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Première
année, Numéro 31
VENDREDI 25 MAI 1906
SOMMAIRE:
![]() INFORMATIONS ET DOCUMENTS France.
- L'Assemblée des
Evêques. - Pensions ecclésiastiques. - Défaite ou
Victoire, - La Traite
des blanches, etc. - Saint-Siège
et Italie: La Maladie de Pie X. - Le
Saint-Siège et l'Italie. - L'Attitude du Vatican, etc.
Allemagne:
Grèves et lock-out. - Angleterre:
Le Congrès international des mineurs,
etc. - Belgique: Elections législatives. - Espagne:
Le Cardinal Sancha
et la Séparation. - Etats-Unis:
Une lettre du Cardinal Gibbons. -
Portugal: Politique radicale. - Russie:
Boycottage commercial. - Suisse:
L'invocation divine, etc. Turquie: Un lycée français.
REVUE DES PERIODIQUES
L'Assemblée des
Evêques (le Figaro) - Un
acte de liberté (Le journal
des Débats). - La Culture intellectuelle dans le
clergé français (L'Univers).
- Les Elections et les catholiques (Le
Bulletin de la Semaine),NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Etudes d'art
étranger, par M. William Ritter.Dernières Publications
![]() BULLETIN POLITIQUE
L'Opposition a été pour
ainsi dire anéantie au scrutin de ballottage. Le triomphe du
Bloc
contenu, le 6 mai, dans des limites radicales, s'est achevé, au
second
tour, en une sorte d'orgie révolutionnaire. On dit le
gouvernement de
M. Clemenceau fort embarrassé de son écrasante victoire.
Nous le
croyons sans peine. Il a certainement dépassé le but
qu'il y a quelques
jours encore, il osait à peine s'assigner. En tête
à tête maintenant
avec sa seule monture, il lui reste à la maîtriser et ce
ne sera pas
commode. Nombre de journaux de surenchère démagogique
appartenant à des
capitalistes de gauche sont, en ce moment, d'une lecture (d'une lecture
entre les lignes surtout) des plus curieuses. Eprouvant une
inquiète et
secrète horreur pour le fruit de leurs entrailles, ils
évitent de
s'appesantir sur la signification positive de ce qu'ils nomment une
victoire républicaine et célèbrent la
défaite de l'Eglise catholique.
Il nous importe de retenir cette impression. Elle décèle
visiblement
que l'instinct de la conservation a été, parmi les
dirigeants
responsables de la politique qui triomphe, plus éveillé
peut-être par
ce dangereux succès qu'il ne l'eût été par
la défaite.
Un des chefs les plus alertes et les plus avisés des partis battus, |
analysant
devant nous les causes du triomphe jacobin, prétendait les
trouver soit dans le contingent électoral nouveau,
récemment sorti des
mains des maître de l'enseignement primaire laïc acquis pour
un très
grand nombre à la révolution, soit dans une sorte de
mysticisme
politique des masses, convaincues de la toute-puissance de l'acte
législatif et attendant d'une série de votes
parlementaires la
miraculeuse transformation de leur existence. Cette dernière
observation qui est topique, ne diminue aucunement la valeur de
remarques plus modestes et qu'il est on ne peut plus juste de nous
entr'adresser, de notre côté. Les causes de la
défaite des partis
d'opposition sont multiples. Ces partis, soit dans l'ordre
privé, soit
dans l'ordre public, en tant qu'ils étaient
représentés par de riches
employeurs ou des parlementaires de la droite ou du centre, se sont
toujours tout laissé arracher en fait de progrès et
d'amélioration; ils
n'ont jamais rien librement consenti. Le prolétariat n'a vu par
conséquent en eux qu'une classe ennemie. S'il est juste, d'autre
part,
de rendre l'école laïque en grande partie responsable de
l'état
révolutionnaire du pays; il ne l'est pas moins de faire
participer la
caserne à cette responsabilité. L'officier
français a sans doute
accompli son devoir d'instructeur technique; 11 n'a pas assez rempli
celui d'éducateur moral dans les rangs des nouvelles
générations qui
viennent de lui passer entre les mains et que la caserne moderne
à
transformées en électeurs révolutionnaires. Certains trouvent commode de pallier la défaite en s'en prenant à l'indiscipline qui aurait régné dans leurs rangs. C'est ainsi que des catholiques imputent leur échec à une prétendue division des catholiques. Nous avons notamment relevé cette impression dans des journaux 'romains qui passent pour être autorisés, mais qui sont, en l'espèce, étrangement informés. 11 y a là une grave erreur, sinon une calomnie. Tous les catholiques, quelles que soient les tendances politiques, sociales, intellectuelles qui se manifestent nécessairement dans toute société qui n'est pas réduite à l'état de troupeau, ont voté avec ensemble pour des candidats de l'ordre. Malheureusement, la discipline ne remplace pas les effectifs absents. Les catholiques sont, en France, une minorité politique de plus en plus précaire. Voilà le fait à l'endroit duquel, dans l'intérêt même de la cause religieuse, il ne convient pas de se leurrer davantage. On sait que le cabinet Sonnino a été mis en minorité sur une question secondaire où des principes n'étaient pas en jeu, mais à propos de laquelle là 1 volonté de renverser le gouvernement a été trop évidemment manifestée par la coalition pour que le ministère ne se retirât pas. A l'heure où nous rédigeons ce bulletin, aucune solution n'est encore intervenue. Le roi a mandé successivement MM. Visconti Venosta, di Rudini, Giolitti, Gallo. La difficulté ministérielle gît beaucoup moins dans un conflit de programmes et de principes que dans une concurrence d'intérêts, de groupes et de personnalités. C'est pourquoi, même rapidement tranchée, la question restera en suspens après sa propre solution. Nous souhaiterions toutefois à l'Italie qu'elle pût conserver à la tête du Trésor, le financier, l'économiste, l'esprit de tout premier ordre qu'est M. Luzzatti |