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Première
année, Numéro 28
VENDREDI 4 MAI 1906 SOMMAIRE:
![]() INFORMATIONS ET DOCUMENTS France:
Le pape et les élections.
Les prêtres
députés. Les retraites
ouvrières. Le gouvernement et l'emprunt
russe. Un comité
des édifices cultuels. Avances
aux
liquidateurs. Les laïques
dans l'Eglise, etc. Saint-Siège
et Italie: Le
Pape et les catholiques français. Un dîner diplomatique.
Le cardinal
Mathieu en France. Disparition d'un organe bourbonien, etc. Allemagne:
La liberté religieuse. - Dans l'armée. Angleterre:
Les salaires
féminins. Misères ouvrières. Lc journalisme
catholique. Autriche:
Le
prince Metternich. Belgique :
Un futur cardinal de curie. Etats-Unis:
Le divorce. Catholiques et Baptistes. etc, Norvège:
Paix et arbitrage. Roumanie:
Assurance contre la famine. Suisse:
La Fédération des
syndicats. Tunisie:
Agitation religieuse.
DOCUMENTS
Une lettre de Mgr
Lacroix, au Courrier de Genève. La nomination des Evêques.
L'Assemblée des Evêques. REVUE DES PERIODIQUES
Union et Discipline
(Sillon). Intolérance (Univers). L'enseignement professionnel (Annales de la jeunesse laïque). NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Science et
apologétique, par A. de Lapparent, de l'Académie des
Sciences.Dernières Publications
![]() BULLETIN POLITIQUE Demain, ne faisant
que
de la politique de principes, n'a pas de candidatures à
recommander
nommément .aux suffrages de ses électeurs. Ce n'est point
à dire qu'il
se désintéresse de la consultation électorale et
qu'il engage ses amis
à s'en désintéresser. Pour n'avoir
qu'une médiocre confiance dans les facultés
moralisatrices de la
politique et professer que la justice se réalisera par d'autres
moyens
que par les batailles électorales, ces formes vulgaires de la
lutte
pour la vie, il n'entend point se dérober au devoir contingent
qui
consiste aujourd'hui à voter pour les partisans de l'ordre.
En ce qui concerne le premier mai, les prévisions optimistes ont été, à quelques bagarres près, justifiées. L'ordre n'a été sérieusement troublé nulle part. Quand le reportage le plus minutieux et le plus exalté n'arrive pas à pêcher un seul cadavre dans l'eau fouettée de ses impressionnantes descriptions de charges et de barricades, il est bien |
permis, pensons-nous, de
pouvoir s'exprimer ainsi. Il faut reconnaître, il est vrai,
dût M.
Clémenceau bénéficier de cette constatation, que
de sérieuses mesures
de police avaient été prises un peu partout. Si on les eût négligées, il est probable que les meneurs se fussent taillé quelques aunes de plus dans la largeur des rues et des places publiques. Mais, de leur côté, si quelques journaux qui se disent et se croient les amis de l'ordre, tout en se donnant la tâche d'affoler systématiquement l'opinion, en vue, imaginons-nous, de la ramener en tumulte dans la bergerie de leur choix, si ces journaux s'étaient abstenus de crier aux loups, aux allumeurs de bombes et aux casseurs de vitres, beaucoup d'industriels et de commerçants affolés n'eussent point fermé ateliers, bureaux et boutiques, ce jour-là, et leur personnel ne fût point allé grossir le contingent désœuvré et impulsif de la rue. Voilà, pensons-nous, ce qu'il est juste de faire remarquer au sujet du premier mai, épouvantail à deux têtes, l'une de croque-mitaine et l'autre d'émeutier, où nous nous refusons à voir l'image du véritable ouvrier français. L'émotion soulevée à la nouvelle que l'archevêché de Cambrai refusait à M. l'Abbé Lemire l'autorisation de se représenter devant ses électeurs s'est heureusement apaisée. La Secrétairerie d'Etat du Vatican a tenu, en effet, à faire savoir aux intéressés que la récente décision de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires ne s'appliquait pas aux prêtres qui faisaient déjà partie de la dernière Chambre. Cette mise au point qui dérange certains plans, a été accueillie avec joie par les nombreux amis du député d'Hazebrouck. Dégagé des interprétations qui pouvaient le faire considérer comme un instrument de représailles, le décret de la Congrégation romaine n'apparaît plus que comme une mesure de discipline ecclésiastique sage et opportune. Les élections russes sont à peu près terminées. Les derniers résultats connus complètent l'imposante victoire de ce parti constitutionnel-démocrate, parti d'opposition à l'autocratie: 'bureaucratique, parti modéré de gauche, sur lequel tous les espoirs de rénovation sont désormais fondes. L emprunt russe s est effectué avec un plein succès. Et voici qu'on annonce la disgrâce du comte de Witte, premier ministre de l'empereur. A la veille de la session de la Douma, le tzar lui accorde « la permission de se reposer ». Pour saisir le sens exact de cette nouvelle sensationnelle, il suffit de considérer qui s'en attriste et qui s'en réjouit. Or, la retraite du comte de Witte est accueillie comme une victoire par la presse traditionaliste russe. Le baron Gautsch, président du Conseil des ministres autrichiens, vient de donner sa démission. Le suffrage universel et la réforme électorale en sont la cause. Ces projets rencontrent, de la part de la majorité germanique et féodale contre laquelle ils sont partiellement dirigés, et sans le consentement de laquelle cependant il est difficile qu'ils aboutissent. une irréductible opposition. Le baron Gautsch s'évade par la fuite, de ce cercle vicieux. Et c'est la prince Conrad de Hohenlohe, gouverneur de Trieste, grand seigneur soi-disant démocrate, qui serait appelé à l'y remplacer. |
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La Méthode Apologétique DU P. TYRRELL (1) Nova et Vetera, c'est le titre du livre qui gagna d'emblée au P. Tyrrell l'admiration, la reconnaissance, la confiance des catholiques anglais. D'autres livres sont venus depuis: Hard sayings, External religion, The Faith of the Millions, Lex Orandi, que sais-je encore. Lex Credendi paraît aujourd'hui, et chaque œuvre nouvelle atteste l'évolution constante et courageuse de cette intelligence subtile, inquiète et, par dessus tout, sincère, Un mot pourtant suffit à relier ses livres d'aujourd'hui à ceux d'autrefois, à définir l'esprit qui anime toute cette œuvre, et c'est le mot que G. Tyrrel écrivait à la première page de son œuvre de jeunesse: Nova et Vetera. Le nouveau, accepté par un croyant qui entend ne rien sacrifier des richesses du passé, l'ancien, conservé, défendu, aimé par un chercheur qui ne se reconnaît pas le droit de condamner en bloc l'activité intellectuelle et scientifique du présent. Nova et Vetera, « via media" entre ceux qui voudraient tout conserver et ceux qui se promettent de tout détruire, entre les intransigeants de droite et de gauche, entre les fanatiques d'immobilité et les fanatiques de nouveauté; Nova et Vetera, vous entendez bien que les deux épithètes ne s'appliquent pas à des objets différents, mais simplement il cette seule et même vérité, «toujours ancienne et toujours nouvelle, que l'Eglise d'hier transmet à l'Eglise d'aujourd'hui et que l'acceptation vivante de chaque fidèle entretient, renouvelle et rajeunit, En un sens, ces trois mots latins sont la devise de tout le monde. Malgré qu'il en ait, le plus arrogant des novateurs continue les pires errements de ce passé dont il prétend avoir fait table rase, et s'il croyait, de bonne foi, n'avoir absolument rien de nouveau à nous dire, le moins moderne des conservateurs bornerait son zèle à rééditer, sans notes ni commentaires, les définitions des conciles et la Somme de saint Thomas. Ainsi, par un équilibre assez imprévu, les uns mettent un frein au mouvement qu'ils auraient voulu précipiter; les autres activent, par leur collaboration inconsciente, ce même mouvement qui les entraîne malgré eux, La campagne catholique contre la règle de foi protestante favorisa les commencements de la critique biblique (1), et, de nos jours, nous avons vu Strauss et Feuerbach réveiller le sentiment religieux dans les universités allemandes par l'outrance même de leurs négations. C'est une des lois essentielles de tout développement, Les idées ni ne galopent ni ne sommeillent au gré de ceux qui se flattent de les conduire. Maîtrisés par une force invincible et patiente, brouillons et retardataires, libéraux et conservateurs concourent à ce progrès qu'ils n'avanceraient pas d'une heure et qu'ils ne peuvent arrêter. , Humilité, respect profond de la tradition, foi absolue dans la puissance d'expansion de la vérité éternelle, G. Tyrrell a compris les leçons qui se dégagent de cette loi de l'histoire. Son apologétique, prudente et hardie tout ensemble, ne s'affranchit jamais du passé et regarde toujours vers l'avenir, ou, mieux, c'est dans le passé lui-même qu'elle cherche il trouver l'orientation, à deviner les promesses de l'avenir. S'il accueille sans peur des idées qui se disent ou que l'on dit nouvelles, c'est qu'il sait bien qu'il n'y a pas. à proprement parler, (l'idées nouvelles, et que, en matière religieuse, « tout a été dit" voici bientôt deux mille ans; et si, d'autre part, il consent volontiers il adapter les idées anciennes aux exigences légitimes des temps modernes, c'est qu'il n'ignore pas qu'aucune floraison dogmatique n'épuisera jamais la divine fécondité des paroles de Jésus, Ce programme d'apologétique est moins banal qu'on ne pourrait croire à première vue, Il faut, pour le remplir, un ensemble de qualités qu'on ne rencontre pas toujours chez les apologistes de profession. Interprète entre la pensée contemporaine et la doctrine traditionnelle de l'Eglise, l'apologiste devrait connaître familièrement ces deux mondes qu'il a mission de rapprocher l'un de l'autre, et, autant que possible, de mettre d'accord. L'auteur de Lex Credendi remplit ces deux conditions, je ne crains pas que les savants indépendants, philosophes ou critiques lui reprochent de ne point parler leur langue. Il fait mieux que de les citer, il les a lus d'original et bien lus. Sans être un spécialiste de l 'histoire des religions ou de la critique biblique, il s'est assimilé la substance des ouvrages qui font autorité en ces matières, et l'érudition souple et vigoureuse qui circule discrètement entre les pages d'un commentaire sur l'esprit du Christ et sur l'oraison dominicale, n'est pas la moindre originalité de Lex Credendi. Mais, d'autre part, il aborde et il discute en théologien les conclusions et les problèmes de ces diverses sciences. Si, parfois, il s'aventure en dehors des terres scolastiques, il lé fait à bon escient, en homme qui a séjourné longtemps dans le pays et qui en connaît les recoins. Il sait le point précis où il passe la frontière. Bref, il n'a pas lu saint Thomas dans un manuel néo-scolastique. Quant à l'enseignement officiel de l'Eglise, définitions conciliaires ou pontificales, consensus des pères et des théologiens, réponses des congrégations romaines, d'ici, de là, un mot, un subtil adverbe, une vive mise au point, une parenthèse explicative montrent aux experts que le P. Tyrrell ne parle pas à l'étourdie et ne perd jamais de vue la règle de notre foi. Que si, d'ailleurs, quelques-uns s'étonnent qu'il ne fasse pas sonner plus haut son orthodoxie, c'est, sans doute, qu'ils n'ont pas pris garde au caractère très spécial, au but immédiat et précis de cette apologétique. Des traductions qui n'étaient pas toutes très opportunes, des commentaires qui, souvent, l'étaient moins encore, ont accrédité ou présenté cette œuvre dans des milieux auxquels elle ne s'adressait pas et qui n'étaient pas tous bien préparés à la comprendre. Des écrivains religieux d'aujourd'hui, le P. Tyrrell est un des moins « homme de lettres» que je connaisse. Il n'écrit pas pour faire un livre. Prêtre, confesseur, prédicateur de retraites, confident de consciences en détresse, ses œuvres continuent, entretiennent, étendent son apostolat. Son premier livre semblait viser uniquement les âmes pieuses. Les "Informal meditations" de Nova et Vetera offraient le moyen d'une prière plus facile et plus tendre à ceux que les méthodes officielles découragent et qui passent péniblement l'heure ou la demi-heure de méditation prescrite à attendre le coup de cloche de la délivrance. Ce n'était rien, cet humble livre, qui surprit un peu ceux d'entre nous qui connaissions alors le P. Tyrrell comme un thomiste militant, et cependant c'était déjà tout. C'était déjà la conviction intense que les âmes ne sont pas faites pour les méthodes, mais les méthodes pour les âmes; c'est le désir, le besoin instinctif et impérieux, non pas de minimiser les exigences de la vie chrétienne, mais de réduire autant que possible les obstacles que certains rencontrent aujourd'hui dans le programme extérieur, et, si j'ose dire, dans le protocole de cette vie. Il n'y a pas d'exemple d'un livre spontané et vivant qui soit resté sans réponse. Celui-là qui semblait ne s'adresser qu'à des religieuses, amena au P. Tyrrell des incroyants, des anglicans poursuivis par le fantôme de Rome, des catholiques troublés dans leur foi. Le problème, pour eux, n'était pas de savoir comment il fallait s'y prendre pour méditer, mais comment résoudre les objections de l'agnosticisme, comment garder le droit de se dire chrétiens. Ainsi, des deux pôles opposés de la pensée religieuse, on venait à ce jeune prêtre, et, pour rendre sa tâche encore plus délicate, les objections les plus désespérées ne lui arrivaient pas uniquement du côté des libres penseurs ou des anglicans. Il est. impossible de comprendre pleinement les livres du P. Tyrrell quand on n'a pas observé de près les diverses fractions des catholiques anglais. Chez ceux-ci, vous ne trouverez pas cette discipline presque militaire qui, pour l'instant du moins, tient unis les catholiques allemands; vous n'y trouverez pas davantage cet équilibre, cette température moyenne qui règne chez nous. Rien de moins homogène que ce petit monde. Ici, la foi des enfants, là, l'inquiétude, le doute et une interdépendance presque absolue. Comment en serait-il autrement? D'une part, à tort ou à raison, le clergé catholique ne jouit pas de cette autorité intellectuelle qu'il eut jadis la souveraine imprudence de disputer à Newman lui-même; d'autre part, dans un pays où tout le monde s'occupe de questions religieuses, la presse, la littérature, les ouvrages de vulgarisation et de propagande mettent à la portée de tout homme |
Page 4cultivé l'objection nouvelle, la découverte du jour, les méditations des philosophes les plus ésotériques et les recherches des savants. Pour n'en citer qu'un exemple, et des moins extrêmes, je ne vois pas comment un homme de formation moyenne pourrait lire attentivement les poèmes de Tennyson et de Browning sans être fortement tenté de remettre en question ou tout au moins d'élargir singulièrement les principes de notre foi. J'en dirai autant des petits livres qui foisonnent là-bas autour de la question biblique. Je ne dis pas que tout catholique cultivé lise ces livres, mais, tous, ils rencontrent chaque jour des hommes qui les ont lus. De plus, quelques-uns des catholiques dont je parle sont des convertis. On ne sait pas assez quelles épreuves réservent à certaines natures les lendemains de conversion. Une fois sortis de la période héroïque où tous les sacrifices semblaient faciles, plusieurs se mettent insensiblement à peser, d'un sens plus rassis, les raisons qui leur ont imposé une démarche si grave. Malgré eux, ils comparent l'Eglise idéale qu'ils cherchaient à celle, réelle, qu'ils ont trouvée. Ils savent trop ce qu'ils ont perdu, ils ne voient plus assez ce qu'ils ont gagné au change. Ils ont tort, sans doute, mais enfin ils hésitent, ils sont dans la peine. Tels quels, désillusionnés, aigris, blessés, le prêtre, l'apologiste ne se reconnaît pas le droit, en tout cas il n'a pas le cœur, de leur donner le coup de grâce et de souffler rudement sur la mèche qui fume encore. "Est, est, non, non", je n'ignore pas que la vérité ne varie point au gré de nos caprices ou de nos répugnances personnelles. J'admire les gens qui donnent sans hésiter le dernier coup d'épaule et qui disent tranquillement : « C'est fini, allez-vous-en, vous n'êtes plus catholique", mais, pour moi, je ne sais jamais l'instant précis où un chrétien, je ne dis pas dans ses propos, mais dans son âme profonde, a rompu définitivement avec la vérité. « Qui n'est pas contre moi est avec moi. » Quelle que soit leur attitude en face de telle ou telle doctrine, les lecteurs auxquels le P. Tyrrell s'adresse ne sont pas contre le Christ. Tous ses livres, en effet, les ramènent à la connaissance, à l'amour, à l'imitation de Notre-Seigneur. Il n'a presque rien changé au caractère de sa première œuvre, il continue à écrire pour les âmes pieuses et qui n'ont jamais eu le moindre doute SUT les dogmes du catholicisme, mais, insensiblement, il a entrouvert la porte, il a accueilli dans son auditoire, non pas les profanes, mais les hésitants, mais les troublés, mais ceux qui se demandent s'ils ont encore la foi, mais ceux qui, ne l'ayant pas encore, ne veulent pas se résigner à l'affreuse solitude d'un monde sans Dieu, d'une vie sans religion. Je n'ai pas le temps de montrer ici plus en détail comment la présence de ces nouveaux venus l'a conduit à renouveler son message doctrinal, mais le tableau que je viens d'indiquer veut qu'on s'y arrête et nous aide à saisir sur le vif l'originalité du P. Tyrrell. N'est-ce pas, en effet, un spectacle assez rare que de voir un apologiste uniquement préoccupé de ramener ses lecteurs à la vie intérieure, et ravivant par une seule et même parole chez les uns la foi, chez les autres la ferveur. C'est toujours le : « Prenez de l'eau bénite », mais avec cette différence que Pascal écrivait directement pour les incrédules, tandis que l'auteur de Nova et Vetera invite les incrédules et les sceptiques à suivre, mêlés à la foule des croyants et des simples, un entretien de dévotion. Pas de polémiques, pas de réfutations agressives pas d'argumentation scolastique en faveur des dogmes, pas de démonstration .de la divinité de l'Eglise; les uns n'auraient que faire de cet appareil scientifique les autres trouveraient, dans ces exercices intellectuels une nouvelle raison de douter. C'est un fait d'expérience. Chez beaucoup de nos contemporains, un simple prône, entendu par hasard, dans une église de village, a balayé plus de doutes, réfuté plus de sophismes que vingt, conférences solennelles sur les erreurs du temps présent. Mais, ici, la bonne parole semble encore plus efficace. Pour se raidir contre l'émotion qui le gagne, le lecteur défiant ne peut pas se dire: "Ah! si cet homme avait feuilleté tel livre récent et décisif sur la question biblique et l'histoire du christianisme primitif, s'il avait suivi telle discussion sur le développement du dogme, bref, s'il savait ce que nous savons, il ne parlerait. plus de la sorte. » Non, il a lu ces livres, il a suivi ces discussions, il les a devancées parfois et je sais de lui quelques pages sur le développement du dogme qui ont fait faire à cette question capitale un pas décisif (3). Il n'arbore pas, à chaque instant, de mots nouveaux comme ces jeunes frondeurs qui aiment la nouveauté pour elle-même. Il garde la langue commune des écrivains religieux comme un symbole de l'union profonde qui peut et qui doit régner entre le présent et le passé. Mais on est vite convaincu, en lisant Lex Credendi, que dans ces simples homélies rien de moderne n'est étranger à cette pensée vivante et dans ces simples homélies sur le Pater, on reconnaît, sans peine, les habitudes d'esprit. les méthodes, les exigences, l'attitude intellectuelle des savants et des philosophes d'aujourd'hui. "Mais, encore une fois, dans .ce beau livre, ni la science, ni la philosophie n'ont la place d'honneur. Aux croyants troublés qui lui ont apporté leurs difficultés intellectuelles, le P. Tyrrell répond par une série de méditations sur l'esprit et sur la prière du Christ. Vivons d'abord et de notre mieux la vie chrétienne, semble-t-il dire, nous formulerons ensuite les principes dogmatiques qui la gouvernent; récitons la prière du Christ, puis nous établirons la philosophie qui se dégage de cette prière. La vie d'abord, la doctrine ensuite: l'esprit du Christ réalisé en nous par la pratique des vertus chrétiennes, et puis l'examen de catéchisme. Puisque, par suite du malheur des temps, cet examen nous semble trop compliqué, n'allez pas épuiser les activités de votre âme dans une inquiète recherche qui, pour l'instant, serait sans issue. "Qui facit veritatem, venit ad lucem". L 'humble païenne dont il a été dit que "sa foi était grande" n'aurait pas compris trois lignes du "catéchisme romain" ».Commencez avec la Chananéenne, vous finirez avec saint Thomas d'Aquin. » Il existe une autre apologétique. A ces hommes que je décrivais tantôt, impatients de toute discipline dogmatique, à ces intellectuels rebelles, non plus comme autrefois, à tel ou tel dogme, mais à l'idée même de dogme, certains pensent qu'il faut, quoi qu'il doive en arriver, proposer le dilemme du tout ou rien. Pas de milieu entre les ténèbres et la lumière. Soyez dogmatique comme nous, au même sens que nous, ou allez-vous-en. C'est une méthode. Elle a sa grandeur. Des autorités considérables semblent la recommander; je dis « semblent" parce que ceux qui l'emploient dans leurs livres se montrent parfois moins exigeants, moins affirmatifs dans le tête-à-tête du confessionnal ou lorsqu'ils se trouvent en présence d'une âme qu'un seul mot peut faire sombrer dans le scepticisme. Mais enfin, c'est une méthode, et je ne me reconnais pas le droit de la critiquer. Je dis simplement qu'on peut ne pas s'entendre sur la question de savoir quel est le moyen le plus efficace d'acheminer l'intelligence contemporaine à l'acceptation de la vérité chrétienne et rester néanmoins pleinement d'accord sur le principe du dogme intégral. Simple problème de mise au point, simple divergence de perspective. Doctrine chrétienne, vie chrétienne, il s'agit uniquement de savoir, si j'ose dire, par quel bout on commencera. Car, en vérité, ces deux choses n'en font qu'une. Il n'y a pas de vie chrétienne qui n'implique le dogme chrétien, il n'y a pas de dogme qui n'explicite et ne traduise la vie chrétienne. Pauvre vie, étriquée, vulgaire, si elle ne tend pas à s'épanouir en une dogmatique rayonnante! Pauvre et stérile dogmatique si elle se sépare de la vie et se nourrit de ses propres abstractions! Disons encore, puisque la charité est le tout de la loi nouvelle, chétif amour dont les aspirations profondes n'appelleraient pas les dogmes catholiques, théologie lamentable qui ne se tournerait pas à aimer". |
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"De l'importance sociale du nombre des Justes", Par Charles BOUCAUD Maître de conférences à la Faculté libre de droit de Paris 'Aussi le progrès social dépend-il surtout de la charité intérieure des âmes. « Les causes profondes des grands changements humains sont ailleurs que dans les assemblées politiques et les cercles de lettrés; elles sont dans les aspirations des simples, des patients de toute sorte. Ce sont les déshérités de la terre qui toujours ont poursuivi le plus énergiquement l'idéal et qui ont réalisé le bien dont nous vivons. Ce sont les infiniment petits, au fond de la sombre mer des pauvres, gui fondent l'avenir... Le lent travail de perfection que poursuivent les êtres pensants et responsables agrandit l'ordre universel. Le moindre mouvement que le sage vient à faire suivant l'ordre profite à tout l'univers. Une bonne action, une vie sainte, sont, en un sens, éternelles dans leurs résultats. En concevant et en réalisant la justice, l'être dont la dépouille vient du néant et va y rentrer, participe à l'éternel et à l'infini (1). » Il dépend donc de chacun de nous tous de contribuer efficacement au progrès de l'histoire et du droit, Comme l'a fait remarquer M. Tarde, nous laissons un pli nouveau à tout ce que nous touchons, et « rien n'est perdu de tout ce qui jaillît de notre cœur »; un état social n'est qu'une intégration historique d'infinitésimales et obscures innovations qui sont l'œuvre quotidienne de chacun de nous; les états sociaux se forment comme les langages et les accents nationaux et provinciaux : par l'habitude de tous. Pour expliquer en histoire naturelle l'évolution des espèces, Darwin supposait, entre autres facteurs principaux, les variations individuelles; ces variations ne sont pas moins fécondes dans l'histoire du droit. Le « corps social » est inerte comme tous les corps, tant qu'une force ne vient pas le soustraire à l'empire de la loi d'inertie: cette force est principalement le sentiment de la fraternité universelle, Charles BOUCAUD, Maître de conférences à la Faculté libre de droit de Paris Informations & Documents
FRANCE:
Le Pape et les élections.On télégraphie de Rome au Figaro: « Le pape a appris avec regret que dans la campagne électorale en France on se sert de son nom comme de tremplin au profit de certaines candidatures en faisant croire que tel ou tel candidat lui est plus agréable. Le Saint-Père qui tient absolument à éviter même une apparence d'ingérence dans les affaires intérieures de la France, et surtout en matière électorale, a donné l'ordre de prévenir qui de droit qu'il n'entend nullement que son nom, figure dans les polémiques et manifestes électoraux". L'Episcopat et les élections. Dans tous les diocèses, les évêques français avertissent leurs diocésains qu'ils sont, en conscience, obligés de voter; un bon nombre affirment en même temps leurs sentiments de loyalisme envers la constitution républicaine. Voici, par exemple, comment s'exprime l'évêque d'Annecy: « Ne vous abstenez pas par crainte de qui que ce soit, car vous êtes les seuls maîtres de vos consciences, et nul n'a le droit de les forcer. D'ailleurs, la République française n'est pas le domaine exclusif de quelques citoyens; elle sera ce que nous voudrons qu'elle soit; elle sera, si nous le voulons tous, car c'est notre vœu le plus cher, grande, prospère, tolérante, ouverte à toutes les bonnes volontés et à tous les Progrès." Les Prêtres députés. La secrétairerie d'Etat a fait savoir que le rescrit du 2 avril sur les candidatures ecclésiastiques ne s'applique pas aux prêtres qui faisaient partie de la dernière Chambre. M. l'abbé Lemire, député d'Hazebrouck, et M. l'abbé Gayraud, député de Brest, sont donc hors de cause, D'une information de la Croix, il résulte que cette décision n'a été connue des Intéressés que le 26 avril. L'Echo de Paris se dit en mesure d'affirmer « que l'intervention des nombreux amis que compte M. l'abbé Lemire n'a pas été sans influer sur cette heureuse décision ». Les retraites ouvrières. De la profession de foi de M. Ribot, député de Saint- Omer, nous extrayons ces lignes relatives à la loi des retraites ouvrières: « Je voterai la loi des retraites ouvrières quand elle reviendra à la Chambre des députés, dégagée des exagérations qui en rendraient l'application |
Page 6impossible et feraient peser sur nos finances un fardeau qu'elles ne peuvent supporter. Il ne faut pas songer seulement à la vieillesse. Nous devons aussi penser à ceux qui, en se mariant de bonne heure, contribuent à augmenter la force de notre pays. Nous devons mettre à leur portée les moyens de devenir propriétaires d'un foyer avec un champ ou un jardin, non pas à soixante ans, mais à vingt-trois ou vingt-cinq ans, c'est-à-dire à l'âge où ils fondent une famille et ont besoin de s'attacher au sol. Cela n'est pas impossible. Je déposerai avec mes amis une proposition de loi qui aura pour objet de réaliser cette grande œuvre sociale, en combinant l'effort de l'épargne individuelle avec l'aide de l'Etat. » On sait que c'est l'abbé Lemire qui, depuis plusieurs années déjà, s'est fait à la Chambre l'apôtre du « Coin de terre ». ***
Le
Gouvernement et l'emprunt russe.Le Courrier Européen prétend pouvoir affirmer de source certaine que l'autorisation de l'emprunt russe a rencontré, au sein du Conseil des ministres, de l'opposition de la part de M. Poincaré. «Le ministre des finances, répondant à M. Bourgeois, véritable avocat de l'emprunt, a dit qu'il se rendait aux raisons de politique générale qui parlent en faveur de l'emprunt, mais qu'au point de vue financier, il considérait l'opération comme pour le moins désavantageuse, sinon aléatoire. » ***
Un Comité des Edifices cultuels.M. Briand, ministre de l'instruction publique, vient, comme conséquence de la liquidation de l'administration des cultes, d'instituer provisoirement au sous-secrétariat d'Etat des Beaux-Arts, en remplacement du comité des inspecteurs généraux des édifices diocésains et paroissiens, un comité des édifices cultuels. Ce comité sera présidé par le sous-secrétaire d'Etat des Beaux-Arts. Il comprendra: 1° les mêmes membres techniques que le comité supprimé; 2° le chef du bureau des monuments historiques et le chef du bureau des édifices cultuels qui, en cas d'empêchement, pourront se faire remplacer par un sous-chef. Les affaires concernant les édifices communaux classés seront, jusqu'à nouvel ordre, examinées par une commission mixte composée du comité des édifices cultuels et de membres de la commission des monuments historiques désignés par le sous-secrétaire d'Etat. Les inspecteurs généraux et les architectes des édifices diocésains prendront provisoirement les titres d'inspecteurs généraux et d'architectes des édifices cultuels. * * *
Avances aux liquidateurs. Faisant droit aux réclamations que lui avait adressées M. Grousseau, par une lettre publique, au sujet de l'illégalité des avances considérables faites par le Trésor aux liquidateurs des congrégations, M. Poincaré, ministre des finances, vient d'adresser aux directeurs de l'enregistrement une circulaire, en date du 17 avril, par laquelle il interdit toute nouvelle avance aux liquidateurs, pour quelque cause que ce soit. ***
Pensions
ecclésiastiques.L'Officiel porte des attributions de pensions ou allocations à NN. SS. les évêques de Meaux, Moulins et Amiens. ** *
Félicitations
épiscopales.L'évêque d'Angers a adressé des félicitations au Conseil général de Maine-et-Loire pour avoir émis un vœu contre la Séparation. ** *
Les laïques dans l'Eglise.Mgr Le Camus, évêque de la Rochelle, fait connaître dans une lettre pastorale les mesures qu'il a prises pour l'établissement du denier de la foi. Il fait appel au double concours des prêtres et des laïques, et dit notamment: « Nous ne sommes pas, dit-il, de ceux qui croient devoir... |
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