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Première
année, Numéro 52
VENDREDI 28 DECEMBRE 1906 SOMMAIRE:
La Séparation: La
protestation du Saint-Siège. - Le Saint-Siège
et les Puissances. -
Nouveau projet sur l'exercice du culte. - Le nouveau projet de
loi et
le Vatican.- Note officieuse
du Gouvernement français.
.REVUE DES PÉRIODIQUES
Le Syndicalisme (Pages libres). - Ce que disent les
catholiques allemands (Germania).
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Ferdinand
Brunetière: Questions actuelles.
- Claude Bouvier, G. Melin: Henri de
Tourville. - Eugène Carry : La question Notre-Dame à
Genève. Dernières Publications
BULLETIN POLITIQUE Le suffrage universel
vient de réaliser la conquête la plus inattendue.
L'Autriche,
l'Autriche de la Sainte-Alliance, a fini par donner asile à
cette idée
éminemment révolutionnaire: un homme, un suffrage, sans
distinction de
sens ni de capacité. Et c'est le vieil empereur, héritier
de la plus
ancienne famille régnante de l'Europe, qui a dû vaincre en
personne les
répugnances d'une partie de son peuple et imposer la
réforme au
Reichsrath. La commission parlementaire, saisie du projet, tenait
depuis tantôt dix mois d'innombrables séances. Un cabinet
avait glissé
sur ce trébuchet. On attendait une seconde chute
ministérielle. Des
batailles rangées où tout, jusqu'aux encriers de bronze
des pupitres,
était argument, avaient été livrées en
plein Parlement viennois.
Cependant les partis avancés, soutenus par la clairvoyance de
l'empereur, soucieux de s'en remettre au peuple du soin de sa dynastie,
tenaient bon. Ils ont finalement vaincu. Si l'on songe avec quelle
colère scandalisée fut accueilli, il y aura tantôt
deux ans, le projet
de réforme électorale déposé par le baron
Gautsch, alors président du
Conseil, on avouera qu'il y a de quoi rester stupéfait devant le
fait
accompli. Pour réaliser le rêve populaire avec lequel il
conspirait,
François-Joseph dut consentir des sacrifices personnels. Depuis
longtemps, la Chambre haute demandait la limitation définitive
du
nombre de ses membres directement nommés par l'empereur. C'est
ce
qu'on appelait à Vienne, la question du numerus clausus.
Les seigneurs
ont consenti à ratifier le vote du Reichsrath, moyennant
cette
concession accordée par la couronne. En somme, l'empereur
d'Autriche a
librement payé d'un de ses privilèges le cadeau
libéral qu'il vient
d'octroyer à son peuple. Et c'est là qu'il convient de
chercher la
morale de cette grande
victoire. |
La campagne
électorale
allemande se poursuit dans les plus passionnantes conditions. La
question du Centre domine tout, et c'est contre le bloc
catholique que tous
les partis se sont rués. Le prince de Bülow, soutenu par l'empereur dont on s'explique fort bien la brusque volte-face, mène la bataille avec vigueur. Les catholiques, de leur côté, se serrent avec une discipline de fer dans une unité de vues qui font l'admiration de ceux de leurs coreligionnaires latins qui n'ont jamais pu les réaliser. Derrière le prétexte impérialiste ou colonial, c'est, au fond, la lutte religieuse un instant interrompue, qui se ranime. L'Allemagne luthérienne et rationaliste a facilement toléré ta puissance du Centre tant que cette puissance s'est exercée en vue d'à peu près toutes les fins de l'Empire. Du jour où elle résista, l'émoi fut considérable. Un empire était dans l'empire. Et cet empire était catholique! Qu'on le veuille ou non, la guerre est donc déclarée en Allemagne sur le terrain confessionnel. Or, nous estimons qu'en refusant de servir plus longtemps les vues pangermanistes et en se ralliant aux aspirations populaires de paix et d'économie, les catholiques allemands se sont créé, et il en était temps, un alibi moral et social dont ils apprécieront certainement, au jour de l'inévitable triomphe du nombre humble et souffrant, la souveraine opportunité. En attendant, l'indépendance dont ils ont enfin donné une si belle preuve, leur valut-elle d'être quelque peu décimés, qu'à ce prix-là encore ils ne l'auront payée que ce qu'elle vaut. Les élections russes sont imminentes, elles aussi, et pour des motifs analogues à ceux qui exigent la rentrée aussi prochaine que possible du nouveau Reichstag. La Russie éprouve le besoin de contracter un nouvel emprunt. Elle prétend que ses recettes budgétaires et les plus-values qu'elles accusent lui donnent le droit de s'adresser de nouveau au crédit de l'Europe et surtout de la France. Nous ne savons évidemment pas jusqu'à quel point cette prétention est fondée. Toujours est-il que le gouvernement russe n'ose pas en adresser la proposition à ses habituels prêteurs avant que ne siège la Douma nouvelle et tant que sa demande ne sera pas gagée sur l'assentiment, au moins tacite, de la nation. C'est fort bien. Mais que seront les élections de tout à l'heure? Trois grands courants, synthèse d'une multitude de partis, se dessinent dans la masse encore informe de l'opinion publique. Lequel l'emportera? Ce ne sera évidemment pas le courant conservateur (c'est stagnation qu'il faudrait dire), féroce gardien des pires traditions et plus czariste que le czar lui-même. Les luttes efficaces se circonscrivent donc entre un centre composé de tous les éléments de la nation ayant intérêt au maintien d'un ordre de fait que ne viendraient troubler ni la révolution ni la contre-révolution, et une gauche très avancée qui tombera toujours du côté où elle penche, c'est-à-dire vers le bloc maximaliste ou la Révolution indéfiniment surenchérie, Qui donc, des Octobristes ou des Constitutionnels-Démocrates si sauvagement combattus par l'administration, sortira vainqueur de l'engagement électoral? C'est la question. Et de la réponse du peuple russe, le nouvel emprunt ne dépend point seul, on en peut être assuré. |
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