Nos:
Première  année, Numéro 50
  VENDREDI 5 OCTOBRE 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE




















NOTRE PROGRAMME
























M. VERNETTE . . . .

  Mœhler et l'Unité dans l'Eglise 
Ernest DIMNET,
Albert LAMY . . . . .
 L'Enseignement supérieur libre
Victor GIRAUD . . .
  Une édition populaire des Pensées de Pascal

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    Autour de l'Encyclique: Déclarations pontificales. - Discours de M. Clemenceau - Un article de M. Jaurès. Déclarations de M. Buisson. - Les Interpellations. Adresse au Clergé français. -  Les Pétitions. -  L'Encyclique et la Presse de Gauche. - La Ligue Antimaçonnique. - Le Congrès de Mannheim
LETTRES A L'ÉDITEUR
Félix KLEIN  A propos de l'abbé de Tourville,
Alex VERONNE, A propos de la Séparation.
    REVUE DES PERIODIQUES
La situation religieuse, (La Vie catholique). - La Question biblique (Rassegna Nazionale).
Dernières Publications

BULLETIN POLITIQUE
        Les timides ouvertures faites récemment en vue d'un accord honorable pour l'interprétation et l'application de la loi de Séparation sont venues trop tard. Le gouvernement qui, au lendemain de l'Encyclique, semblait disposé, suivant l'expression de M. Clemenceau, à discuter la question « entre Français » avec les évêques, devient de plus en plus intransigeant  mesure qu'approche la rentrée dès Chambres et que la surenchère de gauche se fait sentir à lui l'accusant de faiblesse et d'indécision, réclamant impérieusement  le retour immédiat au pouvoir de M. Combes et la restauration des procédés de gouvernement chers à la Franc-Maçonnerie. Peut-être reconnaîtra-t-on plus tard de part et d'autre qu'on a perdu un temps précieux et qu'on a laissé échapper des occasions d'entente qui ne se retrouveront pas de longtemps. Quoi qu'il en soit, le discours de M. Clemenceau vient de clore définitivement une porte qui n'était déjà plus qu'à peine entr'ouverte. Il ne reste qu'à attendre les premiers débats de la Chambre des députés qui, vraisemblablement, approuvera le plan tracé par le ministère, c'est-à-dire l'application de la loi, les églises restent ouvertes, du moins jusqu'à l'époque où elles pourront être désaffectées par décret, c'est-à-dire jusqu'au 11 décembre 1907.
Nous avons déjà dit combien dangereuse sera cette solution qui permettra au gouvernement de fermer les églises une à une et sans bruit suivant les désirs des groupes anticléricaux. Du moins cette 
spoliation de nos églises sera-t-elle compensée par quelque avantage. Là sera l'intérêt principal de la séance de la Chambre et des votes qui y  seront émis. Il semble, bien, en effet, qu'un certain nombre de députés de gauche, pressés d'aborder les réformes sociales, ne tiennent guère à voir s'éterniser la question religieuse. Pour ceux-là il n'y a qu'une seule solution loyale et ranche: puisque l'Eglise ne veut pas accepter une loi qui lui attribue la possession des biens cultuels et la jouissance gratuite des édifices, qu'on rende ces biens à leurs propriétaires légaux et qu'on donne  à l'Eglise le droit commun, en d'autres termes qu'on lui permette de s'organiser suivant la loi ,de 1901 sur les Associations. Il n'est pas douteux que c'est 'là qu'on doit arriver si l'on veut réellement faire une séparation définitive et complète. M. Jaurès qui s'est fait le champion de cette idée et qui la défendra probablement à la tribune, a cru en lisant le discours de M. Clemenceau y découvrir une déclaration dans ce sens, Mais il est certain d'autre part que le droit commun rencontrera auprès de plusieurs membres de la majorité et dans le ministère lui-même des adversaires déterminés, pour qui « le droit commun» doit être, non la liberté d'user de la loi de J 90 J, mais seulement la liberté de. tenir des réunions privées et publiques dans les conditions prévues par notre législation. II est donc difficile. de prévoir le sort qui est réservé à la proposition de M. Jaurès et à la logique.
    L'application de la loi sur le repos hebdomadaire a provoqué des incidents de tous genres qui ont rempli ces derniers temps les colonnes des journaux, un bon nombre de commerçants accusant la nouvelle législation d'être contraire à leurs intérêts et de leur causer ainsi un préjudice grave. Grâce aux dérogations prévues par la loi elle-même, Il semble que peu à peu elle finira par être appliquée, au moins en apparence; et le gouvernement pourra bientôt se féliciter publiquement de ce résultat. II serait puéril toutefois de croire que la réforme. sera alors définitivement accomplie.. On a en France. une. confiance exagérée dans le pouvoir des lois et on se figure trop facilement qu'il suffit de les promulguer pour obtenir le résultat souhaité. La réalité est tout autre: s'il est excellent que l'Etat intervienne parfois pour seconder ou suppléer l'initiative. privé, lorsque celle-ci, livrée. à ses propres forces, est insuffisante, il n'en est pas moins vrai que pour être vraiment fécondes, les réformes doivent entrer non seulement dans les lois mais encore et surtout dans les mœurs et dans les habitudes. Aussi doit-on souhaiter que les catholiques, au lieu de contempler en simples spectateurs les difficultés que rencontre le gouvernement, prennent à cœur d'acclimater autour d'eux le repos hebdomadaire en jetant dans la balance le poids de leur influence et en faisant, pour entraîner l'opinion publique, une énergique propagande. Le principe qu'il s'agit de faire triompher est éminemment chrétien puisqu'il est en d'accord avec la loi divine et qu'il tend à relever la condition des travailleurs, et il n'est pas douteux que l'action énergique d'un grand nombre de citoyens en faveur du repos hebdomadaire ferait plus pour le faire adopter par tous les intéressés que les efforts de la police et les jugements des tribunaux.



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Discours de M. Clémenceau
    M. Clemenceau a précisé ainsi les idées et les intentions du ministère et de la majorité dans un discours  prononcé le 30 septembre, à la Roche-sur-Yon:
    Nous sommes le gouvernement du grand jour. Nous maintiendrons la liberté, nous saurons tenir compte à la  fois, des exigences impérieuses de la liberté commune et des tempéraments qu'appellent des habitudes de penser, qui sont le résultat d'une histoire séculaire et gardent jusque chez l'homme nouveau une puissance avec laquelle l'art du politique est de composer.
    Chacun de nous a tôt fait de proclamer qu'il réclame pour lui la-pleine liberté de conscience  mais, s'il est prompt à la demander pour lui-même, il met trop souvent beaucoup moins d'ardeur à la réclamer pour les autres. Chacun ne considère que sa propre liberté, sans se préoccuper du moment où elle deviendrait tyrannie. Le dogme principalement, par sa nature même, a la prétention de tout envahir. C'est le dogme qui nous fait une éducation d'intolérance. En France, comme ailleurs, nous le voyons se plaindre que sa liberté soit insuffisante, quand elle vient se heurter à d'autres libertés de penser ou de croire.
    L'Eglise romaine s'est ruée pendant assez de siècles à l'assaut de ce qu'elle appelle l'hérésie. Tout son règne a été de violence, elle a brûlé, elle a massacré, elle a conquis sur la puissance civile les privilèges d'argent une portion même de la puissance d'Etat j mais nous prétendons, nous, que cette partie de son histoire soit à jamais  terminée, et, quoi que lui réserve son évolution ultérieure, le peuple français veut qu'elle s'accomplisse  désormais hors de l'arbitraire, hors du privilège, dans la liberté.
   C'est pourquoi nous avons résolu de lui enlever, malgré ses protestations, le droit de puiser, au profit de croyances particulières, dans la caisse de tous, dans le budget de l'Etat,. c'est-à-dire le privilège de lever un tribut sur l'hérésie, quand elle n'a pu l'étouffer dans le sang. Il n'est plus de notre âge de mettre la force sociale [de tous, croyants ou incrédules, au service d'une croyance particulière. C'est ce que nous avons voulu faire cesser.
    Notre loi de Séparation n'est pas un chef-d'œuvre, je l'ai pour ma part, assez vivement critiquée. On ne peut nier, en tout cas, qu'elle n'ait fait sans compter la part des ménagements, des transitions nécessaires...
    Ce n'est pas tout, nous avons voulu assurer la loyale transmission des biens d'Eglise aux associations du culte. Mais dès les premiers jours, alors qu'on ne pouvait arguer d'aucun droit lésé, alors même que le gouvernement ne procédait aux inventaires que pour assurer à l'Eglise le plein bénéfice des biens cultuels, puisqu'en aucun pays la dévolution des propriétés ne se peut s'accomplir sans inventaire, l'esprit de rébellion s'est manifesté follement, sans l'apparence même d'un prétexte, pour le simple plaisir de déchaîner la guerre civile, dernier recours de ceux qui voient tomber de leurs mains les armes de la raison. Vous avez vu de malheureux fanatiques en armes attaquer nos soldats, les braver à coups de crucifix, méconnaissant ainsi le Verbe même, dont ils se réclament, et accomplissant sans remords ce qui devait être à leurs yeux le plus monstrueux sacrilège.
    Et aujourd'hui. même, parce que toujours, dans une large pensée de libéralisme, la loi a réclame la formation d'associations purement catholiques pour recevoir les biens cultuels qu'on ne pouvait remettre à tout venant, Rome refuse de se plier aux conditions de la loi française qui furent précisément édictées en sa faveur.
    Elle se défie d'associations où les fidèles auront leur mot à dire sur la gestion de leurs biens, elle repousse d'avance les jugements d'un tribunal français, parce que l'Eglise n'y' a pas participé et qu'elle n'admet dans son troupeau aucun acte, quel qu'il soit, d'indépendance.
    Et cette même papauté, intransigeante envers la République française et les dispositions libérales de sa loi, se soumet docilement à la loi rigoureuse, implacablement autoritaire, de l'empire allemand, qui légifère sans la participation de Rome, bien entendu, qui donne plus de pouvoirs aux fidèles dans ces associations du culte que la loi française, et qui soumet brutalement les évêques, et avec toute la hiérarchie, aux décisions souveraines de l'autorité civile...
    Ce n'est plus un mystère que, dans sa grande majorité, le clergé français était disposé à accepter la loi. Rome n'a pas voulu. Une commission composée d'Allemands, d'Espagnols, d'Italiens, a décidé pour la France et les évêques français, premières victimes de la tyrannie romaine, se sont soumis sans même avoir trouvé le courage d'élever la plus timide protestation.
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    Rome n'admet pas que les représentants du peuple français seuls se prononcent sur une question de gouvernement français. Conflit non pas religieux, mais purement politique qui, de notre part, est irréductible. Nous ne laisserons pas contester à la France son droit de faire ses propres lois en dehors de toute ingérence étrangère...
    Je vois qu'on cherche, de part et d'autre, à prévoir l'action du gouvernement républicain. Quoi de plus simple?
    Rome refuse une loi de privilège faite à son profit. Elle dit: "Tout ou rien.» Le temps est passé où elle avait tout. Elle devra se contenter aujourd'hui du droit de tout le monde, du régime de la liberté. Nous vous offrions des privilèges, vous les repoussez superbement. N'en parlons plus! On nous demande de causer, d'entrer en négociations. De négocier avec qui? avec une puissance étrangère. On nous demande de causer de quoi? des droits de la loi française. Il n'y a pas de puissance étrangère sur le sol français. Nous nous cantonnerons dans le droit français, non pour tyranniser, mais pour libérer. Nous saurons résister à toutes les entreprises factieuses, sûrs que le temps et l'évolution de l'esprit humain par la diffusion des connaissances travaillent pour nous. Notre force est dans le droit et dans la volonté résolue de tous les Français de le maintenir.


    Un Article de M. Jaurès
    Dans l'Humanité, M. Jaurès approuve pleinement les conclusions de M. Clemenceau qu'il croit pouvoir formuler ainsi   
    1° La République ne négociera point avec la papauté; ,
    2° A défaut de la, loi de privilège qu'elle refuse; l'Eglise aura le bénéfice du droit commun, c'est-à-dire qu'elle aura le. droit de recourir pour son organisation et pour exercice du culte à la loi sur les réunions publiques et à la loi de 1901 sur les associations. C'est ainsi que, pour ma part, j'ai interprété la loi;
    3° Les pensions et les allocations disparaissent du jour même ,où l'Eglise refuse d'accepter cette loi, avec ses garanties et ses charges;
    4° Enfin, les associations privilégiées auxquelles l'article 4 assurait la transmission des biens d'Eglise et l'usage des édifices religieux ne se constituant pas, il est certain, en vertu même de la loi, que les édifices religieux font retour à l'Etat et aux communes.
    M. Jaurès ajoute qu'il pense avec M. Clemenceau que le devoir ,du parti républicain est de faire de ces édifices religieux l'usage le plus libéral, le plus tolérant car il convient d'éviter toute agitation religieuse.
    "L'Etat, conclut M. Jaurès, donnera aux communes le bon exemple en laissant à la disposition des catholiques pour leur culte, les édifices religieux possédés par lui. Il les avertira qu'il leur laisse pour un temps"

    Les catholiques flamands ont déposé un projet de loi dit "loi  Coremans », du nom d'un de ses auteurs, M. Coremans, un farouche défenseur de la cause flamande à Anvers. D'après ce projet, les collèges libres seraient tenus de par la loi de consacrer à l'étude du flamand un certain nombre d'heures par semaine et d'enseigner certaines branches en flamand.
    Dès son dépôt, ce projet â provoqué de vives alarmes, même chez les députés qui sont lé plus favorables à la cause flamande. Le projet constitue, ~ effet, une mainmise directe du législateur sur l'enseignement libre.
     Voici que NN. SS. les évêques de Belgique viennent de donner, à tous les chefs séculiers et réguliers d'établissements libres, des instructions qui résolvent le problème:..
    Après avoir qualifié de préjugé anti-chrétien antisocial et antinational le fait de ceux qui trouvent de bon ton, de dédaigner le flamand, l'épiscopat prescrit des mesures qui mettent dans les établissements libres des provinces flamandes enseignement du flamand sur le même pied que le français et qui assurent dans les établissements des provinces wallonnes un enseignement suffisant du flamand.
    L'épiscopat repousse l'idée de créer une Université flamande. D'abord, les ressources de la charité ne sont pas assez abondantes. Ensuite, le haut enseignement scientifique doit être donné dans une langue internationale. Les savants hollandais qui veulent être connus ou discutés n'écrivent-ils pas tous, soit en français, soit en anglais, soit en allemand? .
    Il est possible que ces instructions épiscopales fassent tomber dans l'oubli le projet de loi Coremans. En tout cas, la question a perdu son caractère brûlant.

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Saint-Siège et ITALIE: Le Vatican et l'Espagne.
    Depuis son arrivée à Rome, M. Ojeda, le nouvel ambassadeur espagnol, a déjà eu plusieurs entretiens avec le cardinal Merry deI Val. Il aurait, dit-on, reçu pour mission de faire accepter par le Vatican le projet de loi sur les congrégations.
* * *
Mgr Della Chiesa.
L'Echo de Paris affirme qu'il est absolument certain que Mgr DelIa Chiesa., le substitut actuel du cardinal secrétaire d'Etat, remplacera Mgr Rinaldini comme nonce à Madrid, Toutefois, le Saint-Siège ne veut pas que le rappel de Mgr Rinaldini puisse être considéré comme une satisfaction donnée au ministère libéral, et, pour ce motif t le rappel du nonce de Madrid n'aura lieu que quand les relations entre le Saint-Siège et le gouvernement espagnol un peu troublée paf les divers incidents auront repris leur cours normal et pacifique.
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Congrès anarchiste
Les anarchistes viennent de tenir à Rome un congrès auquel assistaient soixante et un délégués de tous les groupes anarchistes. Ils ont décidé la publication d'une feuille hebdomadaire, Le congrès s'est déclaré solidaire avec les anarchistes russes et espagnols, ainsi qu'avec les antimilitaristes de Turin.
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L'Antimilitarisme.
    M. Gio1itti vient d'envoyer aux préfets une circulaire dans laquelle il appelle leur attention sur le mouvement antimilitariste et les invite à déployer toute leur activité et à prendre tes mesures nécessaires pour les combattre.
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ALLEMAGNE Le Repos hebdomadaire.
    Les lois et règlements de l'Allemagne tendent de plus en plus à restreindre le commerce le dimanche. A Francfort et dans d'autres villes; on a obtenu que le règlement municipal ordonne une fermeture presque complète des magasins et des bureaux le dimanche, et pas seulement pendant cinq heures, comme le tolère la loi de l'Empire, de 1892. Wiesbaden, Darmstadt et d'autres villes, moins importantes ont bientôt suivi cet exemple. A Berlin, les abattoirs sont, depuis environ une année, tout à fait fermé le dimanche.
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Le Centre et le gouvernement.
    Le baron de Hertling, un des chefs du Centre, vient de prononcer à Munster un discours ayant pour but de détourner le parti du Centre de la ville dans laquelle voulait l'engager le jeune député Ersberger, dénonciateur des scandales coloniaux, et de reconstituer l'union du Centre avec le gouvernement.
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Mémoires du Prince de Hohenlohe.
    Les mémoires du prince de Hohenlohe, qui font actuellement tant de bruit en Allemagne, contiennent des lignes suivantes rapportant une conversation du prince avec le nonce, Mgr Galimberti : « Je me suis introduit auprès de lui en lui recommandant les intérêts de l'Eglise catholique dans le Reichsland et en 16 priant de me prêter, le cas échéant, son appui â Rome. Il m'a promis d'accueillir toujours mes désirs avec bienveillance. Il s'en est suivi une conversation assez longue, au cours de laquelle il a exposé que ses buts à poursuivre à Rome consistent dans la lutte contre l'influence française et dans la réconciliation avec l'Italie. En ce qui concerne la première question, il était d'avis que les évêques français et le parti français à Rome ont mis à profit le grand âge du pape pour le pousser dans la voie néfaste du rapprochement avec la République. Galimberti, par contre, voit le salut dans la réconciliation avec l'Italie et le rapprochement vers la Triplice. Sur la façon d'effectuer cette réconciliation, il n'est pas encore fixé. Le désir des ultramontains de restituer Rome au pape serait plus réalisable, l'Italie s'identifiant avec Rome. La plupart des évêques italiens et tout le clergé italien auraient des sentiments italiens; il espère, pour cette raison, trouver de nombreux amis. II m'a semblé qu'il compte sûrement remplacer Rampolla et réaliser ensuite ses Projets, bien qu'il ne se fasse pas d'illusion sur la force de ses adversaires. En tous cas l'empire allemand compte ne lui un ami dévoué.
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L'Association Anti-ultramontaine
    L'Association Anti-ultramontaine badoise vient de décider la création d'une ligue qui aura son siège à Ber1in et s'adressera à toute l'Allemagne, L'Anti-ultramontaine Keschverband copie, (en quelque sorte) son organisation sur celle de la ligue antisocialiste et fait appel aux hommes de tous les partis qui; sans distinction d'opinion politique, sont disposés à combatte le centre et ses candidats.
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Les Ecoles de Pologne
    L'archevêque von Stablenski vient de prendre position dans la question du boycottage des écoles en Po1ogne...
    Dans une lettre pastorale lue dans toutes les églises placées sous sa juridiction, l'archevêque déclare que l'instruction religieuse ne peut être utile que lorsqu'elle est enseignée dans la langue maternelle des enfants.
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ANGLETERRE: En l'honneur de Newman
    Une église, érigée à la mémoire du célèbre cardinal Newman, a été inaugurée à Birmingham. L'archevêque de Westminster, entouré de nombreuses notabilités ecclésiastiques et laïques, assistait à la cérémonie. Mgr Bourne a prononcé un panégyrique du cardinal Newman et retracé son influence sur le mouvement catholique en Angleterre.
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La Question scolaire.
    On annonce dans les milieux catholiques que l'automne et l'hiver seront signalés par une série de réunions qui  auront lieu dans toutes les Régions du pays pour démontrer aux deux Chambres du Parlement la nature  et le caractère impératif. des réclamations des catholiques  par rapport à la question scolaire. Les autorités de l'Eglise anglicane considèrent, paraît-il, la situation du même point de vue: l'après-midi du 20 Otobre,. une grande manifestation d'anglicans aura lieu à Trafalgar square, et il est probable que d'autres seront organisées dans toutes les grandes villes.
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Chez les Catholiques.
    A l'assemblée annuelle du Guild of Ransom, ou société pour la conversion de l'Angleterre, une résolution exprimant la sympathie des catholiques anglais pour leurs coreligionnaires de France a été votée. L'archevêque de Westminster a dit qu'on avait critiqué l'attitude des catholiques anglais parce qu'il avait, il y a deux ou trois semaines, protesté en faveur dits catholiques français. Mgr Bourne se demande pourquoi, alors qu'on demande aux catholiques de protester en faveur des juifs de Russie, il ne pourrait pas élever la voix si les catholiques français sont persécutés. Il est convaincu que l'entente cordiale durera et qu'elle ne sera pas mise en péril parce: qu'il aura dit la vérité.
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BELGIQUE: L'Ecole de Rome
On annonce que le successeur de dom Ursmer Berlière comme directeur de l'Ecole belge de Rome, serait M. Godefroid Kurth, l'historien bien connu. On sait que Dom Berlière, bénédictin de Maredsous fut le fondateur et !e premier directeur de l'Ecole. Ancien directeur de la  Revue Bénédictine, Dom Berlière avait approuvé, contrairement à l'opinion des Bénédictins dé Franc, les résultats critiques de Mgr Duschesne et la livre de M. Houtin sur l'Apostilicité des Eglises de Gaule.
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La Question des Langues.
    L'Association bruxelloise pour la culture et l'extension de 1a langue française, fondée récemment sous la présidence de M. Jules Le Jeune, ministre d'Etat, s'est occupée de la question de la création d'une "Académie ». Dans sa dernière réunion, son comité a émis, à l'unanimité des membres présents, le vœu de voir créer « un corps littéraire chargé de la défense des intérêts de la langue française eu Belgique.
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L'Enseignement Commercial.
Le Moniteur publie un arrêté royal, disposant qu'une école spéciale de commerce est annexée à la Faculté de  droit de chacune des deux Universités de l'Etat.
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CHINE: La Future Constitution.
Voici en quels termes le décret de, l'empereur de China dont nous avons parlé, a annonce l'établissement d'une Constitution : « Les pays étrangers deviennent riches et puissants en accordant une Constitution à la masse do la population e en donnant à tous le suffrage universel: Quant à nous, il convient de nous disposer à imiter le gouvernement des pays étrangers en établissant une Constitution où la direction suprême sera confiée au trône tandis que les intérêts de la masse seront confiés aux représentants élus du peuple. Il nous incombe, pour commencer, d'apporter des réformes au système d'administration officielle, ensuite de réviser d'une façon minutieuse les lois, d'encourager l'instruction universelle,. de réglementer les finances et les sources de revenus, de réorganiser l'armée et d'établir une gendarmerie puissante dans tout l'empire. Dans quelques années, lorsque les grandes lignes seront établies, l'heure viendra de désigner un Jour pour l'inauguration du gouvernement constitutionnel.
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ESPAGNE: L'Eglise et l'Etat.
    Les cinq évêques du diocèse de Burgos ont envoyé au : gouvernement un message constituant une protestation violente contre le libéralisme, avec refus d'obéissance aux lois civiles qui ne sont pas d'accord avec les droits de l'Eglise.
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Le Ministère et le Clergé.
Le ministre de la justice a déclaré qu'il refusera, à l'avenir, toute communication épiscopale qui ne lui parviendrait, pas par la voie hiérarchique. Le ministre veut affirmer ainsi la suprématie du pouvoir civil. La note ajoute : « Le gouvernement est résolu à repousser l'ingérence bruyante du haut clergé dans la politique, sans recourir a l'intermédiaire du Vatican; Il considère, en effet, que les lois .actuelles sont suffisantes pour assurer
le respect des décisions royales.»
Les Congrégations.
    Le ministre de l'intérieur soumettra à ses collègues un projet de modification de la loi sur les associations dont le préambule sera un exposé historique très documenté prouvant, que les droits de la nation et de la couronne sont supérieurs aux prétentions des congrégations qui n'ont aucune existence légale et peuvent être dissoutes par une simple mesure de police.
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Contre le Duel   
    Le comité antiduelliste. espagnol a remis au président du conseil une adresse signée par de nombreuses sociétés et  associations, demandant la prohibition des duels et la. présentation aux Cortès d'un projet de loi contre la diffamation.
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PERSE : Le Nouveau Parlement.
    Le shah a présidé à Téhéran l'ouverture du nouveau parlement. Le gouverneur de Téhéran a donné lecture du discours du trône, dans lequel il est dit que le schah avait depuis huit ans déjà le projet de donner une Constitution à la Perse. Aujourd'hui, Il considère le peuple comme mûr pour un gouvernement autonome; il est persuadé que la population n'abusera pas de la liberté qui lui est octroyée et que le Parlement soutiendra le gouvernement dans ses efforts vers le progrès: Le discours du trône a été salué par de longs applaudissements, la population entière manifeste une joie très vive, le Soir, la ville a été brillamment illuminée.
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PORTUGAL: Le Gouvernement et les évêques.
A la Chambre, le député républicain ,M, Joao Menezes a demandé avec Insistance au ministère de la Justice des renseignements au sujet du télégramme des évêques
portugais au cardinal Richard. Le ministre de la Justice a répondu qu'il avait avisé le patriarche de Lisbonne, absent, qu'il désirait s'entretenir avec lui d'urgence à ce sujet.
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RUSSIE: Manifeste des Octobristes.
    Le comité central des octobristes, tout en se prononçant pour des réformes démocratiques et pour une politique constitutionnelle, reconnaît au gouvernement le droit de faire de la justice sommaire et d'employer d'autres moyens efficaces pour rétablir l'ordre. Le comité ajoute qu'il se réserve une liberté d'action complète en ce qui regarde chacun des actes du gouvernement.
SUISSE : La Séparation à Genève.
    Le Conseil d'Etat de Genève a adopté le projet de suppression du budget des cultes élaboré par M, Henri Fazy, La minorité conservatrice de ce corps se serait scindée, MM. Maunoir et Berlie s'étant montrés hostiles au projet de M. Fazy et M. Mussard s'y étant rallié,

Mouvement Pangermaniste.
    On s'occupe beaucoup, en Suisse, d'une campagne
du Deutsch-Shweisericner Sprachverein tendant à la création d'écoles allemandes dans le Jura partout où il existe une minorité de langue allemande, afin de « protéger la langue allemande contre le danger de francisation ». Sans s'opposer à l'existence des établissements scolaires actuels, les instituteurs du Jura ont répondu à. cette campagne en votant une résolution qui déclare que la création de nouvelles écoles allemandes dans le Jura bernois, pays de langue française, n'a pas de raison d'être.

L'OSSERVATORE ROMANO
    Depuis quelque temps, l'Osservatore Romano intervient constamment dans nos affaires, blâmant les uns; décernant aux autres des louanges dithyrambiques, Nous avons déjà. eu l'occasion de rappeler que cette feuille, si l'on en excepte les communiqués du Vatican, - n'avait aucune autorité spéciale (cf. Demain, n° 32, p. 9). D'autres journaux comme la Vérité Française ont fait la même remarque, Cela n'a d'ailleurs pas empêché l'Osservatore de continuer à vouloir faire la loi en France et à émettre des oracles reçus avec vénération par un certain nombre de journaux religieux reconnaissants à cet utile organe de vouloir bien penser à. leur place. C'est ainsi. qu'à. propos de l'article de l'Osservatore, relatif à Action libérale, la Semaine religieuse d'Annecy s'est écriée : "L'Osservatore Romano a parlé, les catholiques n'ont qu'à obéir. 1) Dernièrement encore, c'était un artifice relatif au Sillon qu'on faisait circuler dans cette presse, afin de discréditer .l'action et l'esprit d'une association démocratique. Il Importe donc, au plus haut point, de rétablir l'exacte vérité sur le rôle et l'autorité de l'Osservatore Romano, et à cela quelques documents suffisent.
    Pendant. la guerre sud-africaine, des catholiques anglais craignant que les attaques répétées de ce journal contre, l'Angleterre ne finissent par créer dans leur pays
des inimitiés contre le catholicisme, chargèrent le duc de Norfolk de formuler leurs plaintes à ce sujet.. Le duc écrivit le 16 Janvier 1900 au cardinal Rampolla, au nom du Conseil de l'Union catholique de la Grande-Bretagne. Il s'exprimait ainsi
    "Nous nous aventurons donc à représenter à Votre Excellence que ce fait qu'un journal passant généralement pour exprimer des opinions en harmonie tout au moins avec les vues générales du Saint-Siège, montre une prévention déloyale envers l'Empire britannique,
Produit  un effet malheureux et dommageable en ce pays sur l'esprit de beaucoup qui, sans être catholiques, sont disposés à considérer le Saint-Siège avec respect, et cause une très grande peine et un très grand découragement à beaucoup de catholiques eux-mêmes.
    Le cardinal Rampolla répondit le 13 février:
    "Je dois d'abord déclarer que l'Osservatore Romano, bien que recevant, comme certains journaux catholiques italiens, une subvention du Saint-père, n'est ni un organe officiel, ni une journal officieux du Saint-Siège, à l'exception de la colonne intitulée "Mostre Informazioni". Les opinions et jugements qui peuvent être exprimés dans les autres parties du journal ne peuvent donc pas être attribués au Saint-Siège.
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AUTOUR DE LA SEPARATION:
Les précision du Conseil d'Etat.

    Le journal ministériel le courrier du Soir, a publié sur la lettre de M. Denys Cochin l'entrefilet suivant:
    "Dans la circonstance,  le Temps qui a publié cette  lettre, passe pour .avoir été l'organe de la direction des cultes; ce cl revient à dire que la lettre de M. Cochin été publiée avec approbation de M. Briand.
    Le ministre des cultes voudrait, avant de s'engager plus avant, se rendre compte de l'accueil fait à la proposition de M. Cochin par l'opinion publique.
    M. .Denys Cochin n'est pas un personnage à s'avancer la légère; évidemment, il sait beaucoup de choses. Il  voudrait bien qu'on laisse une lueur d'espoir aux catholiques de France; sa lettre, si elle est acceptée par le gouvernement, pourrait permettre la recherche d'un terrain d'entente avant que l'irrémédiable ne soit accompli, et que, toutefois, l'esprit de conciliation des uns ne vienne pas se heurter à l'intransigeance des autres.
    D'autre part, la Croix se dit en mesure de donner sur qu'on pense à Rome de la solution proposée, des renseignements puisés à bonne source. On remarquera l'expression texte parlementaire, qui semble pouvoir s appliquer à l'ordre du jour demandé par le Gaulois:         Quant à l'a valeur réelle de ces procédés en vue d'assurer les garanties exigées avec tant de raison par le pape, le résultat de notre enquête est négatif. L'avis du Conseil d'Etat n'a aucune force obligatoire. L'arrêt prononce "en fait» et non «en droit». Le règlement peut
être modifié. M.. Combes, on s'en souvient, a fait modifier, pour satisfaire sa rancune, celui de la loi sur les associations.
    Le pape, avant de nous laisser engager dans l'engrenage de la loi, a besoin de 'garanties nettes. Or, il apparaît avec évidence que pour qu'il y ait « garantie », il faut qu'intervienne un acte législatif proprement dit.
    Pour les intentions pontificales, nous avons pu avoir recours à un ami, qui nous a naguère communiqué sur ces palpitantes questions divers renseignements aussi sûrs que graves:
 - Prenez garde, nous a-t-il dit tout d'abord, le ministre, la Commission du parti radical et radical-socialiste , et par suite, le Convent, qui a; certainement donné le mot d'ordre, veulent "l'application Intégrale » de la loi.  "L'application intégrale» va être une de ces formules de principes qui résument toute une période politique. Or, il est impossible de croire que cette formule, dans la pensée de ses auteurs, puisse concorder avec les garanties législatives nécessaires à l'Eglise.
    Remarquez aussi, a-t-il ajouté, qu'on a posé en principe  que toute conversation avec le pape serait considérée comme une « trahison". Or, il ne peut se faire que la question pendante se résolve sans. une conversation avec le chef de l'Eglise. C'est, de la part du gouvernement français, une susceptibilité d'amour-propre déplorable, autant plus étrange que ni à Tanger, ni à Fachoda, il ne s'est montré susceptible. Mais c'est un fait, et puisque ce fait existe, il semble que toutes ces propositions ne sont que des illusions.
    - Mais sait-on positivement ce que le pape en pense? .D'après mes renseignements, - et ils sont sérieux, .le pape s'en tient à ses déclarations à M. de Maizière : puisque nous sommes en régime « parlementaire", son devoir de gardien des droits des catholiques l'oblige à attendre un. texte « parlementaire» assurant le respect de la hiérarchie essentielle à l'Eglise et la permanence des biens transmis en des mains légitimes.
    L'Echo de Paris reçoit de son correspondant cette dépêche:
    Je vous ai déjà dit et je tiens à déclarer une fois de plus que jamais le Vatican ne considérera un arrêt dû Conseil d'Etat interprétant les articles 4 et 5 comme une garantie suffisante. Dans les hautes sphères ecclésiastiques, on affirme que la seule garantie qu'accepterait le Vatican est un article organique ajouté à la loi de Séparation et déclarant, d'une façon ou de l'autre, que seule doit être considérée comme catholique une association en communion. avec le pape et les évêques. Mais, au  reste, on reconnaît les difficultés qui s'opposent à l'adjonction de cet article.





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