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Première
année, Numéro 57
VENDREDI 23 NOVEMBRE 1906
SOMMAIRE:
INFORMATIONS ET DOCUMENTS Le discours de M. Jaurès.- Pie X
et la paix.- L'Association diocésaine de Bordeaux. - Le Congrès de la
Fédération des Alpes. -
LETTRES A L'ÉDITEUR
S.-E. le cardinal
MATHIEU : A propos de l'incident de
Toulouse.- Eugène BEAUPIN : Un congrès syndical.- C.
Bujon : Le prêtre-avocat. REVUE DES
PÉRIODIQUES.- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
BULLETIN POLITIQUE Il est sans doute un
peu
tard pour parler du discours prononcé, il y a huit jours, au
Reischstag, par le prince de Bülow. Le chancelier de
l'Empire dont 1a
situation paraissait fort ébranlée il y a quelques jours
encore et dont
la confrontation avec le Reischstag était attendue avec tant
d'impatience et d'appréhension. a répondu à une
audacieuse
interpellation du député Bassermann le questionnant en
termes hautains
et libres sur les relations actuelles de l'Allemagne avec le monde.
relations compromises (la chose fut dite en termes indiscrets, bien que
voilés) par la politique personnelle de l'empereur. On
connaît le sens
de la copieuse réponse faite par le chancelier et les
commentaires que
cette réponse a suscités dans la presse
européenne, Le prince de Bülow
fut infiniment correct pour nous. Il ne dit point que la France
était
descendue de son rang. mais seulement que d'autres nations, notamment
la germaine et l'italienne, ayant compris la valeur de la discipline et
de l'unité. étaient montées jusqu'au sien. Les
gens à "phobies» ont
voulu trouver de graves sous-entendus dans cette partie du discours de
M. de Bülow. La caractéristique de la réponse du
chancelier fut dans le
peu qu'il dit, dans la façon plutôt dont il glissa sur le
personnalisme
politique de l'empereur. qui n'avait pas été le point le
moins
sensationnel de l'interpellation. S'en taire eût
été un aveu désastreux
et le silence eût provoqué sur ce point un énorme
bruit. Il fallait en
parler et le moins qu'il en pût être dit n'en était
pas moins le clou
de tout le discours. Il faudrait connaître les nuances ou
plutôt les
abstractions compliquées de la langue allemande pour
apprécier quelle
fut, à cet égard. l'habileté du chancelier. Le nom
de l'empereur fut
donc prononcé. On estime que Guillaume II n'accentuera pas son
activité
personnelle dans un domaine qui ressort de plus en plus même en
Allemagne de la volonté ou du moins de la participation normale
de la
nation. La politique
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extérieure de l'Empire ne pourra
plus guère
aiguillonner dans des voies que barrerait l'opinion publique. Il existe
en Allemagne aussi une crise de l'autorité provoquée par
l'exagération
du pouvoir personnel. La résistance
de la
Pologne prussienne contre la germanisation prend des proportions
tragiques. On se demande, à cette occasion, si le Vatican, qui a
déjà
refusé de désavouer l'archevêque de Posen,
résistera jusqu'au bout aux
sollicitations dont il est l'objet de la part de Guillaume Il. Beaucoup
en doutent et prétendent que le cardinal Kopp parviendra
à faire
comprendre à la secrétairerie d'Etat, où il est
des plus influents, que
derrière cette insurrection des consciences se dissimule un
mouvement
politique pour l'extension duquel la question religieuse constitue le
plus favorable terrain. L'argument ne manquerait point d'une certaine
justesse si l'on parvenait à démontrer que, parce que
politique, ce
mouvement de résistance n'est pas aussi légitime que s'il
était
uniquement religieux. Il est certain que la Pologne prussienne n'est
point uniquement en proie à des scrupules de conscience
religieuse. II
est plus exact de dire que son nationalisme exacerbé
répugne violemment
à l'assimilation germanique. La Pologne est réfractaire.
Matériellement
annexée, elle raidit du moins sa volonté et sa conscience
contre le
joug moral du vainqueur. Elle refuse de devenir catholique allemande.
Elle veut rester catholique, mais catholique polonaise seulement. La
difficulté, surtout pour Rome, gît dans cette
complexité d'un sentiment
où le religieux et le politique ne font qu'un et dont la
dissociation
ne peut s'opérer en fait. L'intervention pontificale est donc
ici chose
extrêmement malaisée. Si la Papauté soutient la
résistance polonaise ou
du moins ne fait rien pour la désavouer, elle passe, aux yeux de
l'Empire allemand, pour favoriser un mouvement dont ce dernier ne
saisit que la signification politique, sens qu'il ne peut admettre en
aucun cas. Si elle adresse à la Pologne prussienne les conseils
de
modération et de soumission qu'elle faisait parvenir il y a une
année à
la Pologne russe, ses ennemis J'accusent de s'assurer les bonnes
grâces
des puissants en immolant à leur politique le droit des faibles
et des
petits. La situation politique s'est notablement éclaircit en Espagne depuis quelques jours. Les libéraux, qui avaient failli se diviser sur la question douanière et ruiner par là le projet de loi sur les associations déposé par le comte Romanonès, se sont ressaisis devant la brusque offensive des conservateurs et de leur chef M. Maura. Les discours successivement prononcés par M. Moret et le général Lopez Dominguez semblent avoir scellé le bloc libéral. La discussion du projet relatif aux congrégations religieuses viendra incessamment à la Chambre. On pronostique sans peine à ce sujet une grave agitation dans un pays où les catholiques ne sont nullement préparés à la nécessité, inéluctable cependant, de mettre un terme à la pléthore monostique qui ne répond plus qu'insuffisamment à l'idéal social et chrétien des temps actuels et où les libéraux s'inspirent beaucoup plus d'un rationalisme superficiel et d'imitation française que du besoin de régénération profonde dont souffre l'Espagne. |
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