorance. . On
comprend ce que devait souffrir l'homme qui, au moment où il
écrivait
de telles choses, exerçait encore les fonctions
ecclésiastiques.
Tout lui est à charge maintenant et il n'est pas jusqu'à
la bêtise de ses paroissiens qui ne rende sa position plus
intolérable.
Ne voilà-t-il pas que ceux-ci l'ont soupçonné de
ritualisme? Un
pharmacien m'a vu élever l'hostie et porter une grande croix sur
le dos. Le jour du vendredi saint, une dame a quitté
l'église
parce que je prêchais avec une couronne d'épines sur la
tête.
Et Green
s'amuse à embarrasser le grave Freeman en lui prouvant que le
témoignage
historique n'a aucune valeur. "Car
enfin, ces deux témoins sont sincères et n'ont contre moi
aucune aversion personnelle. Comment allez-vous vous tirer d'affaire?
Ou
ils m'ont vu, ou ils ne m'ont pas vu. Notons
encore, en passant, cette jolie pochade sur la maison curiale :
"Envoyez-moi
quelques brochures pour distribuer à mes quatre vicaires. L'un
est
«catholique», l'autre «anglican», le
troisième
musicien, et le quatrième littérateur. Le premier
déjeune
à midi et demi en surplis et en barrette; le second passe des
journées
à faire signer des pétitions au «Lord
primate»
; le troisième met les paroles de la confession
générale
sur une ritournelle d'opéra; quant au littérateur, il lit
Balzac toute la semaine, et, le dimanche, broche son sermon en un tour
de main. Il
plaisante, mais, prenez garde, quand ces vives natures plaisantent
ainsi,
c'est souvent qu'elles veulent cacher aux autres et à
elles-mêmes
quelque secrète souffrance. Green souffre en effet; il se sent
étranger
dans cette paroisse où tout le monde l'aime pourtant.
On
est bon pour moi, mais on ne comprend pas mes « quixotisms
»,et
je n'ai que cela qui vaille la peine d'être compris... on a une
soif
insatiable d'affection et on tourne le dos à tout le monde pour
se renfermer misérablement en soi-même. Ma bonne humeur
s'en
va, je suis impatient, nerveux, j'agace tout le monde, et quelque chose
à quoi je sais bien que je dois résister comme une mort
hideuse,
me conseille de me noyer dans mes livres et de laisser le genre humain
se débrouiller sans moi... Http://www.sacklunch.net/biography/G/JohnRichardGreen.html ![]() |