Nos:
Première  année, Numéro 43
VENDREDI 17 AOUT 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE














NOTRE PROGRAMME


















Dr Marcel RIFAUX . . . .   La Valeur de la Personne morale
Claude VINEUlL . . . . . . .
 La Crise de la Pensée protestante
Jacques ZEILLER . . . . . .
  L'Enseignement supérieur libre (suite)
R. P. GHIGNONI . . . . . . .
  Pour l'Art  religieux
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    L'Encyclique. - L'Encyclique et l'Opinion. - Déclarations de MM. Briand et Combes. - L'adresse des Evêques.
    REVUE DES PERIODIQUES
L'Apologétique véritable (Revue du Clergé français). Les Démocrates chrétiens (Le Temps). - L'Irlande religieuse (Revue des Deux-Mondes). - La Distribution des richesses (Revue de Métaphysique et de Morale), etc.
Dernières Publications.

BULLETIN POLITIQUE
        Pie X vient enfin de parler. Il repousse d'une manière absolue la constitution des associations cultuelles, pour aussi longtemps du moins que des garanties plus formelles de l'autorité épiscopale ne seront pas introduites dans 1a loi de séparation. Il est peu probable qu'en insinuant ainsi une acceptation possible de cette loi, modifiée et allégée de l'article 8, le Pape, se soit fait illusion sur le succès de ses avances. La majorité radicale que le pays vient de renvoyer à la Chambre ne prendra sans doute ni cette voie ni celle qui consisterait à faire une séparation radicale et complète, comme la demandait cependant, au nom de la logique, M. Clemenceau. Elle préférera la lutte et, avec M. Ranc, remerciera bruyamment le Pape d'avoir fait son jeu. La solution n'est donc pas celle que nous espérions; c'est la guerre religieuse. Si nous avons redouté cette solution, c'est que nous la jugions de nature à donner aux partis extrêmes le regain de vitalité qu'ils en attendent et ...exaspérer encore la lutte implacable des deux France qui épuise notre pays. Nous n'avons jamais, d'ailleurs, considéré la loi votée par le Parlement français comme une loi de tous points libérale et nous avons nous-mêmes exposé très nettement et loyalement nos critiques. Mais nous pensions, avec un grand nombre d'évêques et de catholiques français, que les garanties insérées à l'article 4 rendaient la loi « relativement libérale » et pratiquement acceptable. Après des hésitations dont la longueur même montre que l'opinion de l'essai loyal était loin d'être sans force, le Pape se rallie à l'opinion contraire, au nom de la discipline catholique dont il est le gardien. Il ne nous appartient pas de juger cet acte et nous nous inclinons devant la parole du Pasteur suprême dans le domaine religieux. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que la question de la Séparation n'est qu'une des phases du problème qui
angoisse à l'heure actuelle tant d'âmes catholiques. Tous ceux qui croient que le catholicisme n'est pas une chose morte,  mais  qu'il est toujours fécond et qu'il peut être encore la grande école d'énergie, d'esprit chrétien, de progrès moral, doivent le comprendre et le faire comprendre autour d'eux. C'est le devoir de l'heure présente. Quel que soit dans la suite le régime légal du culte extérieur, quel que soit l'intérêt que nous porterons aux questions de réorganisation, notre œuvre à nous est de faire effort sur tous les terrains, dans un esprit de sereine confiance et de foi, pour dissiper les malentendus qui séparent des besoins modernes la pensée et la vie chrétiennes. Que cette œuvre soit plus difficile encore dans la situation nouvelle que vient de créer l'Encyclique, c'est possible. Ce n'est pas une raison pour se laisser aller au découragement. Entre les excès et les violences de droite et de gauche s'appelant et se provoquant mutuellement, les âmes de bonne volonté chercheront humblement, par un effort persévérant et viril, l'avènement de ces deux vertus chrétiennes: la tolérance et la paix.
    On n'avait jamais exactement su, en France, les causes de la récente retraite de M. Moret. On prétendit bien que le président du Conseil espagnol s'était vu refuser par le roi 1a dissolution des Cortès, indispensable, selon lui, à la constitution d'une majorité sur laquelle on pût enfin s'appuyer pour gouverner avec décision. Mais il y a lieu de douter de l'exactitude de cette version officielle en présence de l'attitude que le nouveau chef du cabinet, le général Lopez Dominguez, vient de prendre dans la question religieuse. M. Moret qui avait déclaré vouloir appliquer à l'Espagne une politique analogue à celle de M. WaJdeck-Rousseau, en France, prétendit finalement que la chose lui était impossible sans des élections nouvelles. Or, voilà que le général Lopez Dominguez reprend ce fameux programme, impunément, semble-t-il. Il y a lieu, dès lors, de douter quelque peu des motifs qui ont amené la retraite de M. Moret. La question, au surplus, n'est point là. Elle est dans la reprise par l'Espagne d'une politique active à l'égard de Rome. Plusieurs importantes questions sont actuellement pendantes devant l'opinion. La question des Congrégations maintes fois posée déjà et non encore résolue, sinon par des expédients, la question du mariage civil, celle de l'enseignement religieux qu'il s'agit de soumettre au droit commun, enfin la question, assez aiguë, de l'administration des cimetières. La législation du mariage, remaniée, consacre l'autonomie et la priorité de la formalité civile et fait une obligation au clergé d'en tenir compte dans l'administration du sacrement. Enfin, le clergé paroissial auquel incombe l'administration des cimetières, s'est vu contraint par le pouvoir de ne point refuser une sépulture convenable aux personnes enterrées sans cérémonie religieuse. C'est contre ces deux dispositions que le nonce de Madrid a protesté. Le gouvernement a répondu qu'il n'y avait point là matière à une intervention concordataire mais que les deux cas relevaient uniquement du pouvoir civil. On avait annoncé, à ce sujet, la rupture des relations amicales entre le gouvernement espagnol et le Vatican. Il n'en est rien cependant.




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Le Péril panislamique.
    Le prince Sabah Eddine a adressé à sir Edouard Grey une longue lettre, datée de Paris, que publie le Times. Dans cette lettre, le neveu du sultan répudie le panislamisme au nom du parti libéral. Il ajoute que la Turquie officielle a évolué dans le sens de la théocratie, par haine du mouvement libéral et non par sympathie pour le panislamisme. Avec le triomphe des idées libérales en Turquie, la grande influence morale sur l'Islam en général qu'exerce Constantinople, est appelée à prendre un caractère intellectuel. Cette influence serait un agent précieux de conciliation entre les deux mondes. Mais le bon vouloir de l'Orient ne pourrait pas seul accomplir cette tâche. Il est désirable que l'action de l'Europe en Orient soit plus équitable et plus respectueuse de la  dignité humaine.

L'ENCYCLIQUE
    Aux vénérables frères, les archevêques et évêques de France, Pie X pape.
    Vénérables frères, Salut et bénédiction apostolique.
    Nous venons nous acquitter aujourd'hui d'une très grave obligation de notre charge, obligation assumée à votre égard lorsque nous annonçâmes après la promulgation de la loi de rupture entre la République française et l'Eglise que nous indiquerons en temps opportun ce qui nous paraîtrait devoir être fait pour défendre et conserver la religion dans votre patrie. Nous avons laissé se prolonger jusqu'à ce jour l'attente de vos désirs en raison non seulement de l'importance de cette grave question, mais encore et surtout de la charité toute particulière qui nous lie à vous et à tous vos intérêts, à cause des inoubliables services rendus à l'Eglise par votre nation. Après avoir donc condamné, comme c'était notre devoir, cette loi inique, nous avons examiné avec 1e plus grand soin si les articles de ladite loi nous laisseraient au moins quelque moyen d'organiser la vie religieuse en France, de façon à mettre hors d'atteinte les principes sacrés sur lesquels repose la sainte Eglise. A cette fin, il nous parut bon de prendre également l'avis de l'épiscopat réuni et de fixer, par votre assemblée générale, les points qui devaient être le principal objet de vos délibérations. .
    Et maintenant connaissant votre manière de voir ainsi que celle de plusieurs cardinaux, après avoir mûrement réfléchi et imploré par les plus ferventes prières le Père des lumières, nous voyons que nous devons pleinement confirmer de notre autorité apostolique la délibération presque unanime de votre assemblée. C'est pourquoi, relativement aux associations cultuelles telles que la loi les impose, nous décrétons qu'elles ne peuvent absolument pas être formées sans violer les droits sacrés qui tiennent à la vie elle-même de l'Eglise. Mettant donc de côté ces associations que la conscience de notre devoir nous défend d'approuver, il pourrait paraître opportun d'examiner s'il est. licite d'essayer à leur place quelque autre genre d'association à la fois légale et canonique, et préserver ainsi les catholiques de France des graves complications qui les menacent.
    A coup sûr, rien ne nous préoccupe, rien ne nous tient dans l'angoisse autant que ces éventualités, et plût au ciel que nous eussions quelque faible espérance de pouvoir, sans heurter les droits de Dieu, faire cet essai et délivrer ainsi nos fils bien-aimés de la crainte de tant et si grandes épreuves, mais comme cet espoir nous fait défaut, la loi, restant telle quelle, nous déclarons qu'il n'est point permis d'essayer cet autre genre d'association tant qu'il ne constatera pas d'une façon certaine et légale que la divine constitution de l'Eglise les droits immuables du Pontife romain et des évêques comme leur autorité sur les biens nécessaires à l'Eglise particulièrement sur les édifices sacrés, seront irrévocablement dans lesdites associations en pleine sécurité.
    Vouloir le contraire, nous ne le pouvons pas sans trahir la sainteté de notre charge, sans amener la perte de l'Eglise de France.
    Il vous reste donc à vous, vénérables Frères, de vous mettre à l'œuvre et de prendre tous les moyens que le droit reconnaît à tous les citoyens pour disposer et organiser le culte religieux. Nous ne vous ferons jamais, en chose si importante et si ardue, attendre votre concours. Absent de corps, nous serons avec vous par la pensée, par le cœur et nous vous aiderons en toute occasion de nos conseils et de notre autorité.
    Ce fardeau que nous vous imposons sous l'inspiration de notre amour pour l'Eglise et pour votre patrie, prenez-le courageusement, et confiez tout le reste à la bonté prévoyante de Dieu dont le secours, au moment voulu, nous en avons là ferme confiance, ne manquera pas à la France. .
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    Ce que vont être contre notre présent décret et nos ordres les récriminations des ennemis de l'Eglise, il n'est point difficile de le prévoir: ils s'efforceront de persuader au peuple que nous n'avons pas en vue, uniquement, le salut de l'Eglise de France, que nous avons eu un autre dessein étranger à la religion, que la forme de République en France nous est odieuse et que nous secondons, pour la renverser, les efforts des partis adverses, que nous refusons aux Français ce que le Saint-Siège, sans difficultés, accordé à d'autres.
    Ces récriminations et autres semblables qui seront, comme le font prévoir certains indices, répandues dans le public pour irriter les esprits, nous les dénonçons d'ores et déjà et avec toute notre indignation comme des faussetés, et il vous incombe à vous, vénérables Frères, ainsi qu'à tous les hommes de bien, de les refuser pour qu'elles ne trompent point les gens simples et ignorants.
    En ce qui regarde l'accusation spéciale contre l'Eglise d'avoir été ailleurs qu'en France plus accommodante dans un cas semblable, vous devez bien expliquer que l'Eglise en a agi de la sorte parce que, toutes différentes étaient les situations et parce que, surtout, les divines attributions de la hiérarchie étaient, dans une certaine mesure, sauvegardées. Si un Etat quelconque s'est séparé de l'Eglise en laissant à celle-ci la ressource de la liberté commune à tous et la libre disposition de ses biens, il a sans doute, et à plus d'un titre, agi injustement, mais on ne saurait pourtant dire qu'il ait fait à l'Eglise une situation entièrement intolérable.
Or, il en est tout autrement aujourd'hui en France: les fabricateurs de cette loi injuste ont voulu en faire une loi non de séparation, mais d'oppression. Ainsi, ils affirmaient leur désir de paix, ils promettaient l'entente, et ils font à la religion du pays une guerre atroce, ils jettent le brandon des discordes les plus violentes et poussent ainsi les citoyens les uns contre les autres, au grand détriment, comme chacun le voit, de la chose publique elle-même.
    Sûrement, ils s'ingénieront à rejeter sur nous la faute de ce conflit et des maux qui en seront la conséquence. Mais quiconque examinera loyalement les faits dont nous avons parlé dans l'Encyclique Vehementer, saura reconnaître si nous méritons le moindre reproche, nous qui, après avoir supporté patiemment, par amour pour la chère nation française, injustices sur injustices, sommes finalement mis en demeure de franchir les saintes et dernières limites de notre devoir apostolique et déclarons ne pouvoir les franchir. Ou si plutôt la faute appartient tout entière à ceux qui, en haine du nom catholique, sont allés jusqu'à de telles extrémités.
    Ainsi donc, que les hommes catholiques de France, s'ils veulent vraiment nous témoigner leur soumission et leur dévouement luttent pour l'Eglise, selon les avertissements que nous leur avons déjà donnés, c'est-à-dire avec persévérance et énergie, sans agir toutefois d'une façon séditieuse et violente.
    Ce n'est point par la violence, mais par la fermeté, qu'ils arriveront, en s'enfermant dans leur bon droit comme dans une citadelle, à briser l'obstination de leurs ennemis. Qu'ils comprennent bien comme nous l'avons dit et le répétons encore que leurs efforts seront inutiles s'ils ne s'unissent pas dans une parfaite entente pour la défense de la religion.
    Ils ont maintenant notre verdict au sujet de cette lot néfaste: ils doivent s'y conformer de plein cœur, et quels qu'aient été, jusqu'à présent, durant la discussion, les avis des uns ou des autres. Que nul ne se permette, nous les en conjurons tous, de blesser qui que ce soit sous prétexte que sa manière de voir était la meilleure.
    Ce que peuvent l'entente des volontés, l'union des forces, qu'ils l'apprennent de leurs adversaires, et de même  que ceux-ci ont pu imposer à la nation le stigmate de cette loi criminelle, ainsi les nôtres, par leur entente, pourront l'effacer et le faire disparaître. Dans la rude épreuve de la France, si tous ceux qui veulent défendre de toutes leurs forces les intérêts suprêmes de la patrie travaillent comme ils le doivent, unis entre eux avec leurs évêques et nous-même pour la cause de la religion, loin de désespérer du salut de l'Eglise de France, il est à espérer, au contraire, que bientôt elle sera rehaussée à sa dignité et à sa prospérité premières.
    Nous ne doutons aucunement que les catholiques ne donnent entière satisfaction à nos prescriptions et à nos désirs: aussi chercherons-nous ardemment à leur obtenir, par l'intercession de Marie la Vierge Immaculée, le secours de la divine bonté.
    Comme gage des dons célestes et en témoignage de notre paternelle bienveillance, nous accordons de grand cœur, à vous, vénérables Frères, et à toute la nation française, la bénédiction apostolique.
    Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 10 août, fête de saint Laurent, martyr, de l'an 1906, quatrième de notre pontificat.
                            PIUS X
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L'ENCYCLIQUE. - QUELQUES QUESTIONS
"L'Univers"

    Ils ont fait leur loi, entre eux. Eh! bien, cette loi ne sera pas exécutée, voilà tout.
    Elle ne le sera point. Ils s'en rendent d'ailleurs compte déjà. Elle s'est écroulée; c'est un monceau de débris. L'enfant de M. Briand n'est plus qu'un cadavre. Il va falloir qu'ils la refassent; aggravée ou adoucie, ce sera toujours une autre loi. Celle d'hier n'ayant pas obtenu la sanction de Rome, le paraphe de feu M. Loubet ne l'empêche point d'être caduque.
   Il n'y aura pas d'associations cultuelles; le pape a dit non.
    Il n'y aura pas d'autres associations, portant un nom différent, mais que le ministère et les Chambres pourraient considérer comme des associations cultuelles, et accepter en disant: Sommes-nous généreux!... Le pape a dit: Non.
    Les associations cultuelles, c'était la base même de leur échafaudage. Tout s'écroule donc.
    Ah! ils ignorent le pape. Le pape ne les ignore pas, lui. Patient, ferme et souverain, il les condamne et les oblige à recommencer tout ce qu'ils avaient fait.   
    Quel parti vont-ils prendre? Il n'y en a pas trois. C'est l'entente ou c'est la persécution.
Pour l'entente, il faut remettre la loi sur chantier la rendre conforme aux principes de la théologie catholique, - oui, messieurs  - afin qu'elle assure la liberté de l'Eglise et le respect de sa hiérarchie sacrée.

Le Temps..
    L'Encyclique de Pie X met de la joie au cœur de tous les énergumènes. Sectaires de droite et sectaires de gauche étaient dans la désolation. Il leur échappait, avec l'acceptation du pape, la chance de nouveaux combats. La paix religieuse et la paix civile, Qui font les affaires du pays, ne font point celles des militants de profession. L'espoir renaît dans leur âme depuis que Rome a parlé. Les journaux réactionnaires exultent. Ils ne risquent rien. Et qui sait si le trouble et le désordre ne pourraient pas, à la fin, compromettre la solidité de la République? C'est donc toujours le même calcul, toujours la même illusion, toujours la même inconscience. Aucune leçon, aucune expérience ne servent de rien.
    Il va de soi que la volonté pontificale ne changera rien en France au sentiment de tous les esprits libéraux qui souhaitent avant tout la paix religieuse. Dans la loi sur la séparation se trouvaient quelques dispositions larges et tolérantes, que tous les hommes sans parti pris avaient jugées telles. Les sectaires de l'anticléricalisme en faisaient grief aux auteurs de la loi. Les libres-penseurs comme nous se réjouissaient de ce gage de tolérance offert à des traditions et à des sentiments respectables.
    Les catholiques les plus clairvoyants et les moins suspects, comme M. Denys Cochin ou M. Ferdinand Brunetière, avaient prié le pape d'accepter les associations cultuelles. On se demande à quelles espérances, nous allions dire à quelle chimère, cède le pape dans cette occasion? La leçon des inventaires n'a-t-elle donc rien appris à Rome? Après une effervescence passagère, le résultat des élections générales avait montré que l'Eglise ne peut plus compter que ses intérêts particuliers soient soutenus par une action politique de quelque importance...
    Et l'on arrive à cet étrange paradoxe que les temples offerts par le pouvoir laïque sont refusés par l'autorité religieuse.
    On ne fera jamais admettre à ce pays de bon sens et de clarté qui veut avant tout le calme, que ce soit là le fruit d'une inspiration vraiment chrétienne ou plus simplement logique et raisonnable.

Le Journal des Débats..
    Le grave document pontifical que nous avons publié hier en dernière heure vient démentir les espérances que nous avions tenu à manifester jusqu'au bout. Il repousse tout accommodement de fait avec la loi de séparation. Nous pouvons le regretter. Nous n'avons pas à regretter une attitude inspirée par un ardent désir de ne pas voir troubler la paix religieuse, par un respect profond pour l'Eglise catholique, le sentiment très net de la grande force morale qu'elle représente dans ce pays. Nous gardons encore intact ce désir, ce respectable sentiment. Nous souhaiterions de tout cœur que les craintes que nous avons souvent exprimées à cette place: pour le cas où une solution autre que la solution pacifique aurait prévalu, ne se réalisent point. Il est difficile, d'ailleurs, de dire actuellement si  l'Encyclique nouvelle les autorise aussi complètement que le souhaiteraient ceux qu'à gauche ou à droite elle comble le plus.
    Nous savons ce que vaut - la loi de Séparation; nous n'avons pas la prétention de la défendre. Mais, telle qu'elle a été modifiée et votée, peut-on dire, avant de l'avoir essayée, qu'elle refuse toute liberté?
    Le gouvernement avait intérêt à l'appliquer avec modération. Un ministre semblait y mettre quelque amour-propre. Avec une attitude aussi intransigeante, avec l'usage que sauront en faire les passions anticléricales, peut-on encore espérer d'éviter des conflits violents qui
troubleraient profondément le pays et dont l'issue échappe à toute prévision? Notre éminent ami, M. Aynard, déclarait, il y a quelque temps, avec sa généreuse éloquence, qu'une immense bonne volonté était nécessaire de part et d'autre pour assurer une application tolérable de cette loi de séparation. Il semble qu'aujourd'hui nous soyons réduits à compter sur la force des choses qui peut être plus grande que la violence ou l'intransigeance des hommes. Elle peut s'imposer d'elle-même à l'heure, où on' l'attendra le moins. Mais il est triste de n'avoir point d'autre espoir.
    Selon ce que le pape décidera, la France aura ou n'aura plus ses églises traditionnelles. Elle courra les aventures d'une sorte d'anarchie cultuelle où elle aura ses prêtres et ses évêques; elle sera privée ici et là, dans des pays pauvres, du culte ancestral ou elle continuera de le garder; elle sera, enfin, divisée, déchirée d'une sorte de lutte civile ou elle demeurera en paix.
    Ce n'est pas, sans doute, le pape qui voudra prendre la, responsabilité de choisir entre ces deux alternatives: celle qui est, et ce mot la caractérise assez, le suprême espoir de M. Ranc.

La République Française
    On avait pu espérer jusqu'au dernier moment que, sollicitée en deux sens opposés par les catholiques libéraux et par les catholiques «cléricaux", Rome aimerait mieux écouter les sages conseils des premiers que de céder aux passions des seconds. Malheureusement, ce sont les «cléricaux" qui l'ont emporté et ce sont les partisans de la résistance à la loi qui triomphent. Malgré les précautions habituelles de langage dont se .sert l'encyclique pour exprimer la volonté pontificale, il n'est guère permis de douter, en effet, que cette volonté soit nettement hostile à « l'essai loyal" de la séparation, à la formation des associations cultuelles et, par suite, à l'application de la loi qui a reçu, il faut bien le répéter. l'approbation :du suffrage universel aux dernières élections générales.
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Le Rappel:
    Les catholiques que n'entraîne pas un esprit de démagogie et de fanatisme seront désolés de la situation que leur fait la volonté du pape. Les libres-penseurs, éloignés de tout sectarisme,' pacifiques et clairvoyants, regretteront, de leur côté, de voir recommencer une crise qu'ils croyaient close pour longtemps.
La Lanterne:
     D'une seule poignée, ou plutôt d'une seule brassée, car c'est par milliers que les prêtres ont mendié les générosités gouvernementales, les demandes de pensions et d'allocations doivent être jetées au panier. ..
    Légalement, le gouvernement peut attendre jusqu'au 1er décembre 1907 pour attribuer les biens et édifices religieux aux communes ou l'Etat.
    Mais, en présence de l'attitude violente du' pane, il serait absurde d'attendre l'expiration du délai. D'après la loi, l'attribution peut commencer dès le 11 décembre 1906, si à cette date les associations prévues ne sont pas formées. C'est dès lors que l'attribution doit commencer; c'est à cette date et sans perdre un seul jour que nous devons inaugurer l'œuvre de reprise nationale.
    Un gouvernement qui reculerait devant l'agression du Vatican serait immédiatement balayé par la colère nationale, et si nous n'étions pas sûrs des convictions anticléricales du ministère actuel, nous pourrions être certains, du moins, que le simple bon sens lui commanderait de sévir d'une manière implacable.
    Nous sommes donc heureux que le pape se prononce pour la résistance.

L'Aurore:
    Quant au gouvernement, point n'est besoin de se demander anxieusement quelle ligne de conduite il va suivre. La loi elle-même est suffisamment claire pour qu'il n'ait pas à forger de nouvelles armes. L'échéance du 11 décembre 1906 le trouvera donc prêt et résolu.
    La loi de séparation votée par le Parlement, acclamée par l'immense majorité du pays, sera appliquée dans son intégralité.

La Croix.
    Le pape laisse la porte ouverte pour le jour où la loi  respecterait les droits de la hiérarchie et du Saint-Siège.
    Le pape affirme qu'il n'est animé d'aucune hostilité  envers la République, mais qu'il accomplit un devoir inéluctable.
    La volonté formelle du Souverain-Pontife est que, à la  suite de sa décision, personne ne parle de vainqueurs ni  de vaincus. J

On télégraphie de Rome, à la date du 16 août..
     L'impression produite dans toute la presse italienne par l'Encyclique est tout l'opposé de celle manifestée par les (journaux français. On est même surpris ici que l'Encyclique soit jugée aussi sévèrement en France, car au jugement du monde religieux même, le pape a cherché à jeter un pont entre la République et l'Eglise.
    Le nœud de la question se trouvait dans les associations cultuelles or, ainsi qu'il m'a été confirmé aujourd'hui par un membre de la congrégation des affaires ecclésiastiques, si le pape les condamne en principe, il accorde  cependant aux évêques la latitude de créer des organisations spéciales pouvant jouer le même rôle que les associations cultuelles, en leur recommandant toutefois implicitement de ne pas compromettre les biens ecclésiastiques
et de faire tous les sacrifices, même celui de l'essai de la  loi de Séparation, afin de les sauvegarder.
    Dans les hautes sphères du Vatican, on espère que les évêques français auront compris dans l'Encyclique la pensée du pape et sauront lire entre les lignes. D'ailleurs, les instructions qui suivront et qui devront rester secrètes, les éclaireront mieux. En somme, au Vatican, on ne veut ni guerre civile, ni rupture immédiate. Le pape a fait comprendre qu'il était disposé aux accommodements dans l'espoir que le gouvernement de la République, ou maintenant ou plus tard, fera de même.

DÉCLARATIONS DE MM. BRIAND ET COMBES
     Du Petit Parisien, numéro du 16 août:
     A un rédacteur du Petit Parisien, qui l'a interrogé, M. Aristide Briand a fait les déclarations suivantes;
    - Mon opinion? Il m'est bien impossible d'en avoir une pour l'instant. Et je mets au défi quiconque a lu l'Encyclique d'en déduire une conclusion nette et précise.   
    - Enfin. d'après vous, lui demande notre confrère, c'est bien la résistance qui est préconisée par le pape?   
    - Heu! La résistance... Le mot est gros, il ne me paraît pas devoir être appliqué à l'Encyclique. Je vois, en effet, dans ce document que le pape blâme la loi, ce qui n'est pas nouveau, et qu'il réprouve les associations cultuelles, mais, finalement, il accepte que les catholiques en forment à la condition qu'elles soient à la fois canoniques et légales. Qu'elles soient canoniques ou non, qu'elles s'appellent d'un nom ou d'un autre, cela importe peu et ne me regarde pas: l'essentiel est que ces associations soient légales. J'attendrai que le clergé français traduise en actes ce qu'il aura cru comprendre de la pensée du pape: c'est alors seulement qu'il sera possible de se prononcer sur la portée de l'Encyclique et d'aviser.
     Mais, dès maintenant, et quoi qu'il arrive, ce que je déclare, c'est qu'aucune résistance n'est possible contre une loi qui a été votée par l'énorme majorité des représentants du pays, une foi ratifiée d'une manière éclatante par le suffrage universel, et même, il faut bien le dire, acceptée, sinon approuvée, par un grand nombre de catholiques français et non des moindres.
C'est la loi, soyez-en sûr, qui, finalement, aura le dernier mot.
Du Matin, numéro du 16 août:   
    M. Combes pense que l'Encyclique sera la cause d'un schisme.. c'est du moins ce qui résulte des déclarations qu'il a faites à un rédacteur du Matin:
    L'Encyclique du pape, a dit M. Combes, mais elle ne m'étonne pas.
   Le pape est demeuré dans la logique depuis que le concile du Vatican a reconnu son infaillibilité, il

,ne pouvait pas ne point rejeter la loi de Séparation. Il affirme, comme ses prédécesseurs, la suprématie du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, c'est dans l'ordre. Il vient de sonner le glas funèbre de l'Eglise catholique. En effet, l'Etat sera. fatalement amené à supprimer les pensions ecclésiastiques, et les communes reprendront les édifices consacrés au culte, églises et presbytères : voilà pour le côté matériel de la question". ..
    Mais il est une Idée plus haute qu'il Importe de considérer au point de vue moral: le recrutement du clergé sera rendu plus difficile dès lors que les associations cultuelles n'existeront pas. De nombreux clercs entraient dans les ordres parce qu'ils. y trouvaient une vie facile leur assurant le pain quotidien. En refusant les associations cultuelles, le pape pose à l'Eglise un coup bien plus funeste que ses adversaires eux-mêmes n'auraient pu lui porter..
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