Nos:
Première  année, Numéro 57
VENDREDI 23 NOVEMBRE 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE
















NOTRE PROGRAMME




















Paul OLIVIER-LACROYE . .   Syndicalisme pur et politique
Auguste CHOLAT . . . . . . .
 A l'Institut catholique de Toulouse
Alessandro GHIGNONI . . .
  A propos du Congrès de musique
religieuse a Milan

INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    Le discours de M. Jaurès.- Pie X et la paix.- L'Association diocésaine de Bordeaux. -  Le Congrès de la Fédération des Alpes. -   
        LETTRES A L'ÉDITEUR
S.-E. le cardinal MATHIEU : A propos de l'incident de Toulouse.- Eugène BEAUPIN : Un congrès syndical.- C. Bujon : Le prêtre-avocat.
    REVUE DES PÉRIODIQUES.- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

BULLETIN POLITIQUE
        Il est sans doute un peu tard pour parler du discours prononcé, il y a huit jours, au Reischstag, par le prince de Bülow.  Le chancelier de l'Empire dont 1a situation paraissait fort ébranlée il y a quelques jours encore et dont la confrontation avec le Reischstag était attendue avec tant d'impatience et d'appréhension. a répondu à une audacieuse interpellation du député Bassermann le questionnant en termes hautains et libres sur les relations actuelles de l'Allemagne avec le monde. relations compromises (la chose fut dite en termes indiscrets, bien que voilés) par la politique personnelle de l'empereur. On connaît le sens de la copieuse réponse faite par le chancelier et les commentaires que cette réponse a suscités dans la presse européenne, Le prince de Bülow fut infiniment correct pour nous. Il ne dit point que la France était descendue de son rang. mais seulement que d'autres nations, notamment la germaine et l'italienne, ayant compris la valeur de la discipline et de l'unité. étaient montées jusqu'au sien. Les gens à "phobies» ont voulu trouver de graves sous-entendus dans cette partie du discours de M. de Bülow. La caractéristique de la réponse du chancelier fut dans le peu qu'il dit, dans la façon plutôt dont il glissa sur le personnalisme politique de l'empereur. qui n'avait pas été le point le moins sensationnel de l'interpellation. S'en taire eût été un aveu désastreux et le silence eût provoqué sur ce point un énorme bruit. Il fallait en parler et le moins qu'il en pût être dit n'en était pas moins le clou de tout le discours. Il faudrait connaître les nuances ou plutôt les abstractions compliquées de la langue allemande pour apprécier quelle fut, à cet égard. l'habileté du chancelier. Le nom de l'empereur fut donc prononcé. On estime que Guillaume II n'accentuera pas son activité personnelle dans un domaine qui ressort de plus en plus même en Allemagne de la volonté ou du moins de la participation normale de la nation. La politique
extérieure de l'Empire ne pourra plus guère aiguillonner dans des voies que barrerait l'opinion publique. Il existe en Allemagne aussi une crise de l'autorité provoquée par l'exagération du pouvoir personnel.    La résistance de la Pologne prussienne contre la germanisation prend des proportions tragiques. On se demande, à cette occasion, si le Vatican, qui a déjà refusé de désavouer l'archevêque de Posen, résistera jusqu'au bout aux sollicitations dont il est l'objet de la part de Guillaume Il. Beaucoup en doutent et prétendent que le cardinal Kopp parviendra à faire comprendre à la secrétairerie d'Etat, où il est des plus influents, que derrière cette insurrection des consciences se dissimule un mouvement politique pour l'extension duquel la question religieuse constitue le plus favorable terrain. L'argument ne manquerait point d'une certaine justesse si l'on parvenait à démontrer que, parce que politique, ce mouvement de résistance n'est pas aussi légitime que s'il était uniquement religieux. Il est certain que la Pologne prussienne n'est point uniquement en proie à des scrupules de conscience religieuse. II est plus exact de dire que son nationalisme exacerbé répugne violemment à l'assimilation germanique. La Pologne est réfractaire. Matériellement annexée, elle raidit du moins sa volonté et sa conscience contre le joug moral du vainqueur. Elle refuse de devenir catholique allemande. Elle veut rester catholique, mais catholique polonaise seulement. La difficulté, surtout pour Rome, gît dans cette complexité d'un sentiment où le religieux et le politique ne font qu'un et dont la dissociation ne peut s'opérer en fait. L'intervention pontificale est donc ici chose extrêmement malaisée. Si la Papauté soutient la résistance polonaise ou du moins ne fait rien pour la désavouer, elle passe, aux yeux de l'Empire allemand, pour favoriser un mouvement dont ce dernier ne saisit que la signification politique, sens qu'il ne peut admettre en aucun cas. Si elle adresse à la Pologne prussienne les conseils de modération et de soumission qu'elle faisait parvenir il y a une année à la Pologne russe, ses ennemis J'accusent de s'assurer les bonnes grâces des puissants en immolant à leur politique le droit des faibles et des petits.
La situation politique s'est notablement éclaircit en Espagne depuis quelques jours. Les libéraux, qui avaient failli se diviser sur la question douanière et ruiner par là le projet de loi sur les associations déposé par le comte Romanonès, se sont ressaisis devant la brusque offensive des conservateurs et de leur chef M. Maura. Les discours successivement prononcés par M. Moret et le général Lopez Dominguez semblent avoir scellé le bloc libéral. La discussion du projet relatif aux congrégations religieuses viendra incessamment à la Chambre. On pronostique sans peine à ce sujet une grave agitation dans un pays où les catholiques ne sont nullement préparés à la nécessité, inéluctable cependant, de mettre un terme à la pléthore monostique qui ne répond plus qu'insuffisamment à l'idéal social et chrétien des temps actuels et où les libéraux s'inspirent beaucoup plus d'un rationalisme superficiel et d'imitation française que du besoin de régénération profonde dont souffre l'Espagne.




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