Nos:
Première  année, Numéro 59 
VENDREDI 7 DECEMBRE 1906
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE
















NOTRE PROGRAMME




















Paul BUREAU   Les Tribunaux pour enfants
..................
  l'Institut catholique de Toulouse
Gaietano ORTIZ   La Crise religieuse en Espagne
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    LETTRES A L'EDITEUR
U. C: le Saint-Suaire de Turin. -  Dom L.-J. : A propos de la musique religieuse. - V. Carlhian: Les œuvres catholiques laïques. -  A. Latros: Newman et Rosmin.
        REVUE DES PERIODIQUES

BULLETIN POLITIQUE
    Une circulaire vient d'exposer de quelle manière pourra s'exercer le culte public sans associations, en se conformant à la loi de J 88 J, interprétée et complétée par la loi de 1905. M. Briand déclare lui-même que les assemblées cultuelles ne rentrent dans aucune des catégories de réunions prévues par la loi le 1881 et il n'hésite pas à interpréter très largement cette loi pour les y faire rentrer. De quelque façon l'on juge l'usage fait par le ministre des cultes du blanc-seing que lui donnait récemment la majorité, il est certain que son intention n'était pas de faire une œuvre définitive : non seulement il savait fort bien que le modus vivendi trouvé par lui n'était que transitoire, mais il le voulait ainsi. N'a-t-il pas déclaré à la Chambre, en demandant un délai d'un ~, « que le gouvernement ne s'interdisait pas de recevoir, pendant cette année, la leçon des événements ». Il suffit d'autre part, d'étudier en elle-même la solution bâtarde apportée par la circulaire pour reconnaître qu'elle n'est pas faite pour durer. Elle est profondément injuste et illogique. Elle proclame le principe du libre exercice des cultes, elle prescrit de laisser au clergé l'usage des églises et elle entrave le recrutement du clergé en fermant les séminaires. Comment d'ailleurs le pouvoir civil pourra-t-il donner aux prêtres d'une religion qu'il ne connaît pas, la jouissance exclusive des édifices, sans s'enquérir d'une façon quelconque de leur situation ecclésiastique? On pourrait multiplier les exemples et montrer jusqu'à l'évidence que la question est toujours pendante. Les possibilités de solutions ne sont pas d'ailleurs épuisées sur le terrain de la loi de 1905? Qu'on se souvienne de cette déclaration de M. Briand à propos des statuts adoptés par l'assemblée des évêques: « Considérez- vous qu'ils sont de. nature à vous donner toutes garanties au point de vue de la constitution de l'Eglise? Toute la question est là »; qu'on relise aussi cette réponse de M. P.iou, récemment affichée dans la France entière: « Si vous aviez dit: Ces statuts, je les accepte et je suis prêt à demander à la Chambre de les accepter et  de les consacrer, la question eût changé de face. » Il est vrai qu'il faut compter avec
l'amour propre et avec l'intrigue; toutes les espérances de paix sont à leur merci.
    La discussion des crédits coloniaux au Reichstag a donné lieu à des révélations identiques à celles qui se produisirent, chez nous, lors de l'affaire ces capitaines Voulet et Chanoine; en Angleterre naguère, lors de l'expédition du capitaine Lugard dans l'Ouganda; en Belgique, dernièrement, lorsque la proposition du roi relative au Congo belge fournit au Parlement et à la presse l'occasion de discuter l'administration du fameux Etat indépendant. Qu'il s'agisse du Congo ou, de la région des grands lacs, du Cameroun allemand ou du Soudan français, les atrocités commises et révélées sont les mêmes partout, et la barbarie européenne, de quelque uniforme militaire qu'elle soit revêtue a semé à travers cet immense monde noir, à la fois innocent et déchu la même terreur et la même désolation. La plume se refuse à décrire les horreurs reprochées à l'administration coloniale allemande par le leader socialiste Bebel et par le député Roeren, un des membres les plus influents du Centre. Elles ne furent ni différentes cependant ni pires, nous le répétons, que toutes celles dont ont été si justement incriminés, pour ne pas remonter jusqu'aux sinistres exploits des conquistadors espagnols et portugais, tant d'administrateurs militaires modernes et de chefs de mission, anglais, français et belges. C'est le même sadisme, le même goût de la torture, la même soif de sang. On dirait que l'Européen, brusquement remis en contact, après des siècles de relative civilisation, avec une humanité à tant d'égards encore proche de l'animalité, se replonge d'un bond dans la satisfaction d'obscurs et innommables appétits originels. La question qui vient de se poser au Reichstag ne relève donc point de l'Allemagne seule. Elle est européenne. Et il appartient à l'Europe chrétienne et civilisée de la solutionner.
    Les Américains s'enthousiasmaient naguère pour la vaillance des petits japonais et criblaient de lazzis l'énorme Russie empêchée. Aujourd'hui, ils réfléchissent. Cette vaillance ne s'est pourtant point démentie. Bien au contraire: elle s'est assignée de nouveaux exploits. Le conquérant jaune est arrivé dans la prairie américaine. Les Japonais ont envahi la côte du Pacifique. Ils vivent de peu, se livrent pour le moindre salaire aux plus durs travaux et, puissance irrésistible, ont, par surcroît, beaucoup d'enfants. Quand c'est avec de pareilles armes qu'une race entre en lutte contre une autre, il n'y a pas de diplomatie qui tienne, ni même de canons qui prévalent. Après avoir réfléchi, les Yankees se sont fâchés. Les municipalités californiennes ont décidé de ne pas admettra la progéniture japonaise dans les écoles publiques, afin que le Jaune, si l'on ne pouvait en empêcher le pullulement, restât du moins confiné autant que possible dans la condition de paria. Le gouvernement de Tokio n'a pas admis la mesure. Il a réclamé avec énergie et précision. Quoi qu'il en soit du règlement provisoire d'un conflit qui ne se présente encore que sous les espèces significatives d'un prétexte, il est facile de prévoir le jour où deux races prolifiques, autrement dit deux forces irrésistibles et contraires, se heurteront. Ce jour-là, le droit se confondra probablement avec la vie. Et le plus fort l'emportera de nouveau sans doute, au nom de la justice.



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Oraison funèbre de Mgr Le Camus
Voici un extrait de l'oraison funèbre de Mgr Le Camus, prononcée le I5 novembre par Mgr Mignot, archevêque d'Albi.
Les conflits actuels l'attristaient. Il les attribuait moins à la malice des hommes qu'à l'ignorance des foules, à des malentendus historiques, à de fausses positions réciproques créées par la succession des événements politiques et la rapidité des changements sociaux. Ni la vivacité de sa foi, ni les regrets qu'elle lui inspirait ne l'empêchaient de se rendre compte des réalités ambiantes, de la transformation qui s'opérait dans la société, des conditions inéluctables qui en. résulteraient pour l'avenir de l'Eglise. Et la netteté de ses vues, jointe à la décision qui lui était habituelle, l'avait amené à envisager les événements présents sous un point de vue souvent assez éloigné des opinions courantes, où tout n'était pas indiscutable, mais dont la suite a déjà démontré et démontrera encore combien il contenait d'intuitions justes et de prévisions opportunes.
    C'est ainsi qu'il fut le premier des évêques de France à prévoir et même à souhaiter la Séparation.
    D'abord partisan d'un Concordat loyalement exécuté par les deux parties contractantes, il avait fini par se persuader que, dans l'état actuel de la société, ce rêve devenait, chaque jour, plus irréalisable: un Etat athée ne pouvait continuer à l'Eglise un concours utile, et l'impiété officielle devait être plus forte que tous les raisonnements. Il était convaincu que l'Eglise, après avoir passé par l'ère de la persécution jusqu'à Constantin, par l'ère de la protection jusqu'aux temps modernes, allait être soumise au régime de l'indifférence. La société en formation avait besoin d'une mère attentive; la société adulte s'imagine pouvoir s'en passer.
Se plaçant donc résolument sur le terrain des faits, il regardait la Séparation comme inévitable: mais il la voulait entière et loyale. Sa propre loyauté ne lui permettait pas de croire qu'il pût en être autrement. Il en espérait non seulement un renouveau de la religion, mais un sincère apaisement politique. De bons esprits, dans tous les camps, le pensaient comme lui. Ajouterai-je que, avec son tempérament résolu, il ne s'effrayait pas des difficultés? Ce qu'il 
cherchait avant tout, c'était la fin des équivoques, des querelles et des malentendus qui ont leur répercussion sur la vie nationale aussi bien
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 que sur la religion. Il souffrait de l'altération profonde que la vie de la société chrétienne subit par le fait des compromissions auxquelles l'assujettissement officiel l'avait contrainte, et que le mélange des vrais fidèles avec une foule de chrétiens nominaux rendait inévitables.


LETTRES A L'EDITEUR

Le Saint-Suaire de Turin
Romans, le 3 décembre.
    Monsieur,
.    Dans votre dernier numéro, vous avez noté, d'après là Vérité Française du 28 novembre, que M. le chanoine Pidoux tenait en réserve un argument typique en faveur du Suaire de Turin. Cette question d'authenticité est jugée dans le monde scientifique en dépit des apparences de l'argument photographique. J'ignore quelle peut-être la valeur de celui dont M. Pidoux se dit en possession, mais sa portée doit être mince, à en juger par la preuve qu'il fait valoir, dans le même article, comme péremptoire en faveur de Lorette. ,
    Il porte triomphalement à ma connaissance le pèlerinage du marquis de Ferrare, Nicolas III d'Este, en 1414, bien antérieur à la date de 1472  que j'aurais fixé comme celle de la première mention du sanctuaire. S'il avait lu mon ouvrage ou simplement. parcouru d'un œil non distrait les comptes rendus qui en ont été faits, il aurait compris que l'existence du pèlerinage et la légende de la translation sont deux faits distincts et indépendants. Je donne des textes relatifs au Pèlerinage à partir de 1313, c'est-à-dire un siècle avant le document qu'il croit avoir découvert. D'ailleurs, en recherchant un peu, dans mon livre, il y aurait trouvé tout le voyage du marquis de Ferrare mentionné à. sa vraie date, 21 avril 1437. Quant à la légende de la translation, j'ai établi qu'elle ne figure dans aucun texte antérieur à 1472, et mes contradicteurs n'en ont pas découvert de plus ancien.
    Permettez-moi d'ajouter un mot sur un argument de  la presse italienne et la Vérité Française, - seul journal de notre pays qui défend la Cause désespérée de la translation de la Santa Casa, - on fait grand état le mois dernier. Mgr Faloci Puligaini, ex-vicaire général de Foligno, aurait découvert à Gubbio une fresque représentant la sainte maison de Lorette enlevée par les anges. Dans une longue lettre,...
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La Crise Religieuse en Espagne
Barcelone, 28 novembre I906.
    Notre ministre de l'intérieur dans le préambule du projet de loi sur les associations disait: « Le gouvernement le présente, comme une preuve de s'a confiance dans les idées qu'il défend et comme garantie de sa fidélité à remplir les promesses faites, à la discussion raisonnée de ses adversaires, à l'appui des forces vaillantes qui forment toute la gauche de la politique espagnole. Cet appui de tous les éléments de gauche 'le gouvernement peut-il l'escompter? Ceux qui se croient au courant de notre politique affirment que non.
    Je vous ai exposé, dans une de mes correspondances, l'état de nos partis. Les libéraux monarchistes obéissent à trois chefs dont les conceptions religieuses et sociales sont très différentes sinon opposées. M. Montero -Rios touche par son programme et ses idées aux conservateurs. M. Canalejas, bien que royaliste, donne la main aux républicains dans les questions religieuses. Il est même d'un anticléricalisme plus avancé que certains d'entre eux. Quant à M. Moret, il tâche de garder l'équilibre entre les deux fractions. Etant admis que les républicains soutiendront les projets gouvernementaux comme facilitant, assurent-ils, leur avènement, en réalisant quelques-uns de leurs desiderata, quelle sera l'attitude des trois chefs de la gauche dynastique? On dit déjà que M. Montero Rios, président du Sénat, trouve
le projet trop radical et se proposerait de démissionner pour marquer son mécontentement. Il sera évidemment suivi dans sa défection par une bonne partie des groupes libéraux. M. Canalejas, de son côté, juge le gouvernement trop modéré. Au comte Romanones qui déclarait que l'intention du ministère que préside le général Lopez-Dominguez n'était pas de persécuter l'Eglise, ni de faire quelque chose approchant de ce qui se passe en France, l'organe du président des Cortès répondait que c'était bien l'œuvre de Waldeck-Rousseau, Combes et Brisson qu'on devait réaliser en Espagne. L'opposition est unanime à affirmer que ce résultat ne sera pas obtenu. .
Mais l'opposition est-elle assez forte pour empêcher le projet d'aboutir? Elle comprend des conservateurs variés, épaves des vieux partis de droite et dont M. Maura est le chef, des carlistes, des intégristes, des catholiques indépendants. M. Maura, homme intelligent, volontaire, orateur de premier ordre, représente à peu près la mentalité de votre Denys Cochin, dont il n'a pas la souplesse (1). C'est un de ces catholiques libéraux, ancien modèle, aux tendances sociales bornées, qui sont tenus, par les car listes, les intégristes et tous nos don Quichote religieux, pour plus dangereux que les républicains et les anarchistes. Ce sont des monstres pires que les monstres de la Commune. La position que prendront dans la discussion de la loi les conservateurs ne pourra être, de tous points, semblable à celle de l'intégriste Nocedal et du carliste Mella qui veulent tout ou rien. Il y aura tiraillement, n'en doutons pas, et par conséquent diminution de forces. Et alors? En supposant même que les partis de droite s'accordent sur le point essentiel de laisser les congrégations existantes vivre en paix, ils ne seront pas en nombre suffisant, en face du bloc de gauche s'il se fait.
    Au cas où la loi serait votée même par le Sénat, le roi catholique n'interviendrait-il pas? Les chefs constitutionnels ont le droit de veto. Quels sont ceux qui en ont usé durant ce siècle? Alphonse XIII n'est pas de taille à s'opposer à une volonté de son Parlement. On le dit, d'ailleurs, favorable aux idées libérales. Au fond, nul ne le sait. Les personnes au courant assurent qu'il tient surtout à n'être pas contrarié dans ses goûts de sportsman (2). La disgrâce de M. Maura serait due aux leçons intempestives du ministre à son souverain sur sa négligence des affaires d'Etat (3). Mais il faut pardonner beaucoup à sa jeunesse. On le dit sérieux, simple, généreux, chevaleresque. Il a le geste religieux nécessaire à un souverain espagnol. Avec cela une foi sincère due à l'éducation maternelle. Mais les catholiques auraient tort de compter sur lui pour être sauvés. C'est un prince constitutionnel, jeune, tout au moins hésitant entre les partis et dont on ne peut rien augurer. D'ailleurs, l'opposition anti-dynastique grandit tous les jours en raison de la désunion, de l'aveuglement et des prétentions exagérées des partis plus ou moins fidèles à la monarchie., Alphonse XIII ira sans doute du côté où le vent soufflera. Souhaitons qu'il sache garder l'équilibre au milieu des courants divers qui vont chercher à l'entraîner et même à le renverser.
Mais le pays suivra-t-il avec sympathie la guerre religieuse, si elle est déclarée? Il n'y a pas de politicien qui ne prétende avoir le pays pour lui. Ce 'mot est si vague, si souple, si commode, que les gens aux idées les plus opposées ne se lassent pas de l'appeler à leur secours dans leurs harangues. « Le pays est pour nous, le pays est contre vous. » Et des deux côtés on a raison, car le pays ne représente souvent aux yeux de chaque parti que les citoyens qui sont de ce parti, ou bien l'objet de son amour ou de sa haine n'est pas nettement indiqué. M. Maura crie au gouvernement, que la grande majorité des Espagnols est opposée à la loi des associations et M. Moret lui répond que la grande majorité lui est favorable. Celui-ci regarde le projet de loi comme une manifestation anticléricale et l'autre comme une manifestation antireligieuse. Et les deux ont peut-être raison à leur point de vue social.
    En fait, l'Espagne est profondément catholique au moins de tradition. A-t-elle une foi assez vive et assez désintéressée pour se soulever en faveur des congrégations? Dans certaines régions peut-être. Et encore!...
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    Voyez la Guipuzcoa qui passe pour la province la plus  attachée au catholicisme. Quelle est la feuille qu'on y  lit de préférence ? La Voz de Guipuzcoa, un organe  républicain. Chez nous, jusqu'ici, tout journal républicain est, en général, plus ou moins anticlérical sinon antireligieux. En Catalogne, en Aragon, en Andalousie, les populations paraissent en masse favorables à une politique d'agression contre le clergé. Ces contrées, surtout les grands centres, sont, de cœur, républicaines, et même le socialisme y fait tous les jours des conquêtes. Qu'on n'oublie pas que notre Parlement est, de tous les Parlements européens, le moins représentatif de l'opinion du pays. En dehors des grandes villes, la conscience politique et civique est peu développée chez les électeurs. Ils n'ont aucune indépendance. On vote lorsqu'on vote (les abstentions sont innombrables), sous l'œil vigilant du cacique du lieu, qui,. grâce à notre organisation économique, tient en sa main la subsistance de villages entiers.
    Je vous ai déjà dit que la presse répandue et bien tenue, chez nous, était à la dévotion des partis libéraux.  Elle travaille ardemment l'opinion. C'est elle qui fait marcher nos ministres. Les organes conservateurs sont rares, fermés à toute idée, de réforme 'sociale, d'allure pesante et aristocratique. Le' type de ce quotidien est La Epoca, de M. Maura. La presse catholique intégriste ou carliste avec ses ridicules exagérations et ses exigences, est le meilleur auxiliaire des factions anti-dynastiques et antireligieuses. Il n'existe pas de journal, sérieux représentant .les idées de modération et de réalisme politique (4). Fort heureusement, en un sens, que la grande masse. du peuple lit beaucoup moins qu'en France! La majorité de nos Espagnols, surtout les paysans, se laisse docilement emporter par le courant traditionnel, par ce que nous appelons la costumbre. Ils ignorent l'Europe et même l'Espagne qui est un peu au delà de leur horizon. Cela durera-t-il?
    Je réserve à la prochaine fois de vous parler de notre clergé et de nos congrégations religieuses.
Caletano ORTIZ.

(2)     Notre prince, me disait un brave royaliste castillan, aime en ce moment trois choses avec passion: sa jeune femme, son automobile et son tir aux pigeons. Le député carliste, Vazquez de Mella, dont le dernier discours a fait revivre la grande éloquence de Donoso Cortès, racontait le trait suivant: « Henri de France se tourmentait en songeant à ce qu'il répondrait au Créateur du ciel et de la terre le' jour où il mourrait: « Qu'as-tu fait, Henri de France, pendant ta vie? « Seigneur, j'ai chassé des perdrix et d'autres gibiers. - « C'est tout? -C 'est tout!" Et Henri de France pleurait, inconsolable, en pensant qu'il n'avait fait en sa vie autre chose. L'allusion à Alphonse XIII est évidente.
(3) D'autres prétendent que cette disgrâce tiendrait au goût du jeune prince pour la popularité. Or M. Maura n'est pas aimé. Après son discours contre les projets actuels du gouvernement, des bandes populacières ont parcouru Madrid en. criant: (( A mort Maura ! » Alphonse. XIII. aurait dit : "Tant que cet homme sera mon ministre, Je ne serai pas aimé par les Espagnols."
(4) En province, on trouve, çà et là, quelques essais dans ce sens.. Je signalerai, par exemple, El Noticiero, de Saragosse, à la tête duquel se' trouvent des jeunes gens de talent et d'avenir, qui comprennent enfin que la bonne politique ne se fait pas seulement avec de bonnes idées ou de beaux principes. Ils osent imprimer 'tous les jours que « El Noticiero est un journal catholique qui défendra le catholicisme, mas pas toujours les catholiques". Et il faut bien, dans nos milieux, un certain courage pour dire cela..

Revue des Périodiques,

L'ŒUVRE DES .JEUNES
    Semaine Religieuse de Versailles, 11 novembre. -
 De Mgr Gibier, évêque de Versailles:
    Le Sillon mérite également nos sympathies, nos encouragements et nos bénédictions. L'homogénéité des opinions politiques, l'identité des aspirations sociales parmi tous les catholiques de France est chose impossible. En janvier 1905, le cardinal Merry del Val, écrivant à l'archevêque de Paris, mettait en parallèle l'action de l'Association catholique de la  jeunesse française et celle du Sillon, et s'exprimait ainsi: « Ce n'est pas la différence des méthodes suivies par les diverses associations qui peut être un obstacle, car, on le sait, il y a dans l'Eglise multiplicité et variété .de grâces, et d'accord avec la doctrine apostolique, l'histoire. nous offre l'exemple de divers types de sainteté très différents les uns des autres; ce qui importe, c'est l'unité de l'esprit, rendue manifeste grâce au lien de la paix. » Que tous
les groupes de jeunesse gardent donc leur méthode, pourvu que, en tête de leur programme, ils adoptent ce commandement, ce mot d'ordre: « Aimez-vous les uns les autres, aimez non pas seulement ceux qui ne croient pas comme vous et que vous voulez ramener, mais même vos amis. » Le Souverain Pontife Pie X conçoit l'union des œuvres comme celle des doigts de la main qui, tout en gardant leur action et leur énergie, se rattachent à un centre commun. Nous ne serons ni plus ni moins exigeant que Pie X, et nous redirons à tous nos chers jeunes gens ce que leur disait déjà, le 27 mars 1896, Mgr d'Hulst : « Il faut que les jeunes gens aient de l'audace, de la confiance en eux-mêmes... Agissez, remuez...
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