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Première
année, Numéro 55
VENDREDI 9 NOVEMBRE
1906 SOMMAIRE:
INFORMATIONS ET DOCUMENTS Le Repos hebdomadaire. - Le Culte public. -
Déclarations de M. Briand. - Le Congrès de Limoges.
LETTRES A
L'ÉDITEUR
J.-M. BERNARD: Socialisme
ou Sillonisme. REVUE DES PÉRIODIQUES
L'Abbé Rambaud (Radical). - Le Clergé et la
Critique (Revue d'organisation et de
défense religieuse. - L'Eglise et la France' moderne (Revue catholique des Eglises).NOTES
BIBLIOGRAPHIQUES
Anima, roman, par T. Nédiani.Dernières
Publications
BULLETIN POLITIQUE La déclaration
ministérielle est une des plus nerveuses, des plus concises, des
plus
complètes aussi, en un mot des plus littéraires et des
mieux rédigées
qu'aient faites au Parlement et au pays les quarante-deux cabinets,
républicains ou non, qui se sont succédés au
Pouvoir depuis le 4
septembre 1871. Un bon styliste est évidemment à ta
tête des affaires.
Un bon logicien y est aussi. La Déclaration se déduit
rigoureusement,
en effet, de ce postulat encore inappliqué qu'est le radicalisme
intégral. Quand nous aurons, par surcroît,
déclaré que le ministère se
compose d'hommes intelligents, que son chef tout au moins est d'une
robustesse et d'une souplesse d'esprit du tout premier ordre, le
chapitre des constatations rassérénées sera clos.
II ne nous restera
plus qu'à ouvrir celui des inquiétudes. Le gouvernement
de M.
Clemenceau s'inspirera-t-il de l'excellent conseil qu'il vient,
après
le philosophe Stuart Mill, de donner à la démocratie
victorieuse, celui
de se modérer et d'apprendre l'art de gouverner les autres en
établissant tout d'abord un solide empire sur soi-même,
s'en
inspirera-t-il et le mettra-t-il en pratique pour son compte? M.
Clemenceau a eu, certes, quelques gestes courageux. II n'a fait
d'avances ni à la démagogie, ni à l'utopie. II a,
parole de plus en
plus rare, pour ne pas dire anachronisme, - proclamé les droits
de
l'individu et les a opposés à l'omnipotence de l'Etat.
Des propos, même
courageux, ne sont malheureusement point des actes.
Il nous faut donc attendre M. Clemenceau à l'œuvre. Et l'attente doit être sans illusions. Le chef du nouveau gouvernement est évidemment L'adversaire actuel le plus avéré et aussi le plus redoutable de l'Eglise catholique. Il est de ces Gaulois impatients et orgueilleux pour qui, selon le mot de Quinet, la crainte de Rome constitue toute la religion. est, par essence et par destination, l'ennemi implacable de la Papauté. |
Les rancunes
plus ou
moins séniles de tel autre homme d'Etat ne sont qu'une manie
ridicule
peut-être en regard de cette haine à la fois instinctive
et raisonnée
qui a sa source, on dirait, dans le sang d'une race. M. Clemenceau a-t-il assez
vécu, a-t-il assez souffert, a-t-il même assez joui pour comprendre
enfin qu'une nation ne vit pas seulement de pain, qu'elle a des besoins
spirituels, qu'il lui faut un idéal? L'auteur de ce conte
oriental,
mélancolique et charmant, qui se nomme le Voile du Bonheur, est
une
trop profonde personnalité pour croire aux miracles de la
pitoyable
science primaire qui, dans Dieu, a osé nier la Cause,
l'Inconnaissable,
l'Adorable, l'Eternel. L'ancien directeur de la Justice, enfin, sait
bien que la justice n'est pas de ce monde et que pour un laborieux
parvenu au faite, il est des milliers de travailleurs courageux et
inconnus. partis d'ici-bas sans avoir reçu leur salaire. Nous
osons
donc espérer que M. Clemenceau ne s'apprête point à
piétiner ce qui
nous reste en France d'espérance religieuse et de foi. Un
incontestable
sentiment d'équité sociale anime d'ailleurs la
Déclaration. Et si la
sollicitude pour les déshérités et pour les
humbles qui inspire les
réformes annoncées, ne procède pas, dans l'esprit
de M. Clemenceau, de
l'idéal chrétien, mais émane seulement de la force
démocratique dont
l'irrésistible poussée les réalisera, il n'en est
pas moins. vrai que
la morale évangélique demande depuis des siècles
à la libre volonté des
riches et des puissants ce que tout à l'heure peut-être
l'autorité
populaire leur arrachera. Nous faisons appel ici à la logique de
M.
Clemenceau et nous lui demandons en vertu de quel principe, de quel
avouable sentiment humain, il combattrait cet « amour »,
sous prétexte
qu'il fut impuissant à fondre toute la dureté des hommes.
Ce n'est pas
le christianisme qui a fait faillite. Il est immuable dans son appel
à
la fraternité humaine. Ses paroles ne passeront point. Alors,
pourquoi
le persécuter? Pourquoi le persécuter à l'heure même où, de gré ou de force, à son insu ou non, on lui rend hommage en s'associant, sous quelque forme et dans quelque esprit que ce soit, à une partie de son œuvre inachevable : réaliser Je plus possible de justice d'ici-bas ? Les relations entre le Vatican et l'Espagne st seraient sensiblement améliorées. Le cabinet libéral et notamment le comte de Romanonès, son membre le plus en vue, se sont départis du ton agressif de la première heure. Avant même que le débat, sur les congrégations ait été ouvert aux Cortès, le gouvernement s'est rendu compte des résistances infrangibles qui se dresseraient devant un projet de loi non pas même irréligieux, mais systématiquement anticlérical seulement. Le maréchal Lopez-Dominguez ne renonce point pour cela à son œuvre de laïcité plus ou moins rationnelle, mais il l'édulcore visiblement et n'anticipe plus, comme le langage excessif du comte de Romanonès le laissait craindre, sur les dispositions fort modérées encore de l'opinion publique. Toutefois, la délicatesse des rapports actuels entre deux autorités, la religieuse et la civile, dans un pays où elles se confondirent pendant si longtemps en un même vouloir, ne peut qu'intéresser vivement notre attention. Il y a là comme le développement d'un phénomène où nous pouvons revivre le tout récent passé de la France. |
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