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Première
année, Numéro 40
VENDREDI 27 JUILLET 1906
SOMMAIRE:
G. Tyrrell. - Augustin Leger. INFORMATIONS ET DOCUMENTS REVUE DES
PÉRIODIQUES
Les Divisions
nécessaires (L'Eveil
démocratique). Le Christianisme extérieur (La Croix). - Le Centre protestant (Semaine religieuse de Genève).
- Les Associations cultuelles (Le
Siècle). - Le Soldat allemand (Revue Bleue). NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Anticléricalisme et catholicisme,
par Victor Giraud. - Le
Troisième Congrès du Christianisme libéral.BULLETIN POLITIQUE Nicolas II vient de se
laisser choir de nouveau entre les mains de l'aveugle camarilla dont
l'impératrice-mère et Pobiedonotzeff, ex-procureur
général du saint
synode russe, sont les chefs. La Douma a été dissoute
sans que le
moindre de ses vœux ait été pris en considération,
et elle l'a été à
l'heure même où ses éléments les plus
assagis commençaient à prévaloir
dans son sein. L'opinion civilisée a été unanime
dans son geste de
réprobation. La dissolution s'est accomplie dans des conditions
de
sans-gêne qui en disent long sur la mentalité des
puissances qui ont
momentanément reconquis la vacillante volonté du Tzar. Le
Palais de
Tauride a été cerné par la police comme s'il se
fût agi de forcer un
repaire de malfaiteurs. La guerre est aujourd'hui ouvertement
déclarée
entre le tzarisme et cette immense et confuse nation russe avide de
sortir de ses limbes. Ceci tuera cela, si cela ne veut pas enfin
consentir à laisser vivre ceci. Toute âme civilisée
qu'à quelque dose
et sous quelque forme que ce soit le ferment chrétien travaille,
communie, à cette heure, avec l'effort de libération de
la Russie. Il y
a là un laborieux accouchement. humain contre lequel toutes les
puissances des ténèbres, liguées et
coalisées, travaillent. Mais
l'histoire nous enseigne que ce qui doit voir le jour le verra. Le
désir russe sera certainement exaucé. L'Autocratie aux
abois est à la
veille de jouer sa suprême carte. « L'Autriche et
l'Allemagne confèrent
derrière nous. Des troupes allemandes sont prêtes à
occuper la Russie.
Il faut prévenir le pays de l'ignominie que lui prépare
ce ministère.»
Ces paroles de M. Pétrounkévitch, membre
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influent du parti agraire à la
Douma, ont provoqué une profonde impression à Vienne et
à Berlin. On
les y a qualifiées d'extravagantes. Mais
elles ont porté. Car si elles
ne visaient point des faits authentiques encore, elles démasquaient d'intimes
combinaisons et des secrets désirs trop naturels pour
n'être point
fondés. En refoulant la révolution russe, Guillaume fait
de la
prophylaxie sur ses propres frontières. La solidarité
féodale des trois
empereurs est d'ailleurs trop évidente pour qu'elle n'essaie pas
de se
traduire en fait, le jour où leurs dynasties seraient
menacées. C'est
là, il est vrai, un bien redoutable jeu. Mais il se perdra,
à moins que
la force logique des événements soit miraculeusement
immobilisée et
qu'avortent les plus évidentes et les plus légitimes
gestations
sociales. Le parti socialiste allemand, dont les forces parlementaires s'accentuent chaque jour, est devenu assez redoutable, paraît-il, pour être honoré désormais de l'hostilité combinée de tous les autres partis, ligués pour le combattre. Une élection a présentement lieu dans la circonscription de Hagen-Schwelen. Le candidat socialiste est en ballottage avec un libéral et un national-libéral, deux antagonistes très voisins et très ennemis qui vont donner l'exemple, inédit encore, d'une réconciliation ou du moins d'une alliance de raison dont le socialisme est appelé à faire les frais. Ce désintéressement loyaliste provoque l'admiration de la plupart des organes de la Droite protestante et du Centre catholique dont les vues se confondent de plus en plus en matière de politique générale. Les plus loyaux sujets de l'Empire sont les catholiques assurément; et il serait difficile aujourd'hui de trouver dans leurs initiatives les moindres sujets de mécontentement pour la cour. Les commentaires de la presse catholique dans les événements russes et ses sévères appréciations sur l'irrédentisme polonais en sont les plus récentes et les plus significatives preuves; si l'on en excepte toutefois l'importante part actuellement prise par cette presse dans la coalition antisocialiste nouée sinon par les mains, du moins sous le regard encourageant de l'empereur. La conférence interparlementaire qui siège actuellement à Londres peut être considérée comme l'embryon d'un futur parlement international où les nations traiteront directement de leurs intérêts communs sans passer par l'intermédiaire des diplomaties ou des dynasties. Elle forme le pendant et, à la fois, le complément du congrès de la Haye. La conclusion générale qui se dégage de ses délibérations est qu'il importe à l'Europe, écrasée d'un budget militaire de 14 milliards et immobilisant 6 millions de jeunes gens sous les drapeaux, de mettre un terme à ses stériles dépenses d'argent et d'hommes. Ridicules et suspects, lorsqu'ils sont monologués par des nations affaiblies, ces appels à la paix méritent une considération extrême et doivent réjouir les peuples quand ils sont tenus par la grande majorité de leurs représentants. Vaincre la guerre est sans doute une chimère, puisque la paix même exige des combats. Mais donner la chasse aux mensonges et aux malentendus qui l'engendrent n'est pas au-dessus des forces humaines. Et ce peut être l'œuvre, de plus en plus efficace, des peuples s'expliquant de vive voix. |