Première
année, Numéro 23 VENDREDI 30 MARS 1906 SOMMAIRE:
INFORMATIONS ET DOCUMENTS France:
La direction des Cultes. - Les pensions ecclésiastiques. - A
propos de la Séparation. Les
nouveaux évêques. - L'action
laïque. - Œuvres
paroissiales
militaires.
- La critique biblique. - L'obligation
du vote à Limoges. - Pour la moralité publique. - Un
institut de psychologie. - Saint-Siège
et Italie: Les «zelanti" L'Eglise
schismatique russe. - Exclusion. - Instruction obligatoire. - La
colonisation
extérieure. - Allemagne:
Un conflit. La loi électorale. Les mauvais traitements
dans
l'armée.
- Les anoblissements. - Angleterre:
Les anglicans et le prolétariat. - Les repas gratuits à
l'Ecole.
- Autriche: Les députés israélites. - Belgique:
Candidats
catholiques. - Russie:
Les moujiks et la liberté. - Suisse:
Mgr Egger.
REVUE
DES PERIODIQUES
Agnosticisme
et Anthropomorphisme (Revue de
Philosophie).
- Pacifisme, Christianisme et Antimilitarisme (La
Revue). - Les Socialistes allemands (Courrier
Européen).
NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Commentaire
juridique de la loi de Séparation. Les conflits de la science et
de la bible, par l'abbé E. Lefranc. - Le gouvernement de
soi-même,
par Antonin Eymieu. - Le Paysan des Fjords de Norvège, par Paul Bureau. Dernières
Publications
BULLETIN POLITIQUE Le
banquet offert à M. Combes par les Gauches du Parlement a
scellé
et consacré la reconstitution à peu près
intégrale
du Bloc. La présence de quelques membres du gouvernement
à
ces agapes politiques en a pour ainsi dire élevé le
héros
à la dignité de président du Conseil honoraire.
Cette
poussée jacobine que
la présence de M. Rouvier au pouvoir tenait pour le moins en
suspens,
en apportant un regain de vitalité aux partis les plus
extrêmes,
aura pour résultat d'accentuer
le dualisme implacable qui épuise la France.
Un
certain nombre de catholiques éminents, appartenant à
différents
partis politiques, ont adressé aux évêques
français
une lettre confidentielle faisant respectueusement
valoir les raisons qui leur paraissent conseiller un essai loyal
de la loi de Séparation. L'Osservatore Romano a
déclaré
cette démarche « incorrecte
» et les journaux favorables à la résistance ont immédiatement
renchéri, qualifiant ce document d'injurieux et d'inconvenant.
Les
signataires de la lettre n'ont
fait qu'user du droit, qui a toujours été reconnu
à
tous les chrétiens, |
d'émettre
librement leur opinion dans
les questions discutées, tant que l'Eglise ne
s'est pas
prononcée.
N'en déplaise a certains, ce droit peut quelquefois devenir un
devoir,
s'il est vrai que tout catholique a le droit et le
devoir de collaborer
selon les forces de sa pensée, de sa volonté, en un moi,
de sa conscience, à l'effort de préservation du
patrimoine
commun; de la même foi, du même idéal moral. Alors
que
de toutes parts on se préoccupe de la crise redoutable que
traverse
actuellement l'Eglise de France, les catholique français
devraient
ils donc être les seuls à
s'en désintéresser? Ils n'ont que trop pris l'habitude de
considérer la religion comme quelque chose d'extérieur et
c'est un des symptômes réconfortants de
l'heure
présente
que de les voir s'intéresser enfin à des questions qui
les
touchent de si près. Ce qu'on est en droit de leur demander,
c'est
de soutenir leurs idées
avec discrétion et de ne pas s'ériger eux-mêmes en
juges « infaillibles ) de la doctrine et de la discipline. Or, si
l'on veut bien considérer à ce point de vue
la
lettre
aux évêques, on verra combien le langage en est correct.
Les
signataires ne prétendent pas imposer à
l'épiscopat
leur manière de voir, ils se permettent seulement
de l'exposer en toute franchise et simplicité, affirmant
d'ailleurs
que sur le principe même de la séparation, ils
adhèrent
au jugement porté par le Pape dans
son encyclique. Ce faisant ils ont agi en chrétiens et en
Français
et ils ont donné un grand exemple. Le parti
ouvrier et le parti libéral anglais, plus ou moins alliés
jusqu'à ce jour par la force même des choses, sont
à
la veille d'entrer en conflit, à moins que le
dernier,
quelque vainqueur qu'il soit des conservateurs et des unionistes, ne se
résigne à subir les exigences de l'autre, lequel
constitue
un appoint appréciable de
sa victoire et de sa majorité. On se rappelle sans doute que la
dernière campagne électorale eut pour plate-forme dans le
camp du labour Party, une décision de
la Chambre des lords, en vertu de laquelle tout syndicat convaincu
d'avoir
organisé un grève était tenu pour civilement
responsable
envers la partie lésée. C'est
pour amender cette jurisprudence ou la démolir que le parti du
travail
envoya, il y a quelques semaines à la Chambre des Communes, le
plus
possible de représentants.
Or, le gouvernement anglais se hâtant, contrairement à ce
qui se passe d'habitude dans notre Parlement français, à
liquider les points les plus épineux
de son programme, vient de présenter aux Communes un projet de
loi
destiné à régler les conflits entre ouvriers et
patrons.
Labour Party et parti libéral se
trouvent ainsi de suite l'un et l'autre au pied du mur. Si le parti
libéral
se rallie aux prétentions ouvrières, c'est un triomphe
éclatant
pour les Trades-Unions, et la
consécration officielle des progrès accomplis par le
socialisme
en Angleterre; s'il s'y oppose c'est une alliance parlementaire aussi
saugrenue
que possible entre
socialistes et conservateurs. Dans ce dernier cas et cette
dernière
hypothèse, le parlementarisme anglais, qui fut jusqu'en ces
dernières
années un modèle et
un bon exemple, stérile d'ailleurs, pour tous les autres,
tomberait,
à son tour, dans l'empirisme le plus superficiel.
|
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3 le Mouvement religieux en Russie : Il. - La Politique chrétienne de VLADIMIR SOLOVIEFF J'ai
cité, dans mon dernier article, les paroles' du prince
Eugène
Troubetzkoï, déclarant qu'il fallait lever contre la Russie
officielle l'étendard d'une politique chrétienne.
C'est, en effet, là le mot de ralliement pour les meilleurs
d'entre
ceux qui se vouent à l'œuvre de la
régénération
de la Russie. Vladimir Solovieff fut le premier
à formuler les principes de cette politique chrétienne en
Russie: l'influence qu'il acquit sur l'évolution de son pays
vint
de là, car la philosophie proprement dite
était peu accessible aux multitudes et ne pouvait, en
conséquence,
avoir la même action. Je vais tâcher de préciser ses
idées politiques; mais, tout d'abord, présentons
au lecteur la personne du grand philosophe. Ce qui le
distinguait d'une façon spéciale, c'était
l'accord heureux de facultés très différentes et
qui
ne s'harmonisent que rarement dans le même individu.
Intelligence
vaste, prodigieuse, remarquable par une culture scientifique aussi
forte
que sa culture littéraire et qui embrassait les
différents
domaines du savoir humain
d'un coup d'œil ; esprit passionnément synthétique et
s'efforçant,
depuis sa plus tendre jeunesse, de créer une synthèse de
l'univers, il offrait en même temps
le type parfait du philosophe mystique, ce qui veut dire qu'il
était
guidé dans sa recherche de l'Absolu par la ferme conviction de
la
possibilité d'une connaissance
intuitive et immédiate de Dieu. Ce mysticisme reposait sur une
base
inébranlable: sa conscience morale, qui lui disait que la vie en
Dieu, c'est-à-dire
selon la volonté de Dieu, est la voie unique pour
connaître
Dieu. Et c'est ainsi qu'il parvenait à établir une
harmonie
sublime entre sa vie intellectuelle et
sa vie morale. Mêlé à la foule humaine, il gardait
son âme loin d'elle; il apportait dans le monde les habitudes
d'un
moine affranchi du joug des sens, voué à la
chasteté
et aux mortifications de la chair. Végétarien par
sentiment
esthétique et par conviction religieuse, il passa son existence
dans un jeûne perpétuel. Son traité
ascétique: Les fondements de la vie religieuse, nous donne une
expression
magnifique de l'élévation de son âme. Je
n'oublierai
jamais la première impression
que j'eus de lui quand je le vis, en 1879, à l'Université
de Saint-Pétersbourg, soutenant sa thèse de doctorat. En
contemplant cette face de Christ, ce corps
épuisé par les jeûnes, ces yeux qui ne cherchaient
point le regard des auditeurs, mais semblaient perdus dans la
contemplation
de quelque vision mystérieuse,
je pressentais les profondeurs de la vie intérieure d'un tel
homme;
il me semblait un hôte d'un autre monde, égaré
parmi
des gens incapables de le suivre.
Il est
difficile à un homme au regard éternellement fixé
vers l'au-delà de trouver un point de contact avec le niveau de
l'humanité; on pourrait croire, à première
vue,
qu'un
mystique, alors qu'il a quitté les solitudes sereines de sa
méditation
et qu'il s'aventure dans ce bas monde, ne saura jamais parler un langage
accessible
aux foules et que seuls quelques élus pourront le comprendre.
Mais
le cas de Solovieff nous prouve le contraire, et c'est là le
trait
saillant de son originalité.
Ce maître de l'ascétisme fut, en même temps, un des
observateurs les plus subtils de la vie sociale. Esprit fin et
sarcastique,
polémiste de premier ordre,
animé d'une haine infinie contre le mal, implacable à
l'égard
des adversaires de son idéal, Solovieff arrachait leur masque et
dévoilait avec acharnement leur
médiocrité. Dans la fougue de son ardeur militante, il
foulait
les représentants des forces noires de la Russie dans la boue de
leur bassesse. Impuissants à parer
les coups de son ironie mordante, ils abandonnaient le combat couverts
de ridicule, anéantis à leurs propres yeux. Mais ce n'est
pas tout. Ce penseur abstrait,
ce théologien mystique est ascète ; ce maître de
l'ironie
qui accablait l'ennemi de son rire impitoyable, ce lutteur
obstiné
qui ne se lassait pas de se battre |
4 pour l'avènement du royaume de Dieu dans le monde, s'abandonnait, dans se; moments perdus, aux calmes douceurs de la poésie et composait des vers qui le mettent au rang des plus grands lyriques. Mais nous ne trouverons dans ces vers ni les élévations mystiques du Solovieff ascète, ni l'élan batailleur et satirique du Solovieff polémiste. L'individualité du grand Russe s'y révèle sous un nouvel aspect, avec lequel il semble difficile, au premier abord, de concilier son ascétisme: il chante l'Amour, mais un amour ailé, qui l'emporte bien haut, loin de la matière et dans l'infini des rêves qui visitèrent jadis l'âme de Dante. Toutefois, au milieu même de ses extases, Solovieff reste enfant du XIX. siècle et, de temps en temps, nous percevons le léger sourire d'ironie passagère qui effleure ses lèvres. Il ne voit que trop bien les eaux basses vers lesquelles le courant de la vie s'efforce d'emporter tout sentiment, toute aspiration humaine, même celles qui plongèrent dans l'azur des cieux... Dans
ses premiers ouvrages, Solovieff chercha principalement à
édifier
sur une base philosophique la doctrine des «slavophiles russes".
Comme eux, il enseigna
l'illusion providentielle du peuple russe appelé à
remplacer
les nations occidentales sur l'arène de l'histoire et à
régénérer
le monde avec l'aide de l'orthodoxie
religieuse qui forma l'âme russe et de cet autocratisme
patriarcal
du tsar, père de son peuple, qui était l'expression
parfaite
et absolue de l'idéal politique.
Cette
phase ne dura pas. L'empereur Alexandre III, inspiré par le
journaliste
Katkoff et le procureur du saint synode Pobedonostseff, inaugura, au
nom
même des
principes slavophiles d'orthodoxie et d'autocratie, une politique de
persécutions
féroces contre tout mouvement libéral, contre toutes les
nationalités jadis autonomes
et annexées par la conquête à l'Empire, contre
toutes
les religions autres que la religion russe orthodoxe. Cette politique
néfaste
produisit des ravages
terribles dans les rangs de la société russe: les forts
durent
se taire et les faibles se rallièrent lâchement au nouveau
système. La Russie devint la proie d'une
bureaucratie irresponsable et anarchique, composée, sur ses
sommets,
d'arrivistes, nihilistes dans le fond de leurs âmes, se
détestant
mutuellement et s'arrachant
le pouvoir, mais unanimes dans leur haine pour la liberté et
dans
leur passion d'écraser les germes de toute aspiration vers un
généreux
avenir. Leur
conduite ouvrit les yeux à Solovieff. Voyant que toutes les
iniquités
de la bureaucratie se commettaient au nom des principes qu'il exaltait
dans sa philosophie,
il dirigea les armes de sa noble colère contre les
déformateurs
de son idéal chrétien, de cet idéal à
l'accomplissement
duquel la Russie lui semblait destinée.
Ce
revirement dans ses idées se fit jour pour la première
fois en 1883, dans une série d'articles: la Morale et la
Politique,
qui forment aujourd'hui le premier chapitre
de son ouvrage intitulé: "la Question nationale en Russie".
« La
séparation systématique des domaines de la morale
et de la politique, - écrit l'auteur, au début même
de son travail, - est la faute capitale de notre siècle; au
point
de
vue chrétien, et dans les limites du monde chrétien., la
morale et la politique devraient être étroitement unies;
de
même que la morale chrétienne, qui 's'assigne
pour but la réalisation du royaume de Dieu dans chaque âme
humaine, la politique chrétienne ,devrait préparer le
royaume
de Dieu pour tout le genre
humain, compris comme l'ensemble des races, des nations et des
états.
» La réalité des choses semble s'opposer à
ce
principe: la lutte pour l'existence règne
aussi bien dans l'histoire que dans la nature, « néanmoins
tout le progrès historique consiste dans une limitation
graduée
de cette loi et dans une lente ascension
de l'humanité vers ce modèle suprême de
vérité
et d'amour, que nous a donné le Christ... » On nous dit
que
chaque nation doit suivre les exigences de
son propre intérêt. Mais comment définir cet
intérêt ? ... |
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5
A propos de la Séparation. Le
Courrier Européen explique que la loi sur la Séparation
n'a
pas lieu d'être appliquée en Algérie, car la France
a mis la main sur les biens habous, ou biens
religieux,
au moment de la conquête. Elle a retenu ces biens pour des
raisons
politiques et économiques. Les habous sont aujourd'hui
passés
dans le domaine de
la colonisation. Il est impossible de revenir sur cette situation de
fait.
La France ne veut pas, d'autre part, constituer des associations
cultuelles
musulmanes qui donneraient
aux musulmans un pouvoir politique qu'elle a confisqué. Pour
bien
comprendre cela, il faut entendre que la nationalité de
l'indigène,
c'est sa religion. En
réalité, les habous algériens avaient une valeur
immense
qui n'a jamais été évaluée, mais qui peut
être
estimée approximativement, encore aujourd'hui, par
comparaison
avec les habous tunisiens qui subsistent sous le régime du
protectorat.
Pour ces biens dont elle s'est emparée par des raisons encore
plus politiques
qu'économiques, la France a pris à sa charge, au temps de
la conquête, les frais si modiques du culte musulman. Les frais
d'assistance
médicale, qui se
trouvaient virtuellement gagés par les habous, sont aujourd'hui
pris sur les centimes additionnels de la constitution de la
propriété
indigène, qui n'a pas été constituée,
mais qui a continué à payer. Cette recette
dépassait
sept cent mille francs. Quinze ans durant, elle resta sans affectation
spéciale aux musulmans. On l'applique
aujourd'hui, fort sagement, à leur assistance médicale.
Les
revenus des habous pouvaient et devaient permettre de tout temps ces
dépenses.
Ces biens
avaient été fondés, en effet, par des donations
pieuses
pour le culte et pour l'assistance. Les nouveaux Evêques. Mgr
Luçon a adressé à ses anciens diocésains de
Belley. une lettre d'adieu où il les loue de s'occuper des
questions
politiques et sociales et de leurs intérêts
matériels,
mais leur demande de ne pas mêler à ces luttes les
intérêts
surnaturels. « Quelles que soient donc nos luttes, nos discordes,
Dieu et son culte, la religion
et ses espérances, l'âme et le salut ne devraient-ils pas
rester toujours en dehors et au-dessus? Pourquoi mêler les choses
saintes aux tristes passions d'ici-bas?
Pourquoi surtout les y sacrifier? N'en sont-elles {>as le frein
nécessaire
et l'indispensable remède? » Voici, d'autre part, un
extrait
de la première lettre pastorale
de Mgr Gibier, évêque de Versailles: « Oh! combien
graves
sont les obligations du clergé contemporain, de
l'évêque
du xx' siècle! Il doit beaucoup prier,
beaucoup savoir et beaucoup travailler. Il doit aimer son temps,
l'étudier,
le comprendre pour le diriger, pour l'améliorer, pour le
christianiser.
L'Eglise catholique
est un être vivant. Elle est faite pour s'adapter à tous
les
siècles, à tous les pays, à tous les
régimes,
et c'est à l'évêque de susciter et de
réaliser
cette adaptation
opportune et indispensable. Il a le devoir d'y travailler avec une
énergie
calme, avec un esprit d'initiative sans cesse éveillé,
avec
une ténacité inlassable,
avec une souplesse qui va jusqu'à transformer les obstacles en
moyens
et les défaites momentanées en victoires
définitives.
» L'Action laïque. Extrait du
discours de Mgr Enard, le nouvel archevêque d'Auch, le
jour de son intronisation: « Les raisons .d'espérer, ce
sont
ces phalanges de jeunes chrétiens
qui s'associent
pour prier, pour étudier, pour agir, qui cherchent les moyens de
soutenir la religion, d'en montrer la vérité, d'en
légitimer
les préceptes, d'en épurer toutes
!es pratiques et d'en faire passer la sève dans le corps social
pour le guérir et le fortifier. Il y a cent ans, il est venu
à
l'Eglise un secours analogue, mais infiniment
moins considérable. Ces jeunes gens se connaissent,
s'encouragent,
s'éclairent; ce sont des missionnaires laïques, des
apôtres
dans le monde; nous leur
devons beaucoup... » Œuvres paroissiales militaires. Le
général Dessirier, gouverneur de Paris, a adressé
la lettre suivante à M. le chanoine Binz, chargé des
œuvres
diocésaines: "A vote lettre du 20 février
courant,
j'ai l'honneur de vous faire connaître que j'ai invité,
comme
les années précédentes, les chefs de corps
à
donner aux hommes de |
6 troupe sous leurs ordres toutes facilités pour l'accomplissement de leurs devoirs religieux, et, notamment, à leur permettre de sortir, dès le réveil, les dimanches du temps pascal (du 1er au 29 avril 1906). "Les militaires, en garnison à Paris, auront donc toutes les facilités de remplir leur devoir pascal. La Critique biblique. Le
Bulletin de littérature ecclésiastique (mars), organe de
l'Institut catholique de Toulouse, enregistre comme une approbation
dé
l'attitude adoptée par l'Institut en matière
de critique biblique, la récente lettre de Pie X à Mgr Le
Camus, évêque de la Rochelle, à propos de son livre
L'Œuvre des Apôtres. Il considère cette
lettre
comme
désapprouvant à la fois ce qu'il appelle la «
tendance
loisyste » et la « tendance stationnaire », et
approuvant
hautement la « tendance progressiste ».
Il se base sur ces paroles du pape: «Ce qui, chez vous, demeure
aussi très spécialement digne d'éloge, c'est que,
dans votre manière d'exposer les textes sacrés;
vous vous êtes appliqué à suivre, par respect de la
vérité et pour l'honneur de la doctrine catholique, la
voie
dont, sous la direction de l'Eglise, il ne faut jamais
s'écarter. Tout comme, en effet, on doit condamner la
témérité
de ceux qui, se préoccupant beaucoup plus de suivre le
goût
de la nouveauté que l'enseignement
de l'Eglise, n'hésitent pas à recourir à des
procédés
critiques d'une liberté excessive, il convient de
désapprouver
l'attitude de ceux qui n'osent, en
aucune façon, rompre avec l'exégèse scripturaire
ayant
eu cours jusqu'à présent, alors même que, la foi
demeurant
d'ailleurs sauve, le sage progrès des études
les y invite impérieusement. C'est entre ces deux extrêmes
que, fort heureusement, vous marquez votre route. Par l'exemple que
vous
donnez, vous prouvez
qu'il n'y a rien à craindre pour nos Saints Livres, de la vraie
marche en ayant réalisée par la science critique, et que,
même, il peut y avoir tout avantage
pour ces Livres à recourir aux lumières apportées
par cette science. Et, de fait, il en est ainsi toutes les fois qu'on
sait
l'utiliser avec prudence et sage discernement,
comme nous constatons que vous l'avez fait vous-même» On
sait
que, l'Institut catholique de Toulouse se rattache, pour les questions
bibliques, à l'école
du P. Lagrange et de la Revue biblique, ainsi que le P. Rose, les PP.
Durand
et Condamin, Touzard. etc. C'est donc cette école qui,
selon
le Bulletin, a été
approuvée par le pape. L'Obligation du Vote. La Semaine
religieuse, de Tarentaise, publie sur la question du vote des
instructions de Mgr Lacroix : « En conscience, dit
l'évêque
de Tarentaise, nous sommes
obligés de voter, chaque fois que nous n'en sommes pas
empêchés
par une raison très grave. » Mais pour quel
candidat
devront voter les catholiques? « La question religieuse devra
éveiller
particulièrement leur attention. Il convient qu'ils sachent si
leur
représentant est pour
la liberté ou pour la persécution, si son attitude dans
les
différentes assemblées où il a été
appelé
à siéger a été celle d'un sectaire haineux
et vindicatif ou celle
d'un esprit large et tolérant. Enfin, on fera bien de solliciter
des candidats des explications très minutieuses et très
claires
sur la façon dont ils entendent appliquer
la loi de Séparation. Sur ce point délicat, il faut qu'il
n'y ait pas de malentendu possible: chacun a le droit d'être
fixé
et de savoir l'usage que l'on fera du mandat
législatif. » A Limoges. Au
lendemain du Congrès national du Sillon, M.
Frédéric
Boyer, gérant du Petit Démocrate (organe du Sillon
limousin),
et employé dans les bureaux de la fabrique
Théodore Haviland, a été brusquement sommé
de choisir entre le Sillon et sa place. II a fait remarquer qu'aucune
faute
professionnelle n'avait pu être relevée
contre lui. M. Haviland en a convenu, mais a maintenu son ultimatum.
Frédéric
Boyer a préféré sacrifier son gagne-pain à
ses idées et a été renvoyé.
M.
l'abbé
Jean Desgranges, directeur du Petit Démocrate, a alors
publié
dans l'Eveil démocratique, de Paris, une véhémente
protestation: « Si ceux qui possèdent
les instruments de travail pèsent sur les salariés
jusqu'à
étouffer en eux l'indépendance civique, où se
recruteront
les militants ouvriers? Pense-t-on qu'à
force de boycotter ainsi, il ne restera plus d'orateurs pour les
meetings
prolétariens, plus de journalistes pour les organes
démocratiques?
Certes non! ... |