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Penseurs
libres
Parmi ceux
qui pensent et qui
comptent, il en est bien peu désormais qui s'enorgueillissent du
titre
de libre penseur. De certains milieux très libres, il s'attache
même
quelque discrédit à la signification de ce mot. Un
libre-penseur, dans
l'acception acquise, est un esprit qui retarde sur son époque,
où, pour
employer une expression chère à beaucoup, un esprit qui
n'est pas
entière ment libéré. Rien n'est plus contraire aux
exigences de la
discipline moderne que cette mentalité-là. Le libre
penseur s'arrête
généralement à la superficie des choses, En
possession de quelques
idées toutes faits, idées qu'il enregistre dans son
cerveau, mais
n'assimile pas, il juge tout à leur aune. Esprit simpliste, il
rejette
violemment tout ce qui parait contredire ce qu'il appelle ses
principes. Ses principes, à vrai dire, ne sont que ses opinions,
car
tout ce qui n'est pas vérifié et vécu ne saurait
usurper le nom de
principes. Et comme tous les simplistes, le libre-penseur se range
purement et simplement dans la catégorie des anti. Inapte
à envisager
les hommes et les idées sous toutes leurs faces, il devient
foncièrement intolérant. Avec quel mépris
parle-t-il du sentiment
religieux et de la religion chrétienne! Avec quelle ardeur ne
dénonce-t-il pas l'absurdité d'une religion qui nourrit
ses fidèles de
superstitions et de dogmes. Mais ne lui demandez pas de justifier son
attitude nourri de dogmes et de postulats laïques, il tranche, il
approuve, il condamne, tel un pontife infaillible.
Cette
attitude intellectuelle
vraiment grossière se répercute douloureusement dans la
réalité. Sous
prétexte le combattre les idées, on traque et on moleste
les hommes. Le
dévouement, la faiblesse, le sexe même, rien ne rouvre
grâce devant un
pareil état d'esprit. Aussi bien, le libre-penseur
aiguillé dans la
politique devient-il par tempérament un jacobin. II prêche
pompeusement
la tolérance et déchaîne la guerre. Ses
lèvres prononcent avec respect
le mot auguste de justice cependant que sa plume est toujours
prête à
signer des décrets de proscription. Intellectuellement, somme
toute, le
libre-penseur est un simpliste. De la science, il ne retient que les
formules. Avant même qu'elles n'aient subi l'épreuve de la
critique, il
se jette fougueusement sur les conclusions qui paraissent
légitimer ses
idées préconçues et dédaigne d'instinct
toutes celles qui seraient de
nature à troubler les exigences de sa logique de sentiment,
comme
dirait . Ribot. C'est un scientiste plus qu'un scientifique.
Politiquement et pratiquement,
le libre-penseur est le lus dangereux des hommes. En voulant faire
passer l'absolu de ses idées dans la vie de chaque jour, il
sème
discorde, accumule l'injustice, piétine les consciences, blesse
les
âmes. Et comme tout être hypnotisé, il subit
malgré lui la tyrannie de
l'idée fixe qui imprègne son être. Sa
responsabilité est limitée parce
que limitée sa liberté. Il n'en reste pas moins
socialement redoutable,
car il est de ceux qui ne se convertissent pas.
Il y a seulement dix ou
quinze ans,
le nombre des libres-penseurs de cette catégorie était
considérable.
Mais, grâce à Dieu, l'insuffisance intellectuelle de cette
attitude est
apparue aux yeux des plus clairvoyants, ceux, qui
réfléchissent
finissent par comprendre que les
problèmes qui
sollicitent attention
des hommes sont d'une effrayante complexité. Malgré les
laborieux
efforts des générations passées, nous n'ignorons
pas que nous nous à
peine entrouvert le voile épais qui nous sépare l'infini.
Malgré les
méditations des philosophes et les conquêtes des savants,
nous sentons
trop les limites des connaissances pour affecter des airs tranchants et
vainqueurs. Nous savons bien que nous n'arriverons jamais au terme de
l'étape et que la ligne bleue où se confondent dans le
lointain le ciel
et la terre, est comme un décevant mirage que nous n'atteindrons
jamais.
Et tout
cela est bien de nature
à nous rendre modestes. Nous sentons que pour appréhender
une parcelle
de vérité, il ne nous faut dédaigner les efforts
de personne. Loin donc
de combattre et de repousser ceux qui ne pensent pas comme nous, nous
les
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accueillerons, au contraire, comme s'ils
nous apportaient des
lumières complémentaires. Nous
examinerons avec soin ce qu'ils nous
proposent et nous serons souvent surpris des perspectives nouvelle
qu'ils. nous feront entrevoir. Nous nous rappellerons, du reste,
suivant la belle parole d'un philosophe, que toute erreur recèle
une
âme de vérité, et nous travaillerons alors
amoureusement à dégager
cette âme de vérité de la gangue grossière
qui l'étreint. "Mais tout
ceci ne se peut faire que dans une atmosphère de travail et de
recueillement. Les laboratoires où germent le fécondes
découvertes
ferment leurs portes aux agitation stériles du dehors. Les
mystérieuses
énigmes de l'univers: ne se laissent déchiffrer ni par
les violents, ni
par les méchants. L'infini ne se révèle qu'aux
âmes éprises de paix.
Tel. est
l'état d'esprit qui
s'empare des génération! nouvelles. Il contraste
singulièrement avec
celui du libre-penseur d'hier. Sans doute, parmi les libres-penseurs,
il y eut de tout temps des hommes d'une tenue intellectuelle et morale
irréprochable. Mais ce furent là des exceptions qui ne
suffirent pas à
relever le prestige de la libre-pensée. Quiconque entend ne
point se
départir des disciplines scientifiques, ne peut respirer
à l'aise dans
l'atmosphère orageuse des congrès de la
Libre-Pensée. Aussi de plus en
plus l'épithète de libre-penseur devenue
péjorative, est-elle rejetée
au profit de celle de penseur libre. Et cette distinction n'est
artificielle qu'en apparence, car vraiment le penseur libre ne saurait
être confondu avec le libre-penseur.
Le penseur
libre, en effet, se
recrute parmi des hommes de convictions bien différentes.
Tolérant par
principe, il s'incline devant toute croyance sincère. La
sincérité, du
reste, est le meilleur ciment des âmes éprises de
vérité. Modeste,
comme tout homme qui, par rapport à l'Univers, sent son infinie
petitesse, il est toujours prêt à réviser ses
idées et à recevoir la
lumière des autres. Il réduit à leur juste
portée les conclusions de la
science d'aujourd'hui, car il n'ignore pas qu'elle est en
perpétuel
devenir et que les hommes ne l'achèveront pas. Il ne condamne
jamais
une doctrine, un système dont il ne connaît pas la teneur.
Il sait que
la réserve, la prudence, le doute même s'imposent à
qui ne veut pas
faire de faux pas. Aussi évite-t-il de conclure avec
précipitation,
intimement convaincu que les vues des hommes sont toujours courtes par
quelque endroit .Sincère avec lui-même, il ne saurait
admettre, a
priori, que les autres manquent de sincérité. Respectueux
de la liberté
et de la dignité de tout homme, il n'use envers ceux dont
il
réprouve les
idées que de moyens pacifiques et loyaux.
La
doctrine catholique lui
paraît-elle critiquement inacceptable, il se gardera bien,
à l'inverse
du libre-penseur, de la rejeter en bloc. Il reconnaîtra
volontiers
qu'elle est une force morale, un antidote pour la souffrance, un besoin
impérieux pour certaines âmes. Il !l'écrira donc
pas qu'elle est
l'imbécillité et le mensonge. Bien que les fondements lui
en paraissent
incertains, il admirera dans le catholicisme la psychologie profonde,
la logique impeccable, la ligne harmonieuse qui en font un des plus
merveilleux systèmes qui soient, selon lui, issus de la
pensée
collective. Et pour peu qu'il prenne contact avec ceux qui pensent
réellement le catholicisme en fonction de leur temps, il cessera
de le
considérer comme un chef-d'œuvre d'horlogerie dont les
pièces finement
ciselées et savamment ajustées le sont pour
l'éternité. Il ne craindra
pas que la rouille des siècles, venant à ronger les
parties
essentielles du mécanisme, l'aiguille ne s'arrête
définitivement sur
une époque donnée. Il apprendra, au contraire, que le
catholicisme est
un organisme vivant, susceptible, comme tel, de croissance et
d'adaptation, et il conclura qu'il y a quelque injustice à le
considérer comme une chose inutile et morte. Et lorsque le
libre-penseur .dénoncera en bloc le catholicisme au nom d'une
science
qui n'en est que la caricature, d'une raison qui n'en est que la
superstition, un progrès qui n'en est que l'hypocrisie, il
refusera,
précisément parce qu'il est penseur libre, de le suivre
sur ce terrain.
N'étant pas gagné par la souple et harmonieuse ordonnance
de la
religion chrétienne, comment le serait-il par la hargneuse
intolérance
de la religion libre-penseuse?
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Evêques
Hongrois et Prêtres Slovaques
Assister
aux efforts désespérés
d'un peuple qui, en voulant conserver sa nationalité. entend
conserver
la physionomie même dont Dieu l'a doué pour son existence
terrestre,
est l'un des spectacles les plus grandioses que puisse nous offrir la
contemplation de la société moderne telle que l'histoire
et les
passions l'ont faite. Grandiose il est dans la proportion où
devient
écœurant le rôle du plus fort, lorsque sans avoir tout
à fait le
courage sanglant des crimes d'autrefois, il recourt aux
stratagèmes qui
avilissent même l'injustice, "lorsque après avoir
donné des lois,
promis le droit égal devant la loi, il ne se sert plus de
l'appareil
juridique, qu'il s'est façonné que pour impunément
violer ces mêmes
lois qui, désormais, ne sont plus qu'une hypocrisie. Elles sont
là pour
la façade, c'est-à-dire pour la galerie...
étrangère qui sait leur
existence, mais rien, et pour cause, de .leur application
intérieure.
J'ai déjà expliqué l'an passé les
procédés de la Hongrie à l'égard de
ses citoyens « de langue non magyare D. Je n'en rappelle que le
mot du
ministre Tisza: « Pour vous autres, Slovaques, la loi est morte.
.Son
père. également ministre, n'avait-il pas dit mieux:
« Il faut broyer
sous nos pieds le Slovaque. De ces procédés à
l'égard des « Hongrois de
langue non magyare", il n'y a rien d'autre à dire après
cela, sinon
que, tandis qu'une détente vague, quoique
intéressée, s'est opérée dans
les relations entre Croates et Magyars. des scandales et des
dénis de
justice dans tous les domaines et toujours plus criants, se
succèdent à
journée faite au pas slovaque. J'avoue que je
reviens navré de mon
dernier voyage en Hongrie. Ce que je voudrais avant tout aujourd'hui,
c'est attirer l'attention de Rome même et de la
catholicité entière sur
le' sort que les évêques hongrois font à leurs
ouailles slovaques et
aux prêtres slovaques qui prennent en pitié ces
malheureuses
populations dont ils sont moralement tenus d'être les guides et
les
directeurs, puisqu'ils en sont l'élite, et qui refusent de se
faire
avant tout, - car aux yeux de ces évêques il est
évident que le
ministère religieux ne passe qu'au second rang, - est
instruments de la
magyarisation. Affirmation dont j'endosse la responsabilité et
dont ce
qui va suivre fera ta preuve.
Il faut,
pour juger des choses
qui se passent en pays hongrois, faire complètement abstraction
des
mœurs religieuses de la France, magnifiquement épurées
par la
Révolution et par la nécessité, sous le
contrôle de la haine et de
l'inquisition maçonnique, de se témoigner impeccables.
Les évêchés
hongrois sont encore ce qu'étaient ceux de la France avant la
Révolution française : opulence, autorité sans
contrôle, féodalité: Les
évêques hongrois sont magnats du royaume; ils
siègent de droit au
Parlement. Leur demander de renoncer à la politique, à
une dignité à
laquelle, aristocrates, ils tiennent comme a leurs titres nobiliaires
(qu'ils conservent dans les ordres), et à laquelle, sortis du
peuple,
ils tiennent encore plus 'puisqu'elle les anoblit ipso facto et leur
procure l'éblouissement de les mettre soudainement de pair
à égal avec
ces grands seigneurs admirés et enviés de leur enfance,
je crois
qu'aucun pape ne l'a fait, ou si Pie X, lui, l'a fait, car je pense
bien que Notre Saint-père n'a pas réservé aux
seuls prêtres français la
défense d'accepter des charges politiques, il va de soi que
l'ordonnance est et serait lettre morte. Personne n'obéit
ou personne
n'obéirait. Conversez avec un prêtre magyar : à
cette seule,
proposition, il rompt les chiens immédiatement. Pas d'autre
réponse que
sourire en silence. Du reste, on. se garde d'insister.
Je vais
donc parler de prêtres
qui. ont fait de la politique,... à qui ce droit ne saurait
autant qu'à
la religion, c'est-à-dire autant que les évêques
hongrois tinrent à la
Hongrie quand naguère ils se refusaient à devenir
Autrichiens, ce qui
signifiait en ce temps-là Allemands. Dans un pays comme la
France, à
peu près un de langue et tout à fait un de
nationalité, on ne peut
rien comprendre à l'âpreté d'une lutte où 1a
question religieuse et la
question nationale, au lieu d'être indépendantes, sont
liées si
inextricablement par la malice des hommes, la. perfidie des lois et le
jeu ironique des circonstances, que l'une et l'autre semblent n'exister
pas autrement qu'un monstre à deux têtes, et n'avoir de
valeur efficace
que lorsqu'il s'agit de permettre à la minorité
audacieuse et
privilégiée de la population d'imposer sa manière
de voir à une immense
majorité dolente et passive, pauvre et malheureuse, sous les
uniques
formes de persécutions indiscontinues et de vexations
tatillonnes, pour
la satisfaction de toutes ambitions terrestres et égoïsmes
violemment,
arbitrairement particularistes. Il n'y a, pas là-bas de
séparation de
1'Eglise et de l'Etat; mais on la souhaiterait presque, car il y a
pire: une Eglise au service de l'Etat. Or, l'Etat est magyar, il n'est
pas hongrois; et même l'on n'est plus bien sûr qu'il soit
magyar et non
judéo-magyar. Aussi tant que ne sera pas arrivée en
Hongrie .la
formation d'un clergé dont les hauts dignitaires soient des
pasteurs au
nom du Christ, et non de zélés fonctionnaires de l'Etat,
des êtres de
bonté et de mansuétude qui ne subordonnent pas
l'intérêt des âmes à la
monomanie bizarre d'augmenter le nombre des Magyars effectifs aux
dépens de ceux qui. jadis, étaient fiers d'être
Hongrois, parce qu'ils
croyaient, à l'être, trouver la garantie de ne pas devenir
Allemands,
Magyars il n'en était même pas question, - la garantie de
strictement
demeurer eux-mêmes; tant qu'il en sera ainsi, le catholicisme de
ces
infortunés s'étonnera et déplorera de voir sans
cesse compromise la
religion dans des aventures telles que celles dont je vais raconter une
ou deux, non à titre d'exception, hélas! mais à
titre d'exemple, et où
il est de toute évidence qu'on la fourvoie contre tous ses
intérêts.
Car le los von Rom est aux portes, et sur les lieux mêmes
l'Eglise.
évangélique bénéficie du patriotisme
national de ses pasteurs et des
persécutions qu'il leur vaut. Désormais, voici
posée la question de
savoir si le mot catholique peut et doit jamais signifier
particulariste oppresseur et partisan du fort contre le faible, du
riche contre le pauvre, de la minorité opulente et
sécularisent
privilégiée contre la majorité populaire et
souffrante. Car il signifie
cela aujourd'hui partout ailleurs qu'en Croatie, bien entendu, dans la
Hongrie de langue non magyare; et, si cala devait durer, quelle triste
nouveauté dans l 'histoire, car notre Eglise n'a, ce semble,
jamais
sanctionné et encouragé rien de pareil en Irlande et en
Pologne.
Les
séminaires hongrois furent
probablement institués comme ceux de tous pays, pour accueillir
indifféremment les candidats à la prêtrise de toute
nationalité pourvu
qu'ils appartinssent à l'état-civil hongrois, pour en
faire de bons et
dignes prêtres animés de l'esprit de piété
et de sacrifice et tout
dévoués à leurs futurs paroissiens. Aujourd'hui,
on ne s'en douterait
plus guère; on fait de ces jeunes gens avant tout des
instruments
dociles du pouvoir, de simples agents de magyarisation. La cause du
Christ et la cause de la langue d'Arpad ne font qu'un. Il faut obtenir
dans le plus bref délai ce résultat: que plus un
prêtre ne soit capable
de confesser, de baptiser, d'assister en slovaque, d'entretenir des
relations avec ses paroissiens autrement qu'en hongrois. On
spécule sur
l'esprit religieux de ces populations pour leur donner le choix entre
l'absolution et l'enterrement religieux ou la
persévérance dans l'amour
de leur nationalité, entre les sacrements et leur langue natale.
Je ne
connais réellement rien de plus vicieux dans l'histoire que
cette mise
en balance de l'hostie consacrée avec le patrimoine national. On
avait
déjà vu beaucoup de choses, mais cela pas encore:
l'ordination
subordonnée à une trahison!... Le séminariste est
tout d'abord tenu d'y
renoncer en échange de la messe avec les grasses
prébendes. .
Le premier
point capital, comme
on le verra, était de s'arranger à ce qu'aucun jeune
homme catholique
slovaque ne pût devenir prêtre en dehors des conditions que
leur
imposent les séminaires hongrois,
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c'est-à-dire l'adhésion
absolue au
magyarisme. Les évêques magyars prirent donc auprès du pape et de
la
chrétienté entière l'initiative d'une proposition tendant à ce que
tout
séminariste chassé une fois d'un séminaire ne
puisse jamais, sous aucun
prétexte, être admis dans un autre séminaire. Le
pape n'y voyant pas
malice, accéda le 16 décembre 1905, croyant bien
bonnassement que
l'expulsion d'un séminaire ne pouvait viser que des sujets
indignes par
leur indiscipline, leur esprit de libre examen et d'orgueil ou par des
mœurs répréhensibles. Les évêques de Hongrie
avaient ce qu'ils
voulaient. : dès ce jour, tout séminariste slovaque
s'avouant Slovaque,
fut immédiatement, sans rémission comme sans discussion,
chassé. Leur
vocation fut-elle aussi certaine que celle d'un saint, leur
carrière
sacerdotale est irrévocablement brisée. Ou Magyar ou pas
de sacrement
de l'ordre, ou renégat
national (on les appelle
magyaron) ou pas prêtre, A Estergon (Gran), la ville primatiale,
la
capitale religieuse de la Pannonie, MM. Jàn Gasparcik, Jozef
Pazurik,
Jozef Carsky sont chassés « pour avoir des tendances
nationales» et
parce que l'un d'eux s'est montré possesseur d'une lettre
slovaque,
qu'en outre il est prouvé que, s'étant rencontré.
avec le professeur
Stefànek, qui ne sait pas un mot de magyar, il aurait eu
l'audace de
parler en slovaque avec lui. Les Magyars de l'administration et du
culte, dans ces cas, affectent de n'employer que l'allemand. L'un de
ces jeunes gens, M. Gasparcik, était dans sa quatrième
année et devait
être consacré au mois de 'juillet suivant. L'un d'eux peut
montrer un
témoignage écrit de ses maîtres lui
concédant d'être "un jeune homme de
mœurs impeccables, s'efforçant avec tout son sérieux
d'acquérir
l'esprit-prêtre" (sic). Mais ayant déclaré
qu'il était dévoué à l'idée
nationale et qu'il aimait son peuple, on l'expulsa net en
spécifiant
que c'est «parce qu'il faut donner un exemple décourageant
aux
Slovaques qui ont l'impudence de commencer à s'agiter (s'agiter
c'est
avoir nommé une demi-douzaine de députés
slovaques). Alors voici l'un
de ces futurs prêtres avocat, l'autre économe, Pendant que
ces choses
se passent, d'autres encore plus édifiantes les aggravent. On a
vu un
séminariste de Gran, dûment magyar, celui-là,
prendre l'habitude de
s'évader toutes les nuits et de fréquenter les cabarets!
L'affaire
finit par s'ébruiter. On l'expulse: Il revient, promet de
s'amender: on
le reprend. Du moins est-il prouvé qu'il ne parlait pas
slovaque! Au
contraire, on se montra impitoyable avec les trois honnêtes
garçons,
dont l'un eut la naïveté de revenir pleurer et supplier au
nom de son
père vieux et infirme qui ne demandait avant de mourir que la
consolation de voir son fils prêtre. Et voici prouvé que
le clergé
magyar préfère l'incontinence et le
dérèglement en hongrois à la.
chasteté en slovaque! A Nyltra, le 30 mai, on lit à un
séminariste la
sentence de l'évêque qui le chasse du séminaire,
parce qu'on a contre
lui « un fort soupçon de slovaquisme provoqué par
le fait qu'il s'est
trouvé porteur d'une photographie et d'une lettre du docteur
Jelicka,
prêtre catholique, mais bon Slovaque! On a, du reste, la
cruauté
ironique de lui permettre, s'il y tient, de passer les examens de fin
d'année! Le pauvre garçon s'en va. en Amérique
où il espère trouver un
moyen d'éluder l'ordonnance du 16 décembre 1905 et de
devenir tout de
même prêtre auprès des deux ou trois cent mille
Slovaques émigrés,
L'évêque de Spis, dont il va être question tout
à l'heure, a au moins
le courage d'être catégorique et de brûler ses
vaisseaux. il n'aura
plus besoin d'expulser personne, - il n'admet plus de Slovaques au
séminaire. On sait du moins à quoi s'en tenir.
Avant de
poursuivre ce récit,
qui n'est pas du tout un réquisitoire complet, mais la
présentation
impartiale et véridique de quelques faits, je tiens à
déclarer que je
n'ai pas été chercher mes renseignements auprès de
personnalités
hostiles à l'Eglise à travers l'épiscopat
hongrois. Toute la
documentation que j c possède de ces faits, des suivants et de
bon
nombre d'autres, que j'utiliserai en temps et lieux, je la tiens de
catholiques slovaques. et des journaux slovaques catholiques. Les
collections de ces derniers sont a la disposition de qui en voudrait
prendre connaissance. Les Magyars, du reste, ne nient aucun de ces
procédés, tant en matière religieuse que civile.
Leurs propres journaux
en sont pleins, les débats de leur Parlement aussi. N'a-t-on pas
entendu pousser ce cri à leur Chambre : Pereat justitia! Fiat
Magyarorssag. Même en latin on ne dit plus Hungaria.
On a vu la
situation des
séminaristes. Passons à celle des prêtres
slovaques. Ici, ma collection
de documents foisonne tellement que, de crainte de devenir fastidieux,
je choisis l'histoire du prêtre Hlinka. Ab uno disce omnes. On
n'a pas
souvent l'occasion de rencontrer, même chez nous, un prêtre
de cette
énergie et de ce mérite. Je répète que je
suis prêt à vider mon sac où
et quand on voudra, et je souhaiterais que ce soit à Rome.
Cela
commence comme un roman de Balzac et se poursuit comme un de Ferdinand
Fabre. La foi jusqu'ici est la prison.
Rosenberg
est une ville de huit
mille habitants dans le comitat de Lipton. La commune de Rosenberg fut,
voici quelques années, aussi florissante que possible: elle
possède dix
auberges, des moulins, une scierie, des forces motrices abondantes, des
prairies et des forêts. Les revenus produits par la vente des
bois
étaient de deux cent soixante-dix mille couronnes par an.
Aujourd'hui,
la ville est tellement grevée que le taux de l'impôt y est
de
soixante-dix-neuf pour cent, qu'il y a un million de dettes et qu'il y
a été question de mettre la
ville sous tutelle. Que
s'est-il
passé? Un maire faible, M. Soos, s'est laissé dominer par
un triumvirat
judeo-magyar de brasseurs d'affaires dont voici les noms suffisamment
explicites par leur résonance: Sonderlich, le notaire (le
notaire peut
tout dans ces villes: il faudrait expliquer longuement ce qu'est un
notaire hongrois. Dans certains villages slovaques, c'est Gessler, ni
plus, ni moins), surnommé Zkaza (la ruine), Angeval et Kroner,
architecte sans contrôle. On restaura, par exemple,
l'église sur un
devis de soixante mille couronnes; le seul Kroner toucha; cent
quatre
mille. Le Vybor (conseil communal), est mal lié de telle sorte
qu'il
approuve, La réparation d'une auberge devisée vingt.
quatre mille
couronnes en atteint cinquante mille, toujours dans la poche de Kroner.
Kroner bâtissait,. Angeval prenait en possession et Sonderlich
«
collaudait, comme on dit là-bas. L'internat du gymnase
coûta trois cent
mille couronnes: on le ferma à tous les enfants pauvres parce
que
Slovaques. A l'élection du médecin de commune, le
Oberstuhlrichter
Alman (la plus haute autorité de la ville et du district), pose
la
candidature de trois juifs (donc Hongrois), malgré la demande
générale
d'un chrétien (mais le chrétien avait chance d'être
Slovaque). On nomma
un certain Kohn qui avait magyarisé son nom en Kurti. La
bourgeoisie
révoltée par toutes sortes d'exactions, était
impuissante à soulever ce
joug à cause du système des virilistes
(députés communaux non élus,
mais existant de droit, du seul fait de payer tant ou tant
d'impôt. Il
y a des virilistes non seulement dans les conseils communaux, mais au
Parlement). Or, à Rosenberg, il n'y a de virilistes, que juifs,
à
l'exception de M. Makovicky et de quelques établissements
slovaques,
c'est-à-dire d'une infime minorité, quoique .la
population soit tout
entière slovaque. Lc seul « bienfait» que puisse
alléguer le fameux
triumvirat serait la création d'une fabrique de tissus, mais
elle est
juive. Elle a changé du jour au lendemain trois mille bergers et
agriculteurs en ouvriers, a délabré la santé
publique, a fait de
Rosenberg un nid de phtisiques et aggravé l'immoralité
dans des
proportions inconcevables, On y travaille douze heures de jour et douze
heures de nuit, ce oui en fait, avec les courses, jusqu'à seize
et
dix-huit pour les .ouvriers qui demeurent hors de ville et viennent
souvent de fort loin des villages à la ronde. On y emploie des
enfants
au-dessous de .1' âge permis .par la loi en grand nombre,
grâce à la
connivence des autorités locales et ces petits tombent comme des
mouches, à ce que l'on nous démontre, par la tuberculose
et la
scrofule.
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