Nos:
Première  année, Numéro 44
VENDREDI 24 AOUT 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE













NOTRE PROGRAMME

















Hennri BREMOND . . . .    A propos de l'Exposition de Milan
Jérôme LABOURT . . . .
 Le Haut Enseignement supérieur libre
Gerardo MELONI . . . . .
  Chronique. - La Question Fogazzaro
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
   Autour de l'Encyclique. - Socialistes et Radicaux.
REVUE DES PERIODIQUES
L'Encyclique (L'Energie française). - Le Foyer familial (La Croix).
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

BULLETIN POLITIQUE
        L'Encyclique du 10 août a d'abord provoqué un étonnement général, parmi ceux-là mêmes qui s'en sont le plus bruyamment réjouis. On l'a immédiatement regardée, en effet, comme le dernier mot du Pape sur la question et, en un sens, on a eu raison, mais on n'a peut-être pas assez vu dans ce document ce qu'il est en même temps: un acte diplomatique. comme l'a fort bien noté l'archevêque de Besançon, nous n'avons là qu'une préface aux instructions pratiques proprement dites, préface d'ailleurs assez aire pour qu'on puisse présager les instructions claires, dans le cas où les garanties réclamées par l'autorité ecclésiastique ne seraient pas assurées par Etat. Tous les rapports officiels et officieux étant rompus entre le Vatican et la République, c'est le seul moyen qui restait à Pie X de tenter une discussion et de faire savoir au gouvernement la condition sine qua non de l'acceptation par l'Eglise du nouvel ordre de choses. Le gouvernement a bien compris qu'on lui demandait une réponse; il semble même que certains de ses membres ne seraient pas trop éloignés d'accorder les garanties demandées. Il est probable, par exemple, que M. Briand sacrifierait sans trop de regret l'article 8 qui vint déranger l'équilibre et harmonie de son œuvre, et introduirait dans le texte officiel les déclarations complémentaires faites par lui à M. Ribot au sujet de l'article 4. Mais si l'on accepte de prendre part à la conversation amorcée par le Vatican, il n'y a plus de séparation : aucun gouvernement ne peut s'engager sur ce terrain et violer ainsi le principe même d'une loi approuvée par le pays. Toutefois, la situation n'est peut-être pas sans issue. L'Etat, il est vrai, ne reconnaît plus le Pape; d'après la loi elle-même il ne connaît plus que  les catholiques français. Pourquoi donc une Assemblée des Evêques ne déterminerait-elle pas le point précis de la loi que la conscience catholique juge inacceptable ; pourquoi ne dirait-elle pas dans le 
concret ce que l'Encyclique ne fait que suggérer; pourquoi enfin  n'enverrait-elle pas au gouvernement de la République une délégation chargée d'exposer loyalement les demandes des catholiques? Le gouvernement peut refuser de discuter avec le Pape qu'il ignore  désormais; il ne pourrait refuser de  recevoir et d'écouter des citoyens français représentant des milliers d'autres citoyens français.
    Le cardinal Vincent Vannutelli a été délégué par le Souverain-Pontife au congrès des catholique allemands. Nous félicitons ces derniers de cette marque éclatante de faveur et de pouvoir associer dans leurs vivats les noms de l'Empereur et du Pape. Nous regrettons seulement que les circonstances douloureuses traversées par la France aient permis à une presse sans tact de faire, à cette occasion, d'injustes et pénibles rapprochements. Quand on juge la France, - et quel qu'en soit le juge, - il est équitable de le faire en considérant la somme sans égale de son héroïsme et de son désintéressement, et non un médiocre moment de son histoire, - dont les grandeurs après tout suffiraient à la gloire de plus d'un.
    En Russie, la situation est normale. Les terroristes répondent par des bombes aux perquisitions de la police. Les paysans, leurs moissons faites, travaillent à la solution de la question agraire, mais d'après des méthodes qui n'ont rien de commun avec la loi de l'offre et de la demande, seule capable, selon le ministre de l'agriculture, de résoudre le conflit. Ils abattent les futaies, capturent le bétail, s'emparent des instruments aratoires et incendient les bâtiments des grandes exploitations. Si les maisons le campagne des propriétaires et de leurs gérants sont dévastées, la terre n'est pas partagée pour cela. Au ministère de l'agriculture, on prétend que la chose est impossible. Pas d'expropriations! tel est le premier article du programme agraire officiel; car les ventes en masses provoquées par la panique seront suffisantes pour réaliser les réformes nécessaires. C'est du moins ce qu'on assure à Pétersbourg, justifiant ainsi, par le plus étrange des arguments, la nécessité de l'anarchie pour constituer de l'ordre, toute naturelle d'ailleurs, s'il est vrai que toute organisation est sortie de tout chaos. Le fatalisme slave fait, en partie, de la longue désespérance des nobles âmes qui ont pensé et vainement rêvé sur cette terre ingrate quelque peu de justice, ce fatalisme-là et 'illogisme des autres mènent plus ou moins toute chose en Russie. M. Stolypine, qui ne semble cependant pas un homme malintentionné, vient de tenir de bien stupéfiants propos. Pour justifier ses brutales mesures de répression il a déclaré en substance: "L'anarchie règne en Russie; notre devoir est de rétablir l'ordre. Nous employons, pour ce faire, le seul moyen efficace: la force. Quand les désordres auront cessé, nous instituerons le libéralisme."  Mais, ô logicien oriental, les désordres d'en bas ne cesseront précisément que lorsqu'un peu d'ordre moral et de justice auront commencé à s'établir et à régner par en haut. Car l'ordre est fait pour les Russes et non les Russes pour l'ordre.



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