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Deuxièmeannée,
Numéro 66
VENDREDI 25 JANVIER 1907
SOMMAIRE:
Déclarations de M. BRIAND -
La Déclaration - A l'Institut catholique de Paris -
Loyauté et
Politique - La Réorganisation des Séminaires.
LETTRES A L'EDITEUR - REVUE DES
PÉRIODIQUES
BULLETIN POLITIQUE La déclaration
exigée par la loi de 1881 pour les réunions publiques va
disparaître. On s'est, en effet, avisé que depuis la loi
de 1901 sur la liberté d'association cette formalité
n'avait plus de raison d'être, que, d'ailleurs, en pratique, elle
était de moins en moins observée; lentement et sans
bruit, elle allait rejoindre dans leur tombeau les législations
non abrogées, mais désuètes. Les
événements récents sont venus hâter cette
décadence. En refusant de faire la déclaration prescrite
par M. Briand dans sa circulaire, puis par la loi du 2 janvier 1907, le
clergé lui a donné le coup de grâce. Les partisans
de sa suppression se sont immédiatement trouvés fort
nombreux dans tous les partis et le gouvernement s'est empressé,
lui aussi, de se débarrasser d'un obstacle gênant.
Dès 'que le projet de loi, qu'il vient de déposer sur le
bureau de la Chambre, sera voté, rien, en effet, ne s'opposera
plus au programme du Ministre des Cultes: "enfermer le clergé et
les catholiques dans la légalité", ne leur laissant
qu'une porte unique pour en sortir: l'abandon spontané des
Eglises. Cette dernière hypothèse, ne semble heureusement
pas devoir se réaliser à bref délai, puisque les
évêques ont décidé de continuer le culte
public sans déclaration, comme par le passé. Mais pendant
combien de temps pourra se prolonger cette situation? La volonté
de M. Briand d'arriver à un modus vivendi durable n'est pas
douteuse; c'est dans ce but qu'il a stipulé que les
édifices religieux seraient rendus à leurs
propriétaires légaux mais avec leur affectation
cultuelle; c'est dans ce but également qu'il a voulu que des
associations de droit commun puissent obtenir une jouissance des
.Eglises à titre juridique. C'est aussi dans un esprit de
conciliation que, résistant aux injonctions de nombreux amis
politiques, il n'a pas voulu que le seul refus de faire la déclaration pouvant entraîner la perte des
allocations. Il n'en reste pas moins que s'il a fait tout ce qui
était
en son pouvoir, il n'a pas pu assez faire pour supprimer toutes les
causes de conflit et empêcher les tracasseries que feront subir
aux
ministres du culte certains politiciens de village dont
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chacun connaît
la triste mentalité. La jouissance à titre juridique
serait évidemment
une garantie relative et donnerait à l'exercice du culte public
l'élémentaire sécurité qui lui est
nécessaire. Aussi est-il fort
probable que cette a dû se poser à l'Assemblée des
évêques, comme le
faisait pressentir le programme de ses travaux. La Croix croit pouvoir
le conclure des renseignements qui lui sont parvenus, sans
connaître
d'ailleurs quelles furent les données précises du
problème et la
réponse qui y fut faite. Ce qui est certain, c'est que les
évêques,
comme ils l'avaient fait déjà pour les associations
canoniques et
légales, ont dû décider librement ce qui leur a
paru le meilleur,
réservant seulement la sanction définitive du pape.
Eux-mêmes ont tenu
à le déclarer publiquement: « En fait historique
comme en droit divin,
c'est assez au Pape de confirmer ses frères sans les absorber.
»
Excellente définition de ce qu'est, dans l'Eglise,
l'Autorité.
Modératrice suprême, lien visible de l'unité, elle
n'a pas pour
mission, comme le voudraient certains, d'absorber en elle toute
initiative et toute vie. Il n'était certes pas inopportun de le
rappeler. Il est singulièrement instructif de lire à l'Officiel le compte rendu de la séance de la Chambre du 15 janvier dernier. On y peut voir comment un prêtre a pu être grossièrement interrompu par plusieurs députés de la droite pour avoir osé affirmer qu'il croyait à la loyauté et à la bonne foi de ses adversaires, qu'il avait peine à admettre le mensonge, qu'il ne consentait à l'admettre qu'après démonstration. Ce prêtre a eu la plus belle des récompenses, il fut insulté et traité de naïf par les modernes défenseurs du trône et de l'autel. Ainsi son Maître avait-il été traité de fou par les pharisiens et les habiles de son temps. La Sagesse qu'il apportait au monde était trop haute pour n'être pas proscrite et bafouée. Si nous avons si souvent déjà parlé des élections qui vont avoir lieu aujourd'hui même en Allemagne, s'il importe de ne pas perdre de vue le véritable terrain de la lutte, c'est que cet événement marquera. une date capitale dans l'évolution de l'Allemagne contemporaine. C'est, en effet, de l'existence même du parlementarisme allemand qu'il s'agit. Mais il ne s'y agit pas moins de l'existence du personnalisme impérial. Le Reichstag n'est pas renouvelé parce qu'il est arrivé au terme normal de son mandat, mais parce qu'il a été congédié par l'empereur. Il l'a été pour des motifs qui offensent les principes les plus indiscutables du parlementarisme. L'organe a été frappé pour avoir accompli la plus normale et la plus légitime de ses fonctions. La nation allemande, si elle nomme le Reichstag, paye aussi les impôts. Les payant, elle a droit qu'ils soient contrôlés par ses représentants. Or, c'est pour avoir exercé ce contrôle au mieux des intérêts nationaux, en tout cas, dans l'exercice plénier de son droit, que la Chambre des députés allemands a été envahie par un décret de dissolution de l'empereur. En des temps où la nation allemande n'avait pas encore pris conscience de sa responsabilité politique, l'acte du souverain eût été sans conséquence puisqu'il eût été sans sanction. Pour la première fois, l'acte autoritaire du souverain est discuté en Allemagne. |
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