Nos:
Première  année, Numéro 25
VENDREDI 13 AVRIL 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
G.OLPHE-GALLIARD
La Loi sur les retraites ouvrières
C. LAURENT . . . . . . .
 Une Lutte de Principe au sujet de l'Organisation sociale en Allemagne
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
France: La Lettre aux Evêques. - Les Pensions et Mgr Douais. - Les Inventaires. - L'Histoire des Religions à l'Ecole. - La Visite pastorale. - Le haut Enseignement libre. - Saint-Siège et Italie: L'Article de l'Osservatore Romano. - Mort du Sénateur Lampertico. - Mise à l'Index.- Les Associations libérales. - L'Union populaire catholique. - Le Professeur Baccelli. - Le Repos du Dimanche. - Allemagne: Un Discours du Kaiser. - Angleterre: Les Salaires ouvriers. - Les Accidents du Travail. - Etats-Unis: Les Syndicats ouvriers. - Hongrie: La «Ligue de la Tulipe». Russie: Le Gouvernement et la Presse. - Suisse: La Population catholique. - Turquie: - Le Protectorat.
REVUE DES PERIODIQUES
Les intentions du Pape (Journal des Débats). - Pour une Séparation plus libérale (Bulletin de la Semaine). - Les Associations cultuelles allemandes (Justice sociale). Le troisième règlement (Univers). - L histoire des Religions à la Sorbonne (L'Aurore), - Le français et l'allemand en Roumanie (Courrier Européen).
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Evangile selon S. Mathieu, selon S. Marc, selon S. Luc, par Vincent Rose. Les Principes de l'Action catholique, par l'abbé Caron. - L'Amélioration du sort des travailleurs, par Georges Maze-Sencier.
Dernières Publications

BULLETIN POLITIQUE
La reconstitution du trust politique qui a nom Le Bloc, ne s'accomplit pas aisément. Beaucoup de politiciens prudents (et il en est peut-être aussi quelques-uns de scrupuleux, si l'on peut dire) ne se soucient guère, fût-ce en l'honneur des principes, de se retrouver, au lendemain de la nouvelle consultation nationale, du côté des vaincus. C'est ainsi que les membres de l'Union républicaine du Sénat refusent de signer un manifeste électoral élaboré par les deux autres groupes de gauche de la Haute Assemblée, en vue des élections législatives. Cette décision fait tout au moins honneur à leur perspicacité. Elle nous confirme, d'autre part, dans cette conviction que les républicains sensés ont raison de ne pas désespérer de l'issue d'un engagement dont on a, selon nous, trop vite dit qu'ils feront les frais.
Le mouvement de protestation et d'indignation qui a secoué tant d'âmes, à la pensée que l'Eglise catholique et la France allaient  devenir l'une pour l'autre des étrangères, risque de dégénérer, si l'on n'y prend garde, en une pure, agitation politique.
Chaque jour nous en fournit de nouvelles preuves. Encouragés par le silence de Rome, qu'ils prennent pour un assentiment, ou même pour un encouragement, des journalistes font actuellement peser une véritable terreur sur l'épiscopat français. La presse qui se dit catholique étant malheureusement à peu près tout entière aux mains des partis qui firent au pontificat de Léon XIII une opposition violente ou sournoise, et le silence de Rome continuant à planer sur les entreprises d'intimidation de cette  presse, il en résulte cette navrante impression qu'il s'agit, aujourd'hui, de prendre une revanche sur ceux des catholiques français qui acceptèrent docilement les instructions de Léon XIII et surent se pénétrer de leur véritable esprit. La Cour romaine et l'Episcopat français trouveront certainement le moyen de couper court à cette manœuvre et d'empêcher le grave scandale qui en résulterait.
Le cabinet Campbell-Bannerman a déposé son projet d'amendement au bill - d'éducation de 1902. On sait qu'il s'agit de supprimer de l'enseignement primaire tout catéchisme dogmatique, quel qu'il soit, pour ne conserver, en fait d'enseignement religieux, que la lecture des Testaments et la récitation du Pater. Cette réforme soulève naturellement la plus vive opposition de la part des anglicans, des catholiques et des conservateurs. Nombre de prélats des deux confessions ont assisté, en guise de protestation, à la séance des Communes dans laquelle le projet de loi fut déposé. La discussion de l'amendement sera des plus vives, et son vote produira une profonde impression en Angleterre, où tout ce qui touche à l'autonomie des consciences retentit en profondeur plus que chez nulle autre nation au monde.
L'élection des collèges électoraux chargés d'élire les membres de la Douma a donné une grande majorité aux constitutionnels démocratiques à Saint-Pétersbourg, à Moscou, et d'une manière générale dans tous les centres urbains. Le parti constitutionnel démocratique n'a rien de commun avec les éléments révolutionnaires russes. A se servir de notre terminologie politique français pour le qualifier, il est un parti libéral et populaire de gauche, un parti d'opposition à l'administration et à la féodalité.
Le Czar désire vivement qu'une seconde conférence de la Haye ait lieu le plus tôt possible. Les gouvernements européens, tout en ne voyant guère la nécessité d'une nouvelle manifestation platonique, destinée, ainsi que la précédente, à s'effondrer comme un rêve devant la force et la réalité des choses, sont cependant décidés à accorder cette fiche de consolation au jeune empereur. Toutefois, les Etats-Unis attendent, pour donner leur adhésion, qu'ils aient mené à bonne fin le Congrès panaméricain qui doit se tenir cet été à Rio-de-Janeiro et qui a pour but de lier et de liguer en un faisceau agressif le Nouveau-Monde contre l'Ancien, dont la Russie, elle aussi, fait partie.
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    "Je vois, d'autre part, avec inquiétude, se dessiner, parmi les catholiques, un mouvement pour entraîner les évêques à la résistance. Ce mouvement n'existait guère avant la malheureuse affaire des inventaires. La maladresse avec laquelle cette affaire a été menée lui a donné une assez grande force. Il n'est que temps dé réfléchir aux périls qu'il peut attirer sur l'Eglise. Rien ne serait plus dangereux, en effet, - toute l'histoire le prouve, que de paraître jeter un défi à la société civile. On risquerait de mettre contre soi la masse du pays.
Mais, quand, au lendemain des élections, l'agitation sera un peu calmée et que les évêques de France, appelés à prendre une décision, se placeront en face de leurs devoirs d'évêques et de Français, qu'ils se sentiront véritablement responsables de la paix religieuse et de l'avenir de l'Eglise catholique, que feront-ils?
    Que fera à son tour le Saint-Siège? II paraissait disposé, il y a deux mois, à donner des conseils de sagesse. C'est ce que laissait entendre M. Rouvier quand il reprochait aux catholiques intransigeants de vouloir exercer une pression sur les décisions du Vatican. Pourquoi s'est-on interdit d'avoir, à ce moment critique, aucune relation avec le Saint-Siège? Quel est ce faux point d'honneur qui nous oblige à ignorer désormais que les catholiques ont à Rome le chef de leur religion, alors que les gouvernements protestants n'hésitent pas à se mettre en rapports avec lui?
    Et, vraiment, on est arrivé à un beau résultat: Sous prétexte de ne plus connaître le Saint-Siège, on en a fait l'arbitre de la paix religieuse dans notre pays. Un mot de lui pourrait faire éclater la guerre déjà presque allumée dans certaines régions.
    Ce mot, il ne le dira pas, et les évêques français ne lui demanderont pas de le dire,
Les conséquences d'une guerre ouverte entre l'Eglise catholique et l'Etat français sont, en effet, trop graves pour qu'on ne fasse pas, de part et d'autre, tout ce qui est possible, tout ce qui est honorable pour l'éviter. On a vite pris son parti de dire que l'Eglise n'a rien à perdre, qu'il ne se trouverait pas en France un ministre qui osât fermer les églises. Qu'en sait-on? La question n'est pas aussi simple, Si la lutte s'engageait à fond, le gouvernement aurait bien des moyens de porter des coups terribles à l'Eglise, de même que l'Eglise pourrait faire beaucoup de mal à l'Etat.
    Qui souffrirait le plus d'un tel conflit?
    C'est déjà trop que nous puissions nous poser une pareille question. Je ne veux pas envisager cette idée d'une guerre religieuse. Elle me fait horreur comme à tous les bons Français, surtout dans l'état actuel dans la situation de l'Europe.
    Tout dépendra des prochaines élections. Si la future majorité se rend compte des périls qui nous menacent, si elle est animée d'un esprit libéral, si elle est prête à donner un gage de la loyauté de ses intentions, en désavouant ceux qui parlent déjà d'aggraver la loi et d'en faire un piège pour les catholiques, soyez sûrs qu'un grand pas aura été fait vers la conciliation.
    Que les partisans de la Séparation veuillent bien y réfléchir: si l'expérience que nous tentons en ce moment venait à échouer, nous ne retrouverions pas toutes les garanties du Concordat qu'on s'est si imprudemment hâté de répudier. Croit-on, par exemple, que le pape renoncerait aisément au libre choix des évêques qui lui a été pour la première fois abandonné dans notre pays?
    C'est une raison, entre bien d'autres, pour les partisans de la Séparation, de se montrer habiles, et l'habileté ne peut consister aujourd'hui que dans une entière loyauté, dans une grande modération et un sincère désir d'éviter tout ce qui peut froisser la conscience des catholiques et la dignité du Saint-Siège.
    C'est pourquoi nous souhaitons si ardemment que le pays envoie à la prochaine Chambre des hommes d'opinions modérées, également décidés à ne rien abandonner des droits de la puissance publique et à tenir tête aux brouillons incorrigibles qui n'ont pas une idée, en dehors de la lutte sans trêve contre l'Eglise catholique.

LETTRES A L'EDITEUR: L'Assemblée Episcopale
Paris, le 4 avril.
Mon cher Directeur
Permettez-moi de faire servir vos « Lettres à l'Editeur » à une petite rectification que je crois utile, je crois avoir le droit, et peut-être le devoir, de le faire. J'ai trop l'amour de l'exactitude historique dans ses moindres détails et je souffre trop quand je la vois maltraitée par d'autres pour ne pas signaler moi-même les mauvais traitements qu'elle peut subir... par ma faute.

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Vous avez reproduit, dans le dernier numéro de Demain, partie d'une note qui avait paru dans le Journal des Débats du 27 mars, à la suite du texte de la « Lettre aux Evêques », il y est dit que la commission préparatoire de l'assemblée épiscopale, qui s'est réunie deux semaines à l'archevêché de Paris, avait terminé ses travaux le samedi 11 mars, Il faut lire le samedi 10 mars, et je m'étonne comment ce lapsus a pu échapper au rédacteur de la note. La date a son importance, car c'est le mardi 11 mars, que la lettre dite des Vingt-cinq, - en réalité ils sont Vingt-trois, - a été envoyée à ses destinataires. Ce jour était. celui primitivement fixé pour l'ouverture de l'assemblée que, ce même samedi 10 mars, la commission avait décidé de renvoyer à une date Indéterminée.
Croyez, mon cher Directeur, à mes sentiments affectueusement dévoués.

Pierre DE QUIRIELLE,


La Valeur critique de l'Histoire religieuse,
D'après le P. Tyrrell

S'il faut en croire la plupart de ses adversaires et quelques-uns de ses amis, le Rév. Tyrrell aurait donné congé définitif à l'histoire chrétienne, il n'en retiendrait comme essentielle que la signification spirituelle, la valeur morale, indépendante de l'objectivité des faits qui l'expriment. Cette interprétation de la pensée du distingué philosophe anglais a été assez nettement suggérée, je crois, dans un article anonyme, paru dans le Bulletin de l'Institut catholique de Toulouse (1) sous ce titre.. « La valeur historique du dogme à propos d'une controverse récente », L'auteur de cet article, d'ailleurs d'une sympathique impartialité, et qui apporta quelques précisions dans le débat, ne trouve pas pourtant que le P. Tyrrell indique clairement sa façon de voir sur la possibilité de séparer valeur religieuse de valeur historique.
Ce point ne fait plus de doute pour M. Franon, qui a entrepris, dans le même Bulletin, une critique de fond du système philosophique du jésuite anglais.. dans sa discussion comme dans son exposé, l'un et l'autre sommaires. M. Franon tient pour acquis que le P. Tyrrell . accepte la complète indépendance du dogme par rapport à l'histoire.
Et les Etudes des Pères Jésuites, après avoir, il y a quelques mois, défendu leur confrère contre des admirations jugées compromettantes, renient aujourd'hui toute solidarité avec le penseur qui n'est plus de la Compagnie et se font à son sujet l'écho des Plus graves accusations doctrinales.
Pour motiver ce jugement on s'en réfère en premier lieu à Lex Orandi. Ce livre, en effet, met l'accent, avec une insistance qui a pu paraître exclusive, sur l'aspect symbolique de l'histoire chrétienne, il distingue la valeur religieuse et la valeur historique comme deux Plans superposés, dont le premier seul est celui de la vie spirituelle. Mais distinguer signifie-t-il séparer? Le P. Tyrrell n'admet-il pas entre l'un et l'autre Plan des rapports étroits de dépendance et de garantie mutuelles Lex Orandi n'autorise pas une réponse négative, ni d'ailleurs une affirmation nette, Aussi, après avoir déploré la fuyante imprécision du système, demande-t-on une interprétation ferme à d'autres écrits du même auteur. On fait état surtout de petits écrits anonymes qui ont circulé sous le manteau en ces dernières années, et qu'on 'attribue au Rd. Tyrrell. Certaine Lettre à un Professeur d'anthropologie vient de faire quelque bruit.
Ces documents devaient être lus avant tout, par un cercle assez restreint de gens qui, ayant du système une connaissance d'ensemble, ajoutent d'eux-mêmes les correctifs convenables à une exposition' partielle et rapide (2).
Parce qu'anonymes et non didactiques, non élaborés en vue du grand public, ces écrits ne me paraissent pas pouvoir être invoqués sans réserve, en bonne polémique, pour interpréter la philosophie religieuse du P. Tyrrell. Du moins, on ne peut leur demander cette interprétation de préférence à des documents publics et écrits en vue d'une expression exacte et précise...
(1) Novembre 1904,
(21 Dois-je ajouter que les circonstances dans lesquelles tel de ces documents a pu être écrit, interdisent d'y voir l'expression calme et didactique de la pensée de l'auteur, et que celui-ci prend soin d'en avertir le cas échéant.

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La Valeur critique de l'Histoire religieuse,
 d'après le P. Tyrrell, (suite)

Je trouve l'un de ces documents dans la New-York Review. Son numéro de novembre 1905 contient, sous la signature de George Tyrrell, un article intitulé.. « The dogmatic reading  of history ». Ce que l'on pourrait traduire approximativement (car ce «reading » est difficile à rendre) : « La vue dogmatique de l'histoire. » Cet article, très riche en aperçus suggestifs, est de nature à donner de la philosophie religieuse du P. Tyrrell une idée quelque peu différente de celle qui tendrait à prévaloir, même dans les milieux sympathiques. Peut-être aussi y aura-t-il quelque intérêt à demander au P. Tyrrell lui-même d'exposer à des admirateurs, trop prompts à reconnaître en lui leurs exagérations symbolistes, les profondes exigences du dogme par rapport à l'histoire.
Je demande donc à Demain de verser aux débats une adaptation très objective de cet important article, avec les passages les plus importants littéralement reproduits.
Aux premières lignes, la question du conflit entre histoire et dogme, - plus précisément entre la « vue dogmatique» et la « vue critique") de l'histoire, - est posée sans ambages.
Pour éclairer la discussion, il importe de définir immédiatement ces termes (l'auteur le fait en divers endroits du corps de l'article) ..
« Par vue scientifique de l'histoire, j'entends la détermination de l'ordre brut, de la connexion des événements dans le temps et l'espace, détermination antérieure à toute discussion sur le sens et la connexion intime de ces événements, et qui, pour l'historien, est une fin en soi, présente un intérêt indépendant et s'atteint suivant les lois de l'évidence scientifique (3). » L'auteur signale en note que c'est plutôt là la définition d'une science à part, qui serait la critique des matériaux à utiliser par l'histoire constructive. M. Blondel et M. Loisy mettent la même idée sous le même mot, d'accord en cela avec tous ceux pour qui est familière la division du travail, requise par les méthodes scientifiques.
La vue dogmatique de l'histoire accepte les faits qui supportent ou accompagnent les croyances, sans se préoccuper, en tant que telle, d'en 'vérifier les titres critiques, dans le but de dégager de ces faits leur valeur religieuse, en les interprétant par le principe interne qui les organise et les explique aux yeux de l'intelligence éclairée par la foi.
Or, vue dogmatique et vue critique de l'histoire sont souvent en conflit.
« Pour apaiser ce conflit, quelques apologistes insistent, avec quelque apparence de raison plausible, sur l'indifférence relative de la religion par rapport a histoire. Ils font remarquer, par exemple, que, dans la mesure où la signification religieuse est en cause, il importe que l'Ascension du Christ soit considérée comme un fait plutôt que comme une vision symbolique. On peut dire la même chose de la descente aux enfers, du repos à la droite du Père, du retour pour le jugement... Et si nous demandons.. « Pourquoi alors n'en pas dire autant de la « résurrection ou de la naissance miraculeuse?», les principes de ces apologistes ne permettent pas de réponse (4).»
Voilà bien pour le coup le système prêté au P. Tyrrell. Voyons donc comment il l'apprécie.
Il remarque d'abord que ces procédés d'apologétique rappelleront invinciblement aux sceptiques l'allégorisme qui sema le glas de la vieille foi homérique, ou la volatilisation philonéenne du « folklore » de l'Ancien Testament. « Le sceptique pensera, comme l'orthodoxe, que le christianisme ainsi interprété peut encore avoir une grande valeur pratique comme philosophie symbolique, comme direction de vie, comme expression d'un idéal religieux, moral et esthétique, mais qu'il n'est plus le christianisme historique (5). »
Quant aux orthodoxes, - (l'on imagine difficilement que le Rév. Tyrrell se place lui-même en dehors de cette catégorie), - voici comment l'auteur formule leur appréciation ..
« Sur les traces d'Augustin..., ils admettent, peut-être trop vite, que c'est l'esprit, la valeur morale et religieuse de l'histoire évangélique, qui la vivifie. que la chair, la lettre, la signification
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strictement historique ne sert de rien. .
« Mais (ils maintiennent) que néanmoins la chair est l'organe, le 
véhicule, le garant de l'esprit... enfin, quoi qu'il en soit des possibilités  abstraites, dans la réalité concrète, Dieu a choisi pour nous parler le symbolisme de faits et d'actes objectifs, et non celui des visions ou paraboles (6).
2° Pour les faits constitutifs de l'économie religieuse chrétienne, l'accord entre la donnée de foi et la donnée d'histoire doit être direct et immédiat.

Entre certains critiques qui risquent de perdre le christianisme dans les nuages et certains théologiens qui croient pouvoir utiliser directement toute donnée religieuse comme donnée critique pour le détail de l'histoire, "entre ceux qui nient et ceux qui affirment la possibilité d'établir des points d'histoire par le moyen de la foi indépendamment des méthodes critiques », le P. Tyrrell, donc, s'aventure à suggérer une via media dont voici le principe ..
Les moyens utilisés par l'histoire scientifique ne sont pas les seuls qui aboutissent à des certitudes de fait. Il y en a d'autres qui, pour échapper dans une plus ou moins grande mesure à la vérification critique, n'en sont pas moins aptes à nous renseigner. L'un de ces moyens, celui que l'auteur étudie ici comme plus spécial à la vérité religieuse, est l'intelligence et l'interprétation du réel par l'idéal, du phénomène par son principe intime, de histoire par sa résultante.
Un exemple, - inadéquat, - nous fera, dès à présent, comprendre quel genre de vérité nous pouvons attendre d'un tel procédé.
La reconstruction dramatique d'un épisode historique vérifiable comporte une interprétation du réel par l'idéal. Pour mieux mettre en relief le trait caractéristique d'une figure, ou le sens profond d'une série d'événements, l'artiste sera amené à modifier l'aspect de la réalité phénoménale. Le drame formera un tout organique, que le critique seul pourra, au moyen de ses critères propres, dissocier pour tracer la ligne de démarcation entre la substance historique et son idéalisation. Nous n'irons pas demander à Shakespeare de nous renseigner sur le détail du règne de Richard II. Cependant, après avoir lu le drame, nous aurons sans doute mieux pénétré l'âme de Richard II, et nous réaliserons mieux son rôle dans l'histoire qu'après avoir dépouillé les in-folios de chroniques poudreuses. .
Or, il y a analogie assez étroite quant au procédé, entre l'interprétation artistique et l'interprétation religieuse de l'histoire, bien que la différence des résultats soit grande et tout entière a l'avantage de la vérité religieuse en raison des garanties spéciales qui l'entourent.
« Partant de ce principe que le Vouloir Divin est la source et la cause immanente de tout l'univers et du développement de l'histoire humaine, développement par lequel l'idéal, ce qui doit être, se réalise graduellement, on doit conclure qu'une intelligence sympathique parfaite de ce qui doit être, appliquée à une information adéquate des faits et des conditions réels, peut être le principe d'une divination historique 'valable pour le passé aussi bien que pour l'avenir (7). »
On peut partir d'un principe d'ordre providentiel et chercher à mettre en évidence par l'histoire la réalisation du plan divin, sous les espèces de la justice, de la sagesse, de la puissance ou de la bonté.
On peut dégager la résultante des faits, leur sens profond et définitif, peu à peu révélé le long des termes successifs de la série des phénomènes, et, reprenant ensuite l'histoire, mettre cette résultante en évidence sous chaque fait. ., ,
D'une façon générale, il s'agit de demander à l'ensemble du réel la vérité dominante que chaque détail ou chaque fait ne révèle qu'imparfaitement. « la vérité, en effet n'appartient pas per prius aux propositions particulières, mais à opinion entière ou schéma du monde auquel se rattachent ces propositions et qu'elles enveloppent ou impliquent (8), »
Une fois saisie, l'idée imparfaitement exprimée par le fait, il faut lui donner une expression plus adéquate (9) en la replaçant dans l'histoire remaniée à ces fins. Du point de vue strictement historico-critique, on ne saurait tenir compte de ces reconstructions historiques,...

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L'HISTOIRE DES RELIGIONS A LA SORBONNE
L'Aurore, 9 avril. - On se rappelle la campagne menée dans l'Aurore, par la plume même de M. Clemenceau, contre la candidature du R. P. Scheil à la chaire d'assyriologie du Collège de France. M. Aulard s'élève aujourd'hui, dans le même journal, au nom des mêmes principes de laïcité, contre le transfert de quelques chaires de la Faculté de théologie protestante à la Sorbonne:
"A lire le rapport de M. Lintilhac sur le budget de l'instruction publique, rapport si remarquable par la compétence et par le talent, j'ai eu plaisir, profit, mais aussi, à un endroit, surprise, et forte surprise. J'y vois, en effet, qu'on va créer à la Sorbonne sept enseignements nouveaux, à savoir deux chaires magistrales et cinq cours complémentaires, qui seront professés à la Faculté des lettres. Les deux chaires nouvelles seront intitulées: l'une, Histoire du Christianisme dans les temps modernes; l'autre, Histoire de l'Art chrétien. Les cinq cours complémentaires sont: 1° Haut Allemand; 2° Histoire du Christianisme au moyen âge. 3° Langue et littérature hébraïques.. 4° Littérature chrétienne.. 5° Philosophie
médiévale. .
C'est une dépense totale de cinquante-quatre mille francs. Comment se fait-il qu'on demande au Sénat de la voter, sans que la Chambre ait été saisie des projets de création? Mystère et bureaucratie.
Voici ce qu'on peut comprendre par la lecture du rapport de M. Lintilhac : La loi de Séparation a indirectement supprimé la Faculté de théologie protestante de Paris, comme celle de Montauban. Mais les allocations financières de ces deux facultés figurent encore dans le projet du budget de 1906 : on a voulu permettre aux maîtres et aux étudiants de terminer la présente année scolaire. Au 1er novembre prochain, cet état de choses cessera, mais il restera encore un crédit disponible jusqu'au 31 décembre 1906. Or, l'administration demande au Sénat (et pourquoi ne l'a-t-elle pas demandé à la Chambre?) de disposer alors de ce reliquat de crédit pour deux objets:
   1° pour le service des pensions réglementaires ou de liquidation aux anciens professeurs;
   2° pour créer et doter de nouveaux enseignements à la Faculté des lettres de l'Université de Paris. et ce sont les sept enseignements énumérés plus haut.

D'une note remise à M. Lintilhac par les bureaux du ministère de l'instruction publique, et qu'il a publiée textuellement dans son rapport, il résulte que le but de cette création, c'est de verser dans les cadres de la Faculté des lettres, à la Sorbonne, tout ou partie du personnel enseignant de la Faculté de théologie protestante de Paris.
Voilà une forte pilule!
Pour la faire avaler au Parlement, on confierait deux de ces nouveaux enseignements à des professeurs étrangers à la théologie protestante, c'est-à-dire que M. Picavet enseignerait la philosophie

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médiévale, et M. Mâle, l'histoire de l'art chrétien. Les autres  enseignements seraient confiés aux théologiens protestants. Cela, ce n'est point une hypothèse. La note des bureaux, publiée par M. Lintilhac, dit en propres termes, à propos des « anciens professeurs de la Faculté de théologie protestante », que « quelques-uns d'entre eux pourraient passer à la Faculté des lettres ». C'est-à-dire qu'on baptisera professeurs en Sorbonne ceux des professeurs de la Faculté de théologie protestante qui ont la chance de plaire aux bureaux. Pour ma part, je fais grand cas de ces messieurs, ils ont du savoir, du civisme, et j'en connais qui sont d'aimables gens. Je n'aurais que du plaisir à les avoir pour collègues. Mais sont-ils qualifiés pour enseigner l'histoire des religions à la Sorbonne? Voilà la question...
Comment voulez-vous qu'ils se dépouillent aussitôt et rien qu'en changeant de titre et de local, de leurs habitudes de croyants? En tout cas, ce sont des croyants qui seront chargés d'enseigner l'histoire de la foi.
Cela est grave, très grave.
C'est irrespectueux pour les autres religions. II n'y a aucune raison pour donner la parole, en Sorbonne, à une secte plutôt qu'à une autre; il n'y a aucune raison pour établir, en Sorbonne, un privilège en faveur de la religion protestante. C'est irrespectueux pour la libre pensée, qui a le droit d'exiger que l'histoire des religions soit professée, en des chaires de l'Etat, par des maîtres étrangers, toutes les confessions. Je ne dis pas que tout non-croyant est impartial: je dis que l'impartialité d'un croyant est forcément suspecte, en ces matières. Voyons! si votre théologien rencontre dans l'histoire un fait contraire au dogme auquel il croit, qui vous dit, messieurs les bureaux, qu'il enseignera ce fait sans le déformer? Tous voulez qu'on enseigne l'histoire des religions en Sorbonne? Je ne vous dirai pas: on l'enseigne déjà aux Hautes-Etudes; vous répondez que l'auditoire des Hautes-Etudes est trop restreint (et cependant n'aurait-il pas lieux valu fortifier cet enseignement qui existe ?), Je vous dirai: faites professer cette histoire des religions par des professeurs qui ne soient pas seulement laïques de costume, qui soient des laïques d'esprit, laïques d'habitude, laïques de tendances, laïques par toute leur formation intellectuelle et morale.
Laissez les théologiens à la théologie. Surtout n'allez as créer, dans notre .Sorbonne laïque, une petite Sorbonne huguenote. Mais ce qu'il y a de plus étrange, c'est que la Faculté des lettres n'ait pas été plus consultée que la Chambre sur cette création. L'idée est sortie des bureaux, qui n'ont même pas daigné la soumettre à la Sorbonne.
En tout cas, nos amis du Sénat et de la Chambre verront, j'espère, a ce qu'on n'introduise pas, par une sorte de procédé tardif, et en surprenant presque la bonne foi un rapporteur, le personnel et l'esprit d'une Faculté de théologie dans la laïque Sorbonne.
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