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Deuxièmeannée, Numéro 65
VENDREDI 18 JANVIER 1907
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE



















NOTRE PROGRAMME























Auguste CHOLAT   L'Enseignement primaire et la Politique.
A propos de l'affaire Guèry
Jean. LIONNET  La Découverte du Vieux Monde ,
par un Etudiant de Chicago
E. VACANDARD   Lettre à l'Editeur: L'Inquisition
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    Nouvelle Encyclique.- M. Combes et la Séparation.-- L'Assemblée épiscopale.- Miettes pour l'histoire.

  REVUE DES PERIODIQUES
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

BULLETIN POLITIQUE
        La nouvelle Encyclique maintient, sans aucun changement, la ligne de conduite adoptée par le Pape dans la question de la séparation. Elle pose, de nouveau, à l'acceptation par l'Eglise d'une législation religieuse, les trois conditions suivantes: le respect de sa hiérarchie, l'inviolabilité de ses biens, la liberté. Le ton de ce document est empreint d'une grande élévation: le Pape se défend de vouloir humilier le Gouvernement de la République, il proteste seulement contre sa prétention d'imposer à 'Eglise une organisation religieuse qu'elle considère comme contraire à ses principes. Ce n'est pas à lire d'ailleurs qu'un esprit indépendant ne puisse trouver parfois matière à réserves. L'encyclique affirme, par exemple, que l'Eglise de France ne fait que subir depuis vingt-cinq ans une guerre qu'elle n'a rien fait ni pour amener, ni pour entretenir; il est peu probable que ce jugement devienne purement et simplement celui de l'Histoire. On pourrait également rappeler que si l'Eglise a été souvent persécutée, elle a malheureusement aussi trop souvent été persécutrice, et que c'est un lourd passé d'oppression qu'elle rachète par ses souffrances actuelles. Mais comment ne pas enregistrer avec  les belles paroles par lesquelles Pie X proclame hautement que l'Eglise est une messagère de paix et qu'll' ne pourrait vouloir la guerre religieuse qu'en répudiant sa mission sublime et en y mentant aux yeux de tous. Elle ne souhaite pas non plus la persécution, elle ne peut pas la souhaiter, même en vue du bien qu'on en pourrait attendre, car la persécution c'est l'injustice et c'est le mal. On ne pouvait désavouer plus formellement la théorie antichrétienne du pire, que, depuis quelque temps, nous voyons renaître dans certains journaux catholiques et jusque sous la plume de religieux. Quant à l'organisation du culte, le Pape la laisse, en fait, aux évêques, après avoir condamné la loi du 2 janvier 1907 comme spoliatrice et organisant le régime du bon plaisir, et, - il convient de le remarquer - sans préjuger la question de la loi de 1901. Il est bien certain que le jour où les édifices religieux seraient réellement et à perpétuité assurés au culte catholique à l'exclusion de tout autre,
l'Eglise ne perdrait pas son temps à réclamer le reste de ses biens et ne tarderait pas à s'organiser, suivant ses propres règles, dans la liberté.
     Une « poussière politique ». C'est par ces deux mots on ne peut plus significatifs que le Temps qualifie la situation électorale russe. Il se demande quelles combinaisons pourront bien en sortir. Deux mois à peine nous séparent de la réunion de la deuxième Douma, et nul courant vainqueur ne se devine, en effet, nul tourbillon créateur de sphères politiques n'est encore entré en fonction dans cette masse flottante d'atomes électoraux. Le gouvernement a, dans toute la force du terme, joué un rôle d'isolateur politique. Les partis de gauche ont à peine réussi à créer un contact entre leurs divers éléments, les journaux étant supprimés ou étroitement surveillés et toute réunion publique interdite. De sorte que les « indéterminés » risquent de se trouver en nombre, le jour de l'ouverture de l'assemblée. Mais s'il est difficile à cent millions de sujets sans alphabet et attachés pour les quatre cinquièmes au sol, de prendre conscience d'une communauté de destinées et de droits, il l'est moins à une réunion de cinq cents de leurs représentants, dans quelque inorganique condition que se trouvent ces derniers à l'heure de leur premier contact. La poussière électorale qu'est actuellement la Russie sera donc vraisemblablement représentée par un Parlement flottant. Mais, à ce moment, un souffle organisateur venu on ne sait encore d'où, (l'esprit souffle où il veut), mais vraisemblablement de gauche, créera bien quelque monde volontaire de lumineux avec lequel l'ancienne «puissance des ténèbres » devra compter.
    La nomination du nouveau Reichstag est imminente. Elle prétend les proportions d'un drame politique que l'histoire enregistrera. Pour la première fois, la question parlementaire est vraiment posée en Allemagne. Pour la première fois, la dynastie est virtuellement l'enjeu moral d'une lutte qui ne saurait plus se clore avant que ceci n'ait tué cela, avant du moins que le pouvoir personnel n'ait été sinon brisé, du moins contrôlé et contenu par la conscience de la nation. Le Journal des Débats, consacrant, il y a quelques jours, une étude au parti socialiste allemand et à ses chances de succès dans les futures élections, écrivait ceci : « L'Allemagne s'engage aujourd'hui dans une crise analogue à celle de l'Angleterre sous Charles 1er et de la France sous Louis XVI, alors que le Parlement anglais et les Etats généraux français s'opposèrent à la volonté royale. A son tour, le Reichstag vient de faire ses premiers essais de résistance à l'absolutisme impérial. Et c'est pourquoi un intérêt tout particulier s'attache à la crise qui commence de l'autre côté des Vosges. » On ne saurait mieux dire. Et ce sera l'honneur des catholiques et du centre d'avoir inauguré ce geste de résistance nécessaire contre une politique de caprice et d'orgueil dont les humbles sortent meurtris et avec laquelle il n'est pas d'accommodement. Ce geste s'accentue chaque jour. Les jeunes leaders du centre, inspirateurs aujourd'hui reconnus et acceptés de la politique de l 'Allemagne catholique, en décidant de porter leurs suffrages aux candidats de la social-démocratie plutôt qu'aux féodaux, ont nettement repris et marqué les traditions politiques du christianisme éternel.



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La Vierge épouse du St-Esprit?
    "...celle des contingences périssables de cette vie et que la joie suprême, l'inviolable joie de l'âme humaine sur cette terre, c'est le devoir surnaturellement accompli coûte que coûte et par là même Dieu honoré; servi et aimé malgré tout.
    "Confiant que la Vierge immaculée, fille du Père, mère du Verbe, épouse du Saint-Esprit, vous obtiendra de la très sainte et adorable Trinité des jours meilleurs, comme présage de l'accalmie qui suivra la tempête. Nous en avons la ferme espérance, c'est du fond de l'âme que Nous vous accordons Notre bénédiction apostolique, à vous, vénérables Frères, ainsi qu'à votre clergé et au peuple français tout entier.
    Donné à Rome, près de Saint-Pierre. le jour de l'Epiphanie, 6 janvier 1907, de Notre pontificat le quatrième.

PIUS PP. X.

M. COMBES ET LA SÉPARATION
    La Nouvelle Presse libre, de Vienne, a publié un second et très important article de M. Combes, dont voici les passages les plus significatifs :
    Une grave erreur initiale a été commise par les auteurs de la loi de Séparation. Elle a sa source dans l'ignorance ou la méconnaissance involontaire de la doctrine catholique.
    Tout dans leur conception dénote un respect aussi louable que sincère des communions religieuses, mais ce respect même, par cela seul qu'il ne distingue pas entre elles, tourne contre leurs intentions. En légiférant sur les cultes comme sur des matières uniformes, en leur appliquant des règles identiques, ils ont fait violence, du moins pour un d'eux, à leur essence,
    La fameuse théorie des associations cultuelles qui sert de base ou, si l'on veut. de pivot à l'édifice légal tel qu'il a été bâti par M. Briand, aidé de deux puissants manœuvres, MM. Jaurès et Ribot, s'accorde mal avec le principe supérieur de la croyance catholique, si elle s'accommode bien, ou justement plutôt parce qu'elle s'accommode bien aux principes supérieurs des cultes protestant et israélite...
    Il est bien stipulé à l'article 4 de la loi de Séparation que les associations cultuelles admises à bénéficier de la loi devaient être conformes à l'organisation générale du culte; toutefois, cette concession faite sans réserve d'abord aux orateurs du parti catholique dans la Chambre puis reprise en partie, et disons le mot, défigurée ou peu s'en faut, sous la poussée vigoureuse du parti radical qui s'alarmait, à juste titre, de voir la loi inaugurant un régime de séparation se faire la gardienne jalouse, le gendarme de l'orthodoxie reste dépourvue de tout effet  utile pour rendre la loi acceptable à l'Eglise à cause du système imposé pour la formation des associations cultuelles et de permettre aux catholiques  de participer à l'organisation des associations cultuelles prescrites par la loi de 1905 dérive de la conscience de ses  devoirs envers son Eglise. C'est puérilité de le qualifier d'entêtement; de le mettre sur le compte du caractère de l'homme, quand l'homme lui-même est dominé et conduit  par une doctrine non moins immuable qu'irrésistible, (répétons-le, l'intransigeance du pape est une intransigeance de doctrine...
    Le retour au droit commun, à la loi de 1901, qui ne distingue pas entre les associations religieuses et les autres, est le seul moyen d'enlever à la législation des cultes tout caractère vexatoire, toute apparence d'une mesure d'exception. Il est regrettable que le gouvernement ne s'y soit résigné qu'avec répugnance et après des tâtonnements multiples, où le clergé, comme la presse catholique et généralement la presse d'opposition, s'est complu à ne voir qu'indécision et faiblesse.
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   Il est non moins regrettable qu'il n'ait pas introduit uniformément le droit commun dans toutes les dispositions de la loi récemment votée. C'est une cote mal taillée qu'il à obtenue de la complaisance des Chambres. Aussi n'est-il pas au bout de ses peines et lui faudra-t-il bientôt recourir encore au Parlement pour se débarrasser d'une source incessamment renaissante de difficultés. Qu'il s'en tienne donc, une fois pour toutes, au droit commun, à celui des associations, comme à celui des individus. Le droit commun, dans l'espèce, ne comporte aucun privilège, mais il garantit à tous la liberté.
    Nous n'avons rien gagné, jusqu'ici, à vouloir édicter, en matière d'associations cultuelles, une législation faite de pièces et de morceaux  fondons-la simplement sur le droit commun et la liberté; que les protestants et les israélites gardent le bénéfice de la loi de 1905, puisque leurs croyances ne souffrent pas de ses dispositions. Quant aux catholiques, qui se plaignent, non sans motif, de n'être pas libres dans l'organisation ou l'exercice de leur culte, - envoyons-les, pour la formation. de leurs associations, a la loi d'ordre général qui régit ces dernières délivrons-les de l'obligation ridiculement assujettissante d'une déclaration oiseuse, et délivrons-nous nous-mêmes des terreurs chimériques du culte privé, ce fantôme inoffensif qui trouble bien mal à propos certaine! imaginations. ..
    En même temps, déchargeons l'Etat d'allocations gracieuses qui n'ont plus de raisons d'être, restituons aux communes la libre disposition des édifices du culte, dont elles sont les légitimes propriétaires et dont l'entretien leur incombe, laissant aux conseils municipaux, c'est-à-dire aux plus intéressés dans la question, toute faculté de s'entendre avec les mandataires des associations religieuses; de la sorte, toutes les difficultés s'aplaniront comme par enchantement; force devra rester à la loi, qui n'aura rien d'arbitraire ni d'exceptionnel, parce que force lui restera dans l'opinion publique. De la sorte aussi, les systèmes, je veux dire les partis en présence, reviendront incontinent à leur vraie nature : nous verrons les position! prises se dessiner.
    En pleine vérité, l'Eglise. ennemie par essence de la liberté, protestera contre la liberté, comme elle a protesté de tout temps, sous prétexte que la liberté ne doit être que l'apanage du bien. le privilège des bons, et les bons ce  sont les croyants. Nous  libres-penseurs, nous la laisserons à la fois jouir de la liberté et fulminer contre elle, sûrs d'ailleurs que l'écho de ses imprécations impuissantes ira s'affaiblissant de plus en plus, à mesure que montera dans les airs, des profondeurs de l'ordre social, l'accent joyeux, l'accent de délivrance des foules affranchies.
    Notre tâche est singulièrement simplifiée par la rupture de tout lien entre l'enseignement de l'Etat et l'enseignement de l'Eglise; c'est à sa position officielle dans l'Etat, aux avantages sociaux qui en découlaient, que l'Eglise empruntait surtout son autorité morale sur les masses.
    Son enseignement valait presque uniquement par l'habitude de la soumission : rendu au sort commun de la contradiction, il n'apparaîtra plus que comme une matière discutable et, dans la discussion, comme un ressouvenir de nos rêves d'enfance. Aussi est-il nécessaire que par l'instruction intégrale, l'école prenne partout la place de l'église; c'est l'école qui a rendu possible - et, comme nous avons pu le constater. presque indifféremment aux masses,- la séparation des Eglises et de l'Etat; elle a battu en brèche. depuis vingt-cinq ans, sur toute la surface du territoire, les légendes des religions. Elle a assis sur leurs débris le solide édifice des principes de raison et des découvertes scientifiques; elle n'a qu'à poursuivre son œuvre sur une échelle toujours plus vaste...

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