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Première
année, Numéro 53
VENDREDI 26 OCTOBRE 1906
SOMMAIRE:
INFORMATIONS ET DOCUMENTS Autour de la Séparation : I.
Le.
Vatican et la Séparation. II - L'Episcopat et la
Séparation, III.
L'Arrêt du Conseil d'Etat IV. Le Congrès radical et
la Séparation.- V.
Les Pensions.
LETTRES A
L'ÉDITEUR
J.M. Bemard : Un
socialiste dans le Clergé catholique,REVUE DES PERIODIQUES.- NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Dernières Publications
A
NOS AMIS
Nous avons
l'agréable
devoir, au début de cette deuxième année, de
remercier très simplement
et très cordialement les amis connus ou inconnus qui nous ont
soutenus
dès la première heure et dont le nombre va sans cesse
croissant. Grâce
à la sympathie qu'ils nous ont prodiguée et dont les
marques les plus
affectueuses et les plus précieuses ont peut-être
été d'amicales
critiques, notre première année de labeurs communs n'aura
pas été sans
fruits. Nous leur demandons instamment de nous soutenir encore, en
redoublant à la fois d'indulgence et d'activité. Demain
est leur œuvre;
il leur appartient d'étendre encore son champ d'action en
élargissant
chaque jour davantage le cercle de ses amitiés. Qu'ils nous
rendent
aussi le service de détruire avec persévérance les
calomnies qui se
sont accumulées sur nous. Dédaigneux des provocations de
certains
adversaires dont nous avons déjà oublié les noms,
nous avons également
refusé de perdre notre 'temps à polémiquer avec
des esprits prévenus.
Aux analyses perfides et aux citations tronquées, nous nous
sommes
contentés d'opposer notre texte. Pour toute réponse, nous
nous sommes
fait lire. Le meilleur moyen pour nos amis de nous prêter
main-forte
cohorte le mensonge, c'est de nous faire lire davantage. Qu'ils nous
aident enfin. de toutes façons, à poursuivre
l'idéal commun avec encore
plus de foi, de désintéressement, d'absolue loyauté
L'avènement
de M.
Clemenceau, pour si prévu qu'il ait été,
Inquiète visiblement Le pays.
Certaines attributions de portefeuilles ont tout L'air d'une
provocation. Cela évoque on ne sait quoi, fantaisie personnelle,
dilettantisme, aventure, qui jure douloureusement peut-être, avec
tant
de graves appréhensions dont nous ne pouvons point ne pas
être
pénétrés. M. Clemenceau. est certainement un
grand
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virtuose, un artiste
sobre, puissant et délicat. La vie d'une nation n'est malheureusement
pas une pièce qu'on joue, après avoir rafraîchi sa
gorge et s'être
cravaté. Ce n'est même pas un fait qu'on puisse modifier
comme par
enchantement, avec la seule baguette de la logique. C'est un
phénomène
complexe, indescriptible par un coté, fragile par l'autre, et
qu'il
importe d'aborder, quand on est au pouvoir, avec infiniment de tact, de
conscience et d'abnégation. Les
qualités dominantes de M. Clemenceau ne sont malheureusement
point des
vertus. Son défaut le moins grave peut-être est
d'être par excellence
une de ces individualités exagérées dont
l'Histoire démontre et la
Politique enseigne qu'il est bon que les peuples se défient.
Puissent
toutefois nos appréhensions se trouver mal fondées, et le
nouvel homme
d'Etat descendre de la scène, à l'heure voulue,
impunément salué
d'acclamations Mais nous n'y comptons guère. Nous n'avons
pas le droit
d'y compter. Les humbles risquent de payer plus cher que jamais
l'avènement au pouvoir d'une aristocratie athée qui est
le pire des
fléaux sociaux, et dont M. Clemenceau est peut-être le
plus redoutable
représentant. M. Decker-David, député et maire d'Auch, qui vient de constituer une Association cultuelle avec son conseil municipal, a rendu visite à Mgr Enard. Il a informé l'éminent archevêque que ses prêtres auraient toute liberté de célébrer le culte comme ils l'entendraient, dans les quatre anciennes paroisses concordataires de la ville. M. Decker-David a ajouté, dans une lettre écrite par lui au Temps, que l'association cultuelle qu'il voulait de fonder était toute disposée à se retirer, le jour où des catholiques pratiquants seraient autorisés à en constituer une autre. Nous savons, d'autre part, que l'initiative du maire d'Auch va se généraliser. On peut donc se demander si le gouvernement n'aurait point trouvé là le moyen de se débarrasser d'un lourd souci, en en distribuant le fardeau aux communes, lesquelles résoudraient désormais à leur gré une difficulté dont l'Etat ne s'embarrasserait plus? Le sort en est jeté. L'Espagne engage la lutte contre l'Eglise. Entendons-nous: le gouvernement espagnol prétend soumettre à la force de la loi civile les conditions d'existence et de développement des congrégations. Mais le gouvernement espagnol n'est pas. toute l'Espagne. De même, les Ordres religieux ne sont pas toute l'Eglise. Il n'y à donc point guerre déclarée entre les deux puissances, mais conflit seulement. Conflit significatif, toutefois. Par delà les cordialités officielles qui ont survécu à l'ouverture de quelques hostilités, il importe de noter des tendances et des oppositions de vues bien faites pour inquiéter les esprits religieux. La raison limiterait et contiendrait facilement, de part et d'autre, ce qu'elles ont, de part et d'autre, d'exagéré. Mais le bon sens est le dernier souci de la politique. Pourquoi .faut-il que cette mauvaise passion soit juge, comme elle est partie, dans un conflit qu'il est fatal qu'elle alimente puisqu'elle en vit? Il est donc à craindre que les libéraux espagnols passent insensiblement d'un anticléricalisme purement contingent à une passion irréligieuse et, d'autre part, que le, clergé espagnol régulier et séculier, ne se prépare des jours fort orageux pour n'avoir pas consenti î de jeter à temps un lest nécessaire pour ne s'être point, à l'heure voulue, départi de ce que sa position temporelle peut encore avoir d'exagéré ou d'inopportun. |
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