|
Première
année, Numéro 45
VENDREDI 31 AOUT 1906
SOMMAIRE:
Autour de l'Encyclique. - La
Séparation, - Une lettre de M. Anatole Leroy-Beaulieu. - A
propos d'une Revue, etc.
REVUE DES
PERIODIQUES
La politique de Pie
X Journal des Débats). - La Démocratie
chrétienne en Italie (Revista di Cultura), etc., etc. Notes bibliographiques.
BULLETIN POLITIQUE Toute la presse s'est
occupée des documents relatifs à l'Assemblée des
Evêques qui viennent
d'être livrés à la publicité: la presse de
gauche pour les opposer avec
indignation à l'Encyclique; la presse de droite pour
défendre ce
document et montrer qu'il parle d'unanimité des
évêques à propos de la
condamnation de principe des associations cultuelles, non à
propos des
associations canoniques. La plus importante des pièces
publiées est en
effet le projet d'associations canoniques et légales soumis par
l'Assemblée à l'approbation de la commission cardinalice
et du Pape.
S'il faut en croire de grands journaux catholiques, tels que la Croix,
ces statuts « offrent de réelles garanties d'orthodoxie
des membres et
d'autorité des supérieurs hiérarchiques »,
mais ils seraient en
contradiction avec la loi de Séparation et pourraient «
être annulés à
la première occasion 1J. « C'est pourquoi, conclut la
Croix, ce fut de
la part de Pie X un acte de haute sincérité et
d'évidente sagesse de
réchauffer des garanties certaines et légales. Si l'on
veut loyalement
respecter l'organisation générale du culte catholique,
qu'on les donne
officiellement.» Ce sont là des déclarations qui
méritent d'être
relevées, car elles sont de nature à introduire dans la
situation
actuelle quelque lumière. Si, en effet, cette
interprétation de
l'Encyclique et des - Statuts est autorisée, - ce que nous avons
tout
lieu de croire, étant donnée la position officieuse de la
Croix, - les
statuts proposés par les évêques sauvegarderaient
l'autorité de la
hiérarchie. Mais le Pape aurait jugé insuffisante
à les rendre
intangibles la seule garantie de la liberté reconnue par le
droit aux
contractants dans la confection de leurs statuts, liberté qui
nous
avait fait conclure à la légalité d'associations
ainsi organisées, et
hypothèse qui , nonobstant une précaution bien
légitime, reste encore
debout. La question deviendrait donc, non point, certes, plus facile
à
résoudre, mais moins inextricable peut-être, puisqu'il
s'agirait de
savoir si les associations proposées par les
évêques seraient oui ou
non légales. Pour garantir cette légalité,
il
|
suffirait sans doute à
l'Etat de
modifier ce qui ,dans l'article 8, est
contraire à l'esprit
de l'article 4. Ce ne serait pas là amoindrir la loi ni
«aller à
Canossa», mais introduire dans le texte plus de précision
et de clarté;
ce serait faire un acte de probité simple et digne qui
honorerait le
gouvernement de notre pays. On s'illusionnerait
fort
à l'étranger si l'on prenait pour une pieuse soumission
au Saint-Siège
les protestations enflammées de la presse de Droite et pour de
la
révolte le raisonnable et digne respect que d'autres lui ont
voué et
lui gardent. Les ennemis de la France moderne et de la
démocratie n'ont
rien appris ni oublié. Ce que leur attitude présente
comporte de
déférence et d'obéissance intrinsèques
envers la papauté peut
exactement se mesurer à la déférence et à
l'obéissance qu'ils
professèrent pour les enseignements ou les ordres du
Saint-Siège sous
le précédent Pontificat. Pendant les quinze
dernières années de ce
règne, période si décisive pour l'Eglise de
France, les mêmes
personnalités et les mêmes organes qui multiplient
aujourd'hui les
actes de soumission avec bruit et défi, enterrèrent dans
une mortelle
force d'inertie, quand ce ne fut point sous des injures ou une
rébellion ouverte dont les termes pourraient être
aisément exhumés, les
ordres les plus pressants de Léon XIII. Ces hommes et ces
journaux, qui
se disent catholiques, mais sont avant tout les porte-parole des
coteries les plus rétrogrades de la nation, se sont
prévalus avec
ostentation des paroles de Pie X, pour y trouver la condamnation de
quiconque ne partage point leur égoïste et triste
idéal. Ils ne
soufflèrent parfois pas un mot des grandes encycliques dont les
termes
émouvants sont encore dans la mémoire de tous. Tel
directeur de journal
au zèle exaspéré serait-il en mesure de nous
indiquer dans quelles
secrètes éditions de sa feuille parurent naguère
les enseignements
capitaux de Léon XIII ? Nous nous garderons, pour notre part,
d'obéir à
un Pape et de désobéir à un autre. Respectueux
hier et discipliné, nous
le serons également aujourd'hui. Nous n'aurons pas besoin pour
cela de
manifester l'enthousiasme débordant. de certains, - enthousiasme
agressif pour Je Pouvoir civil qu'ils provoquent et injurieux envers le
Souverain-Pontife, dont ils oublient le magistère religieux pour
magnifier seulement l'interprétation politique de sa parole. L'Espagne semblait hésiter devant une bifurcation essentielle de son histoire. Sur un geste décisif du jeune roi, elle vient de prendre le chemin de gauche. Nous lui souhaitons d'y marcher d'un pas prudent. C'est une bonne fortune pour l'œuvre de « régénération laïque » entreprise par les libéraux, que d'avoir l'appui du très catholique roi d'Espagne. Quelque violemment ému qu'il ait été par l'attentat dirigé contre M. Stolypine, le czar n'a point cédé au mouvement guetté par les partisans de la dictature militaire. Se ralliant aux conseils de la sagesse et aux ordres de la nécessité, ce qui est en général tout un, il y a répondu par l'aliénation d'une partie des terres de la couronne. Que devant les restes épars des enfants innocents qui jouaient dans la trajectoire allant de la bombe sans raison à l'autorité sans mesure, la conscience russe se réveille enfin. La Russie périt de son ordre et de son désordre. Que Dieu réveille son âme, mais surtout la renouvelle! |