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Première
année, Numéro 24
VENDREDI 6 AVRIL 1906SOMMAIRE:
![]() INFORMATIONS
ET
DOCUMENTSFrance:
Les pensions du.
clergé. - A l'Archevêché de Pans. - Les
aumôniers des lycées. - Un discours de Mgr Ireland. - Saint-Siège
et Italie : Le patriarche de Jérusalem. - La
question biblique. Les démocrates chrétiens. - A la
Chapelle Sixtine. - Béatification de Pie IX. - Mgr Jella. - Les
langues étrangères. - Allemagne:
Un nouveau
ministère. - Lc Centre et le Gouvernement. - Alsace-Lorraine:
La
germanisation. - Autriche-Hongrie:
La Galicie et les Pangermanistes. -
Nouvelle route internationale. - Russie:
Le Concile
général. - Suisse:
Statistique du divorce. Les biens
bourgeoisiaux. - Industriels suisses et allemands. - Turquie:
Travaux
publics.
REVUE DES
PERIODIQUES
Le Centre allemand
(Historisch-Politische Blaetter).
- Mgr Bonomelli (Rassegna Nazionale).
- L'Inventaire (Revue catholique des
Eglises). - La France et
l'Allemagne en Italie ( Journal des
Débats). - Rome et la
République française (The
Nineteenth Century): - L'Art et
l'Action (Revue de Fribourg).
- La paroisse de demain (La Vie de la
Paroisse).
NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Souvenirs politiques, par le
Vicomte de Meaux. - Les cahiers de jeunesse d'Ernest Renan. - Situation
légale de l'Eglise catholique en France, par L.
Jénouvrier. - Initiatives féminines, par Max Turmann. -
Annales J.J. Rousseau. - Les relations actuelles entre la France et la
Suisse, par Jean Brunhes. - La Séparation, par M. l'Abbé
Carry, - Joseph de Maistre et la Papauté, par M. C. Latreille.![]() BULLETIN POLITIQUE La
période électorale est ouverte. MM. Aynard et Ribot, pour
ne nommer que les chefs du vrai parti libéral français,
viennent de prononcer des discours directeurs qui, nous
l'espérons, seront entendus. A l'heure où les ennemis de
la France escomptent avec avidité des troubles civils et
religieux qui serviraient si utilement leurs desseins, ces politiques
courageux relèvent le drapeau des causes impopulaires et font
appel à la tolérance, à la justice et à la
paix. Jamais paroles ne furent plus opportunes. L
'Osservalore Romano vient de dicter leur devoir politique aux
catholiques français, au cours d'un article très
étendu et très précis, que quelques quotidiens reproduisent
avec complaisance et empressement.
D'une façon générale, les indications fournies par
le rédacteur sont en
soi excellentes. L'article pêche toutefois en un |
point, que
voici: son
ton dépasse sensiblement ce
qu'il est permis à des oreilles françaises d'ouïr
avec patience, en
fait de conseils politiques venus d'au delà des frontières.
Et quand à l'excellence
intrinsèque des avis qui peut contenir, ces derniers ne peuvent
que gagner à parvenir aux catholiques de France par le canal de
la presse catholique française elle-même. Les
Hislorische-polifische Blaeffer, publient sous ce titre: Hors de la
Tour, un article qui produit une grande sensation en Allemagne.
L'auteur en est le docteur Jules Backem, publiciste fort connu et
frère d'un des principaux membres du Centre au Reichstag. La
Tour en question n'est autre que ce Centre allemand sous la
bannière duquel, dès 1873, se rangèrent, pour
faire front aux entreprises sectaires de Bismarck, tous les partisans
de la liberté de conscience et de la paix religieuse. Ce serait,
en effet, une erreur de croire que les catholiques seuls
luttèrent contre le Kulturkampf. Une main fraternelle leur fut
tendue en cette circonstance par un grand nombre de protestants
libéraux, et c'est grâce aux efforts combinés de
beaucoup de fières âmes que la liberté dut son
salut. L'illustre Windthorst ne l'oublia jamais. Et il s'opposa de
toutes ses forces à ce que cette solide agglomération
d'honnêteté politique se rapetissât en un parti
confessionnel. En ces dernières années toutefois, Je
Centre a de plus en plus cédé à la tentation de
s'adjoindre l'épithète de catholique et de se constituer
en un bloc homogène et fermé. Ses chefs les plus
éclairés ont vu à cela un double péril, que
le cri d'alarme ou J'invite, nous ne savons au juste, du docteur
Backem, vient de préciser avec force. Parti confessionnel, le
Centre renie par là même une partie des dévouements
désintéressés auxquels il dut sa constitution.
Enfin, il risque de ramener contre le catholicisme les haines d'une
partie de la nation allemande, inquiète de ses tendances
nouvelles en même temps que jalouse de ses efforts victorieux.Les opérations électorales préparatoires à l'élection des membres de la Douma s'achèvent actuellement dans tout l'Empire. Dans
la mesure où il est permis de porter un jugement clair et
précis sur ce phénomène chaotique, contradictoire
et inconscient, on peut conclure de ces opérations que le
sentiment même du besoin auquel elles répondent n'est pas
encore parvenu à l'esprit de la masse russe. Formulé par
une élite, le programme de libération et
d'équité dont, loin d'en être la
réalisation, la Douma est la velléité à
peine et seulement l'inaccessible signe, n'est encore ni dans
l'intelligence ni dans la volonté des esclaves qui en
bénéficieront un jour. Dérisoire espérance
si la vie d'une nation 'n'équivalait qu'à celle d'un
individu! Mais aube quand même de quelque chose de mieux qui
viendra, puisqu'un peuple a tout le temps qu'il faut pour attendre. Un
geste civilisé vient
enfin d'être esquissé dans cette petite Serbie .barbare
qui fait tache de sang sur l'Europe. Le roi Pierre a
décidé d'expulser de son armée les officiers
régicides. On annonce qu'à la suite de cette mesure,
l'Angleterre qui seule avait honorablement refusé de se faire
représenter à Belgrade depuis l'assassinat
du roi
Alexandre, renouerait des relations diplomatiques avec la Serbie. |
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3Les Deux Courants
« Il est
inutile de se dissimuler, écrivait récemment
l'Université catholique, que dans la vie présente du
catholicisme français, deux courants opposés se
dessinent: le courant progressiste et le courant conservateur,.»
Sans offenser la vérité, on pourrait ajouter que le
courant progressiste se dessine et s'accentue, non seulement en France,
mais encore dans tous les pays où la raison,
fécondée par l'effort mutuel des esprits en travail,
commence à prendre plus nettement conscience de ses droits et de
ses responsabilités. En Angleterre, en Italie, en Allemagne, en
Belgique, en Espagne même, partout dans la vieille Europe, des
catholiques, mus par l'ardent désir de conquérir chaque
jour une part plus grande de vérité, se mettent au
travail. Partis des points les plus divers de l'horizon intellectuel,
sans se concerter, sans se connaître même le plus souvent,
ils sont arrivés à des conclusions identiques. Cette
convergence d'aspirations et de pensées est
singulièrement significative. On ne résiste pas, du
reste, aux séductions de la vérité. Tôt ou
tard elle réunit par des liens incorruptibles ceux qui demeurent
ses fidèles serviteurs. L'union qu'elle cimente jaillit des
sentiments les plus désintéressés et les plus
universels, et c'est là le secret de sa force, fatalement
conquérante. On s'explique ainsi l'influence
prépondérante que l'élément progressiste ne
peut manquer de prendre sous peu dans la direction de l'Eglise. Chaque
jour, en effet, nous nous réjouissons de recrues nouvelles. Et
j'ai l'intime conviction que si tous ceux qui pensent ainsi rompaient
le silence et pouvaient se compter, nous serions surpris de nous sentir
si forts et si nombreux.Aussi comprenons-nous à merveille l'émotion de certains. Loyalement campés sur le terrain conservateur, les regards tournés vers le passé, ils n'ont garde de sacrifier à la science: « Entendez, disent ils, aux sciences physiques et naturelles, surtout médicales, à l'hypercritique et à une vague démocratie que ses admirateurs n'ont pas encore su j définir. » Convaincus du danger que nous faisons courir à l'Eglise, ils se font un devoir de prévenir les esprits contre les tendances nouvelles des catholiques progressistes. Nous n'aurons garde de nous plaindre de leur zèle. II faut toujours soutenir les idées que l'on croit bonnes et combattre celles qui nous semblent mauvaises. A condition de fermer son âme aux sentiments d'hostilité et d'aigreur, il ne peut être que salutaire d'entrer en lice pour défendre son patrimoine. Et comment deux chrétiens pourraient-ils controverser ensemble sans évoquer au préalable leur commune origine? ***
II est inutile
de faire ici une profession de foi. Ceux qui nous combattent avec le
plus d'âpreté n'ont jamais mis en doute la loyauté
de nos sentiments religieux, Celui qui oserait même insinuer que
nous tramons dans l'ombre je ne sais quel complot
hérétique ou schismatique, sombrerait sous le ridicule.
Le catholicisme étant pour nous non seule. ment la
vérité vivante, mais encore la vérité
vécue donc ratifiée par notre conscience et notre
expérience personnelles, nous ne voyons pas bien vers quel autre
ciel pourrait tendre l'idéal de nos âmes. Sans doute,
à certaines heures troublées de la vie, nous nous sentons
parfois. comme tout être qui réfléchit, envahir par
un sentiment. de défiance à l'égard de
nous-même. En présence de l'infinie complexité du
problème de notre origine et de notre destinée. Tout être doué de
raison a bien le droit de se demander en frémissant, s'il
appartient jamais à nos pauvres petites forces |
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humaines d'en esquisser la solution. Il faut admirer la superbe et naïve confiance de ceux qui ne doutent de rien. Comme l'enfant de la légende, ils se croiraient volontiers en mesure d'épuiser la mer avec un coquillage. Ceux qui travaillent et réfléchissent, connaissent, au contraire, toute leur faiblesse et toute leur infirmité. Avides d'absolu, ils se sentent néanmoins incapables de l'atteindre. Il serait illégitime d'en conclure qu'ils mettent en doute la valeur de leur foi. Et sur ce point tout malentendu doit disparaître. Nous disons simplement que, n'étant pas des esprits purs, nous appréhendons la matière de notre foi par des instruments humains, c'est-à-dire essentiellement imparfaits. Convaincus que la raison est susceptible de progrès, nous ne craignons pas de dire qu'elle est capable de conquérir chaque jour une part plus grande de vérité. Sans obéir aux suggestions de l'orgueil, nous avons le droit de soutenir que nous pouvons tirer des données de notre foi des conclusions dont nos aïeux ne pouvaient soupçonner ni l'ampleur, ni la profondeur. Et nous ne leur reprochons pas de
n'avoir point compris ce que nous comprenons, comme nos fils n'auront
pas à nous faire grief des lumières que nous n'aurons pas
entrevues. Nous bénéficions, en effet, de nombreux
siècles d'efforts, de méditations, de réflexions.
Les philosophes ont apporté dans leur langue des
précisions nécessaires et banni de leur domaine des
conceptions stériles. Les historiens ont filtré les
vieilles légendes de l'humanité et n'en ont retenu que
les parcelles utiles à la vérité. Les savants,
à force d'observer et d'aimer la nature, l'ont obligée
à nous livrer une partie de ses secrets. La
compréhension, bien rudimentaire cependant, que nous avons
acquise de l'univers, jetterait dans l'admiration ceux de nos
frères qui vivaient au Xè siècle. La conscience
elle-même, grâce au lent travail des saints et des
psychologues, s'est perfectionnée. Devenue plus sensible et plus
délicate, elle perçoit des nuances autrefois
insoupçonnées. Les idées d'humanité, de
justice, de solidarité, de personnalité, de
liberté, de responsabilité, de devoir, éveillent
en elle des échos nouveaux. Si tout cela est
vrai, et qui pourrait en douter, comment la pensée religieuse
elle-même ne bénéficierait-elle pas de l'effort des
générations passées? C'est se faire. une
piètre idée de la raison que de supposer qu'elle puisse
progresser sur un seul point. Elle ne se laisse pas diviser en
compartiments artificiels. La théorie des facultés
séparées de l'âme est depuis longtemps
périmée. Nous n'avons pas et une intelligence, et une
volonté, et une sensibilité; nous avons une seule raison
que nous envisageons tantôt sous l'aspect de l'intelligence,
tantôt sous l'aspect de la volonté. Nous comprenons ainsi
pourquoi toutes les vérités sont solidaires. La morale
elle-même est intéressée au progrès de la
science, d'où, pour elle, le précieux concours de la
sociologie. Jugées
ainsi de haut, la plupart de nos difficultés
s'évanouissent. Si la connaissance que nous avons de la
vérité est nécessairement imparfaite et
indéfiniment perfectible, nous avons toujours le droit et le
devoir d'en promouvoir le progrès. Sous peine de ruiner les
fondements mêmes de la raison, nous ne pouvons admettre que deux
vérités, dûment authentiques, puissent s'exclure.
Pour des raisons que nous croyons sans appel, nous sommes
irrévocablement fixé sur les légitimes fondements
de notre foi. Nulle vérité certaine de science ne peut
aller à l'encontre de notre vérité religieuse. Si,
en fait cependant, le conflit surgit, nous ne devons incriminer ni la
science, ni la foi, sans un examen loyal, patient, minutieux.
Mais, si après mûre réflexion, |
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5 Il appert que la
vérité de science n'usurpe pas ses titres de
créance à la vérité, nous l'accueillerons
en toute conscience et en toute sérénité d'esprit.
Mais convaincu, de par ailleurs, que le catholicisme est
également valable pour nous, nous rechercherons si l'erreur que
nous croyons découvrir en lui ne gît pas dans la formule
humaine qui avait la prétention de l'épouser
étroitement, et ainsi non seulement nous rétablirons
l'harmonie, mais encore nous gagnerons un surcroît de
vérité. Il ne faut pas se lasser de répéter
que l'on n'accède à la vérité qu'au prix de
laborieux efforts. Tel est notre état d'esprit.
Loin de ruiner les fondements de notre foi, il nous permet, au
contraire, d'en découvrir toutes les harmonies et d'en
pressentir toutes les profondeurs. Entièrement soumis aux
exigences de nos dogmes, nous croyons faire œuvre pieuse en demandant
qu'on ne les enserre pas dans des formules rigides susceptibles de
mettre obstacle à l'expansion de leur vie. Et nous savons, au
surplus, que toutes les générations futures,
malgré leur bonne volonté, n'arriveront pas à en
épuiser le contenu. Toute formule saisissable par l'entendement
humain comporte des éléments humains sans lesquels nous
ne saurions la saisir. Toutes ces explications sont fort simples. Elles
ne peuvent troubler que ceux qui ne veulent point se donner la peine de
comprendre. Un enfant même n'y verrait point de
difficultés. Aussi souffrons-nous jusqu'au fond de l'âme
de nous savoir si mal compris. Il est pénible, en effet, de se
voir traiter de frères dangereux par ceux que nous aimons le
plus tendrement. Il est plus douloureux encore de constater que des
frères bien intentionnés, mais mal avertis, s'obstinent
à compromettre la cause commune par leur inconsciente
improbité intellectuelle, leur indéracinable routine et
parfois, hélas! leur intempestive violence!***
« Mais,
diront les conservateurs, n'êtes-vous pas injuste envers nous?
Vous n'avez pas le privilège de la raison. Notre conscience est
aussi délicate et aussi susceptible que la vôtre. Nous
n'avons jamais repoussé aucun progrès et notre
enseignement est au-dessus de tout reproche. Nous avons derrière
nous un passé d'honneur, de vertu, de science, qu'il
n'appartient à personne de nous ravir. Toutes vos critiques sont
inspirées par un amour malsain de l'esprit du siècle..
Votre complaisance vous aveugle." L'examen loyal
des faits ne saurait justifier une telle défense. Il n'est que
trop facile, hélas! de le démontrer. C'est un lieu
commun, par exemple, d'affirmer que l'enseignement
ecclésiastique offense très souvent la
vérité historique, lorsque toutes nos histoires saintes,
mêmes celles approuvées par l'autorité
supérieure, enseignent des faits manifestement faux. Les
professeurs les plus distingués d'Ecriture Sainte le savent,
beaucoup le disent à voix basse, et personne n'ose prendre les
mesures nécessaires. il n'est peut-être pas un membre de
la Commission biblique qui n'admettrait, dans une "discussion
sérieuse, qu'une notable partie des récits de 1a Bible ne
doit pas être pris à la lettre. Pourquoi, le sachant, ne
réforme-t-on pas d'urgence l'histoire sainte? Pourquoi peupler
le cerveau de nos enfants d'images dont ils auront peine à
se débarrasser plus tard et qui seront pour eux, à
l'âge mûr, ;',,;.une source de trouble et de scandale? Il
serait si facile de les présenter comme de merveilleux symboles
d'un contenu religieux et moral infiniment précieux. En
témoignant tant d'indulgence pour une erreur
démontrée, nous soulignons |
6publiquement de nos scrupules intellectuels. Un savant peu consciencieux qui n'éliminerait pas de ses calculs des erreurs reconnues de tous, perdrait tout crédit scientifique. Et ce discrédit s'attacherait à toutes ses conclusions futures. Lorsqu'un écrivain rationaliste se permet d'altérer la doctrine catholique et de lui imputer des choses fausses, nous le tenons pour un malhonnête homme s'il le fait sciemment et volontairement. Et nous avons raison. Pèche-t-il par simple ignorance, nous lui reprochons de parler de choses qu'il ne connaît point. Et nous avons encore raison. Mais nous avons tort quand nous justifions les catholiques de tels procédés. Il y a quelques
mois, invité par une illustre Université catholique de
l'étranger et devant un auditoire d'élite, un
prélat distingué eut la sincérité de dire
ouvertement, au cours de sa conférence, que certains
catéchismes contenaient eux-mêmes « des
faussetés ». Ces paroles n'ont provoqué, que je
sache, aucune discussion ni aucun démenti. Et si nous voulions
rechercher tous les faits de ce genre, un volume ne suffirait pas
à les recueillir. Nos vies de saints, nos dévotions sont
pétries de légendes et de puérilités. Et
tout cela subsiste, croît, se multiplie sous l'œil
indifférent de l'autorité ecclésiastique. Notre
routine est donc évidente, notre attitude intellectuelle sujette
à caution. Ayons le courage de le reconnaître. Toutes ces
misères disparaîtront lorsque les hautes études
seront favorisées et honorées par les supérieurs
hiérarchiques. Sans doute, les Facultés catholiques ont
produit de vigoureux esprits, qui sont, à l'heure actuelle,
l'honneur de l'Eglise: on ne saurait le méconnaître sans
injustice. Il faut néanmoins un certain courage aux jeunes
clercs pour affronter la préparation de leurs grades
universitaires. On tolère encore la licence de grammaire, la
licence ès-sciences mathématiques. Mais il est couramment
admis que la philosophie universitaire est une occasion de perdition.
La préparation à la licence et à
l'agrégation de philosophie suffit, en général,
pour éveiller dans l'âme des maîtres quelques
soupçons et quelques craintes. Kant exerce,
paraît-il, une telle séduction qu'il crée à
tout jamais dans l'âme de celui qui s'en nourrit des habitudes
vicieuses de pensée dont il ne pourra plus se
débarrasser. Aussi l'autorité ecclésiastique se
fait-elle un devoir de se priver du concours de ceux qui ont conquis
leurs grades. En dépit du bon sens, dans beaucoup de grands et
de petits séminaires, les cours de philosophie sont
confiés à des professeurs qui, le plus souvent,
méconnaissent complètement les méthodes de
critique contemporaine. Et ces professeurs, qui n'ont peut-être
jamais lu ni Kant, ni Lachelier, ni Boutroux, ni Blondel, ni Bergson,
ou qui, en tout cas, sont incapables de les comprendre, faute de
culture suffisante, ont mission, devant leurs élèves, de
les juger et de les condamner sans appel. Et pour ne pas mettre en
déroute cette lumineuse logique, les quelques philosophes
authentiques de chaque diocèse sont désignés pour
évangéliser trois ou quatre cents cultivateurs perdus
dans la montagne. Pour signaler et regretter de tels
procédés, il suffit de faire appel à la raison. Sans doute, la
science ne joue qu'un rôle assez restreint dans la formation des
clercs. Elle ne saurait, en aucune façon, remplacer la
piété sans porter atteinte à l'éminente
dignité sacerdotale. Un homme qui passe sa vie à faire le
bien, à aimer ses semblables, vaut cent fois le savant le
plus illustre dont le cœur serait gonflé d'égoïsme.
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