Page 3
Le
Péril panislamique.
Le prince
Sabah Eddine a
adressé à sir Edouard Grey une longue lettre,
datée de Paris, que
publie le Times. Dans cette lettre, le neveu du sultan répudie
le
panislamisme au nom du parti libéral. Il ajoute que la Turquie
officielle a évolué dans le sens de la théocratie,
par haine du
mouvement libéral et non par sympathie pour le panislamisme.
Avec le
triomphe des idées libérales en Turquie, la grande
influence morale sur
l'Islam en général qu'exerce Constantinople, est
appelée à prendre un
caractère intellectuel. Cette influence serait un agent
précieux de
conciliation entre les deux mondes. Mais le bon vouloir de l'Orient ne
pourrait pas seul accomplir cette tâche. Il est désirable
que l'action
de l'Europe en Orient soit plus équitable et plus respectueuse
de la
dignité humaine.
L'ENCYCLIQUE
Aux
vénérables frères, les archevêques et
évêques de France, Pie X pape.
Vénérables frères, Salut et
bénédiction apostolique.
Nous
venons nous acquitter
aujourd'hui d'une très grave obligation de notre charge,
obligation
assumée à votre égard lorsque nous
annonçâmes après la promulgation de
la loi de rupture entre la République française et
l'Eglise que nous
indiquerons en temps opportun ce qui nous paraîtrait devoir
être fait
pour défendre et conserver la religion dans votre patrie. Nous
avons
laissé se prolonger jusqu'à ce jour l'attente de vos
désirs en raison
non seulement de l'importance de cette grave question, mais encore et
surtout de la charité toute particulière qui nous lie
à vous et à tous
vos intérêts, à cause des inoubliables services
rendus à l'Eglise par
votre nation. Après avoir donc condamné, comme
c'était notre devoir,
cette loi inique, nous avons examiné avec 1e plus grand soin si
les
articles de ladite loi nous laisseraient au moins quelque moyen
d'organiser la vie religieuse en France, de façon à
mettre hors
d'atteinte les principes sacrés sur lesquels repose la sainte
Eglise. A
cette fin, il nous parut bon de prendre également l'avis de
l'épiscopat
réuni et de fixer, par votre assemblée
générale, les points qui
devaient être le principal objet de vos
délibérations. .
Et
maintenant connaissant votre
manière de voir ainsi que celle de plusieurs cardinaux,
après avoir
mûrement réfléchi et imploré par les plus
ferventes prières le Père des
lumières, nous voyons que nous devons pleinement confirmer de
notre
autorité apostolique la délibération presque
unanime de votre
assemblée. C'est pourquoi, relativement aux associations
cultuelles
telles que la loi les impose, nous décrétons qu'elles ne
peuvent
absolument pas être formées sans violer les droits
sacrés qui tiennent
à la vie elle-même de l'Eglise. Mettant donc de
côté ces associations
que la conscience de notre devoir nous défend d'approuver, il
pourrait
paraître opportun d'examiner s'il est. licite d'essayer à
leur place
quelque autre genre d'association à la fois légale et
canonique, et
préserver ainsi les catholiques de France des graves
complications qui
les menacent.
A coup
sûr, rien ne nous
préoccupe, rien ne nous tient dans l'angoisse autant que ces
éventualités, et plût au ciel que nous eussions
quelque faible
espérance de pouvoir, sans heurter les droits de Dieu, faire cet
essai
et délivrer ainsi nos fils bien-aimés de la crainte de
tant et si
grandes épreuves, mais comme cet espoir nous fait défaut,
la loi,
restant telle quelle, nous déclarons qu'il n'est point permis
d'essayer
cet autre genre d'association tant qu'il ne constatera pas d'une
façon
certaine et légale que la divine constitution de l'Eglise les
droits
immuables du Pontife romain et des évêques comme leur
autorité sur les
biens nécessaires à l'Eglise particulièrement sur
les édifices sacrés,
seront irrévocablement dans lesdites associations en pleine
sécurité.
Vouloir le
contraire, nous ne
le pouvons pas sans trahir la sainteté de notre charge, sans
amener la
perte de l'Eglise de France.
Il vous
reste donc à vous,
vénérables Frères, de vous mettre à l'œuvre
et de prendre tous les
moyens que le droit reconnaît à tous les citoyens pour
disposer et
organiser le culte religieux. Nous ne vous ferons jamais, en chose si
importante et si ardue, attendre votre concours. Absent de corps, nous
serons avec vous par la pensée, par le cœur et nous vous
aiderons en
toute occasion de nos conseils et de notre autorité.
Ce fardeau
que nous vous
imposons sous l'inspiration de notre amour pour l'Eglise et pour votre
patrie, prenez-le courageusement, et confiez tout le reste à la
bonté
prévoyante de Dieu dont le secours, au moment voulu, nous en
avons là
ferme confiance, ne manquera pas à la France. .
|
Page 4
Ce que vont
être contre notre
présent décret et nos ordres les récriminations
des ennemis de
l'Eglise, il n'est point difficile de le prévoir: ils
s'efforceront de
persuader au peuple que nous n'avons pas en vue, uniquement, le salut
de l'Eglise de France, que nous avons eu un autre dessein
étranger à la
religion, que la forme de République en France nous est odieuse
et que
nous secondons, pour la renverser, les efforts des partis adverses, que
nous refusons aux Français ce que le Saint-Siège, sans
difficultés,
accordé à d'autres.
Ces
récriminations et autres
semblables qui seront, comme le font prévoir certains indices,
répandues dans le public pour irriter les esprits, nous les
dénonçons
d'ores et déjà et avec toute notre indignation comme des
faussetés, et
il vous incombe à vous, vénérables Frères,
ainsi qu'à tous les hommes
de bien, de les refuser pour qu'elles ne trompent point les gens
simples et ignorants.
En ce qui
regarde l'accusation
spéciale contre l'Eglise d'avoir été ailleurs
qu'en France plus
accommodante dans un cas semblable, vous devez bien expliquer que
l'Eglise en a agi de la sorte parce que, toutes différentes
étaient les
situations et parce que, surtout, les divines attributions de la
hiérarchie étaient, dans une certaine mesure,
sauvegardées. Si un Etat
quelconque s'est séparé de l'Eglise en laissant à
celle-ci la ressource
de la liberté commune à tous et la libre disposition de
ses biens, il a
sans doute, et à plus d'un titre, agi injustement, mais on ne
saurait
pourtant dire qu'il ait fait à l'Eglise une situation
entièrement
intolérable.
Or, il en est tout autrement
aujourd'hui en France: les fabricateurs de cette loi injuste ont voulu
en faire une loi non de séparation, mais d'oppression. Ainsi,
ils
affirmaient leur désir de paix, ils promettaient l'entente, et
ils font
à la religion du pays une guerre atroce, ils jettent le brandon
des
discordes les plus violentes et poussent ainsi les citoyens les uns
contre les autres, au grand détriment, comme chacun le voit, de
la
chose publique elle-même.
Sûrement, ils s'ingénieront à
rejeter sur nous la faute de ce conflit et des maux qui en seront la
conséquence. Mais quiconque examinera loyalement les faits dont
nous
avons parlé dans l'Encyclique Vehementer, saura
reconnaître si nous
méritons le moindre reproche, nous qui, après avoir
supporté
patiemment, par amour pour la chère nation française,
injustices sur
injustices, sommes finalement mis en demeure de franchir les saintes et
dernières limites de notre devoir apostolique et
déclarons ne pouvoir
les franchir. Ou si plutôt la faute appartient tout
entière à ceux qui,
en haine du nom catholique, sont allés jusqu'à de telles
extrémités.
Ainsi
donc, que les hommes
catholiques de France, s'ils veulent vraiment nous témoigner
leur
soumission et leur dévouement luttent pour l'Eglise, selon les
avertissements que nous leur avons déjà donnés,
c'est-à-dire avec
persévérance et énergie, sans agir toutefois d'une
façon séditieuse et
violente.
Ce n'est
point par la violence,
mais par la fermeté, qu'ils arriveront, en s'enfermant dans leur
bon
droit comme dans une citadelle, à briser l'obstination de leurs
ennemis. Qu'ils comprennent bien comme nous l'avons dit et le
répétons
encore que leurs efforts seront inutiles s'ils ne s'unissent pas dans
une parfaite entente pour la défense de la religion.
Ils ont
maintenant notre
verdict au sujet de cette lot néfaste: ils doivent s'y conformer
de
plein cœur, et quels qu'aient été, jusqu'à
présent, durant la
discussion, les avis des uns ou des autres. Que nul ne se permette,
nous les en conjurons tous, de blesser qui que ce soit sous
prétexte
que sa manière de voir était la meilleure.
Ce que
peuvent l'entente des
volontés, l'union des forces, qu'ils l'apprennent de leurs
adversaires,
et de même que ceux-ci ont pu imposer à la nation le
stigmate de cette
loi criminelle, ainsi les nôtres, par leur entente, pourront
l'effacer
et le faire disparaître. Dans la rude épreuve de la
France, si tous
ceux qui veulent défendre de toutes leurs forces les
intérêts suprêmes
de la patrie travaillent comme ils le doivent, unis entre eux avec
leurs évêques et nous-même pour la cause de la
religion, loin de
désespérer du salut de l'Eglise de France, il est
à espérer, au
contraire, que bientôt elle sera rehaussée à sa
dignité et à sa
prospérité premières.
Nous ne
doutons aucunement que
les catholiques ne donnent entière satisfaction à nos
prescriptions et
à nos désirs: aussi chercherons-nous ardemment à
leur obtenir, par
l'intercession de Marie la Vierge Immaculée, le secours de la
divine
bonté.
Comme gage
des dons célestes et
en témoignage de notre paternelle bienveillance, nous accordons
de
grand cœur, à vous, vénérables Frères, et
à toute la nation française,
la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 10
août, fête de saint Laurent, martyr, de l'an 1906,
quatrième de notre pontificat.
PIUS X
|
Page 5
L'ENCYCLIQUE. -
QUELQUES QUESTIONS
"L'Univers"
Ils ont
fait leur loi, entre eux. Eh! bien, cette loi ne sera pas
exécutée, voilà tout.
Elle ne le sera
point. Ils
s'en
rendent d'ailleurs compte déjà. Elle s'est
écroulée; c'est un monceau
de débris. L'enfant de M. Briand n'est plus qu'un cadavre. Il va
falloir qu'ils la refassent; aggravée ou adoucie, ce sera
toujours une
autre loi. Celle d'hier n'ayant pas obtenu la sanction de Rome, le
paraphe de feu M. Loubet ne l'empêche point d'être caduque.
Il n'y aura pas
d'associations cultuelles; le pape a dit non.
Il n'y
aura pas d'autres
associations, portant un nom différent, mais que le
ministère et les
Chambres pourraient considérer comme des associations
cultuelles, et
accepter en disant: Sommes-nous généreux!... Le pape a
dit: Non.
Les
associations cultuelles, c'était la base même de leur
échafaudage. Tout s'écroule donc.
Ah! ils
ignorent le pape. Le
pape ne les ignore pas, lui. Patient, ferme et souverain, il les
condamne et les oblige à recommencer tout ce qu'ils avaient
fait.
Quel parti
vont-ils prendre? Il n'y en a pas trois. C'est l'entente ou c'est la
persécution.
Pour l'entente, il faut
remettre la
loi sur chantier la rendre conforme aux principes de la
théologie
catholique, - oui, messieurs - afin qu'elle assure la
liberté de
l'Eglise et le respect de sa hiérarchie sacrée.
Le Temps..
L'Encyclique de Pie X met de la
joie au cœur de tous les énergumènes. Sectaires de droite
et sectaires
de gauche étaient dans la désolation. Il leur
échappait, avec
l'acceptation du pape, la chance de nouveaux combats. La paix
religieuse et la paix civile, Qui font les affaires du pays, ne font
point celles des militants de profession. L'espoir renaît dans
leur âme
depuis que Rome a parlé. Les journaux réactionnaires
exultent. Ils ne
risquent rien. Et qui sait si le trouble et le désordre ne
pourraient
pas, à la fin, compromettre la solidité de la
République? C'est donc
toujours le même calcul, toujours la même illusion,
toujours la même
inconscience. Aucune leçon, aucune expérience ne servent
de rien.
Il va de
soi que la volonté
pontificale ne changera rien en France au sentiment de tous les esprits
libéraux qui souhaitent avant tout la paix religieuse. Dans la
loi sur
la séparation se trouvaient quelques dispositions larges et
tolérantes,
que tous les hommes sans parti pris avaient jugées telles. Les
sectaires de l'anticléricalisme en faisaient grief aux auteurs
de la
loi. Les libres-penseurs comme nous se réjouissaient de ce gage
de
tolérance offert à des traditions et à des
sentiments respectables.
Les
catholiques les plus
clairvoyants et les moins suspects, comme M. Denys Cochin ou M.
Ferdinand Brunetière, avaient prié le pape d'accepter les
associations
cultuelles. On se demande à quelles espérances, nous
allions dire à
quelle chimère, cède le pape dans cette occasion? La
leçon des
inventaires n'a-t-elle donc rien appris à Rome? Après une
effervescence
passagère, le résultat des élections
générales avait montré que
l'Eglise ne peut plus compter que ses intérêts
particuliers soient
soutenus par une action politique de quelque importance...
Et l'on
arrive à cet étrange paradoxe que les temples offerts par
le pouvoir laïque sont refusés par l'autorité
religieuse.
On ne fera
jamais admettre à ce
pays de bon sens et de clarté qui veut avant tout le calme, que
ce soit
là le fruit d'une inspiration vraiment chrétienne ou plus
simplement
logique et raisonnable.
Le Journal des Débats..
Le grave
document pontifical
que nous avons publié hier en dernière heure vient
démentir les
espérances que nous avions tenu à manifester jusqu'au
bout. Il repousse
tout accommodement de fait avec la loi de séparation. Nous
pouvons le
regretter. Nous n'avons pas à regretter une attitude
inspirée par un
ardent désir de ne pas voir troubler la paix religieuse, par un
respect
profond pour l'Eglise catholique, le sentiment très net de la
grande
force morale qu'elle représente dans ce pays. Nous gardons
encore
intact ce désir, ce respectable sentiment. Nous souhaiterions de
tout
cœur que les craintes que nous avons souvent exprimées à
cette place:
pour le cas où une solution autre que la solution pacifique
aurait
prévalu, ne se réalisent point. Il est difficile,
d'ailleurs, de dire
actuellement si l'Encyclique nouvelle les autorise aussi
complètement
que le souhaiteraient ceux qu'à gauche ou à droite elle
comble le plus.
Nous
savons ce que vaut - la
loi de Séparation; nous n'avons pas la prétention de la
défendre. Mais,
telle qu'elle a été modifiée et votée,
peut-on dire, avant de l'avoir
essayée, qu'elle refuse toute liberté?
Le
gouvernement avait intérêt à
l'appliquer avec modération. Un ministre semblait y mettre
quelque
amour-propre. Avec une attitude aussi intransigeante, avec l'usage que
sauront en faire les passions anticléricales, peut-on encore
espérer
d'éviter des conflits violents qui
troubleraient
profondément le pays
et dont l'issue échappe à toute prévision? Notre
éminent ami, M.
Aynard, déclarait, il y a quelque temps, avec sa
généreuse éloquence,
qu'une immense bonne volonté était nécessaire de
part et d'autre pour
assurer une application tolérable de cette loi de
séparation. Il semble
qu'aujourd'hui nous soyons réduits à compter sur la force
des choses
qui peut être plus grande que la violence ou l'intransigeance des
hommes. Elle peut s'imposer d'elle-même à l'heure,
où on' l'attendra le
moins. Mais il est triste de n'avoir point d'autre espoir.
Selon ce
que le pape décidera,
la France aura ou n'aura plus ses églises traditionnelles. Elle
courra
les aventures d'une sorte d'anarchie cultuelle où elle aura ses
prêtres
et ses évêques; elle sera privée ici et là,
dans des pays pauvres, du
culte ancestral ou elle continuera de le garder; elle sera, enfin,
divisée, déchirée d'une sorte de lutte civile ou
elle demeurera en paix.
Ce n'est
pas, sans doute, le
pape qui voudra prendre la, responsabilité de choisir entre ces
deux
alternatives: celle qui est, et ce mot la caractérise assez, le
suprême
espoir de M. Ranc.
La République
Française
On avait
pu espérer jusqu'au
dernier moment que, sollicitée en deux sens opposés par
les catholiques
libéraux et par les catholiques «cléricaux", Rome
aimerait mieux
écouter les sages conseils des premiers que de céder aux
passions des
seconds. Malheureusement, ce sont les «cléricaux" qui
l'ont emporté et
ce sont les partisans de la résistance à la loi qui
triomphent. Malgré
les précautions habituelles de langage dont se .sert
l'encyclique pour
exprimer la volonté pontificale, il n'est guère permis de
douter, en
effet, que cette volonté soit nettement hostile à «
l'essai loyal" de
la séparation, à la formation des associations cultuelles
et, par
suite, à l'application de la loi qui a reçu, il faut bien
le répéter.
l'approbation :du suffrage universel aux dernières
élections générales..
|
Page 6
Le
Rappel:
Les
catholiques que n'entraîne
pas un esprit de démagogie et de fanatisme seront
désolés de la
situation que leur fait la volonté du pape. Les libres-penseurs,
éloignés de tout sectarisme,' pacifiques et clairvoyants,
regretteront,
de leur côté, de voir recommencer une crise qu'ils
croyaient close pour
longtemps.
La Lanterne:
D'une
seule poignée,
ou plutôt
d'une seule brassée, car c'est par milliers que les
prêtres ont mendié
les générosités gouvernementales, les demandes de
pensions et
d'allocations doivent être jetées au panier. ..
Légalement, le gouvernement
peut attendre jusqu'au 1er décembre 1907 pour attribuer les
biens et
édifices religieux aux communes ou l'Etat.
Mais, en
présence de l'attitude
violente du' pane, il serait absurde d'attendre l'expiration du
délai.
D'après la loi, l'attribution peut commencer dès le 11
décembre 1906,
si à cette date les associations prévues ne sont pas
formées. C'est dès
lors que l'attribution doit commencer; c'est à cette date et
sans
perdre un seul jour que nous devons inaugurer l'œuvre de reprise
nationale.
Un
gouvernement qui reculerait
devant l'agression du Vatican serait immédiatement balayé
par la colère
nationale, et si nous n'étions pas sûrs des convictions
anticléricales
du ministère actuel, nous pourrions être certains, du
moins, que le
simple bon sens lui commanderait de sévir d'une manière
implacable.
Nous
sommes donc heureux que le pape se prononce pour la résistance.
L'Aurore:
Quant au
gouvernement, point
n'est besoin de se demander anxieusement quelle ligne de conduite il va
suivre. La loi elle-même est suffisamment claire pour qu'il n'ait
pas à
forger de nouvelles armes. L'échéance du 11
décembre 1906 le trouvera
donc prêt et résolu.
La loi de
séparation votée par le Parlement, acclamée par
l'immense majorité du pays, sera appliquée dans son
intégralité.
La Croix.
Le pape
laisse la porte ouverte pour le jour où la loi
respecterait les droits de la hiérarchie et du
Saint-Siège.
Le pape
affirme qu'il n'est animé d'aucune hostilité envers
la République, mais qu'il accomplit un devoir
inéluctable.
La
volonté formelle du
Souverain-Pontife est que, à la suite de sa
décision, personne ne
parle de vainqueurs ni de vaincus. J
On
télégraphie de Rome, à la date du 16
août..
L'impression produite dans
toute la presse italienne par l'Encyclique est tout l'opposé de
celle
manifestée par les (journaux français. On est même
surpris ici que
l'Encyclique soit jugée aussi sévèrement en
France, car au jugement du
monde religieux même, le pape a cherché à jeter un
pont entre la
République et l'Eglise.
Le nœud de
la question se
trouvait dans les associations cultuelles or, ainsi qu'il m'a
été
confirmé aujourd'hui par un membre de la congrégation des
affaires
ecclésiastiques, si le pape les condamne en principe, il
accorde
cependant aux évêques la latitude de créer des
organisations spéciales
pouvant jouer le même rôle que les associations cultuelles,
en leur
recommandant toutefois implicitement de ne pas compromettre les biens
ecclésiastiques
et de faire tous les
sacrifices, même celui de l'essai de la loi de
Séparation, afin de les sauvegarder.
Dans les
hautes sphères du
Vatican, on espère que les évêques français
auront compris dans
l'Encyclique la pensée du pape et sauront lire entre les lignes.
D'ailleurs, les instructions qui suivront et qui devront rester
secrètes, les éclaireront mieux. En somme, au Vatican, on
ne veut ni
guerre civile, ni rupture immédiate. Le pape a fait comprendre
qu'il
était disposé aux accommodements dans l'espoir que le
gouvernement de
la République, ou maintenant ou plus tard, fera de même.
DÉCLARATIONS DE
MM. BRIAND ET COMBES
Du Petit
Parisien,
numéro du 16 août:
A un
rédacteur du
Petit Parisien, qui l'a interrogé, M. Aristide Briand a fait les
déclarations suivantes;
- Mon
opinion? Il m'est bien
impossible d'en avoir une pour l'instant. Et je mets au défi
quiconque
a lu l'Encyclique d'en déduire une conclusion nette et
précise.
- Enfin.
d'après vous, lui demande notre confrère, c'est bien la
résistance qui est préconisée par le
pape?
- Heu! La
résistance... Le mot
est gros, il ne me paraît pas devoir être appliqué
à l'Encyclique. Je
vois, en effet, dans ce document que le pape blâme la loi, ce qui
n'est
pas nouveau, et qu'il réprouve les associations cultuelles,
mais,
finalement, il accepte que les catholiques en forment à la
condition
qu'elles soient à la fois canoniques et légales. Qu'elles
soient
canoniques ou non, qu'elles s'appellent d'un nom ou d'un autre, cela
importe peu et ne me regarde pas: l'essentiel est que ces associations
soient légales. J'attendrai que le clergé français
traduise en actes ce
qu'il aura cru comprendre de la pensée du pape: c'est alors
seulement
qu'il sera possible de se prononcer sur la portée de
l'Encyclique et
d'aviser.
Mais,
dès maintenant,
et quoi qu'il
arrive, ce que je déclare, c'est qu'aucune résistance
n'est possible
contre une loi qui a été votée par l'énorme
majorité des représentants
du pays, une foi ratifiée d'une manière éclatante
par le suffrage
universel, et même, il faut bien le dire, acceptée, sinon
approuvée,
par un grand nombre de catholiques français et non des moindres.
C'est la loi, soyez-en
sûr, qui, finalement, aura le dernier mot.
Du Matin, numéro du 16
août:
M. Combes
pense que
l'Encyclique sera la cause d'un schisme.. c'est du moins ce qui
résulte
des déclarations qu'il a faites à un rédacteur du
Matin:
L'Encyclique du pape, a dit M.
Combes, mais elle ne m'étonne pas.
Le pape est demeuré dans la logique
depuis que le concile du Vatican a reconnu son infaillibilité, il
,ne pouvait pas ne point
rejeter la
loi de Séparation. Il affirme, comme ses
prédécesseurs, la suprématie
du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, c'est dans l'ordre. Il
vient de sonner le glas funèbre de l'Eglise catholique. En
effet,
l'Etat sera. fatalement amené à supprimer les pensions
ecclésiastiques,
et les communes reprendront les édifices consacrés au
culte, églises et
presbytères : voilà pour le côté
matériel de la question". ..
Mais il
est une Idée plus haute
qu'il Importe de considérer au point de vue moral: le
recrutement du
clergé sera rendu plus difficile dès lors que les
associations
cultuelles n'existeront pas. De nombreux clercs entraient dans les
ordres parce qu'ils. y trouvaient une vie facile leur assurant le pain
quotidien. En refusant les associations cultuelles, le pape pose
à
l'Eglise un coup bien plus funeste que ses adversaires eux-mêmes
n'auraient pu lui porter..
|