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Première
année, Numéro 48
VENDREDI 21 OCTOBRE
1905 SOMMAIRE:
Autour de
l'Encyclique:
Déclarations du cardinal Vannutelli. - L'Encyclique et
l'Episcopat. -
Une lettre d~ M, Brunetière. - L'appel de M. des Houx. - Le
général des
jésuites, .
LETTRES A
L'EDITEUR
Un Sicilien : Salvatore di Bartolo , - Adrien
Vancauenberg : Hypercritique et
Tradition.BULLETIN POLITIQUE Des divers
renseignements publiés par les journaux au sujet de la
récente
Assemblée de l'Episcopat il semble bien résulter qu'un
bon nombre
d'évêques ont proposé d'envoyer auprès du
Gouvernement une délégation
chargée de demander les «garanties certaines et
légales» réclamées par
Pie X, dans l'encyclique Gravissimo. Cette délégation
aurait reçu pour
mission d'indiquer clairement et loyalement quels changements il serait
nécessaire d'introduire dans la loi pour la rendre acceptable
aux
catholiques français. Il parait ressortir d'autre part des
déclarations
du cardinal Lecot que l'Assemblée n'aurait pas voulu
s'engager dans cette voie sans prendre auparavant l'avis du Pape et soumettre à son approbation les conditions mêmes de cette démarche. Il est bien évident, en effet, que les évêques et les catholiques français ne peuvent demander la modification de la loi de Séparation, sans indiquer d'une manière ou d'une autre ce qu'ils jugent inacceptable dans cette loi et contraire à leur conscience. Un argument fort exploité ces jours-ci, - et, sans doute, avec beaucoup de raison, - consiste à citer d'autres lois que le Parlement n'a pas hésité à modifier, parce qu'elles lésaient les intérêts d'une catégorie de citoyens. Mais ce qu'il ne faudrait pas oublier, lorsqu'on fait état de ces exemples, c'est que les Français qui avaient contre ces lois des griefs, ne seront jamais bornés à une protestation générale et vague contre la loi. Ils ont, au contraire, hardiment formulé, auprès des pouvoirs publics, leurs demandes et leurs doléances, précisant dans des vœux, des pétitions, des lettres ouvertes, les points sur lesquels portaient leurs griefs. C'est, en effet, ce que peuvent faire, comme citoyens français, nos évêques, et après eux tous les catholiques. Lorsque MM. Briand et Clemenceau se déclaraient prêts à les recevoir, à écouter leurs demandes, à discuter avec eux, Ils déclaraient une chose très simple et qui n'aurait dû étonner personne. Il n'y a pas de législation intangible et tout citoyen a le droit de poursuivre par les moyens légaux la modification d'une loi. |
La pétition aux pouvoirs publics
est le premier de
ces
moyens, et il ne faut pas oublier que ce sont les « moyens
légaux» que
recommande l'Encyclique. A ce point de vue, d'ailleurs. la lettre
collective de l'Episcopat ne donne que peu de renseignements sur
ce que sera cette pétition, si le Pape en autorise l'envoi.
Cette
lettre est plutôt une exhortation aux fidèles et une
paraphrase de
l'Encyclique. Quelques lignes relatives à l'article 8 et
l'accusant
d'annuler les garanties de l'article ne sont pas toutefois sans
signification. Peut-être ne serait-on pas trop
éloigné de la vérité en
pensant que, si les évêques présentent une demande
au Gouvernement,
c'est sur ce point qu'elle portera. L'opinion est assez susceptible en Allemagne. Et l'esprit allemand pour discipliné qu'il soit, est beaucoup plus rationnel et mesuré qu'on le pense communément chez nous. Le discours du cardinal Vannutelli au Congrès d'Essen vient d'en fournir la preuve. Le cardinal dans ce discours latin, dont une incidente essentielle ne fut pas traduite, loua la sagesse et la discipline des catholiques allemands et leur esprit de soumission envers la Papauté « qu'il s'agisse de religion ou d'affaires civiles ou sociales ». Pendant que la presse nationale libérale protestait contre cette phrase, les journaux catholiques élevaient des doutes sur sa parfaite exactitude. Les commentaires s'envenimant, la Kœlnische Volkszellung prit le parti de se renseigner auprès de qui de droit. Elle apprit que la phrase incriminée était suivie dans le texte latin de ces trois mots: Quantenus religionem atingit, « en ce qu'elles touchent à la religion ». La question des rapports entre l'Eglise et l'Etat n'est peut-être nulle part, en ce moment, posée avec plus d'acuité qu'en Espagne, puisqu'il faut en excepter la France où, légalement du moins, et diplomatiquement, elle est résolue. La nouvelle loi relative au mariage engage, en effet, un principe trop grave et trop constamment maintenu pour ne pas provoquer des protestations, de la part du clergé espagnol surtout, qui avait été peu gêné jusqu'ici par la puissance séculière dans l'exercice des droits intégraux de l'Eglise. Plusieurs prélats viennent de s'élever publiquement contre la circulaire du comte de Romanones sur le mariage civil. L'évêque de Tuy, notamment: adresse à son clergé une lettre pastorale qui constitue non seulement une déclaration de guerre au gouvernement, mais une invite au viol de la loi organisatrice d'un « concubinage légal ». La loi prescrivant en effet, la priorité des formalités civiles sur la bénédiction religieuse, il s'ensuit que les époux peuvent se dispenser de cette dernière sans que leur union soit entachée d'irrégularité au regard de cette même loi. La manifestation de l'évêque de Tuy a mis le gouvernement dans un grand embarras. Le comte de Romanonès exige des poursuites contre le prélat. Mais ses collègues hésitent à les lui accorder. Ils craignent une agitation dont ils ne recueilleraient point sans doute tout le bénéfice. Par contre, la presse libérale engage le gouvernement à se montrer énergique. Depuis un assez long temps déjà, l'Eglise catholique et les Etats vivaient de concessions réciproques et d'accommodements, du moins sur le terrain des contingences. Il semble que plus de logique ou moins de bonne volonté doive désormais présider un peu partout à leurs rapports réciproques. |
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