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Oraison
funèbre de Mgr Le Camus
Voici un extrait de l'oraison
funèbre de Mgr Le Camus, prononcée le I5 novembre par Mgr
Mignot, archevêque d'Albi.
Les conflits actuels
l'attristaient. Il les attribuait moins à la malice des hommes
qu'à l'ignorance des foules, à des malentendus
historiques, à de fausses positions réciproques
créées par la succession des événements
politiques et la rapidité des changements sociaux. Ni la
vivacité de sa foi, ni les regrets qu'elle lui inspirait ne
l'empêchaient de se rendre compte des réalités
ambiantes, de la transformation qui s'opérait dans la
société, des conditions inéluctables qui en.
résulteraient pour l'avenir de l'Eglise. Et la netteté de
ses vues, jointe à la décision qui lui était
habituelle, l'avait amené à envisager les
événements présents sous un point de vue souvent
assez éloigné des opinions courantes, où tout
n'était pas indiscutable, mais dont la suite a
déjà démontré et démontrera encore
combien il contenait d'intuitions justes et de prévisions
opportunes.
C'est
ainsi
qu'il fut le premier des évêques de France à
prévoir et même à souhaiter la Séparation.
D'abord
partisan
d'un Concordat loyalement exécuté par les deux parties
contractantes, il avait fini par se persuader que, dans l'état
actuel de la société, ce rêve devenait, chaque
jour, plus irréalisable: un Etat athée ne pouvait
continuer à l'Eglise un concours utile, et
l'impiété officielle devait être plus forte que
tous les raisonnements. Il était convaincu que l'Eglise,
après avoir passé par l'ère de la
persécution jusqu'à Constantin, par l'ère de la
protection jusqu'aux temps modernes, allait être soumise au
régime de l'indifférence. La société en
formation avait besoin d'une mère attentive; la
société adulte s'imagine pouvoir s'en passer.
Se plaçant donc
résolument sur le terrain des faits, il regardait la
Séparation comme inévitable: mais il la voulait
entière et loyale. Sa propre loyauté ne lui permettait
pas de croire qu'il pût en être autrement. Il en
espérait non seulement un renouveau de la religion, mais un
sincère apaisement politique. De bons esprits, dans tous les
camps, le pensaient comme lui. Ajouterai-je que, avec son
tempérament résolu, il ne s'effrayait pas des
difficultés? Ce qu'il cherchait avant tout, c'était la
fin des équivoques, des querelles et des malentendus qui ont
leur répercussion sur la vie nationale aussi bien
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que sur la
religion. Il souffrait de l'altération profonde que la vie de la
société chrétienne subit par le fait des
compromissions auxquelles l'assujettissement officiel l'avait
contrainte, et que le mélange des vrais fidèles avec une
foule de chrétiens nominaux rendait inévitables.
LETTRES A L'EDITEUR
Le
Saint-Suaire de Turin
Monsieur,
. Dans
votre
dernier numéro, vous avez noté, d'après là
Vérité Française du 28 novembre, que M. le
chanoine Pidoux tenait en réserve un argument typique en faveur
du Suaire de Turin. Cette question d'authenticité est
jugée dans le monde scientifique en dépit des apparences
de l'argument photographique. J'ignore quelle peut-être la valeur
de celui dont M. Pidoux se dit en possession, mais sa portée
doit être mince, à en juger par la preuve qu'il fait
valoir, dans le même article, comme péremptoire en faveur
de Lorette. ,
Il porte
triomphalement à ma connaissance le pèlerinage du marquis
de Ferrare, Nicolas III d'Este, en 1414, bien antérieur à
la date de 1472 que j'aurais fixé comme celle de la
première mention du sanctuaire. S'il avait lu mon ouvrage ou
simplement. parcouru d'un œil non distrait les comptes rendus qui en
ont été faits, il aurait compris que l'existence du
pèlerinage et la légende de la translation sont deux
faits distincts et indépendants. Je donne des textes relatifs au
Pèlerinage à partir de 1313, c'est-à-dire un
siècle avant le document qu'il croit avoir découvert.
D'ailleurs, en recherchant un peu, dans mon livre, il y aurait
trouvé tout le voyage du marquis de Ferrare mentionné
à. sa vraie date, 21 avril 1437. Quant à la
légende de la translation, j'ai établi qu'elle ne figure
dans aucun texte antérieur à 1472, et mes contradicteurs
n'en ont pas découvert de plus ancien.
Permettez-moi
d'ajouter un mot sur un argument de la presse italienne et la
Vérité Française, - seul journal de notre pays qui
défend la Cause désespérée de la
translation de la Santa Casa, - on fait grand état le mois
dernier. Mgr Faloci Puligaini, ex-vicaire général de
Foligno, aurait découvert à Gubbio une fresque
représentant la sainte maison de Lorette enlevée par les
anges. Dans une longue lettre,...
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La
Crise Religieuse en Espagne
Barcelone, 28 novembre I906.
Notre
ministre
de l'intérieur dans le préambule du projet de loi sur les
associations disait: « Le gouvernement le présente, comme
une preuve de s'a confiance dans les idées qu'il défend
et comme garantie de sa fidélité à remplir les
promesses faites, à la discussion raisonnée de ses
adversaires, à l'appui des forces vaillantes qui forment toute
la gauche de la politique espagnole. Cet appui de tous les
éléments de gauche 'le gouvernement peut-il l'escompter?
Ceux qui se croient au courant de notre politique affirment que non.
Je vous ai
exposé, dans une de mes correspondances, l'état de nos
partis. Les libéraux monarchistes obéissent à
trois chefs dont les conceptions religieuses et sociales sont
très différentes sinon opposées. M. Montero -Rios
touche par son programme et ses idées aux conservateurs. M.
Canalejas, bien que royaliste, donne la main aux républicains
dans les questions religieuses. Il est même d'un
anticléricalisme plus avancé que certains d'entre eux.
Quant à M. Moret, il tâche de garder l'équilibre
entre les deux fractions. Etant admis que les républicains
soutiendront les projets gouvernementaux comme facilitant,
assurent-ils, leur avènement, en réalisant quelques-uns
de leurs desiderata, quelle sera l'attitude des trois chefs de la
gauche dynastique? On dit déjà que M. Montero Rios,
président du Sénat, trouve
le projet trop radical et se
proposerait de démissionner pour marquer son
mécontentement. Il sera évidemment suivi dans sa
défection par une bonne partie des groupes libéraux. M.
Canalejas, de son côté, juge le gouvernement trop
modéré. Au comte Romanones qui déclarait que
l'intention du ministère que préside le
général Lopez-Dominguez n'était pas de
persécuter l'Eglise, ni de faire quelque chose approchant de ce
qui se passe en France, l'organe du président des Cortès
répondait que c'était bien l'œuvre de Waldeck-Rousseau,
Combes et Brisson qu'on devait réaliser en Espagne. L'opposition
est unanime à affirmer que ce résultat ne sera pas
obtenu. .
Mais l'opposition est-elle
assez
forte pour empêcher le projet d'aboutir? Elle comprend des
conservateurs variés, épaves des vieux partis de droite
et dont M. Maura est le chef, des carlistes, des intégristes,
des catholiques indépendants. M. Maura, homme intelligent,
volontaire, orateur de premier ordre, représente à peu
près la mentalité de votre Denys Cochin, dont il n'a pas
la souplesse (1). C'est un de ces catholiques libéraux, ancien
modèle, aux tendances sociales bornées, qui sont tenus,
par les car listes, les intégristes et tous nos don Quichote
religieux, pour plus dangereux que les républicains et les
anarchistes. Ce sont des monstres pires que les monstres de la Commune.
La position que prendront dans la discussion de la loi les
conservateurs ne pourra être, de tous points, semblable à
celle de l'intégriste Nocedal et du carliste Mella qui veulent
tout ou rien. Il y aura tiraillement, n'en doutons pas, et par
conséquent diminution de forces. Et alors? En supposant
même que les partis de droite s'accordent sur le point essentiel
de laisser les congrégations existantes vivre en paix, ils ne
seront pas en nombre suffisant, en face du bloc de gauche s'il se fait.
Au cas
où
la loi serait votée même par le Sénat, le roi
catholique n'interviendrait-il pas? Les chefs constitutionnels ont le
droit de veto. Quels sont ceux qui en ont usé durant ce
siècle? Alphonse XIII n'est pas de taille à s'opposer
à une volonté de son Parlement. On le dit, d'ailleurs,
favorable aux idées libérales. Au fond, nul ne le sait.
Les personnes au courant assurent qu'il tient surtout à
n'être pas contrarié dans ses goûts de sportsman
(2). La disgrâce de M. Maura serait due aux leçons
intempestives du ministre à son souverain sur sa
négligence des affaires d'Etat (3). Mais il faut pardonner
beaucoup à sa jeunesse. On le dit sérieux, simple,
généreux, chevaleresque. Il a le geste religieux
nécessaire à un souverain espagnol. Avec cela une foi
sincère due à l'éducation maternelle. Mais les
catholiques auraient tort de compter sur lui pour être
sauvés. C'est un prince constitutionnel, jeune, tout au moins
hésitant entre les partis et dont on ne peut rien augurer.
D'ailleurs, l'opposition anti-dynastique grandit tous les jours en
raison de la désunion, de l'aveuglement et des
prétentions exagérées des partis plus ou moins
fidèles à la monarchie., Alphonse XIII ira sans doute du
côté où le vent soufflera. Souhaitons qu'il sache
garder l'équilibre au milieu des courants divers qui vont
chercher à l'entraîner et même à le renverser.
Mais le pays suivra-t-il avec
sympathie la guerre religieuse, si elle est déclarée? Il
n'y a pas de politicien qui ne prétende avoir le pays pour lui.
Ce 'mot est si vague, si souple, si commode, que les gens aux
idées les plus opposées ne se lassent pas de l'appeler
à leur secours dans leurs harangues. « Le pays est pour
nous, le pays est contre vous. » Et des deux côtés
on a raison, car le pays ne représente souvent aux yeux de
chaque parti que les citoyens qui sont de ce parti, ou bien l'objet de
son amour ou de sa haine n'est pas nettement indiqué. M. Maura
crie au gouvernement, que la grande majorité des Espagnols est
opposée à la loi des associations et M. Moret lui
répond que la grande majorité lui est favorable. Celui-ci
regarde le projet de loi comme une manifestation anticléricale
et l'autre comme une manifestation antireligieuse. Et les deux ont
peut-être raison à leur point de vue social.
En fait,
l'Espagne est profondément catholique au moins de tradition.
A-t-elle une foi assez vive et assez désintéressée
pour se soulever en faveur des congrégations? Dans certaines
régions peut-être. Et encore!...
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Voyez la
Guipuzcoa qui passe pour la province la plus attachée au
catholicisme. Quelle est la feuille qu'on y lit de
préférence ? La Voz de Guipuzcoa, un organe
républicain. Chez nous, jusqu'ici, tout journal
républicain est, en général, plus ou moins
anticlérical sinon antireligieux. En Catalogne, en Aragon, en
Andalousie, les populations paraissent en masse favorables à une
politique d'agression contre le clergé. Ces contrées,
surtout les grands centres, sont, de cœur, républicaines, et
même le socialisme y fait tous les jours des conquêtes.
Qu'on n'oublie pas que notre Parlement est, de tous les Parlements
européens, le moins représentatif de l'opinion du pays.
En dehors des grandes villes, la conscience politique et civique est
peu développée chez les électeurs. Ils n'ont
aucune indépendance. On vote lorsqu'on vote (les abstentions
sont innombrables), sous l'œil vigilant du cacique du lieu, qui,.
grâce à notre organisation économique, tient en sa
main la subsistance de villages entiers.
Je vous ai
déjà dit que la presse répandue et bien tenue,
chez nous, était à la dévotion des partis
libéraux. Elle travaille ardemment l'opinion. C'est elle
qui fait marcher nos ministres. Les organes conservateurs sont rares,
fermés à toute idée, de réforme 'sociale,
d'allure pesante et aristocratique. Le' type de ce quotidien est La
Epoca, de M. Maura. La presse catholique intégriste ou carliste
avec ses ridicules exagérations et ses exigences, est le
meilleur auxiliaire des factions anti-dynastiques et antireligieuses.
Il n'existe pas de journal, sérieux représentant .les
idées de modération et de réalisme politique (4).
Fort heureusement, en un sens, que la grande masse. du peuple lit
beaucoup moins qu'en France! La majorité de nos Espagnols,
surtout les paysans, se laisse docilement emporter par le courant
traditionnel, par ce que nous appelons la costumbre. Ils ignorent
l'Europe et même l'Espagne qui est un peu au delà de leur
horizon. Cela durera-t-il?
Je
réserve à la prochaine fois de vous parler de notre
clergé et de nos congrégations religieuses.
Caletano ORTIZ.
(2) Notre
prince, me disait un brave royaliste castillan, aime en ce moment trois
choses avec passion: sa jeune femme, son automobile et son tir aux
pigeons. Le député carliste, Vazquez de Mella, dont le
dernier discours a fait revivre la grande éloquence de Donoso
Cortès, racontait le trait suivant: « Henri de France se
tourmentait en songeant à ce qu'il répondrait au
Créateur du ciel et de la terre le' jour où il mourrait:
« Qu'as-tu fait, Henri de
France, pendant ta vie? «
Seigneur, j'ai chassé des perdrix et d'autres gibiers. - «
C'est tout? -C 'est tout!" Et Henri de France pleurait,
inconsolable,
en pensant qu'il n'avait fait en sa vie autre chose. L'allusion
à Alphonse XIII est évidente.
(3) D'autres
prétendent que
cette disgrâce tiendrait au goût du jeune prince pour la
popularité. Or M. Maura n'est pas aimé. Après son
discours contre les projets actuels du gouvernement, des bandes
populacières ont parcouru Madrid en. criant: (( A mort Maura !
» Alphonse. XIII. aurait dit : "Tant que cet homme sera mon
ministre, Je ne serai pas aimé par les Espagnols."
(4) En province, on trouve,
çà et là, quelques essais dans ce sens.. Je
signalerai, par exemple, El Noticiero, de Saragosse, à la
tête duquel se' trouvent des jeunes gens de talent et d'avenir,
qui comprennent enfin que la bonne politique ne se fait pas seulement
avec de bonnes idées ou de beaux principes. Ils osent imprimer
'tous les jours que « El Noticiero est un journal catholique qui
défendra le catholicisme, mas pas toujours les catholiques". Et
il faut bien, dans nos milieux, un certain courage pour dire cela..
L'ŒUVRE DES .JEUNES
Semaine
Religieuse de Versailles, 11 novembre. -
De Mgr Gibier,
évêque de Versailles:
Le Sillon
mérite également nos sympathies, nos encouragements et
nos bénédictions. L'homogénéité des
opinions politiques, l'identité des aspirations sociales parmi
tous les catholiques de France est chose impossible. En janvier 1905,
le cardinal Merry del Val, écrivant à l'archevêque
de Paris, mettait en parallèle l'action de l'Association
catholique de la jeunesse française et celle du Sillon, et
s'exprimait ainsi: « Ce n'est pas la différence des
méthodes suivies par les diverses associations qui peut
être un obstacle, car, on le sait, il y a dans l'Eglise
multiplicité et variété .de grâces, et
d'accord avec la doctrine apostolique, l'histoire. nous offre l'exemple
de divers types de sainteté très différents les
uns des autres; ce qui importe, c'est l'unité de l'esprit,
rendue manifeste grâce au lien de la paix. » Que tous
les groupes de jeunesse
gardent
donc leur méthode, pourvu que, en tête de leur programme,
ils adoptent ce commandement, ce mot d'ordre: « Aimez-vous les
uns les autres, aimez non pas seulement ceux qui ne croient pas comme
vous et que vous voulez ramener, mais même vos amis. » Le
Souverain Pontife Pie X conçoit l'union des œuvres comme celle
des doigts de la main qui, tout en gardant leur action et leur
énergie, se rattachent à un centre commun. Nous ne serons
ni plus ni moins exigeant que Pie X, et nous redirons à tous nos
chers jeunes gens ce que leur disait déjà, le 27 mars
1896, Mgr d'Hulst : « Il faut que les jeunes gens aient de
l'audace, de la confiance en eux-mêmes... Agissez, remuez...
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