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Première
année, Numéro 60
VENDREDI 14 DECEMBRE 1906
SOMMAIRE:
La Séparation: Pas de
Déclaration; Circulaire de M. Briand - La mise sous
séquestre des biens
ecclésiastiques - Les dispositions du .Gouvernement. La
Déclaration et
la loi de 1886 - Les Raisons du Saint-Siège - Protestation au
Vatican.
LETTRES A L'EDITEUR
Robert BEUDANT : La Mort de Ferdinand Brunetière. REVUE DES PERIODIQUE
.- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
BULLETIN POLITIQUE Pie X vient
d'ordonner
aux évêques d'abandonner le train légal, prescrit
par l'Encyclique
Gravissimo et de ne pas employer pour organiser le culte public "les moyens que le droit reconnaît
à tous les citoyens».
Le cardinal Lecot, archevêque de Bordeaux st Mgr Germain,
archevêque de
Toulouse, qui, pour se conformer à la première
prescription, avaient
écrit à leurs prêtres de faire la
déclaration présure par la loi de 188
l , ont dû, pour obéir à la seconde,
désavouer leurs instructions.
Cette interdiction est une réponse à la circulaire de M.
Briand, et il
n'est pas douteux que l'acceptation d'un modus vivendi bâtard,
basé sur
la loi de 1881, n'eût été autrement dangereuse que
ne le fut jamais
l'acceptation de la loi de 1905; nous l'avions dit ici-même, au
grand
scandale de ceux qui applaudissent aujourd'hui le plus fort au geste
pontifical. Il n'y a que deux solutions capables d'aboutir à la
paix
religieuse, parce qu'il n'y a que deux solutions logiques:
l'acceptation par l'Eglise de la loi de Séparation, moyennant
une
garantie qui pourrait être la consécration légale
des statuts des
Evêques, ou bien le droit commun de la loi de 1901 demandé
par M.
Jaurès. Le veto du Vatican pose de nouveau le dilemme d'une
manière
assez nette pour dissiper tous les malentendus ? Tout acte
révolutionnaire n'est pas illégitime et il peut venir un
moment où il
devient nécessaire de planter là l'Etat, ses
règlements, et ses lois
pour se renfermer, comme en une forteresse, dans la liberté
réellement
vécue. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'on ne peut
pas, en
même temps, demander à l'Etat le droit commun et la mettre
en demeure
de traiter diplomatiquement avec un pouvoir spirituel qu'il ne
reconnaît pas. Pourquoi l'épiscopat, qui, autrefois, alors
que
cependant l'Etat traitait avec le Pape, adressait directement au
Gouvernement des doléances précises, ne peut-il
plus le faire,
maintenant que le Gouvernement ne connaît plus que des
citoyens
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français et que l'Eglise affirme
ne désirer que le droit
commun? Le
droit commun, en France, inclut l'acceptation
pratique du principe de
la Séparation. Le pays ne comprendrait pas qu'on puisse à
la fois
réclamer l'un, tout en travaillant à ruiner l'autre. En fait, toutefois, la situation est nette. Entre la République française et le Saint-Siège, la guerre est déclarée. Au fond, nous ne pensons point que ce soit là un mal. L'équivoque ne convient guère au tempérament français. Nous ne nous complaisons point, comme d'autres peuples, dans les compromissions et les combinaisons. Et c'est tout à l'honneur de notre race. La guerre religieuse équivalant à la pire des absurdités, et notre esprit répugnant à l'absurde, il est certain que nous ne nous éterniserons point dans une pareille bagarre. Aussi et sans pour cela préconiser le moins du monde la politique du pire, malles au contraire puisque nous devons enfin nous trouver en présence de l'inévitable, le mieux sans doute est-il d'y tomber le plus tôt possible afin de nous en évader de même. Mais préférer une situation net à une situation équivoque n'est point pour cela s'en réjouir. Nous ne pensons pas, comme quelques-uns qui en tressaillent d'aise, que la guerre religieuse soit une excellente chose. Que ce soit une excellente affaire pour certains partis à bout de combinaisons et d'avatars et qui ne savent plus à quoi se vouer, c'est possible. Mais ce n'est pas une bonne affaire pour la France. La France religieuse n'a pas besoin de guerre religieuse pour réaliser son idéal de fraternité chrétienne et de charité. C'est pourquoi nous ne nous réjouirons jamais de cette guerre; c'est pourquoi nous nourrirons jusqu'au bout l'espérance qu'elle sera écartée; c'est pourquoi, enfin, nous ne ferons rien pour l'alimenter, mais tout pour l'éteindre. Après avoir longtemps collaboré aux œuvres gouvernementales et en avoir d'ailleurs tiré parti, le Centre allemand semble devoir désormais rompre l'espèce de contrat politique tacite qui le liait d'une façon trop profitable avec le Pouvoir. Le Centre rentre dans l'Opposition. Ce sera moins rémunérateur assurément, mais ce sera plus digne. Ce sera plus conforme surtout aux intérêts durables du catholicisme et de la morale chrétiens, dont les complaisances envers la politique de César ne peuvent être illimitées. Une rude prise de contact s'était produite ces jours derniers entre quelques membres de ce parti et M. Dernburg, le nouveau chef du département colonial. Nous ignorons, bien entendu, si tous les éléments de la querelle, qui a éclaté au Reichstag et dans la presse entre M. Dernburg et certaines personnalités du Centre au sujet des scandales coloniaux, sont entièrement à l'honneur de ces dernières. Les organes nationaux-libéraux, auxquels la préoccupation confessionnelle n'est pas étrangère, prétendent véhémentement que non. Quoi qu'il en soit. l'opposition du Centre vient de faire rejeter par la commission du budget les 29 millions de crédits supplémentaires demandés par le gouvernement pour le corps expéditionnaire de l'Ouest africain., il nous convient de retenir de ce significatif incident: non que la manœuvre fut bonne ou mauvaise en ,soi, mais qu'elle met sans doute fin à une politique de condescendance et de profit qui donnait au catholicisme d'Outre-Rhin, dont le loyalisme n'avait pas besoin de cela pour s'affirmer, figure de trop complaisant serviteur du Pouvoir. |
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