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Première
année, Numéro 25
VENDREDI 13
AVRIL 1906 SOMMAIRE: BULLETIN POLITIQUE
France: La Lettre aux
Evêques. - Les Pensions et Mgr Douais. - Les Inventaires. -
L'Histoire
des Religions à l'Ecole. - La Visite pastorale. - Le haut
Enseignement
libre. - Saint-Siège et Italie: L'Article de
l'Osservatore
Romano. - Mort du Sénateur Lampertico. - Mise à l'Index.-
Les
Associations libérales. - L'Union populaire catholique. - Le
Professeur
Baccelli. - Le Repos du Dimanche. - Allemagne: Un Discours du
Kaiser. - Angleterre: Les Salaires ouvriers. - Les Accidents du
Travail. - Etats-Unis: Les Syndicats ouvriers. - Hongrie:
La «Ligue de la Tulipe». Russie: Le Gouvernement et
la Presse. - Suisse: La Population catholique. - Turquie:
- Le
Protectorat.
REVUE
DES PERIODIQUES
Les intentions du Pape (Journal
des Débats). - Pour une Séparation plus libérale
(Bulletin de la
Semaine). - Les Associations cultuelles allemandes (Justice sociale).
Le troisième règlement (Univers). - L histoire des
Religions à la
Sorbonne (L'Aurore), - Le français et l'allemand en Roumanie
(Courrier
Européen).NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Evangile selon S. Mathieu, selon
S. Marc, selon S. Luc, par Vincent Rose. Les Principes de l'Action
catholique, par l'abbé Caron. - L'Amélioration du sort
des
travailleurs, par Georges Maze-Sencier.Dernières Publications
![]() BULLETIN POLITIQUE La reconstitution
du trust
politique qui a nom Le Bloc, ne s'accomplit pas aisément.
Beaucoup de
politiciens prudents (et il en est peut-être aussi quelques-uns
de
scrupuleux, si l'on peut dire) ne se soucient guère,
fût-ce en
l'honneur des principes, de se retrouver, au lendemain de la nouvelle
consultation nationale, du côté des vaincus. C'est ainsi
que les
membres de l'Union républicaine du Sénat refusent de
signer un
manifeste électoral élaboré par les deux autres
groupes de gauche de la
Haute Assemblée, en vue des élections
législatives. Cette décision fait
tout au moins honneur à leur perspicacité. Elle nous
confirme, d'autre
part, dans cette conviction que les républicains sensés
ont raison de
ne pas désespérer de l'issue d'un engagement dont on a,
selon nous,
trop vite dit qu'ils feront les frais. |
Le
mouvement de protestation et
d'indignation qui a secoué tant d'âmes,
à la
pensée que l'Eglise
catholique et la France allaient devenir l'une pour
l'autre des
étrangères, risque de dégénérer, si
l'on n'y prend garde, en une pure,
agitation politique.
Chaque jour nous en fournit de
nouvelles preuves. Encouragés par le silence de Rome, qu'ils
prennent
pour un assentiment, ou même pour un encouragement, des
journalistes
font actuellement peser une véritable terreur sur
l'épiscopat français.
La presse qui se dit catholique étant malheureusement à
peu près tout
entière aux mains des partis qui firent au pontificat de
Léon XIII une
opposition violente ou sournoise, et le silence de Rome continuant
à
planer sur les entreprises d'intimidation de cette presse, il en
résulte cette navrante impression qu'il s'agit, aujourd'hui, de
prendre
une revanche sur ceux des catholiques français qui
acceptèrent
docilement les instructions de Léon XIII et surent se
pénétrer de leur
véritable esprit. La Cour romaine et l'Episcopat français
trouveront
certainement le moyen de couper court à cette manœuvre et
d'empêcher le
grave scandale qui en résulterait. Le cabinet Campbell-Bannerman a
déposé son projet d'amendement au bill -
d'éducation de 1902. On sait
qu'il s'agit de supprimer de l'enseignement primaire tout
catéchisme
dogmatique, quel qu'il soit, pour ne conserver, en fait d'enseignement
religieux, que la lecture des Testaments et la récitation du
Pater.
Cette réforme soulève naturellement la plus vive
opposition de la part
des anglicans, des catholiques et des conservateurs. Nombre de
prélats
des deux confessions ont assisté, en guise de protestation,
à la séance
des Communes dans laquelle le projet de loi fut déposé.
La discussion
de l'amendement sera des plus vives, et son vote produira une profonde
impression en Angleterre, où tout ce qui touche à
l'autonomie des
consciences retentit en profondeur plus que chez nulle autre nation au
monde. L'élection des collèges
électoraux chargés d'élire les membres de la Douma
a donné une grande
majorité aux constitutionnels démocratiques à
Saint-Pétersbourg, à
Moscou, et d'une manière générale dans tous les
centres urbains. Le
parti constitutionnel démocratique n'a rien de commun avec les
éléments
révolutionnaires russes. A se servir de notre terminologie
politique
français pour le qualifier, il est un parti libéral et
populaire de
gauche, un parti d'opposition à l'administration et à la
féodalité. Le Czar désire vivement qu'une
seconde conférence de la Haye ait lieu le plus tôt
possible. Les
gouvernements européens, tout en ne voyant guère la nécessité d'une nouvelle
manifestation platonique, destinée, ainsi que la
précédente, à
s'effondrer comme un rêve devant la force et la
réalité des choses,
sont cependant décidés à accorder cette fiche de
consolation au jeune
empereur. Toutefois, les Etats-Unis attendent, pour donner leur
adhésion, qu'ils aient mené à bonne fin le
Congrès panaméricain qui
doit se tenir cet été à Rio-de-Janeiro et qui a
pour but de lier et de
liguer en un faisceau agressif le Nouveau-Monde contre l'Ancien, dont
la Russie, elle aussi, fait partie. |
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3"Je vois, d'autre part, avec inquiétude, se dessiner, parmi les catholiques, un mouvement pour entraîner les évêques à la résistance. Ce mouvement n'existait guère avant la malheureuse affaire des inventaires. La maladresse avec laquelle cette affaire a été menée lui a donné une assez grande force. Il n'est que temps dé réfléchir aux périls qu'il peut attirer sur l'Eglise. Rien ne serait plus dangereux, en effet, - toute l'histoire le prouve, que de paraître jeter un défi à la société civile. On risquerait de mettre contre soi la masse du pays. Mais, quand, au lendemain des élections, l'agitation sera un peu calmée et que les évêques de France, appelés à prendre une décision, se placeront en face de leurs devoirs d'évêques et de Français, qu'ils se sentiront véritablement responsables de la paix religieuse et de l'avenir de l'Eglise catholique, que feront-ils? Que fera à son tour le Saint-Siège? II paraissait disposé, il y a deux mois, à donner des conseils de sagesse. C'est ce que laissait entendre M. Rouvier quand il reprochait aux catholiques intransigeants de vouloir exercer une pression sur les décisions du Vatican. Pourquoi s'est-on interdit d'avoir, à ce moment critique, aucune relation avec le Saint-Siège? Quel est ce faux point d'honneur qui nous oblige à ignorer désormais que les catholiques ont à Rome le chef de leur religion, alors que les gouvernements protestants n'hésitent pas à se mettre en rapports avec lui? Et, vraiment, on est arrivé à un beau résultat: Sous prétexte de ne plus connaître le Saint-Siège, on en a fait l'arbitre de la paix religieuse dans notre pays. Un mot de lui pourrait faire éclater la guerre déjà presque allumée dans certaines régions. Ce mot, il ne le dira pas, et les évêques français ne lui demanderont pas de le dire, Les conséquences d'une guerre ouverte entre l'Eglise catholique et l'Etat français sont, en effet, trop graves pour qu'on ne fasse pas, de part et d'autre, tout ce qui est possible, tout ce qui est honorable pour l'éviter. On a vite pris son parti de dire que l'Eglise n'a rien à perdre, qu'il ne se trouverait pas en France un ministre qui osât fermer les églises. Qu'en sait-on? La question n'est pas aussi simple, Si la lutte s'engageait à fond, le gouvernement aurait bien des moyens de porter des coups terribles à l'Eglise, de même que l'Eglise pourrait faire beaucoup de mal à l'Etat. Qui souffrirait le plus d'un tel conflit? C'est déjà trop que nous puissions nous poser une pareille question. Je ne veux pas envisager cette idée d'une guerre religieuse. Elle me fait horreur comme à tous les bons Français, surtout dans l'état actuel dans la situation de l'Europe. Tout dépendra des prochaines élections. Si la future majorité se rend compte des périls qui nous menacent, si elle est animée d'un esprit libéral, si elle est prête à donner un gage de la loyauté de ses intentions, en désavouant ceux qui parlent déjà d'aggraver la loi et d'en faire un piège pour les catholiques, soyez sûrs qu'un grand pas aura été fait vers la conciliation. Que les partisans de la Séparation veuillent bien y réfléchir: si l'expérience que nous tentons en ce moment venait à échouer, nous ne retrouverions pas toutes les garanties du Concordat qu'on s'est si imprudemment hâté de répudier. Croit-on, par exemple, que le pape renoncerait aisément au libre choix des évêques qui lui a été pour la première fois abandonné dans notre pays? C'est une raison, entre bien d'autres, pour les partisans de la Séparation, de se montrer habiles, et l'habileté ne peut consister aujourd'hui que dans une entière loyauté, dans une grande modération et un sincère désir d'éviter tout ce qui peut froisser la conscience des catholiques et la dignité du Saint-Siège. C'est pourquoi nous souhaitons si ardemment que le pays envoie à la prochaine Chambre des hommes d'opinions modérées, également décidés à ne rien abandonner des droits de la puissance publique et à tenir tête aux brouillons incorrigibles qui n'ont pas une idée, en dehors de la lutte sans trêve contre l'Eglise catholique. LETTRES A L'EDITEUR: L'Assemblée Episcopale Paris, le 4 avril. Mon
cher Directeur Permettez-moi
de faire servir vos
« Lettres à l'Editeur » à une petite
rectification que je crois utile,
je crois avoir le droit, et peut-être le devoir, de le faire.
J'ai trop
l'amour de l'exactitude historique dans ses moindres détails et
je
souffre trop quand je la vois maltraitée par d'autres pour ne
pas
signaler moi-même les mauvais traitements qu'elle peut subir...
par ma
faute. |
4
Pierre DE
QUIRIELLE,
La
Valeur critique de l'Histoire religieuse, |
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5La Valeur critique de l'Histoire religieuse, d'après le P. Tyrrell, (suite) Je trouve l'un de
ces documents dans la New-York
Review. Son numéro de novembre 1905 contient, sous la
signature de George Tyrrell, un article intitulé.. « The
dogmatic reading of history
». Ce que l'on pourrait traduire approximativement (car ce
«reading »
est difficile à rendre) : « La vue dogmatique de
l'histoire. » Cet
article, très riche en aperçus suggestifs, est de nature
à donner de la
philosophie religieuse du P. Tyrrell une idée quelque peu
différente de
celle qui tendrait à prévaloir, même dans les
milieux sympathiques.
Peut-être aussi y aura-t-il quelque intérêt à
demander au P. Tyrrell
lui-même d'exposer à des admirateurs, trop prompts
à reconnaître en lui
leurs exagérations symbolistes, les profondes exigences du dogme
par
rapport à l'histoire. Je demande donc
à Demain de
verser aux débats une adaptation très objective de cet
important
article, avec les passages les plus importants littéralement
reproduits. Aux
premières lignes, la
question du conflit entre histoire et dogme, - plus
précisément entre
la « vue dogmatique» et la « vue critique") de
l'histoire, - est posée
sans ambages. Pour
éclairer la discussion, il
importe de définir immédiatement ces termes (l'auteur le
fait en divers
endroits du corps de l'article) .. « Par vue
scientifique de
l'histoire, j'entends la détermination de l'ordre brut, de la
connexion
des événements dans le temps et l'espace,
détermination antérieure à
toute discussion sur le sens et la connexion intime de ces
événements,
et qui, pour l'historien, est une fin en soi, présente un
intérêt
indépendant et s'atteint suivant les lois de l'évidence
scientifique
(3). » L'auteur signale en note que c'est plutôt là
la définition d'une
science à part, qui serait la critique des matériaux
à utiliser par
l'histoire constructive. M. Blondel et M. Loisy mettent la même
idée
sous le même mot, d'accord en cela avec tous ceux pour qui est
familière la division du travail, requise par les
méthodes
scientifiques. La vue dogmatique
de l'histoire
accepte les faits qui supportent ou accompagnent les croyances, sans se
préoccuper, en tant que telle, d'en 'vérifier les titres
critiques,
dans le but de dégager de ces faits leur valeur religieuse, en
les
interprétant par le principe interne qui les organise et les
explique
aux yeux de l'intelligence éclairée par la foi. Or, vue dogmatique
et vue critique de l'histoire sont
souvent en conflit. « Pour
apaiser ce conflit,
quelques apologistes insistent, avec quelque apparence de raison
plausible, sur l'indifférence relative de la religion par
rapport a
histoire. Ils font remarquer, par exemple, que, dans la mesure
où la
signification religieuse est en cause, il importe que l'Ascension du
Christ soit considérée comme un fait plutôt que
comme une vision
symbolique. On peut dire la même chose de la descente aux enfers,
du
repos à la droite du Père, du retour pour le jugement...
Et si nous
demandons.. « Pourquoi alors n'en pas dire autant de la «
résurrection
ou de la naissance miraculeuse?», les principes de ces
apologistes ne
permettent pas de réponse (4).» Voilà bien
pour le coup le système
prêté au P. Tyrrell. Voyons donc comment il
l'apprécie. Il remarque
d'abord que ces
procédés d'apologétique rappelleront
invinciblement aux sceptiques
l'allégorisme qui sema le glas de la vieille foi
homérique, ou la
volatilisation philonéenne du « folklore » de
l'Ancien Testament. « Le
sceptique pensera, comme l'orthodoxe, que le christianisme ainsi
interprété peut encore avoir une grande valeur pratique
comme
philosophie symbolique, comme direction de vie, comme expression d'un
idéal religieux, moral et esthétique, mais qu'il n'est
plus le
christianisme historique (5). » Quant aux
orthodoxes, - (l'on
imagine difficilement que le Rév. Tyrrell se place
lui-même en dehors
de cette catégorie), - voici comment l'auteur formule leur
appréciation
.. « Sur les
traces d'Augustin...,
ils admettent, peut-être trop vite, que c'est l'esprit, la valeur
morale et religieuse de l'histoire évangélique, qui la
vivifie. que la
chair, la lettre, la signification |
6strictement historique ne sert de rien. . « Mais (ils
maintiennent) que
néanmoins la chair est l'organe, le véhicule,
le garant
de l'esprit...
enfin, quoi qu'il en soit des possibilités abstraites, dans la
réalité
concrète, Dieu a choisi pour nous parler le symbolisme de faits
et
d'actes objectifs, et non celui des visions ou paraboles (6). 2° Pour les
faits constitutifs
de l'économie religieuse chrétienne, l'accord entre la
donnée de foi et
la donnée d'histoire doit être direct et immédiat. Entre certains
critiques qui
risquent de perdre le christianisme dans les nuages et certains
théologiens qui croient pouvoir utiliser directement toute
donnée
religieuse comme donnée critique pour le détail de
l'histoire, "entre
ceux qui nient et ceux qui affirment la possibilité
d'établir des
points d'histoire par le moyen de la foi indépendamment des
méthodes
critiques », le P. Tyrrell, donc, s'aventure à
suggérer une via media
dont voici le principe .. Les moyens
utilisés par
l'histoire scientifique ne sont pas les seuls qui aboutissent à
des
certitudes de fait. Il y en a d'autres qui, pour échapper dans
une plus
ou moins grande mesure à la vérification critique, n'en
sont pas moins
aptes à nous renseigner. L'un de ces moyens, celui que l'auteur
étudie
ici comme plus spécial à la vérité
religieuse, est l'intelligence et
l'interprétation du réel par l'idéal, du
phénomène par son principe
intime, de histoire par sa résultante. Un exemple, -
inadéquat, - nous fera,
dès à présent, comprendre quel genre de
vérité nous pouvons attendre d'un tel
procédé. La reconstruction
dramatique
d'un épisode historique vérifiable comporte une
interprétation du réel
par l'idéal. Pour mieux mettre en relief le trait
caractéristique d'une
figure, ou le sens profond d'une série
d'événements, l'artiste sera
amené à modifier l'aspect de la réalité
phénoménale. Le drame formera
un tout organique, que le critique seul pourra, au moyen de ses
critères propres, dissocier pour tracer la ligne de
démarcation entre
la substance historique et son idéalisation. Nous n'irons pas
demander
à Shakespeare de nous renseigner sur le détail du
règne de Richard II.
Cependant, après avoir lu le drame, nous aurons sans doute mieux
pénétré l'âme de Richard II, et nous
réaliserons mieux son rôle dans
l'histoire qu'après avoir dépouillé les in-folios
de chroniques
poudreuses. . Or, il y a
analogie assez
étroite quant au procédé, entre
l'interprétation artistique et
l'interprétation religieuse de l'histoire, bien que la
différence des
résultats soit grande et tout entière a l'avantage de la
vérité
religieuse en raison des garanties spéciales qui l'entourent. « Partant de
ce principe que le
Vouloir Divin est la source et la cause immanente de tout l'univers et
du développement de l'histoire humaine, développement par
lequel
l'idéal, ce qui doit être, se réalise
graduellement, on doit conclure
qu'une intelligence sympathique parfaite de ce qui doit être,
appliquée
à une information adéquate des faits et des conditions
réels, peut être
le principe d'une divination historique 'valable pour le passé
aussi
bien que pour l'avenir (7). » On peut partir
d'un principe
d'ordre providentiel et chercher à mettre en évidence par
l'histoire la
réalisation du plan divin, sous les espèces de la
justice, de la
sagesse, de la puissance ou de la bonté. On peut
dégager la résultante
des faits, leur sens profond et définitif, peu à peu
révélé le long des
termes successifs de la série des phénomènes, et,
reprenant ensuite
l'histoire, mettre cette résultante en évidence sous
chaque fait. ., , D'une façon
générale, il s'agit
de demander à l'ensemble du réel la vérité
dominante que chaque détail
ou chaque fait ne révèle qu'imparfaitement. « la
vérité, en effet
n'appartient pas per prius aux propositions
particulières,
mais à opinion entière ou schéma du monde auquel
se rattachent ces
propositions et qu'elles enveloppent ou impliquent (8), » Une fois saisie,
l'idée
imparfaitement exprimée par le fait, il faut lui donner une
expression
plus adéquate (9) en la replaçant dans l'histoire
remaniée à ces fins.
Du point de vue strictement historico-critique, on ne saurait tenir
compte de ces reconstructions historiques,... |
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7L'HISTOIRE DES RELIGIONS A LA SORBONNE L'Aurore,
9 avril. - On se
rappelle la campagne menée dans l'Aurore, par la plume
même de M.
Clemenceau, contre la candidature du R. P. Scheil à la chaire
d'assyriologie du Collège de France. M. Aulard
s'élève aujourd'hui,
dans le même journal, au nom des mêmes principes de
laïcité, contre le
transfert de quelques chaires de la Faculté de théologie
protestante à
la Sorbonne: "A lire le rapport de M.
Lintilhac sur le budget de l'instruction publique, rapport si
remarquable par la compétence et par le talent, j'ai eu plaisir,
profit, mais aussi, à un endroit, surprise, et forte surprise.
J'y
vois, en effet, qu'on va créer à la Sorbonne sept
enseignements
nouveaux, à savoir deux chaires magistrales et cinq cours
complémentaires, qui seront professés à la
Faculté des lettres. Les
deux chaires nouvelles seront intitulées: l'une, Histoire du
Christianisme dans les temps modernes; l'autre, Histoire de l'Art
chrétien. Les cinq cours complémentaires sont: 1°
Haut Allemand; 2°
Histoire du Christianisme au moyen âge. 3° Langue et
littérature
hébraïques.. 4° Littérature chrétienne..
5° Philosophiemédiévale. . C'est une dépense totale de
cinquante-quatre mille francs. Comment se fait-il qu'on demande au
Sénat de la voter, sans que la Chambre ait été
saisie des projets de
création? Mystère et bureaucratie. Voici ce qu'on peut comprendre
par la lecture du rapport de M. Lintilhac : La loi de Séparation
a
indirectement supprimé la Faculté de théologie
protestante de Paris,
comme celle de Montauban. Mais les allocations financières de
ces deux
facultés figurent encore dans le projet du budget de 1906 : on a
voulu
permettre aux maîtres et aux étudiants de terminer la
présente année
scolaire. Au 1er novembre prochain, cet état de choses cessera,
mais il
restera encore un crédit disponible jusqu'au 31 décembre
1906. Or,
l'administration demande au Sénat (et pourquoi ne l'a-t-elle pas
demandé à la Chambre?) de disposer alors de ce reliquat
de crédit pour
deux objets:1° pour le service des pensions réglementaires ou de liquidation aux anciens professeurs; 2° pour créer et doter de nouveaux enseignements à la Faculté des lettres de l'Université de Paris. et ce sont les sept enseignements énumérés plus haut. D'une note remise à M. Lintilhac
par les bureaux du ministère de l'instruction publique, et qu'il
a
publiée textuellement dans son rapport, il résulte que le
but de cette
création, c'est de verser dans les cadres de
la Faculté
des lettres, à
la Sorbonne, tout ou partie du personnel enseignant de la
Faculté de
théologie protestante de Paris.Voilà une forte pilule! Pour la faire avaler au
Parlement, on confierait deux de ces nouveaux enseignements à
des
professeurs étrangers à la théologie protestante,
c'est-à-dire que M.
Picavet enseignerait la philosophie |
8médiévale, et M. Mâle, l'histoire de l'art chrétien. Les autres enseignements seraient confiés aux théologiens protestants. Cela, ce n'est point une hypothèse. La note des bureaux, publiée par M. Lintilhac, dit en propres termes, à propos des « anciens professeurs de la Faculté de théologie protestante », que « quelques-uns d'entre eux pourraient passer à la Faculté des lettres ». C'est-à-dire qu'on baptisera professeurs en Sorbonne ceux des professeurs de la Faculté de théologie protestante qui ont la chance de plaire aux bureaux. Pour ma part, je fais grand cas de ces messieurs, ils ont du savoir, du civisme, et j'en connais qui sont d'aimables gens. Je n'aurais que du plaisir à les avoir pour collègues. Mais sont-ils qualifiés pour enseigner l'histoire des religions à la Sorbonne? Voilà la question... Comment
voulez-vous qu'ils se
dépouillent aussitôt et rien qu'en changeant de titre et
de local, de
leurs habitudes de croyants? En tout cas, ce sont des croyants qui
seront chargés d'enseigner l'histoire de la foi. Cela est grave, très grave. C'est irrespectueux pour les
autres religions. II n'y a aucune raison pour donner la parole, en
Sorbonne, à une secte plutôt qu'à une autre; il n'y
a aucune raison
pour établir, en Sorbonne, un privilège en faveur de la
religion
protestante. C'est irrespectueux pour la libre pensée, qui a le
droit
d'exiger que l'histoire des religions soit professée, en des
chaires de
l'Etat, par des maîtres étrangers, toutes les confessions.
Je ne dis
pas que tout non-croyant est impartial: je dis que
l'impartialité d'un
croyant est forcément suspecte, en ces matières. Voyons!
si votre
théologien rencontre dans l'histoire un fait contraire au dogme
auquel
il croit, qui vous dit, messieurs les bureaux, qu'il enseignera ce fait
sans le déformer? Tous voulez qu'on enseigne l'histoire des
religions
en Sorbonne? Je ne vous dirai pas: on l'enseigne déjà aux
Hautes-Etudes; vous répondez que l'auditoire des Hautes-Etudes
est trop
restreint (et cependant n'aurait-il pas lieux valu fortifier cet
enseignement qui existe ?), Je vous dirai: faites professer cette
histoire des religions par des professeurs qui ne soient pas seulement
laïques de costume, qui soient des laïques d'esprit,
laïques
d'habitude, laïques de tendances, laïques par toute leur
formation
intellectuelle et morale. Laissez les théologiens à la
théologie. Surtout n'allez as créer, dans notre .Sorbonne
laïque, une
petite Sorbonne huguenote. Mais ce qu'il y a de plus étrange,
c'est que
la Faculté des lettres n'ait pas été plus
consultée que la Chambre sur
cette création. L'idée est sortie des bureaux, qui n'ont
même pas
daigné la soumettre à la Sorbonne. En tout cas, nos amis du Sénat
et de la Chambre verront, j'espère, a ce qu'on n'introduise pas,
par
une sorte de procédé tardif, et en surprenant presque la
bonne foi un
rapporteur, le personnel et l'esprit d'une Faculté de
théologie dans la
laïque Sorbonne. |
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