Nos:
Première  année, Numéro 39
VENDREDI 20 JUILLET 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE











NOTRE PROGRAMME















Henri BREMOND   Newman et Manning
Auguste CHOLAT  A propos de la Séparation, par M. Paul Sabatier
C. LAURENT . . . .
   Correspondance allemande Herman Schell

LETTRE A L'EDITEUR
    V.-M.: Nationalisme ascétique.

INFORMATIONS ET DOCUMENTS

    France: Les Instructions pratiques. - La nouvelle Majorité. - La Liberté d'enseignement, etc. Saint-Siège et Italie: Le prochain Consistoire, etc. - Allemagne: Une Victoire socialiste. - Le Jeu dans l'armée. - Alsace-Lorraine: Le Ralliement au centre. - Angleterre: L'Instruction laïque. Belgique: Une Politique juive. - Espagne: Le Parti républicain. - Hollande: La Loi des enfants. Portugal: Le - Mouvement républicain. - Turquie: Laïcité en Orient, etc., etc.

    REVUE DES PERIODIQUES
Herman Schell (Das Zwanzigste Jharhundert). Le Devoir de l'Elite (L'Univers). - La fermeture de Lourdes (Le Courrier européen). -

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Histoire de la Théologie positive, du Concile de Trente au Concile du Vatican, par J. Turmel. - Saint Jérôme, par le même.
Dernières publications.

BULLETIN POLITIQUE
   
    La Cour de cassation, juridiction suprême du pays, a rendu un jugement définitif dans la révision du procès Dreyfus. Retenant plusieurs faits nouveaux, elle a cassé sans renvoi l'arrêt du Conseil de guerre de Rennes. Ainsi finit ce procès historique ou plutôt cette lutte gigantesque où les plus nobles et les plus basses passions entrèrent en jeu, soulevant les uns contre les autres dans une guerre à mort les fils d'une même patrie et arrachant l'intérêt du monde entier. Malgré les efforts de quelques journaux c'est au milieu du calme et d'une indifférence presque générale que se termine cette Affaire qui appartient désormais à l'histoire et qui provoqua la crise la plus profonde, peut-être, de la conscience française.
    Avant de se séparer, la Chambre a voté le principe de l'impôt progressif sur le revenu. impôt progressif et non proportionnel. Etabli par cédules c'est-à-dire par catégories de revenus, ainsi qu'il existe approximativement en Angleterre sous le nom d'income-tax, et non global tel qu'il fonctionne en Prusse. Appliqué enfin par taxation 
directe corrigée, au gré du contribuable, par la déclaration. M. Poincaré a trouvé de très habiles paroles pour la défense de son    projet. Il a fait appel aux sentiments de solidarité sociale des capitalistes français qui ont déjà, affirme-t-on, déposé plusieurs milliards dans les banques de Londres, de Genève et de Bruxelles et leur a demandé de consentir un léger sacrifice fiscal au nom des réformes réclamées par la démocratie, lois d'assistance et de retraites...
   Le fait économique, généralement inexorable, répondra-t-il aux combinaisons des uns, aux menaces ou aux avances sentimentales des autres? C'est la question capitale qu'une autre prime cependant, si l'on se place à un point de vue que la politique envisage peu. Il importe évidemment que le nouvel impôt soit rémunérateur. Il importe davantage qu'il soit juste et équitablement perçu.
    Des élections administratives viennent d'avoir lieu en Italie où les conseils municipaux se renouvellent à cette époque par moitié. Les listes de coalition catholique et modérées à base conservatrice, et dont la formation a été fort encouragée par le Saint-Siège, ont remporté d'assez nombreux succès. Partout où les radicaux et les socialistes ont fait bloc, les catholiques conservateurs ont conclu des alliances avec la bourgeoisie libérale. On signale à Milan, Mantoue, Vicenze, Arezzo, Vintimille, etc., des victoires dues à cette combinaison. A Gênes, cependant, et à Naples, pour ne citer que ces deux grandes villes, les catholiques démocrates qui y sont une puissance n'ont point pris part au scrutin. Ne pouvant constituer une liste homogène et se trouvant entre deux partis dont ils partageaient, de l'un, le culte religieux et, de l'autre, les aspirations sociales, ils n'ont pas voulu accentuer la répugnance de plus en plus grande que la masse témoigne pour les représentants des intérêts religieux en votant, eux, catholiques, pour les adversaires des intérêts de la démocratie, et ils n'ont pas voulu davantage, en dépit de la sympathie qu'ils éprouvent pour une partie de son programme social, renforcer de leurs votes un parti irréligieux. Ils se sont abstenus.
     Rien, jusqu'à ce jour, n'a démontré avec autant d'inquiétante précision la profondeur et l'étendue de la crise intérieure russe que l'ajournement de la visite d'une escadre anglaise à Cronstadt. Cette croisière amicale sur les côtes de la Baltique, deux ans seulement après l'incident de Hull, devait être un événement historique peu banal. Il y a quelques semaines encore on en imaginait à peine la possibilité. Après des débats parlementaires fort délicats du côte britannique, au cours desquels sir Edward Grey avait dû déployer des arguments très puissants et découvrir jusqu'à la raison d'Etat, en excipant de l'importance exceptionnelle d'un rapprochement anglo-russe, et en dépit de la campagne d'opinion soutenue, assure-t-on. par quelques grandes banques israélites de Londres désireuses d'infliger une leçon à la Russie officielle, responsable du massacre des Juifs de Bielostock, le voyage de la flotte anglaise avait été décidé. Et c'est à l'heure où le difficile résultat était obtenu. que cette visite, sur la demande du czar, est ajournée. Le gouvernement russe a dû avouer qu'il n'était plus maître chez lui, qu'il ne lui était pas plus loisible de sortir pour recevoir son invitée que d'imposer à ses sujets et à ses soldats le respect de son hôte. Lamentable situation d'une autorité hypertrophique...




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Newman et Manning
Avec un troisième volume qui va de la mort de Wiseman à la mort de Manning (1865-1892), M. Thureau-Dangin termine sa grande histoire de la Renaissance catholique en Angleterre. Je sais peu de livres modernes qui donnent, à un pareil degré, l'impression d'une œuvre achevée, d'une œuvre, au noble sens de ce mot. La documentation du livre défie la plus exigeante des critiques. Ouvrages d'exposition doctrinale ou de controverse, biographies, recueils de lettres, revues, journaux, l'auteur a lu tout ce qui, de près ou de loin, pouvait le renseigner sur cet immense sujet. D'autre part, mérite beaucoup plus rare, il domine, il maîtrise, il ordonne, il anime cette matière presque infinie avec cette aisance qui est peut-être la marque souveraine du véritable écrivain, il se meut librement à travers cette période de soixante années d'histoire religieuse (1830-1893), il montre les points lumineux qui marquent les étapes principales de cette longue évolution, il appelle tour à tour et laisse tomber dans leur néant les personnages secondaires et les comparses, il concentre notre attention et ramasse nos sympathies sur les quelques figures essentielles d'où tout rayonne et auxquelles tout doit revenir. Le livre est écrit avec une noble sérénité qui n'exclut ni la chaleur ni le pittoresque. On voit bien où va l'admiration la plus cordiale de l'auteur, mais il ne nous impose jamais ses préférences, et il nous empêche de condamner trop absolument ou trop vite ceux-là même dont il déplore, avec une réserve éloquente, ou les injustices ou les maladresses. Ainsi conçue, ainsi conduite, cette histoire s'impose aux réflexions approfondies de tous ceux qui mettent la question religieuse au-dessus de toutes les autres et qui cherchent dans les expériences du passé une lumière pour s'orienter au milieu des difficultés d'aujourd'hui et de demain.
    Comme il était facile de le prévoir, l'auteur, dans ce troisième volume aussi bien que dans le second, a été obligé de dédoubler son sujet  pour suivre séparément les deux courants issus du mouvement d'Oxford: d'une part, le courant proprement catholique; de l'autre, le courant  "anglo-catholique" qui tendait à catholiciser plus ou moins l'anglicanisme ». A dater, en effet, de la conversion de Newman, ces deux courants n'ont presque plus rien de commun et, dans un sens, on peut presque dire qu'ils ne se rencontrent que pour se combattre.
     L'anglicanisme d'un Keble, d'un Pusey pouvait, à la rigueur, être considéré comme une dernière étape sur la route qui mène à Rome. Le ritualisme, au contraire, dans ses derniers développements, précisément parce qu'il fait profession de revenir aux dogmes et aux pratiques du catholicisme, s'il n'arrête pas toujours les conversions individuelles, me semble tout à fait funeste au grand mouvement de 1845. L'auteur a donc été bien inspiré de raconter séparément cette double histoire, bien inspiré aussi d'arrêter son récit à la mort de Manning et au triomphe ritualiste de 1892. A partir de cette date, ni pour les catholiques, ni pour les ritualistes, on ne saurait plus parler de renaissance. De part et d'autre, pour le moment du moins, l'époque héroïque semble finie. Est-ce à dire que le mouvement d'Oxford ait épuisé sa fécondité initiale, pour ma part, je ne le crois pas. Je pourrais citer, dans l'anglicanisme
contemporain, bien des hommes qui n'appartiennent pas au ritualisme et qui pourtant sont moins loin de nous que lord Halifax lui-même. Mais c'est là de l'histoire en formation et que nous n'avons pas encore le droit de raconter. Qu'il nous suffise de rappeler que chez tous les anglicans dont je parle, on montrerait sans aucune peine l'influence, directe ou indirecte, du newnanisme, sinon toujours de Newman lui-même. M. Thureau-Dangin indique, avec sa pénétration ordinaire, ce prolongement indéfini. de l'influence newmanienne.
    « La confiance de Newman, dit-il au sujet de la Grammar of assent, n'a pas été trompée. Les idées qui avaient étonné au jour de leur apparition... ont pu être enseigné d'autorité à toutes les natures d'intelligences et leur apportant la solution de tous les problèmes religieux? Newman n'a jamais eu une telle prétention; il a dit seulement ce qui l'a satisfait lui-même. mais, en ce faisant, il se trouve avoir ouvert' des vues, indiqué des voies où beaucoup d'esprits troublés, inquiets, et non des moins affinés ni des moins ouverts aux idées du temps présent, aperçoivent aujourd'hui le moyen de se délivrer de leurs doutes et d'affermir leur foi. Aussi, parmi les philosophes chrétiens de l'heure présente, plusieurs se montrent-ils curieux d'étudier la Grammar of assent, de s'en approprier sinon toutes les idées, du moins les plus importantes, et semblent-ils y découvrir, comme dans l'Essai Sur le développement, l'un des éléments de cette apologétique nouvelle, jugée nécessaire, pour faire face à des attaques également nouvelles. Considéré sous ce jour, Newman n'est plus uniquement ce que le public est surtout habitué à voir en lui, le créateur de ce fécond mouvement d'Oxford qui a revivifié le ferment catholique enfoui dans l'Eglise anglicane, le grand converti qui, par son exemple et son enseignement, a montré à tant de belles âmes le chemin qui les ramenait à la véritable Eglise; il est, en outre, l'initiateur d'une philosophie religieuse où beaucoup d'esprits croient trouver aujourd'hui réponse aux objections ou aux anxiétés de la pensée moderne; et, sans vouloir diminuer le bienfait de la première de ces œuvres, n'apparaît-il pas que la seconde révèle un génie supérieur, qu'elle a une portée plus vaste, qu'elle intéresse non plus seulement l'Angleterre, mais le monde entier, qu'elle ne se borne pas à apporter un remède à une crise du passé, mais qu'elle vise à résoudre le problème de l'avenir (p. 109, 110). »
    Je mettrai, pour ma part, moins de différence entre ces deux œuvres. La seconde, à mon sens, n'est que la continuation et l'épanouissement de la première. Sous une forme nouvelle, c'est toujours le mouvement d'Oxford. En tout cas, on voit bien que la grave, l'impartiale histoire, fait à Newman la part du lion. Par le simple récit des faits, M. Thureau-Dangin aura travaillé plus quel personne à l'apothéose du grand cardinal. Autant et plus encore que les deux premiers, ce dernier volume montre aux yeux les plus prévenus
l'incomparable puissance de cet homme et l'indéfectible justice de sa cause. Suspect, inlassablement dénoncé à Rome, traversé dans tous ses projets d'apostolat, condamné toujours, soit qu'il parle, soit qu'il se taise, ce catholique fidèle qui a tout sacrifié à l'Eglise reste, pendant des années, sous la menace d'une réprobation solennelle. La lumière est faite, cruelle et décisive, sur ces incidents lamentables. Nous avons en main tous les papiers qui circulaient sans relâche de Westminster à Rome et de Rome à Westminster.
    "Il faut écraser l'esprit de Newman », écrit de Rome Mgr Talbot,  "il y a dans sa réponse à Pusey des passages qui ne sont ni catholiques ni chrétiens»; et Manning, de son côté: "Ce que vous écrivez sur le docteur Newman est vrai... c'est le catholicisme mondain. » Aux yeux de l'archevêque, Newman est moins loin de Pusey que de Rome. 
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"Qu'on n'aille pas, d'ailleurs, s'exagérer l'influence de ces mauvais  convertis; sauf quelques prêtres et les jésuites anglais ce catholicisme dilué ne trouvera aucune faveur en Angleterre », p. 78, 79. Un jour vient pourtant où les catholiques anglais se révoltent et écrivent à Newman "que tout coup qui le touche inflige une blessure à l'Eglise catholique en Angleterre » (p. 85). Le pauvre prélat, déjà sur le seuil de la démence, ne voit dans cette adresse "qu'une insulte au pape et à l'archevêque ». Ils commencent, ajoutait-il, à montrer le pied fourchu que je leur connais depuis longtemps... Quel est le département des laïques? Chasser à courre, au fusil, traiter leurs invités. » Enfin, il écrit son inconcevable phrase: "Le docteur Newman est l'homme le plus dangereux d'Angleterre", (p. 87).
Comme Newman le disait, à cette heure même, "il n'y a pas là de quoi nuire à quelqu'un. » De telles attaques "sont la preuve qu'une œuvre se fait », et il parlait en homme qui sait la valeur des mots, de ce silence qui n'est que l'indifférence ou  timidité, mais patience» (p: 80). Patience! Cette histoire est vieille de quarante ans et cependant, quand on la relit aujourd'hui, on croit se rappeler un absurde cauchemar. Comme tout cela est loin de nous! Qui se soucie aujourd'hui des anathèmes de Ward, des dénonciations de Manning et des injures de Talbot; qui songe qu'en 1879 il fallut presque un coup d'Etat pour que justice fût enfin rendue? M. Thureau-Dangin raconte, à ce sujet, une anecdote très savoureuse et dont l'authenticité ne laisse aucun doute: « Quelques années plus tard, lord Selborne, au cours d'une audience du Saint Père, ayant eu l'occasion de prononcer le nom de Newman, la figure de Léon XIII s'illumina: "Mon" cardinal! dit-il. Ce ne fut pas facile; non, ce ne fut « pas facile. Ils disaient qu'il était trop libéral: mais  j'avais résolu d'honorer l'Eglise en honorant Newman. J'ai toujours eu un culte pour lui. Je suis fier « qu'il m'ait été donné d'honorer un tel homme. » (page 232).
    La généreuse initiative de Léon XIII effaçait pour toujours Newman de la liste des suspects. Aujourd'hui, ceux-là même que sa gloire semble gêner n'osent guère l'attaquer en face. Ils prennent, pour arriver jusqu'à lui, d'étranges chemins de traverse par où les honnêtes gens ne passent jamais. La plus avouable de leurs manœuvres consiste à plaisanter tantôt de la ferveur enthousiaste, tantôt du petit nombre de disciples de Newman. Eh! bonnes gens, si, comme vous dites, nous ne sommes que deux ou trois à vivre de la pensée de Newman, si nos livres de propagande newmanienne languissent chez le boutiquier, est-ce bien la peine de dépenser contre nous tant de rhétorique et tant de dépit. Laissez nos éditeurs se ruiner tout à leur aise, ou tâchez de les enrichir d'une autre façon. Quant à notre enthousiasme, j'avoue qu'il peut irriter certaines gens, mais il paraîtra bien excusable à ceux qui savent qu'en exaltant Newman, nous entendons exalter l'Eglise elle-même et défendre les fondements de notre foi. C'est ce qu'a compris et formulé admirablement le chroniqueur théologique de la Revue du Clergé français. Ce théologien, vigoureux et sincère, a toujours fait preuve d'une orthodoxie scrupuleuse. Mais il a étudié longuement et sans parti pris le newmanisme et les différents systèmes qui s'y rattachent, et il résume les conclusions de son étude avec la fermeté tranquille d'un homme qui ne cherche que la vérité. c Cet accord spontané d'esprits si divers, - c'est ainsi qu'il parle dans sa chronique du 15 mai, montre qu'il y a dans ces essais plus qu'un rêve de nouveauté dangereux, mais la réponse à un besoin de la conscience moderne, soucieuse de sauvegarder, jusque dans l'acception d'une autorité extérieure, l'autonomie de la personne humaine, plus curieuse d'introspection psychologique que de spéculations métaphysiques et de syllogismes. Il ne serait pas difficile de prouver que ce changement de perspective est un rajeunissement, non un bouleversement de l'apologétique traditionnelle. Qu'on médite cet article de M. Dubois, qu'on relise la forte page de M. Thureau-Dangin que je citais tantôt, et on comprendra pourquoi des disciples de plus en plus nombreux, - hélas! ils ne sont pas tous des jeunes gens, - saluent aujourd'hui avec tant d'allégresse l'apothéose de Newman (1).
    Le livre de M. Thureau-Dangin nous montre la nécessité d'une autre  révision, plus laborieuse, assurément, mais qui s'impose aux psychologues de l'avenir. Ni les uns ni les autres, nous ne sommes peut-être tout à fait justes envers Manning. Je crois bien que ses
amis l'ont encore plus mal servi que ses adversaires.
     Mais, à mon sens, il ne mérite ni la dangereuse estime des uns, ni les sévères critiques des autres. Non, en vérité, il reste trop grand pour qu'on ne voie en lui que le confident de Talbot et que le censeur de Newman. Assurément, on ne reprochera pas à M. Thureau-Dangin d'avoir rien fait pour diminuer ce personnage ou pour le sacrifier à son rival. Je regrette seulement que les dissections impitoyables du psychologue soient  interdites à l'historien et que notre auteur, sous peine de rompre l'équilibre de son livre, ait dû renoncer à  creuser lentement le portrait, à résoudre l'énigme de  Manning. Que n'aurions-nous pas donné pour être tout  près de l'archevêque, au moment où lui arrive, par  exemple, la réponse de Newman à Pusey, ou bien la lettre au duc de Norfolk. Qu'est-ce qui se passe au plus profond de cette âme, prévenue sans doute, irritée, mais, j'en suis sûr, noble, à sa façon, et généreuse? A quoi pensait-il vraiment, lorsque, en pleine guerre, - et quelle guerre! - il arborait le drapeau blanc: u Je me refuse à vous comprendre », lui écrivait Newman, qui savait que cette main tendue vers la sienne n'était pas la main d'un ami. Mais nous devons, nous, le comprendre, nous devons montrer comment certains gestes, en apparence inconcevables, ne prouvent rien, néanmoins, contre la droiture essentielle et le désintéressement de cette vie. Encore un coup, une sorte d'instinct m'assure que les antinomies ne sont pas réelles et que, par exemple, Manning ne s'est prêté à aucune manœuvre consciente pour empêcher la promotion de Newman au cardinalat.   
     Mais je voudrais qu'on m'expliquât le secret des fuyantes démarches que l'archevêque esquissait alors et qui toutes semblaient tendre à faire échouer le projet de Léon XIII. On nous expliquera cela quelque jour, et les autres secrets de cette carrière d'abord si glorieuse et qui s'achève d'une façon si pathétique dans une sorte d'isolement désabusé. En tout cas, le futur biographe de Manning ne trouvera pas de guide plus sûr que M.Thureau-Dangin., et pour ne plus revenir ici sur les autres mérites de cet admirable livre, c'est beaucoup, je pense, pour la gloire d'un écrivain, que d'avoir su peindre et raconter, sinon avec une même sympathie, du moins toujours avec une égale justice, un Newman et un Manning.

Henri BREMOND.

(1) Je me permets d'appeler aussi l'attention sur l'étude très remarquable dont la Revue de Philosophie vient de commencer la publication. Bien qu'il n'ait pas encore formulé ses conclusions, je sens que M. Baudin n'est pas tout à fait des nôtres. Qu'importe! nous aurons tout intérêt à suivre attentivement cette critique directe, loyale et pénétrante. M. Baudin ne s'amuse pas à insinuer que nous avons faussé la pensée du maître. Il lui a suffi de lire la Psychologie de la Foi pour voir que négliger même de souligner celles qu'on pouvait utiliser contre nous. C'est un charme de le lire et j'enrage de n'avoir pas écrit cet exquis parallèle entre Platon et Newman.
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CHRONIQUE: A propos de la Séparation par M. Paul SABATIER
    La brochure de M. Paul Sabatier sur la Séparation, - que nous avons annoncée et critiquée à son heure (Demain, 6 février 1906), - ayant été très rapidement épuisée, l'auteur a dû en publier une seconde édition considérablement augmentée (1). .
    Parmi les additions, il convient de signaler de nombreux documents nouveaux qui ne contribuent pas peu à augmenter l'intérêt et l'utilité de ce travail. Si, comme il est probable, une troisième édition est rendue nécessaire, il est à souhaiter que cette partie documentaire soit fortifiée et développée encore, afin de rendre ces pages de plus en plus profitables à ceux qui veulent étudier la situation religieuse de notre pays.
    Mais ce qui, dès à présent, donne à cette seconde édition une importance spéciale, c'est une préface de 84 pages où sont précisés certains points de l'exposé primitif et où l'auteur répond à quelques critiques faites à sa première édition. Le moment semble donc venu de parler en toute franchise de l'ensemble du travail de M. Paul Sabatier.
    Parmi les critiques qui lui ont été faites, il en est une que nous avons présentée ici même et sur laquelle nous voulons revenir en peu de mots, ne pensant pas que  M. Sabatier y ait répondu. d'une manière entièrement  satisfaisante. Pourquoi, puisqu'il étudiait en historien ~ les causes de la Séparation, ne pas montrer, parallèlement aux torts et aux erreurs des esprits sectaires de  droite les torts et les erreurs des sectaires de gauche ! M. Sabatier nous parle de la démocratie et il inclut dans ce mot un idéal très élevé d'autonomie de l'individu, de solidarité, de poursuite désintéressée du mieux, mais pourquoi abstraire complètement cet idéal de ceux qui s'en font les champions? Il y a lieu, bien entendu, de distinguer entre eux et la cause, qu'ils prétendent servir, de même que M. Sabatier distingue avec beaucoup de raison entre le catholicisme et ceux qui le compromettent, mais puisqu'il parle de ceux-ci pour nous dire la part de responsabilité qui leur revient dans la situation actuelle, pourquoi ne pas nous parler aussi de ceux-là au même point de vue? Si les violences d'une certaine presse de droite ont compromis le catholicisme qui n'a pas su s'en désolidariser nettement, les violences d'une, certaine presse de gauche ne compromettent-elles pas également la cause de la démocratie et celle-ci s'est-elle donc désolidarisée d'avec elle? Sans parler encore de la délation maçonnique, - et il n'est pas besoin de croire les racontars qui ont cours sur la Franc-Maçonnerie pour la juger sévèrement, - M. Sabatier n'ignore pas que nos anticléricaux emploient parfois des procédés de polémique qui ne le cèdent en rien à ceux de la Libre Parole, de la Vérité française, etc... Il sait certainement, par exemple, l'usage que font du «scandale clérical» de grands journaux de gauche, qu'on ne peut forcer à se rétracter que par une condamnation judiciaire. Ce n'est pas aux cléricaux, nous dit-il, qu'il appartient de reprocher à leurs adversaires leur cléricalisme à rebours. Soit, mais l'historien n'est pas clérical et il a non seulement le droit, mais le devoir, de peser également les responsabilités de chacun. Un de nos amis nous écrivait très justement à ce sujet:« Il y aurait lieu de montrer comment on peut fausser un exposé en ne disant que des choses exactes. » Eh! oui, le réquisitoire de M. Sabatier est exact, trop exact malheureusement, mais l'exposé général n'en est pas moins faussé, non par ce qui y est, mais par ce qui n'y est pas.
    On pourrait aussi instituer une discussion sur plusieurs points de détail, mais la phrase est tellement chargée de pensées, d'impressions, évoquant avec elles une multitude de questions de tout ordre, que c'est là une tâche qu'il convient de laisser à la méditation du lecteur. Aussi n'insisterons-nous que sur un de ces points qui est spécialement important.
M. Sabatier écrit: « Le Parlement a voulu faire une loi de liberté et d'indépendance. Qu'il ait réussi, c'est ce que prouve la façon calme et souvent joyeuse dont elle a été acceptée par les protestants et les israélites. La lutte contre la loi ne prouverait qu'une chose, c'est que l'Eglise ne peut pas se contenter du même traitement que les autres cultes et qu'elle est inapte à accepter un régime de liberté. » Cette affirmation ne nous semble pas parfaitement exacte. La loi du 9 décembre 1905 n'établit pas une séparation absolue. Il existe encore, sous le nouveau régime, des rapports (réduits au minimum, il est vrai) entre les Eglises et l'Etat. Il pourrait donc fort bien se faire qu'étant donnée la diversité de constitution et de discipline de l'Eglise catholique et des communautés protestantes et israélites, ces rapports pussent être facilement acceptés par les unes, tout en restant inconciliables avec l'organisation de l'autre. Nous sommes très à l'aise pour formuler ces réserves ayant toujours pense, pour notre compte, qu'en fait, la loi actuelle laisse à l'Eglise la liberté d'introduire dans le contrat et les statuts les garanties nécessaires à sa discipline propre et que, par conséquent, l'essai peut en être loyalement fait par les catholiques.
    La partie la plus importante de la brochure est incontestablement celle où M. Sabatier salue avec joie le renouvellement intellectuel et moral qui s'opère actuellement dans le catholicisme. « ...Je désire constater ici dit-il, le travail profond qui s'accomplit au sein du clergé catholique romain. Assimilation intellectuelle et scientifique, assimilation politique et sociale il s'essaye à tout avec un entrain et un bonheur dont on ne saurait guère prévoir les résultats,.. que se passera-t-il quand la France connaîtra ce nouveau clergé? quand elle verra devant elle des prêtres qui ne songeront même pas à s'occuper de politique; qui, au lieu d'être les" esclaves du passé, en seront les fils reconnaissants, respectueux - et intelligents... Je crois que, ce jour-là, la France sera saisie d'une indescriptible émotion. Et si parmi les prêtres dont je viens de parler et les penseurs libres à côté desquels ils se trouveront tout naturellement, il y a quelque prophète au cœur débordant et du verbe enflammé, nous aurons dans œ pays un réveil de foi tel qu'on n'en a vu nulle part ailleurs. »
    Nous ne sommes nullement étonnés du concert de lamentations que ces paroles ont soulevé. On a voulu y voir ce qu'on y cherchait, la preuve d'un vaste complot dans l'Eglise même. Il existerait un parti réformateur ayant des chefs et un programme, et ceux qui se proclament hautement les providentiels gardiens de l'orthodoxie n'ont pas manqué de remercier M. Sabatier d'avoir fourni contre ce parti un document écrasant. Or, comme tous ceux qui ne sont pas volontairement aveugles, M. Sabatier sait fort bien qu'il n'existe ni .parti, ni programme de cette sorte. Observateur Impartial, il a simplement dit ce qu'il a vu : des catholiques faisant loyalement usage de leur raison et aboutissant, d'ailleurs, à des conclusions différentes sur bien des points. Voilà le fait et ce fait l'a rempli de joie, car il y a trouvé le gage, pour notre pays, d'une ère nouvelle, où la lutte stérile
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du catholicisme et de l'esprit moderne cessera, pour faire place à une collaboration féconde et loyale.
    Qu'est-ce à dire? C'est sans doute au prix d'une trahison que des catholiques de plus en plus nombreux peuvent être qualifiés de penseurs libres par des libres-penseurs authentiques? Par quel honteux marché ont-ils pu obtenir cette faveur? - N'en déplaise aux chercheurs d'hérésies, ce titre ne leur a rien coûté, sinon d'avoir réellement pratiqué le rationabile obsequium. M. Sabatier sait fort ,bien que les catholiques dont il parle sont de vrais catholiques; pour les regarder comme des penseurs libres, il n'exige pas d'eux qu'ils abdiquent leur foi; il leur demande seulement de ne pas abdiquer leur raison. Est-ce trop leur demander?
      Il sait, d'ailleurs, que la science n'est pas le tout de l'homme, et "qu'une certaine  notion absolutiste de la science constitue fatalement une atmosphère d'inintelligence, d'infaillibilisme et de haine. » A côté de la science il y a la conscience, qui ne peut être en conflit avec elle que par suite de malentendus. La foi n'est-elle pas, comme l'a fort bien définie M. Loisy : « l'acte de l'homme jugeant avec toute son âme la valeur de la doctrine religieuse qui lui est offerte », et la théologie elle-même ne fait-elle pas intervenir dans la préparation à la foi, avec la volonté, la raison? On voit donc que vouloir faire sa part à la raison, c'est-à-dire à l'esprit; critique, c'est vouloir poser de solides fondements sut du sable mouvant.
      Voilà la très simple constatation qui, loyalement acceptée; fait que tant de catholiques peuvent se rencontrer sur un terrain commun avec des libres-penseurs, sans arrière-pensée comme sans capitulation. S'il naît entre eux une profonde sympathie, une fraternité vraie, cela ne peut venir de leurs conclusions, qui sont différentes, cela vient de la méthode, partant de la mentalité, qui sont les mêmes. Il est si vrai qu'on communie plus intimement parfois par la méthode que par les conclusions identiques! C'est l'expérience de tous les jours.
     Peut-être doit-on dire que lorsqu'il expose les idées des personnalités dont il parle, M. Sabatier présente quelquefois trop facilement comme admises par tout un groupe de catholiques des conclusions purement individuelles. Il peut en ressortir cette impression d'un groupement compact et d'un système unique qui sont le contraire de la réalité. Encore une fois, il n'y a de commun qu'une méthode, une mentalité, et cette mentalité elle-même n'est pas en tous également précise et consciente. Il n'y a pas passage brusque du groupe des catholiques ennemis de la critique au groupe des catholiques dont parle M. Sabatier. Il y a entre les différentes individualités une suite et une progression ininterrompue. Chez bien peu, la situation n'est aussi nette qu'on nous la présente; chez beaucoup, au contraire, les deux esprits se trouvent à la fois: souvent la critique triomphe sur un point, tandis que sur un autre c'est le préjugé. L'esprit conservateur et l'esprit progressiste sont comme deux forces tendant en sens contraire et c'est de leur rencontre, de leurs luttes, de leurs compromis qu'est faite la vie actuelle de l'Eglise.
    Cette remarque est, d'ailleurs, sans grande importance, si c'est, en dernière analyse, il la mentalité et à la méthode, non à des conclusions arrêtées, que va la sympathie de M.Sabatier, et il n'est pas un lecteur qui puisse se tromper sur ce point. Ceux qui ont fait de lui un catholique, comme ceux qui l'ont accusé de noires machinations, se sont également égarés. « Ma joie étonnera peut-être ceux qui savent que je ne suis pas membre de l'Eglise, dit-il. Elle est pourtant réelle et profonde. La vie me réjouit partout où je la rencontre. On ne discute pas avec des cadavres. La position de M. Sabatier peut déplaire à droite comme à gauche, elle n'en est pas moins loyale et c'est sans arrière-pensée qu'il souhaite que l'Eglise devienne de plus en plus génératrice d'esprit chrétien et de vie morale.
    « J'ai salué avec joie l'avènement d'un catholicisme nouveau, - écrivait M. Sabatier à M. l'abbé Naudet, le 21 juin dernier, "mais nouveau comme est la fleur qui s'épanouit sur la plante, et, bien loin de voir en ce catholicisme nouveau, - quoique ancien, - un catholicisme diminué, pour employer votre expression, ma joie vient précisément de ce qu'il sera un catholicisme augmenté, de ce qu'il sera le catholicisme, c'est-à-dire non pas le cléricalisme, secte de gens accourus de tous les points de l'horizon et réunis seulement par le besoin de former un syndicat d'égoïsme et d'intérêts, un organe de résistance à tous les progrès, mais un catholicisme qui sera l'idée religieuse se dégageant de l'étreinte intéressée de tous ceux qui ont voulu le confisquer au profit de leurs entreprises matérielles, redevenant, au-dessus des patries particulières, le symbole et le gage de l'union des peuples. Parmi les nombreuses réflexions que nous a suggérées la lecture de cette seconde édition, une question s'est posée avec plus de force et d'intensité. Comment M. Sabatier, après avoir écrit cette brochure, a-t-il pu signer la pétition présentée au Parlement par le groupe rationaliste pour l'introduction de l'histoire des religions dans l'enseignement public? Il ne s'agit pas, bien entendu, du principe même: bien des catholiques seraient heureux aussi de voir introduire dans les programmes l'histoire des religions, - tout au moins dans l'enseignement supérieur et secondaire, car, dans l'enseignement primaire, cette innovation n'est guère susceptible de bons résultats, - mais ils sont en droit d'exiger qu'on n'en fasse pas une arme contre le catholicisme. Pourquoi faut-il que ce soit précisément la pensée qui paraît dominante chez les rédacteurs de la pétition. « On se bornera, nous dit-on, à étudier les religions par la méthode historique, par une critique exacte des' faits et des documents .et l'on ajoute: « On étudiera la création relativement récente de l'évêché de Rome, etc... ., prétendant imposer à nos esprits une conclusion a priori au moment même où on nous parle d'étude scientifique. Que M. Sabatier ait approuvé, comme historien, la première de ces propositions, c'est ce qui se comprend sans peine, mais qu'il n ait pas protesté contre la seconde, au. nom de l'esprit critique, qu'il ait signé sans restrictions. l'ensemble d'une pétition ouvertement hostile au catholicisme, quelques jours après avoir publiquement montré une si vraie sympathie pour la vitalité catholique, c'est ce qui, pour beaucoup a été un motif d'étonnement bien naturel.   
    Qu'il faille, d'ailleurs, préférer au sens douteux d'une signature la signification précise de pages aussi profondément pensées que celles dont nous venons de parler, cela nous semble certain. Il n'en reste pas moins entre les deux, documents une opposition d'inspiration évidente qui n est pas sans produire dans l'esprit quelque gêne. Que M. Sabatier nous permette de le lui dire ici en toute sincérité.
    L'œuvre commune à laquelle il nous convie n'est-elle pas, en effet, de lutter contre toutes les haines, de  gauche comme de droite, et de ruiner, en nos âmes d'abord, chez nos frères ensuite, l'esprit de secte?

(1) A propos de la séparation des Eglises et de l'Etat par Paul Sabatier, seconde édition revue et très augmentée, Paris, Fizchbacher, in-16. 3 francs.
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Informations - documents :

 FRANCE: Les Instructions pratiques.

    Le jeudi matin 12 juillet a eu lieu une nouvelle et importante réunion de la commission cardinalice de France. S. E. le cardinal Mathieu était revenu d'Anzio pour y assister. Mgr Gasparri, secrétaire de la commission, était rentré la veille au soir de Montecatini. A ce sujet, le correspondant du Matin lui télégraphie: « Je tiens de source indirecte que la commission cardinalice a approuvé le rapport de Mgr Gasparri, lequel est tout un réquisitoire contre la loi de Séparation. et spécialement contre le dispositif visant les associations cultuelles. La commission s'incline unanimement devant le concept exprimé par le pape dans son encyclique « que la Séparation est illégale et anticanonique ". Mais, d'un autre côté, considérant la situation présente des catholiques de France et les dangers qui pourraient dériver pour eux du fait de se soustraire complètement à la loi, elle aurait exprimé l'avis qu'il serait opportun et convenable de réorganiser l'administration des paroisses et de leur donner la faculté de se constituer en associations cultuelles. Cette thèse aurait été soutenue principalement par le cardinal Rampolla et acceptée à la majorité des voix. » En publiant cette dépêche, l'Univers ajoute: « Il se peut que Rome prenne la résolution que cette dépêche annonce, mais affirmer qu'elle est déjà prise par la commission cardinalice nous semble au moins prématuré. » On dit qui le texte des instructions sera communiqué à la commission de l'épiscopat français avant d'être définitivement arrêté. Il serait ensuite officiellement adressé au cardinal Richard ou aux cardinaux français, puis, d'après la Croix, communiqué à une nouvelle assemblée de l'épiscopat qui aurait lieu vers le 15 août. La communication au public ne serait faite qu'ensuite.
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suite8
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La Séparation en Algérie.
    Le ministre de l'intérieur vient de terminer l'élaboration du règlement d'administration publique ayant pour objet d'étendre à l'Algérie l'application de la loi sur la Séparation. Le règlement d'administration publique a été envoyé au Conseil d'Etat.
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La nouvelle Majorité.
M. de Lanessan constate, dans le Siècle, que l'ancienne majorité, celle dont la Délégation des gauches était l'expression, est en train de faire place à une majorité nouvelle, qui prend peu à peu conscience d'elle-même. « L'ancien Bloc, dit-il, n'existe plus. Il s'en est détaché, depuis un mois, soixante-quinze socialistes et environ soixante radicaux-socialistes qui paraissent ne devoir laisser passer aucune occasion de voter contre le ministère. » Et il en conclut que l'axe de la majorité ne se trouve pas, comme on l'avait annoncé le lendemain des élections, parmi les radicaux-socialistes.
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La Liberté d'Enseignement.
On sait que le Sénat a, il y a deux ans environ adopté une proposition de loi abrogeant ce qui reste de la loi Falloux. Elle fut transmise à la Chambre, pour laquelle M. Barthou, alors simple député, fit un rapport favorable, que la nouvelle commission de l'enseignement vient de prendre à son compte. En ce qui concerne les petits séminaires, l'article. 27 du projet dit : "Ne sont pas soumis aux dispositions de la présente 101 les petits séminaires, dont le but est la préparation à l'état ecclésiastique. Ils resteront soumis à la surveillance du ministre des cultes. Il ne pourra y en avoir plus d'un par diocèse. » « Il est clair, dit M. Maxime Lecomte, dans la Lanterne que, séparés de l'Eglise, nous n'avons pas à nous occuper de la préparation à l'état ecclésiastique" et il conclut en faveur du vote .d'une loi établissant incompatibilité entre l'état ecclésiastique et la faculté d'enseigner.
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