Nos:
Première  année, Numéro 47
VENDREDI 14 SEPTEMBRE 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE













NOTRE PROGRAMME

















Alfred ROUSSEL 
Université de Fribourg  .  .
 Le Dernier sermon prononcé à Paris par Lacordaire
J. TURMEL . . . . . . . .
 L'Enseignement supérieur libre (suite)
Richard_de_KRALIK
  Correspondance autrichienne.
 Un programme catholique
Paul THOULOUZE . .
 Pie X et les Congrégations
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    Autour de l'Encyclique. - L'Assemblée épiscopale. - Nouvelles déclarations de MM. Clemenceau, Briand et Combes. - Le Conseil des ministres et l'Encyclique, etc. Le général des jésuites.
    REVUE DES PÉRIODIQUES
     Un futur Concordat (Les Etudes). - Espérances protestantes (Le journal de Genève).
Notes bibliographiques.
La Découverte du vieux monde par un étudiant de Chicago, par Félix Klein.

BULLETIN POLITIQUE
        Notre situation religieuse reste des plus sombres. L'Assemblée des évêques n'a pas cru pouvoir actuellement entrer en rapports avec le gouvernement pour lui présenter les doléances et les demandes des catholiques et, d'autre part, le ministère fait annoncer qu'il appliquera la loi, tout en se refusant à fermer les églises. Certains ont pensé que cette double décision préparait une solution de fait basée sur un accord tacite. Les églises restant ouvertes, les catholiques  continueraient comme par le passé à y célébrer le culte public et ils auraient au moins l'avantage de n'avoir ni transigé sur les principes ni fait de concessions dans la pratique. La réalité se chargera malheureusement de donner tort à ces optimistes. Le plan du gouvernement, tel qu'il apparaît désormais, est d'une simplicité presque enfantine et ne demande aucune mesure législative nouvelle. Les églises resteront ouvertes au culte; rien ne sera changé sous ce rapport aux habitudes populaires. On se contentera de reprendre les menses, presbytères, séminaires, tout en un mot; sauf les édifices du culte. Puis, une par une, lentement, sans bruit inutile, les églises seront désaffectées par décret, dans les pays d'abord où la religion est expirante, puis peu à peu dans la France entière. Les catholiques seront ainsi décimés en détail, sans autre défense possible que des protestations isolées, qui viendront échouer devant l'apathie et l'indifférence générales. On gémira, protestera ou provoquera un peu 
plus et tout sera dit. Dès la fin de 1907, on pourra lire dans les journaux  des vœux de conseils généraux radicaux ou socialistes dénonçant les menées politiques du clergé et réclamant du gouvernement les décrets de désaffectation que celui-ci s'empressera de leur accorder. Qu'on pense à la situation des prêtres qui n'achopperont pas à la surveillance tracassière des politiciens de village que pour tomber peut-être sous la tutelle de leurs paroissiens riches, et qu'on songe aux difficultés du ministère pastoral dans un pays aussi divisé et au milieu de tels malentendus. IL n'y a pas besoin d'être grand clerc pour prévoir à quel point les passions anti-relirieuses seront surexcitées par cette douloureuse situation et quelles racines nouvelles elles pousseront dans l'âme populaire!
    Quant au mal qu'elles feront aux catholiques français, il n'est que trop facile de s'en rendre compte. En les forçant à se replier sur eux-mêmes et à prendre des formations de combat, elle aboutiront à faire bâillonner chez eux toute voix indépendante et franche, à faire taire au profit des violents tous ceux qui, à quelque parti politique qu'ils appartiennent, méritent par tant d'intelligence, de foi, de services désintéressés d'être des guides: les d'Haussonville et les Cochin, les Brunetière et les Fonsegrive. Les modérés eux-mêmes ne trouveront pas grâce devant les purs et la surenchère ira jusqu'à épurer ces derniers. Et il n'y a ici aucune exagération: il se mène actuellement dans les journaux d'extrême droite une campagne très significative contre l'Action libérale populaire et son chef, M. Piou. Cette organisation qui devait recueillir toutes les forces catholiques et que l'Osservatore Romano recommandait avec insistance au moment des élections, elle est aujourd'hui dénoncée comme tiède, entachée de libéralisme et on poursuit avec acharnement en elle le peu qu'il y reste encore de l'esprit de Léon XIII. Ce sont là des faits et des symptômes. Certains nous reprocheront peut-être de les grossir ou de leur donner plus d'importance qu'il ne faut...
    C'est en réfléchissant à ces faits que beaucoup de catholiques français, soucieux avant tout de l'avenir religieux de leur pays, auraient souhaité qu'une démarche courtoise mais digne fût faite auprès du gouvernement de la République par les chefs autorisés du catholicisme français pour exprimer en toute franchise ce que la conscience catholique juge inacceptable dans la loi de séparation. On aurait pu demander, par exemple, la suppression dans l'article 8 des fameuses « circonstances de fait" qui, en droit, ne suppriment pas l'article 4, mais qui restent comme une porte toujours ouverte aux tracasseries d'un gouvernement jacobin. Cette démarche, quel qu'en dût être le succès, eût été un acte de loyalisme dont les résultats pouvaient être considérables. Nos évêques la feront-ils sous une forme ou sous une autre, on ne peut le dire encore d'une manière certaine, le secret ayant été gardé sur les points les plus importants de leurs délibérations. On peut du moins le souhaiter comme catholique et comme français.

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SUISSE: Le Congrès marial.
    Au congrès marial tenu à Einsedeln, M. le chanoine Huguet, ancien professeur à l'Institut catholique de Paris, a lu un rapport sur les apparitions de Pellevoisin. On lut aussi quelques pages de l'abbé Faurax, de Lyon, directeur du pèlerinage à la Santa Casa, attaquant le livre de M. Ulysse Chevalier.

TUNISIE: La Propagande panislamique.
Le gouvernement tunisien, statuant sur le cas de Si Abdenazak Ghattas, directeur de l'Ami du Peuple, qui vient de publier plusieurs articles violents contre la France et le bey de Tunis, a prononcé, le 1er septembre, l'interdiction du journal et infligé à son directeur mille francs d'amende. En outre, Si Abdenazak Ghattas comparaîtra à là prochaine audience devant le bey et recevra .un blâme officiel du souverain. On constate tout cet été un mouvement insolite de touristes allemands en Tunisie et en Algérie. En Tunisie, dans les domiciles des principaux agents du gouvernement beylical, on voit fixées au mur, à la place d'honneur, des chromolithographies toutes neuves représentant le sultan de Constantinople, l'empereur et l'impératrice d'Allemagne. Guillaume. II est représenté en tenue guerrière avec casque et cuirasse. Autre détail. Les établissements de crédit de Tunis, qui, jadis, ne recevaient guère au nom des touristes allemands que des lettres de crédit ne dépassant pas deux mille ou trois mille francs, ont eu à payer à quelques-uns de ceux qui vinrent nous visiter cet été, des sommes atteignant trente mille et quarante mille francs. On se demande où .sont passées de telles sommes.


AUTOUR DE L'ENCYCLIQUE (SUITE):
L'Assemblée épiscopale

    Des décisions prises par l'Assemblée des évêques, les unes ont été, paraît-il, tenues secrètes pour être soumises au pape, d'autres ont été immédiatement connues. La Croix résume ainsi ces dernières: Au 11 décembre, continuer le culte et garder passivement ses positions, si d'ici là « des garanties certaines et légales" n'ont pas été données aux catholiques.
    Compléter partout, avec les variétés nécessaires suivant les diocèses et les provinces, et avec des caisses diocésaines et provinciales, l'organisation indispensable du denier du culte, en évitant, la coaction personnelle, mais en faisant peu à peu entrer dans les mœurs la nécessaire participation des fidèles à l'entretien du culte et du clergé.
    Transmettre, si le pape en donne l'autorisation, à des établissements d'utilité publique catholiques, dans la mesure du possible, les biens scolaires et charitables.
    Envoyer au pape une adresse d'adhésions filiale, complète et unanime.
    Adresser aux catholiques de France une « lettre collective», qui étant un document pastoral, n'aura pas le caractère sensationnel que beaucoup attendent.
    La Croix donne, d'autre part, les renseignements suivants:
    "Plusieurs journaux ont annoncé que l'Assemblée des évêques aurait donné à trois évêques mission de négocier avec M. Briand pour chercher un terrain d'entente. Ainsi qu'il fallait s'y attendre, cette information est absolument démentie. La dignité de l'Eglise ne permet pas à l'épiscopat d'engager des pourparlers directs avec un gouvernement qui affecte d'ignorer le pape. Au moins faudrait-il l'autorisation du chef de l'Eglise. Il importe sans retard de couper les ailes à ce canard.
    Il n'y à  la situation actuelle que deux solutions pacifiques : ou des négociations loyalement ouvertes par le gouvernement français avec le Vatican, ou une modification explicative de la loi faite par le Parlement et donnant aux catholiques les garanties nécessaires...
    L'assemblée plénière des évêques n'est que prorogée. Les prélats tiennent à prendre en commun toutes les mesures importantes. Parmi les évêques, il en est qui désirent une réunion nouvelle au mois de
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   janvier. D'autres parlent du printemps. La fixation de la date dépend des circonstances.
   La Croix fait allusion à des déclarations d'un évêque, publiées par l'Echo de Paris et ainsi conçues:
    Nous avons autorisé trois de nos collègues passant pour très influents à demander à' M. Briand les garanties légales. que le pape considère, et nous avec lui, comme nécessaires pour l'acceptation de la loi.
    Nos délégués doivent notamment insister sur la modification de l'article 8 de la loi, attribuant au Conseil d'Etat les litiges soulevés par des associations cultuelles en concurrence et enlevant au libéralisme de l'article 4 tout avantage. A quoi bon, en effet, donner des statuts conformes au droit canonique à des associations, si d'autres associations peuvent se constituer sur d'autres bases et en dehors
de toute direction catholique? Un texte de loi, proclamant dans ces contestations l'avis de l'évêque, non plus seulement important, mais péremptoire, ferait cesser nos craintes de voir l'orthodoxie menacée.
    Ajoutons que la rédaction de la lettre pastorale collective de l'épiscopat français a été confiée à Mgr Amette, coadjuteur de Paris, Mgr Chapon, évêque de Nice, et Mgr Dadolle, évêque de Lyon.
    A l'issue de l'Assemblée, les évêques se sont réunis à Notre-Dame de Paris. Voici un extrait du discours prononcé par Mgr de Cabrières à cette cérémonie:
    C'est une grande chose que celle qui s'achève en ce moment, parce que c'est une page de notre histoire et l'une des plus importantes. Sans doute, ce n'est pas à nous, évêques issus de la volonté concordante du pape et du chef de l'Etat, ce n'est pas à nous de blâmer le concert des deux autorités, bien au contraire, il faut le saluer.
    Mais vous avez eu depuis le spectacle de nominations différentes. Il fut bien glorieux celui qui vint chercher directement de Rome dans le peuple de France des prêtres pour être les pontifes et les docteurs du peuple chrétien. Moi, qui suis le dernier par le talent, mais l'un des plus anciens, je salue avec bonheur et fierté les recrues de l'épiscopat à qui Dieu a confié la mission de venir avec nous traiter des grandes affaires de l'Eglise et du pays...
    ...Nous voulons montrer que nous sommes les évêques de notre temps, prêts à en aider les aspirations généreuses, mais avant tout nous sommes les hommes de la doctrine et juges de cette doctrine. Tout en connaissant le mouvement du siècle, nous restons les hommes de la foi traditionnelle.
    Nous sommes venus en cette église parce qu'elle a droit à des hommages spéciaux, ayant été le témoin des événements les plus illustres de notre histoire. Après les jours d'humiliation, Notre-Dame a vu, un 15 août, un cortège imposant venir sceller un pacte émouvant entre l'Eglise et l'Etat.
    Mais aujourd'hui, voici une alliance nouvelle, en une forme inconnue, qui vient se sceller entre l'Eglise et la France tout entière. Il était bien juste qu'à l'exemple du pacte concordataire un nouveau pacte se scellât entre le peuple tout entier et son épiscopat. .
C'est une date solennelle que la date de ce renouvellement. C'est la première d'un temps nouveau sur lequel nous appelons la bénédiction de Marie.
    Au sortir de Notre-Dame, Mgr SchaePfer, évêque de Tarbes, aurait tait à un journaliste les déclarations suivantes .
    "Nous avons voulu chanter à Notre-Dame le Salvum fac rempublicam. L'épiscopat français est loyaliste, en majorité... Nous sommes prêts à faire toutes les concessions. Mais le gouvernement doit en faire d'abord.
    Nous avons prié pour la République. Ne pourrait-elle nous considérer comme de bons serviteurs?
    Mgr de Cabrières compte sur le dévouement des fidèles. Permettez au prélat républicain que je suis de compter sur le gouvernement républicain pour faciliter aux évêques le moyen de maintenir partout le calme.
     L'épiscopat lombard, en ce moment réuni en concile provincial à Milan, vient d'adresser aux évêques de France une lettre de sympathie et d'encouragement...
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Déclarations de M. Clemenceau   
    Voici de nouvelles déclarations faites par M. Clemenceau à un rédacteur du Gaulois:
    - Vous vous contraindrez sans doute, un jour ou l'autre, lui disait celui-ci, à entrer en conversation avec le Saint-Siège.
    - Cela jamais et sous aucun prétexte... Vous entendez... je vous demande même de le répéter... jamais... jamais... le gouvernement français ne consentira à entrer de nouveau en relations avec Rome... J'ignore le pape... ...Les intérêts actuellement en jeu sont exclusivement français, continua M. Clemenceau, le geste tranchant, le verbe bref. Je ne consentirai à les discuter qu'entre Français...
    - Permettez-moi de vous faire remarquer que les évêques de France sont Français. Si donc, à la suite de la réunion qu'ils viennent de tenir, quelques-uns vous faisaient part de l'opportunité qu'il y aurait, dans l'intérêt général, à apporter une modification restrictive à l'interprétation de l'article 4...
    - Je ne tiens pas à l'article 4...
    - ...modification qui se formulerait soit par voie de règlement d'administration publique supplémentaire, soit de toute autre manière, vous ne refuserez pas d'entrer en conversation avec des Français, fussent-ils évêques?       
    - Evidemment non. Pourquoi voulez-vous que je ne cause pas avec des évêques? Je vois des curés tous les jours, je n'en ai même jamais tant vu que ces jours-ci.
    ...Ecoutez bien ce que je vais vous dire, ma formule sera lapidaire;
    Jamais je ne fermerai une seule église de France...
    Bien plus, j'ajoute: Tant que je ferai partie du gouvernement, jamais on ne fermera une église de France.
    Voilà qui est net. Le Gaulois peut l'imprimer comme il voudra, dans les caractères de son choix, en italiques, en capitales rondes, en normandes grasses, en égyptiennes maigres ou en elzévir, à son gré. Je ne fermerai pas les églises.

Déclarations de M. Briand
    M. Briand a fait à plusieurs journalistes les déclarations suivantes ..
    Jamais, à mon avis, la masse des catholiques français n'admettra que le mode des associations admis par Rome pour l'Allemagne soit repoussé pour la France. En outre, les fidèles ressentiraient bien vite l'injure que renferme à leur adresse la condamnation définitive du principe des associations. Ils se verraient ainsi assimilés par l'Eglise à un vil troupeau qui doit se laisser tondre sans prétendre contrôler l'usage qu'on fera de sa laine. Croyez que, dans ces conditions, l'Eglise trouverait difficilement des subsides, et soyez sûrs que ces considérations n'ont pas dû échapper à ses évêques...
    ...Imaginez, par exemple, les membres d'un conseil de fabrique organisant entre eux et avec quelques fidèles, mais sans le curé, une association se proposant l'exercice du culte catholique, apostolique et romain. Cette association sera légale elle ne deviendrait illégale que si preuve était faite devant la juridiction compétente qu'il lui est impossible de réaliser son objet. Sauf cette clause, ladite association est légale et le conseil de fabrique l'a dotée du patrimoine ecclésiastique de la paroisse. Ses membres vont trouver le curé, qui n'a plus ni église ni ressources. Ils lui disent: « Vous n'avez pas les moyens matériels d'assurer l'exercice du culte dans la paroisse, vous allez être obligé de vous adresser à nous individuellement pour vous procurer ces moyens. Eh! bien, collectivement, nous vous les fournissons, ces moyens. Voici l'église, voici les objets du culte, voici les sommes nécessaires à l'exercice de la religion!" Que pourrait répondre le curé à cette offre? Et quels reproches pourrait lui adresser son évêque s'il acceptait de continuer son sacerdoce dans ces conditions, qui auraient été établies hors de lui? Et le pape lui-même, que pourrait-il objecter à l'évêque?
M. Briand a, en outre déclaré qu'il recevrait les évêques français si ceux-ci demandaient à le voir.
Déclarations de M. Combes
    Interpellé par le Journal, M. Combes a fait des déclarations dont nous extrayons ces lignes:
Le devoir du gouvernement est tout tracé. Toute résistance à la loi est justiciable des tribunaux. Il n'a qu'à déférer aux tribunaux les rebelles qui s'insurgeraient  contre la loi. A la rigueur même, en certains cas, il peut procéder par voie administrative. A défaut d'un texte de loi spécial et approprié aux dits cas, il trouvera pur se couvrir une jurisprudence établie, quelque arrêts d'appel ou de cassation 
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sérieusement motivé. Au surplus, s'il est besoin d'une loi, est-ce pour rien que le Parlement est investi du pouvoir législatif? Il ne faut pas longtemps pour déposer un projet de loi et, la loi votée, sa promulgation et son application vont toutes seule".
L'essentiel, c'est de viser et de frapper les meneurs, les fauteurs de troubles. Leurs troupes improvisées se disperseront d'elles-mêmes. En tout cas, le principe dominant reste celui-ci: la loi doit prévaloir. Or, bien appliquée, sans provocation comme sans faiblesse, la loi
prévaudra.

Le Conseil des Ministres et l'Encyclique
    Voici le communiqué officieux concernant les décisions prises par le ministère au Conseil du 1er septembre:
    Le Conseil a enfin abordé 1a question de l'application de la loi de Séparation. M. Briand a renouvelé devant ses collègues les explications qu'il avait fournies au cours de récentes interviews sur le fonctionnement de la  loi. Le Conseil a ensuite examiné les diverses éventualités qui peuvent se produire. M. Briand a fourni, sur la ligne de conduite à suivre, des instructions fort nettes, et sa manière de voir a été partagée pat tous ses collègues. '
    Le Conseil a reconnu qu'on ne pouvait songer à recourir, comme certains l'ont prétendu, pour l'exercice du culte, à la loi sur les associations. C'est bien exclusivement la loi du 1r décembre 1905 sur la séparation lui est applicable, et le gouvernement en assurera l'exécution avec un grand respect pour les consciences, mais aussi avec résolution et fermeté.
Des observations ont été échangées sur les édifices cultuels. On a paru croire dans la presse que le gouvernement se trouverait dans l'obligation, dès cette année, de fermer les églises dont les curés ne se seraient pas mis en règle avec la loi. Les ministres ont reconnu qu'un article de la loi visait particulièrement cette désaffectation. Le paragraphe 9 de l'article 13 de la loi de Séparation est, en effet, ainsi conçu:
    « Les immeubles autrefois affectés aux cultes, et dans lesquels les cérémonies du culte n'auront pas été célébrées pendant le délai d'un an, antérieurement à la présente loi, ainsi que ceux qui ne seront pas réclamés par une association cultuelle dans le délai de deux ans après sa promulgation, pourront être désaffectés par décret."
    La loi sur la séparation ayant été votée définitivement le 9 décembre 1906 et promulguée le 11 décembre, c'est donc le 1r décembre 1907 que se posera la question de désaffectation des édifices religieux, et la loi spécifie que ces édifices pourront être désaffectés par décret. En d'autres termes, c'est au gouvernement qu'il appartiendra à ce moment de procéder, s'il le juge utile, à la désaffectation. Or, d'ici là, l'apaisement se sera peut-être fait dans les esprits, et la loi dont les autres dispositions auront été exécutées ne suscitera sans doute plus la même opposition. En tout cas, le délai imparti par le texte législatif est, on le voit, assez long.

Les Documents du "Siècle"
    Le Siècle fait suivre la note de la Semaine Religieuse de Besançon, qui qualifie d'inexacts les documents publiés par lui, d'une réplique où nous lisons :
    La « publication toute récente" de documents que l'archevêque de Besançon qualifie d'inexacts ne peut être que celle qui a été faite ici.
    Les personnes qui hésiteraient entre notre parole et celle de l'archevêque n'ont qu'à venir au bureau du journal. Elles pourront comparer notre publication avec le texte même des documents de l'assemblée des évêques. Elles verront que nous l'avons très exactement reproduit.

Un Amendement de M. l'Abbé Gayraud
    M. l'abbé Gayraud, député de la troisième circonscription de Brest, annonce, dans une brochure qu'il vient de publier sur la Loi de Séparation et le Pape Pie X qu'il déposera un amendement tendant à modifier l'article f de la loi.
    Que veut le pape? Tout simplement qu'un texte légal reconnaisse, non pas comme un droit divin, mais comme un fait historique, l'autorité nécessaire à la hiérarchie de l'Eglise sur les associations de fidèles établies par la loi.
Me sera-t-il permis, en qualité de parlementaire, de dire comment je traduirais, sous forme d'amendement ou de texte additionnel aux articles de la loi votée,...
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