Nos:
Première  année, Numéro 56
VENDREDI 16 NOVEMBRE 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE
















NOTRE PROGRAMME




















Henri BREMOND . . . . .    Ames païennes. Ames chrétiennes
Auguste CHOLAT . . . .
 A l'Institut catholique de  Toulouse
Caietano ORTIZ . . . . . .
  La Crise religieuse en Espagne
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    A l'Institut catholique de Lyon. - Catholicisme et Socialisme. - Le ministère du travail. - Les jardins ouvriers.
        LETTRES A L'ÉDITEUR
A. VANDERPOL : Les Œuvres catholiques laïques.
    REVUE DES PERIODIQUES.- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

BULLETIN POLITIQUE
    La discussion qui vient de se dérouler à la Chambre des députés honore grandement la tribune française. Et si le succès final n'est pas celui qu'auraient souhaité, sans d'ailleurs le croire possible, tant de catholiques soucieux avant tout de l'avenir de la religion et de la paix de leur pays, du moins doit-on reconnaître que la victoire remportée par M. Briand fut une défaite pour l'esprit de haine que représente M. Combes et qui s'était cru assez fort pour essayer un retour offensif. M. Briand soutient une thèse que nous avons crue vraie, mais qui, depuis le fait nouveau que fut l'Encyclique Gravissimo, ne peut plus être la nôtre. Il affirme que les associations culturelles n'ont rien qui puisse effrayer la conscience catholique. Or son incompétence en cette matière est certaine. C'est là une question qui relève éminemment du Pape. Ces réserves faites, il faut remercier, sans arrière-pensée, le ministre des Cultes d'avoir impitoyablement écarté les suggestions des sectaires et :l'avoir posé la question sur le terrain très élevé qui convenait. Si le parti républicain devait le suivre autrement que par un vote de confiance sans signification positive précise, on peut dire que les déclarations de M. Briand marqueraient une date dans l'histoire de notre pays. Libre-penseur et représentant d'un état moderne, c'est-à-dire, comme il l'a dit lui-même, d'un état areligieux, il a su rendre justice à la loyauté de ses adversaires et élever son parti au-dessus des mesquines préoccupations politiques lu moment. Il a montré que la paix religieuse était absolument nécessaire à l'efficacité de l'œuvre sociale. Il a rappelé enfin, autant du moins qu'il le pouvait faire devant un pareil auditoire, qu'il est enfantin de nier la réalité, et ce mot de Pape qui eût brûlé les lèvres de tant de ses collègues, il l'a prononcé sans basses attaques. « Le Pape pour nous, a-t-il dit, n'est pas un souverain; il n'est pas une puissance avec laquelle nous pourrions traiter, mais c'est une grande autorité morale. » Et lorsque ailleurs  Briand déclarait qu'il avait mis dans la loi le maximum de négociations 
indirectes, il n'y avait là aucune contradiction, puisque ces pourparlers avaient eu lieu, comme pour toutes les lois du pays, «entre Français », suivant l'expression de M. Clemenceau lui-même. Mais on peut se demander pourquoi ces négociations indirectes ne seraient pas reprises sous une forme ou sous une autre. M. Briand a répondu à toutes les demandes de modifications de la loi: « Qui me garantira que telle ou telle modification sera jugée suffisante »; et on peut penser que c'est là sa réponse la plus directe à la demande de garantie de l'encyclique Gravissimo. Quelle serait donc son attitude si tandis qu'un de ses collègues recevrait les doléances des petits commerçants au sujet de la loi sur le repos hebdomadaire, une délégation autorisée venait lui présenter celles de tous les catholiques français sur la loi de Séparation. Refuserait-il alors de donner à son pays ce que son patriotisme lui souhaite: la liberté de conscience et la paix religieuse. Ce n'est malheureusement pas là l'unique point de vue auquel nous puissions nous placer.
Nous venons d'examiner les déclarations de M. Briand isolément et en soi. Mais on peut aussi se demander jusqu'à quel point le gouvernement tout entier consentirait à s'en reconnaître solidaire. Les intentions conciliantes de M. Briand ne seraient-elles pas son bien propre et si par hasard ces intentions venaient à se préciser, serait-ce bien sous un ministère Clemenceau?
« Nous avons, d'un geste magnifique, éteint dans le ciel des lumières qui ne se rallumeront pas...» Quel crédit était-il ensuite possible d'accorder aux paroles de M. Briand affirmant son expresse volonté de respecter la foi et l'espérance dans l'âme des catholiques. M. Briand doit surtout son succès à cette dialectique spécieuse qui, tout en faisant la gloire des avocats, ne prévaut cependant pas sur la logique profonde et complexe des choses. Il n'a pas mal raisonné. Et cependant il n'a pas eu raison. Nous ne disons pas seulement après le discours de M. Viviani, mais après les mille quotidiennes brèches faites par le Pouvoir dans les croyances et les mœurs religieuses du pays, il est actuellement bien difficile à un homme d'Etat républicain d'argumenter avec équité sur quoi que ce soit qui touche à l'Eglise catholique en France. Certes, il est déplorable d'accréditer dans la masse que les représentants de cette Eglise ne puissent se tromper. Mais il n'est, d'autre part, guère possible à l'adversaire, quelque bien intentionné même qu'il soit, d'arriver à en établir la conviction dans un honnête esprit religieux. L'ironie parfois lugubre des choses, se charge, en ce moment même, de le démontrer. La Chambre des députés a successivement voté, en effet, l'affichage des deux inconciliables discours ministériels. Pour tout homme de bonne foi, leur lecture prouvera l'inanité des raisons et même des meilleures intentions du second des deux orateurs. Quelle foi, nous Je répétons, est-il possible d'ajouter aux paroles, SI sincères fusent-elles, qui jurent de respecter le temple, alors que la veille, on pourrait dire la même bouche s'est vantée d'en avoir abattu 1e Dieu?



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La Crise Religieuse en Espagne
Madrid, 10 novembre 1906.
Les lecteurs de Demain, attentifs au mouvement de la politique espagnole, auront remarqué que, depuis quelque temps, la question des rapports de l'autorité religieuse avec le pouvoir civil est passée au premier plan. Il n'y aura à s'en étonner que les esprits superficiels et ignorants de nos affaires. L'exemple venu de chez vous est assurément pour quelque chose dans cette effervescence, mais il ne faudrait rien exagérer. Les anticléricaux de par ici sont assez nombreux, ils ont à leur dévotion assez d'organes pour créer, lorsqu'ils le veulent, une agitation comme celle que nous voyons. Notez, je vous prie, que la presse lue est, chez nous, aux mains (le gens pour le moins indifférents en religion. El Imparcial, et Liberal, et Heraldo, de Madrid, récemment syndiqués, sont nos journaux les plus répandus. S'ils ne sont pas hostiles au catholicisme comme et Imparcial, on se tromperait à les assimiler à vos quotidiens, même du genre des Débats et du Gaulois. A côté de cette presse indifférente ou hostile, il y a quelques rares journaux cléricaux intégristes, carlistes ou ralliés, à Madrid et en province, soutenus par le clergé, les religieux et quelques laïques exaltés. Ils n'ont qu'un tirage restreint et une influence à peu près nulle sur la marche générale de la politique (z). D'autres périodiques, comme et Pais et las Dominicales, et Motin, la Espannuva, sont ouvertement, et même plus brutalement que les vôtres, anticléricaux.
    Avec cela on comprend qu'un fort mouvement d'opinion ait pu se créer, à tendance antireligieuse. La circulaire de l'évêque de Tuy, 1er septembre 1906, fut l'étincelle qui mit le feu aux poudres. Vous connaissez les faits. Il n'existait pas, à proprement parler. de mariage civil pour les catholiques espagnols. L'Etat ne devait remplir, à l'égard des fidèles, que des formalités secondaires, régler les effets civils du mariage. Il était censé conclu à l'Eglise. Un article du Code déclare que « les catholiques doivent se marier canoniquement ». Le mariage civil, en vertu de la tolérance des cultes inscrits dans la constitution, n'existe donc que pour les non catholiques. Une circulaire du marquis de Vadillo. ancien ministre de la justice, imposa aux autorités locales l'obligation de questionner les contractants sur leur religion, afin rie savoir s'ils étaient, même aux yeux de l'Etat, réellement mariés. Interprétant à son tour le Code, le comte Romanones, titulaire actuel du portefeuille de la justice, a déclaré inutile cette formalité. L'on en a conclu que, désormais; seul le mariage civil aurait aux yeux de l'Etat une valeur. Pour les catholiques comme pour les autres, la cérémonie laïque; à l'exclusion de la cérémonie religieuse; entraîne des effets civils aux regards de l'Etat. Contre cette interprétation ministérielle s'est élevé avec véhémence Mgr Menendez y Conde, évêque de Tuy. « Le ministre actuel de la justice, disait-il dans un communiqué à son Boletin Religioso, veut, à ce qu'on raconte (segun cuentan), donner au mariage civil toute l'importance qu'il mérite. A cet effet, il prend l'article du Code déjà mentionné, le regarde à travers un verre coloré d'après ses goûts et déclare que, en disant que les catholiques doivent se marier canoniquement, cet article n'établit pas un précepte, mais apporte une raison d'ordre moral. Comme si les raisons d'ordre moral n'avaient aucune valeur pour le ministre, il décide que le mariage civil est aussi pour les catholiques et supprime, en conséquence, la pratique d'exiger la déclaration qu'on ne l'est pas. Telle est la substance du déjà fameux décret royal. A première vue, la substance paraît peu de chose et le changement introduit par la nouvelle disposition dans l'état actuel semble insignifiant. Car, entre les non catholiques, pour qui fut établi le mariage civil, et les catholiques qui maintenant le contractent en laissant de côté le mariage canonique, il existe, en réalité, peu de différence; aussi nous expliquons-nous que quelqu'un qui ne se croit pas tenu à garder envers les ministres le respect dont nous ne voulons pas nous départir, ait qualifié son œuvre de bêtise insigne (insigne tonteria), bien qu'il visât surtout l'orgueilleuse complaisance de l'auteur pour son œuvre. » Sans discuter le fond de la circulaire, on admettra que le comte Romanones ait eu un peu raison de la trouver blessante. Nous sommes habitués à plus de dignité de langage chez nos prélats (2).
    Piqué au vif, le comte Romanones attendit que la circulaire parût au Boletin Religioso et décida de traduire l'évêque devant le Tribunal suprême. Il voulait le faire condamner comme provocateur à la résistance aux lois et insulteur d'un ministre en fnnetion. La presse se jeta sur l'incident et le grossit à plaisir. Les conservateurs avouaient que le ton de la pastorale eût dû être plus modéré, mais conseillaient au gouvernement d'abandonner la poursuite. Les exaltés, parmi les catholiques, triomphaient et voyaient déjà le bouillant prélat, autrefois leur ennemi, à la tête de leur faible phalange, qui les menait au combat. Les anticléricaux ne triomphaient pas moins. L'occasion de faire une bonne guerre aux moines et aux curés leur était offerte : il n'y avait qu'à pousser ferme ministre et gouvernement dans la bonne voie. «L'évêque de Tuy, déclarait el Liberal, a, par sa pastorale, consommé dans son diocèse la séparation de l'Eglise et de l'État comme elle devait être décrétée dans toute l'Espagne. » « L'affaire de l'évêque de Tuy, disait de son côté l'Heraldo, mérite peu d'attention.. mais ce qui importe, c'est une loi visant exclusivement les communautés monastiques, qui ne respecte que les trois ordres concordataires de 1851, qui révise les autorisations concédées par une incroyable tolérance, qui exige une loi faite aux Cortès chaque fois qu'il s'agira d'une sollicitation d'établissements nouveaux de congréganistes, qui rompe la clôture quand les motifs d'ordre public l'exigent, qui ne permette pas des associations composées d'étrangers ou qui ont leur directeur général hors d'Espagne, qui réduise la mainmorte aux strictes limites du local où la communauté réalise ses fins. !lui empêche d'acquérir des biens immeubles et exproprie ceux qui sont possédé, qui fasse disparaître les personnes interposées auxquelles on a recours pour recevoir rions et legs. » Les organes de M. Moret et de M. Canalejas allaient vraiment un peu vite. Rome s'était déjà entremise pour que l'évêque de Tuy, tout en maintenant le fond de sa circulaire, expliquât cependant au ministre que son intention n'avait pas été de le blesser. Sa lettre vaut d'être citée en partie. «Ne pouvant plus douter que Votre Excellence ait été ennuyée (Se Ha sentido malestado) par quelques phrases de ma circulaire du 1er septembre, je dois de déclarer que mon intention. en écrivant et en publiant cette circulaire, fut de défendre les droits de l'Eglise et les intérêts de la religion, mais non d'offenser Votre Excellence, ni dans sa personne, ni dans sa haute dignité. » En apparence, tout le monde se retirait satisfait, mais le conflit religieux était ouvert. Nous sommes convaincus, malgré l'optimisme naïf de certains organes catholiques de France et d'Espagne, qu'il n'est pas prêt de se terminer.
    Un esprit attentif s'aperçoit vite qu'à cette heure le pouvoir civil et l'autorité religieuse s'observent. Plusieurs évêques, celui de Valence, ceux de la province de Burgos, après la manifestation de Mgr Menendez y Conde, sont entrés en lice. L'évêque de Tuy lui-même est revenu à la charge dans une pastorale de forme plus modérée, mais où il aggravait plutôt le fond de sa première circulaire. Les conséquences de cette guérilla ont été des troubles et des manifestations antireligieuses un peu partout. A Valence, la populace lança des pierres contre le palais de l'archevêque en chantant la Marseillaise. A Alcoy, on le siffla. Un grand meeting fut tenu à Madrid, où assistèrent les plus acharnés anticléricaux d'Espagne : Morot, Del Rio. Caballero, Latorre, Sentillan, Morayta, Rodrigo Soriano. Ils sommèrent le  gouvernement d'avoir à poursuivre sa lutte contre les empiétements du clergé.
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   Harcelé de tous côtés, autant par l'extrême droite que par l'extrême gauche, le ministère fit connaître sa résolution de dénoncer, non le Concordat, comme plusieurs de vos journaux l'ont écrit, mais le Convenio (accord) passé entre le Saint-Siège et le gouvernement espagnol en 1904, quand M. Maura, chef des conservateurs, était lu pouvoir. Voici l'état de la question.
    Le Concordat de 1851, à l'article 29, accorde l'existence légale à trois congrégations : les Lazaristes, les Oratoriens et « une autre » à désigner, suivant les uns par le gouvernement, aptes entente avec Rome, suivant les  autres, par l'évêque dans chaque diocèse. Quelle dut être dans l'Etat, en face de la puissance politique, la situation des congrégations dont le Concordat ne dit mot? Là gît la difficulté. En 1902, le ministre Sagasta soumit au Pape un projet de loi en vingt-six articles, visant la réorganisation des paroisses et des diocèses et le modus vivendi des ordres religieux. L'article 16. interprétant l'article 29 du Concordat dans un sens rigoureux , limitait à trois les congrégations d'hommes qui auraient une existence légale. Les autres, en vertu de l'article 17, devaient être régies par une loi particulière sur les associations, qui allait être préparée.
    Sagasta mourut sur ces entrefaites. Les libéraux quittèrent le pouvoir qu'ils laissèrent aux conservateurs. Leur chef, M. Maura, en 1904, reprit l'interprétation du fameux article 29. A ses yeux, la reconnaissance légale des trois congrégations mentionnées par le Concordat était un privilège appréciable. Elle n'impliquait pas la disparition des autres ou leur asservissement à des lois d'exception. Soumises au droit commun, elles devaient être tolérées en vertu même du Concordat qui assure "la liberté de pratiquer la religion catholique". M. Mura rédigea un Convenio et le présenta au Saint-Siège. Entre temps, il demandait au Parlement de le ratifier. Le Sénat l'approuva. Notons cependant, au passage, que des trente évêques ou archevêques siégeant à la Haute Assemblée, cinq seulement l'acceptèrent Les autres ou s'abstinrent ou se montrèrent résolument hostiles, même aux largesses conservatrices. Le Convenio  Maura arrivait aux Cortès quand celui-ci démissionna.
    Depuis 1905, les libéraux occupent le pouvoir. M. Monteros-Rios, M. Moret ont été successivement présidents du conseil. Ce dernier, il y a cinq mois, devant  le refus du roi de dissoudre les Cortès, a dû démissionner. Le vieux général Lopez-Dominguez, un disciple aimé de Sagasta, l'a remplacé. Son ministère se défend  de faire la guerre à la religion. Il n'en veut, à ce qu'il prétend qu'aux empiétements  du clergé sur les attributions di pouvoir civil. Le titulaire actuel de la justice, l'intelligent et bouillant comte Romanones, a fait connaître cet état d'esprit, dans une interview qui a fait le tour de la presse européenne. « Le jour où j'ai pris possession du pouvoir, disait-il, je déclarais catégoriquement ma résolution de ne pas tolérer l'intrusion d'un autre pouvoir dans les fonctions légitimes de l'Etat... Je ne me contenterai pas d'arrêter l'invasion incessante du clergé dans les sphères d'action de la souveraineté civile. Je tiens à revendiquer les droits (le l'Etat abandonnés à l'Eglise, souvent par faiblesse. Le gouvernement est décidé, à l'unanimité de ses membres, à résoudre le problème religieux. Nous prouverons que l'esprit et la justice nous guident. L'opinion publique nous soutiendra. Loin de mon esprit l'idée d'amoindrir la liberté de l'Eglise. Ses privilèges, ses droits légitimes ne courent aucun danger. Notre campagne ne sera pas moins énergique dans la série de nos revendications. L'ordre royal récent, fixant l'interprétation des règles pour le mariage civil, inaugure ces revendications.
    Faisant un pas de plus, le ministère vient de déposer aux Cortès un projet (le loi réglant le droit d'association. La commission qui le discute est nommée. Par le fait, le Convenio de M. Maura se trouve au moins dénoncé, puisque de nouvelles négociations avec le Saint-Siège seront nécessaires pour régler la question des congrégations. Rome s'étant plainte qu'on eût engagé l'affaire sans la consulter, puisqu'il s'agissait d'une question mixte, Madrid a répondu que la loi des associations était d'intérêt général et ne touchait les congrégations que par accident. Le moment venu, on lierait conversation avec le Saint-Siège. Il semble bien, cependant, que le projet actuel vise surtout les ordres religieux et en particulier les Jésuites. Donnons-en les articles les plus intéressants : Art. 3: "N'ont aucune force civile obligatoire les pactes et contrats que font les associés en renonçant aux droits qui appartiennent au citoyen en vertu du titre premier de la Constitution de l'Etat. La coaction dans l'exercice de ses droits sera punie, conformément à l'article 510 du code pénal; restera sauve, en tout cas, l'indemnité des dommages et préjudices qui auraient pu être occasionnés. Tout individu appartenant à une association quelconque, désirant rompre les liens qui le lient à elle, aura le droit de recourir au gouvernement. Celui-ci devra le protéger, le déclarer libre et exempt de ses obligations, sauf des obligations simplement contractuelles qui resteraient à remplir envers la collectivité. »- Art. 7 : "En dehors de celles comprises dans le paragraphe premier additionnel à cette loi, toutes les associations des ordres religieux et toutes celles impliquant perpétuel renoncement aux libertés que le titre  premier de 3 a Constitution confère au citoyen et aux  droits qui diminuent sa pleine capacité civile, ne peuvent s'établir en Espagne qu'en vertu d'une autorisation spéciale accordée par le moyen d'une loi. On sollicitera cette autorisation en présentant, au préalable, au gouverneur civil respectif, les documents prévus à l'article 5 de la présente loi. n- Art. 8 : « Pour établir des filiales, de nouvelles maisons ou succursales de toute association, on exigera les mêmes formalités et documents que pour la constitution de la dite association. » - Art. 9: «Le gouvernement, pour raison d'ordre public et de sécurité pour l'Etat, pourra décréter la suspension des associations, quelle qu'ait été la forme de leur constitution. A cette fin, un simple accord des ministres qui en rendront compte aux Cortès suffira." - Art. 14 : « En aucun cas, les associations ne pourront posséder, en dehors du local, plus de biens immeubles que ceux qui sont indispensables pour atteindre la fin indiquée dans leurs statuts. n- Art. 22 :« Les associations composées en tout ou en partie d'étrangers, ou celles qui, bien que nationales, sont dirigées par des étrangers ou dont la direction suprême se trouve hors du royaume, seront toujours soumises à l'autorité du gouvernement qui, après avis du Conseil d'Etat, pourra décréter leur suppression ou dissolution, par accord du conseil des ministres. - Art. 24 : « La personne ou les personnes interposées ne pourront jamais invoquer le caractère de tiers; on ne leur reconnaîtra des droits d'aucune sorte. » Les motifs allégués par le ministre de l'intérieur, dans le préambule au projet de loi méritent aussi d'être signalés. Les voici tels que lui-même les...

(1) Le journal catholique le plus lu de Madrid est El Universo, qui tire à dix mille exemplaires. El Siglo Futuro, intégriste. et le Correo espanol, carliste, lui font une guerre sans merci. D'ailleurs, la rédaction de El Universo est peu soignée, l'on ne sait jamais sa pensée sur les questions politiques et sociales. La grande majorité de notre épiscopat le soutient.

(2} Mgr Menendez y Conde n'est cependant ni intégriste, ni carliste. Il a même tenu contre eux dans un congrès, à Santiago, des propos assez durs; les carlistes viennent de se venger en ouvrant dans leur organe une souscription pour lui acheter un bâton pastoral en l'honneur de son attitude actuelle en face du gouvernement. A tout prendre, l'évêque de Tuy est plutôt un emballé qu'un irréductible.
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