In Memoriam: DEMAIN, (27/10/1905-26/07/1907), stupidement assassiné !
INTRODUCTION: 01, 02, 03, 04, 05, 06, 07, 08, 09, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30,
31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61,
62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92

Nos:
Première  année, Numéro 31
VENDREDI 25 MAI 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
Augustin LEGER . . . . . . . .
  Les Deux Vies

Victor GIRAUD . . . . . . . . . .  Sur le Catholicisme Français 
  contemporain
Paul OLIVIER-LACROYE   Une conférence catholique à l'Union 
  chrétienne
Julius VALENTINER . . . . .
  Le Crédit populaire urbain

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
France. - L'Assemblée des Evêques. - Pensions ecclésiastiques. - Défaite ou Victoire, - La Traite des blanches, etc. - Saint-Siège et Italie: La Maladie de Pie X. - Le Saint-Siège et l'Italie. - L'Attitude du Vatican, etc. Allemagne: Grèves et lock-out. - Angleterre: Le Congrès international des mineurs, etc. - Belgique: Elections législatives. - Espagne: Le Cardinal Sancha et la Séparation. - Etats-Unis: Une lettre du Cardinal Gibbons. - Portugal: Politique radicale. - Russie: Boycottage commercial. - Suisse: L'invocation divine, etc. Turquie: Un lycée français.
REVUE DES PERIODIQUES
L'Assemblée des Evêques (le Figaro) - Un acte de liberté (Le journal des Débats). - La Culture intellectuelle dans le clergé français (L'Univers). - Les Elections et les catholiques (Le Bulletin de la Semaine),
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Etudes d'art étranger, par M. William Ritter.
Dernières Publications

BULLETIN POLITIQUE
     L'Opposition a été pour ainsi dire anéantie au scrutin de ballottage. Le triomphe du Bloc contenu, le 6 mai, dans des limites radicales, s'est achevé, au second tour, en une sorte d'orgie révolutionnaire. On dit le gouvernement de M. Clemenceau fort embarrassé de son écrasante victoire. Nous le croyons sans peine. Il a certainement dépassé le but qu'il y a quelques jours encore, il osait à peine s'assigner. En tête à tête maintenant avec sa seule monture, il lui reste à la maîtriser et ce ne sera pas commode. Nombre de journaux de surenchère démagogique appartenant à des capitalistes de gauche sont, en ce moment, d'une lecture (d'une lecture entre les lignes surtout) des plus curieuses. Eprouvant une inquiète et secrète horreur pour le fruit de leurs entrailles, ils évitent de s'appesantir sur la signification positive de ce qu'ils nomment une victoire républicaine et célèbrent la défaite de l'Eglise catholique. Il nous importe de retenir cette impression. Elle décèle visiblement que l'instinct de la conservation a été, parmi les dirigeants responsables de la politique qui triomphe, plus éveillé peut-être par ce dangereux succès qu'il ne l'eût été par la défaite.
    Un des chefs les plus alertes et les plus avisés des partis battus,   
analysant devant nous les causes du triomphe jacobin, prétendait les trouver soit dans le contingent électoral nouveau, récemment sorti des mains des maître de l'enseignement primaire laïc acquis pour un très grand nombre à la révolution, soit dans une sorte de mysticisme politique des masses, convaincues de la toute-puissance de l'acte  législatif et attendant d'une série de votes parlementaires la miraculeuse transformation de leur existence. Cette dernière observation qui est topique, ne diminue aucunement la valeur de remarques plus modestes et qu'il est on ne peut plus juste de nous entr'adresser, de notre côté. Les causes de la défaite des partis d'opposition sont multiples. Ces partis, soit dans l'ordre privé, soit dans l'ordre public, en tant qu'ils étaient représentés par de riches employeurs ou des parlementaires de la droite ou du centre, se sont toujours tout laissé arracher en fait de progrès et d'amélioration; ils n'ont jamais rien librement consenti. Le prolétariat n'a vu par conséquent en eux qu'une classe ennemie. S'il est juste, d'autre part, de rendre l'école laïque en grande partie responsable de l'état révolutionnaire du pays; il ne l'est pas moins de faire participer la caserne à cette responsabilité. L'officier français a sans doute accompli son devoir d'instructeur technique; 11 n'a pas assez rempli celui d'éducateur moral dans les rangs des nouvelles générations qui viennent de lui passer entre les mains et que la caserne moderne à transformées en électeurs révolutionnaires.
    Certains trouvent commode de pallier la défaite en s'en prenant à l'indiscipline qui aurait régné dans leurs rangs. C'est ainsi que des catholiques imputent leur échec à une prétendue division des catholiques. Nous avons notamment relevé cette impression dans des journaux 'romains qui passent pour être autorisés, mais qui sont, en l'espèce, étrangement informés. 11 y a là une grave erreur, sinon une calomnie. Tous les catholiques, quelles que soient les tendances politiques, sociales, intellectuelles qui se manifestent nécessairement dans toute société qui n'est pas réduite à l'état de troupeau, ont voté avec ensemble pour des candidats de l'ordre. Malheureusement, la discipline ne remplace pas les effectifs absents. Les catholiques sont, en France, une minorité politique de plus en plus précaire. Voilà le fait à l'endroit duquel, dans l'intérêt même de la cause religieuse, il ne convient pas de se leurrer davantage.
    On sait que le cabinet Sonnino a été mis en minorité sur une question secondaire où des principes  n'étaient pas en jeu, mais à propos de laquelle là 1 volonté de renverser le gouvernement a été trop évidemment manifestée par la coalition pour que le ministère ne se retirât pas. A l'heure où nous rédigeons ce bulletin, aucune solution n'est encore intervenue. Le roi a mandé successivement MM. Visconti Venosta, di Rudini, Giolitti, Gallo. La difficulté ministérielle gît beaucoup moins dans un conflit de programmes et de principes que dans une concurrence d'intérêts, de groupes et de personnalités. C'est pourquoi, même rapidement tranchée, la question restera en suspens après sa propre solution. Nous souhaiterions toutefois à l'Italie qu'elle pût conserver à la tête du Trésor, le financier, l'économiste, l'esprit de tout premier ordre qu'est M. Luzzatti