Nos:
Première  année, Numéro 27
VENDREDI 27 AVRIL 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
Jean BORNET . . . . . .
 De l'Education de l'Enfant par la collaboration de la famille
Prof. Mariano FALCINELLI . . . . . . . .
 La Société internationale des Etudes franciscaines, à Assise
Paul OLIVIER-LACROYE   L'Etude de la Jeunesse coupable
G. TYRRELL . . . . . . . . . . .
  La valeur critique de l'Histoire religieuse

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
France: Le Livret catholique individuel. L'Assemblée des Evêques. - Le Protectorat. - L'Amélioration de la Séparation. Politique pontificale. - Le Cardinal Labouré.- La Loi de Séparation. Les Catholiques et les Elections. - Le Pape et la Séparation. - Synode de l'Eglise luthérienne - Un Manifeste socialiste. - Crise de l'Enseignement libre. - Saint-Siège et Italie: La Santé du Pape. Une lettre de M. Fogazzaro. - Les Prêtres candidats. Le P. Martin. - Le Secret confessionnel. - Allemagne: Indemnité parlementaire. - Liberté d'Enseignement. Angleterre: Le Bill Birell. Belgique: Le Denier de Saint-Pierre. - Pèlerinage supprimé. - Elections législatives. Chine: Le Commerce des livres. - Pologne russe: La  guerre religieuse. - Russie: La Protection des Israélites. Les Députés à la Douma. La Douma future. Suisse: Congrégations catholiques. socialisme et Alcoolisme.
    REVUE DES PÉRIODIQUES
Anticléricalisme et catholicisme (Revue des Deux-Mondes). Les Chrétiens et le Pouvoir civil (La Quinzaine), etc.
    NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

BULLETIN POLITIQUE
La semaine française a été désolée par les émeutes du Nord. Le monde ouvrier, dans ces régions comme à peu près partout ailleurs, se laisse de plus en plus envahir par la tourbe. Les syndicats, organisés pour la défense rationnelle des intérêts du travail, sont dominés par des criminels, énergiques ou rusés, qui font dévier jusqu'au pillage et à l'assassinat les coalitions prévues par la loi. Nous ne méconnaissons certes point la nécessité urgente d'améliorer le sort moral et matériel des classes ouvrières; mais l'ordre est la condition première de ce progrès. Il faut d'abord assurer l'ordre à tout prix et seulement ensuite user des moyens moraux, employer la persuasion, faire appel à la raison.
    En dépit d'espérances insensées qu'on n'escomptait point uniquement à l'Extrême-Gauche, la manifestation révolutionnaire du premier Mai, préparée par la Confédération générale du Travail, semble devoir succomber devant l'indifférence ou le bon sens du public, et aussi devant les précautions de police que le Gouvernement s'est résigné à prendre. Sans doute. quelques bagarres auront lieu ça et là, sanglantes peut-être; mais, à moins de génération anarchiste spontanée, rien n'indique que la .journée du premier Mai doive
répondre aux escomptes politiques des uns ou des autres, aux chocs  en avant. ou en retour dont l'éventualité entrait dans des calculs auxquels répugnent la bonne foi et la raison.
Nous exprimons du  moins l'espoir sincère que l'ordre puisse se rétablir ou se consolider dans nos rues, sans que leurs pavés soient tachés de sang et qu'il ne soit point nécessaire d'enivrer des esclaves pour inspirer à la France le goût de la sobriété.
    On lira plus loin, si on ne la connaît déjà, la décision par laquelle la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires impose à tout prêtre désireux de solliciter un mandat politique l'autorisation préalable de l'évêque dont il dépend et de celui dans le diocèse duquel se trouve la circonscription électorale. Le fait que cette décision ne s'applique qu'à la France indique suffisamment en vue de quels desseins particuliers elle a été sollicitée et obtenue. Les événements mêmes sont encore venus éclaircir ce point. Se prévalant immédiatement de cette faculté, l'archevêché de Cambrai vient d'interdire à M. l'abbé Lemire de poser de nouveau sa candidature dans la circonscription d'Hazebrouck qu'il représente avec tant de dignité et de loyauté, depuis douze années déjà. Et comme pour souligner encore tout ce qu'une pareille mesure a de profondément regrettable, les comités réactionnaires de cette circonscription présentent avec éclat aux fidèles électeurs de M. l'abbé Lemire, une candidature qui semblait tenue en réserve pour les dépouilles, et dont l'annonce a lieu le jour même où l'opinion est saisie de la défense de l'archevêché de Cambrai. Une douloureuse stupéfaction s'est emparée de toutes les âmes chrétiennes au su de cette décision, qui ne pourrait être maintenue qu'au prix du scandale le plus évident. M. l'abbé Lemire a toujours fait à la Chambre figure de bon prêtre et de bon citoyen. Il a su, chose rare, et si l'on en excepte quelques tristes esprits de la Droite et deux ou trois journalistes qui se tenaient à l'écart de lui ou l'honoraient de leurs injures, s'attirer le respect et la sympathie unanimes de ses collègues et du public. Et de ce respect et de ces sympathies bénéficiaient dans sa personne toutes les belles causes chrétiennes et démocratiques dont il était Je représentant accompli. Nous ne nous résignons donc nullement à sa disparition de la scène politique; et nous faisons appel, avec l'opinion, de la mesure qui le frappe.
    Les Etats-Unis donnent à la vieille Europe un bel exemple de foi, de fierté et de courage. San Francisco flambe encore et à peine les entrailles de la terre se sont-elles apaisées que déjà la ville détruite est envahie par une armée d'ingénieurs, d'architectes et de maçons. Les millions de dollars affluent pour la reconstruction de la San-Francisco nouvelle. Le président Roosevelt, remerciant la Compagnie Hamburg-América de son offre de cent mille marks, informe l'Ancien Monde que le Nouveau peut se passer de ses aumônes. Geste sans doute un peu haut, point assez chrétien, puisqu'il contraint des humains à rester étrangers aux épreuves qui atteignent d'autres humains. Mais geste qui signifie .seulement, sans doute, que les Etats-Unis sont assez riches pour que nulles épreuves matérielles puissent prendre chez eux le nom de malheur.  En ce cas  encore, geste un peu présomptueux.



Page 3
CHINE: Le Commerce des livres.
    D'après le Borsenblatt für dem deutschen Büschhandel, la statistique des droits de douane sur les produits importés par mer en Chine accuse, depuis trois ans, une plus-value sur un article nouveau: les livres. En 1903, la valeur de cette importation s'élevait à 194.160 taëls, c'est-à-dire n'était pas bien éloignée d'atteindre un million de francs. Elle s'élève, en 1904, à 264.297 taëls, c'est-à-dire à un million de francs environ. II semblerait (bien que les chiffres ne soient pas encore arrêtés), que cette augmentation n'ait pas cessé de s'affirmer en 1905. En tous les cas, cette statistique accuse un mouvement croissant d'exportation des livres européens en Chine, mouvement encore peu considérable commercialement, mais suffisant pour démontrer que le Céleste Empire commence à prendre en considération les idées de la civilisation occidentale.
***
POLOGNE RUSSE: La guerre religieuse.
Deux mille catholiques, venant des villages voisins, et conduits par des prêtres, se sont rendus, le dimanche 22 avril, dans l'après-midi, à Lesnos, pour reprendre l'église dont les Mariavites s'étaient emparés le mois dernier. Une violente bagarre s'est produite. Douze personnes ont été tuées et plus de cinquante blessées, dont quatre prêtres catholiques. L'un d'eux est atteint mortellement. Les Mariavites empêchent les médecins de panser les blessés. Les troupes sont arrivées après la bataille. Deux médecins sont partis de Varsovie.
***
RUSSIE : La Protection des Israélites.
    Les israélites de toutes les régions de la Russie ont exprimé au comte de Witte leurs remerciements de ce que, grâce aux mesures énergiques prises par lui, pendant les fêtes de Pâques, ils n'ont été l'objet d'aucune action hostile, tandis qu'autrefois, quand toute la Russie
jouissait de la tranquillité, les fêtes de Pâques se sont toujours signalées par des violences contre les israélites. Le comte de Witte s'est déclaré ouvertement le défenseur des israélites. Selon des renseignements puisés à des sources officielles, nulle part il n'y a à craindre de mouvements antisémites.
***
Les Députés à la Douma;
    Le rédacteur pétersbourgeois de la Correspondance
russe télégraphie les détails suivants sur la position sociale des députés qui viennent d'être nommés: « Parmi eux, on compte 5 princes (dont 4 cadets et 1 octobriste), 2 comtes (1 cadet et 1 octobriste), 1 baron (octobriste), 1 ancien adjoint de ministre (cadet), 6 maréchaux de noblesse, 1 ancien maire, 3 professeurs de l'Université, 1 agrégé, 6 présidents et membres des bureaux administratifs de zemstvo, 3 rédacteurs en chef de journaux, 1 membre d'un tribunal, 1 juge d'instruction, 1 ancien substitut de procureur, 6 avocats, 1 ingénieur, 4 médecins, 1 fabricant, 3 instituteurs ruraux, 1 professeur de collège, 3 popes., 1 rabbin, 1 mullah, 12 employés de zemstvo, 14 propriétaires fonciers, 5 ouvriers et 84 paysans. Ces derniers comptent 35 constitutionnels démocrates, 3 socialistes, 11 progressistes, 1 octobriste, 3 modérés, 6 conservateurs et 26 « sauvages» et inconnus. » On sait que l'on désigne en Russie, sous le nom de  cadets », les constitutionnels démocrates. - K. D.
***
La Douma future.
On écrit de Moscou au Berliner Lokal-Anseiger ..« Le Conseil des ministres a envoyé en Allemagne, en Autriche et en Angleterre des fonctionnaires chargés d'étudier le" moyens auxquels recourent les gouvernements étrangers pour enrayer l'obstruction parlementaire. De son côté, le cabinet de Saint-Pétersbourg a l'idée de restreindre. Il son plus strict minimum le temps de parole accordé aux orateurs, et de prendre, d'autre part, les mesures nécessaires pour permettre à la Douma de ne siéger que tous les deux jours. Ainsi, la Douma siégeant du 10 mai jusqu'au 15 juin, jour de clôture, n'aura donc en tout que douze séances plénières. »
***
SUISSE : Congrégations catholiques.
En 1905, le Département fédéral de justice et police a refusé d'autoriser l'établissement, en Suisse, de diverses congrégations françaises. Plusieurs cas sont encore en suspens, notamment celui des Sœurs de la Providence, de Troyes, qui veulent se fixer à Colombier, et de diverses autres congrégations qui ont choisi pour refuge le canton de Fribourg, et sur lesquelles le gouvernement fribourgeois semble se refuser à 

  Page 4

renseigner exactement le Conseil fédéral. Deux cas nouveaux ont surgi dans le canton de Genève; celui des Dames Trinitaires, de Valence, quiont ouvert un asile à Hermance, et celui du pensionnat Châtelain, qui s'est ouvert à Bourdigny. Il a été pris de nouveaux arrêtés à l'égard des Sœurs de la Charité, de Besançon, établies à Vallorbe (pensionnat Monnot), et des Religieuses de Jésus-Marie, installées à Montreux (pensionnat Odin). Le pensionnat de Vallorbe a congédié ses onze institutrices.
***
Socialisme et Alcoolisme
    Les socialistes de Zurich viennent d'ouvrir une Maison du Peuple où la vente des boissons alcooliques sera interdite. Quelques ouvriers n'ont pas trouvé cette décision de leur goût et ont déclaré qu'il valait mieux ne pas avoir de Maison du Peuple qu'une maison sans alcool. Mais le journal socialiste Volksrecht, qui parait être rédigé par des hommes qui placent l'intérêt du peuple avant leur popularité, a publié en lettres grasses, dans un de ses récents numéros, la déclaration suivante: « Le groupe socialiste du Conseil communal, d'accord avec l'Assemblée des délégués .de l'Union ouvrière, est, maintenant comme avant, de l'avis qu'une Maison du Peuple ne peut remplir son but que si elle est sans alcool. »
LA LETTRE AUX EVEQUES
    Le Bulletin religieux du diocèse, de Tarentaise, organe de Mgr Lacroix, publie in extenso la lettre adressée aux évêques par vingt-trois catholiques notables, en la faisant suivre du commentaire suivant du Bulletin de la Semaine:
    "Cette démarche si naturelle a été accueillie, par les milieux où l'on préconise les attitudes irréductibles, non seulement sans courtoisie, ce qui se conçoit, mais avec un véritable esprit de malveillance. On n'a pas été peu étonné, par exemple, de voir l'Osservatore Romano déclarer ne pouvoir « supposer que les signataires se soient permis une initiative aussi incorrecte ».
    Incorrecte! En quoi?
    La lettre incriminée, notons-le d'abord, revêt un caractère expressément privé. Ses signataires ne se sont pas proposé, comme leurs contradicteurs leur en avaient cependant donné l'exemple, d'exercer une sorte de pression sur les pasteurs auxquels ils confient leurs préoccupations. Ils adressent à l'épiscopat une supplique et non point une sommation. Ils n'imposent point altièrement leur point de vue, ils le proposent respectueusement à ceux qui ont qualité et mandat pour les peser tous Puisque les évêques s'apprêtent à délibérer collectivement, ils versent, au débat qui va s'ouvrir, le document qui traduit les inquiétudes d'une part de leur troupeau.
    Car, enfin, on a beau affecter de croire à une initiative d'«intellectuels », ils sont le porte-parole d'un nombre respectable de fidèles. Et ils ne font pas davantage, comme on a cru spirituel de le dire, acte de « cardinaux laïques »; ils n'empiètent pas sur le rôle des chefs ecclésiastiques, ils leur exposent des motifs, des désirs, des prévisions, ils n'entendent pas dicter une solution. C'est avec la plus scrupuleuse réserve qu'ils procèdent Ils ne saisissent pas .l'opinion en même temps que les évêques, ils décident que leur lettre ne sera pas communiquée à la presse; si elle a été publiée depuis, c'est malgré eux.
    Qu'y a-t-il d'incorrect, en vérité, dans leur initiative?
    Lui reprochera-t-on de ne pas être inspirée exclusivement par la préoccupation religieuse? Il est piquant de voir certains journaux qui ont fait l'apologie de manifestations analogues, bien qu'en sens opposé, - et ici nous ne faisons même pas allusion à la résistance aux inventaires, mais à ces pétitions qui avaient pour but de peser sur le Souverain Pontife, - attribuer la supplique aux évêques à une arrière-pensée politique.
    Manifestation, soit, mais bien manifestation religieuse. En somme, si l'on incrimine la lettre en question, c'est à cause de l'opinion qu'elle soutient. Mais, par le fait même, c'est contester la « liberté des enfants de Dieu" à tous ceux qui ne sont pas les « violents". Ceux-ci ont pu « faire marcher Il les curés ou les menacer d'une sorte d'interdit, sans que nos contradicteurs d'aujourd'hui songeassent à défendre la « hiérarchie" et « l'autorité Il. Ils ne manquent pas ainsi seulement à la logique, ils contribuent, en accusant une dissidence, à donner, à la démarche qu'ils répréhendent, plus de portée que ne lui en supposaient peut-être ses rédacteurs.
    L'opinion se trouve saisie, désormais....
Page 5

 Page 6



Page 7

  Page 8


Page 9
 
  Page 10


Page 11

 
  Page 12


Page13

 
 Page 14



 INFORMATIONS ET DOCUMENTS

    BULLETIN POLITIQUE


____________________________________