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Deuxième année,
Numéro 68
VENDREDI 8 FEVRIER 1907
SOMMAIRE:
La Circulaire Briand. Les Allocations, -
La Loyauté de la Croix. -
Les Syndicats d'instituteurs. Réception de M. le cardinal Mathieu à l'Académie française: Extraits du discours de M. le Comte d'Haussonville. REVUE DES PERIODIQUES
BULLETIN POLITIQUE M. Briand reste
fidèle à
lui-même et s'efforce, avec une rare ténacité, de
faire prévaloir,
contre un grand nombre de ses amis politiques, le principe et l'esprit
de l'article 4, et contre un nombre très grand aussi de ses
adversaires, la pratique et l'usage d'associations pour l'organisation
du culte. C'est à ce double but que tendent sans aucun doute la
récente
circulaire et les modèles de contrat qu'il vient d'envoyer
aux préfets
pour être communiqués aux maires à titre indicatif.
Ces contrats,
rédigés par le pouvoir civil, font mention de
l'autorisation
épiscopale; ils stipulent que l'église est
affectée au culte
catholique, que le contrat est résolu de plein droit le jour
où
l'attributaire perd la qualité de curé ou de desservant
et que, dans le
cas d'une association de droit commun, celle-ci doit maintenir à
l'église à son affectation légale en la mettant
à la disposition des
curés ou desservants ayant qualité pour exercer le culte
catholique».
La . circulaire est aussi explicite. Parlant de l'autorisation
épiscopale, M. Briand s'exprime ainsi: «De telles indications, loin d'avoir un caractère illégal, concordent avec le vœu de la loi, attendu que, jusqu'à désaffectation régulière, les édifices doivent rester affectés non pas à un culte quelconque, mais au culte auquel ils étaient consacrés avant la Séparation» D'autre part, il est certain que l'attribution au curé se trouve en état d'infériorité vis-à-vis de l'attribution à une association, puisque dans le premier cas la cession de la jouissance à un autre titulaire est subordonnée à l'adhésion du préfet ou du maire ou nécessite un contrat nouveau, tandis que dans le second, l'association met l'église: à la disposition des curés successifs, sans avoir besoin pour cela de l'autorisation du pouvoir civil. En résumé, quelques jours après que M. Clemenceau eut « repoussé du pied» la déclaration .. épiscopale, M. Briand y a donné une réponse toute différente, qui a fait faire un grand pas à la solution définitive. La parole est maintenant à l'Episcopat. Examinera-t-il de nouveau la question des associations de droit commun qui fut, parait-il, réservée à la dernière assemblée et |
que de nombreux prélats
voudraient trancher par l'affirmative? Ou bien s'en tiendra-t-il
à la
jouissance individuelle ?Nous ne doutons pas, en tout cas, que cette
nouvelle décision soit inspirée, comme les
précédentes, par un ardent
désir de la paix religieuse. et un amour sincère de la
Patrie. M. le Comte d'Haussonville a profité de la haute liberté de langage, qui est d'usage à l'Académie, pour prononcer sur la Séparation de fortes paroles. Il a formé le vœu que l'Eglise prenne son parti du régime nouveau, qu'elle ne songe plus à rien demander à l'Etat, hormis la liberté. il a laissé entrevoir dans l'avenir une Eglise de France où les pasteurs vivraient en communion intime avec les fidèles, ne considérant pas ceux-ci "comme un troupeau muet de contribuables" mais les associant, dans la mesure où le respect de la hiérarchie le permettrait à l'administration des biens temporels, où la maison de Dieu serait vraiment la maison de tous, une Eglise, enfin, puisant dans les entrailles du peuple les éléments de. sa vie. Ce sont on le voit, les pensées et les vœux d'un nombre de plus en plus grand de. catholiques français. M. le Comte d'Haussonville les a très heureusement exprimés, avec beaucoup d 'opportunité. Le socialisme est vaincu. Le Centre triomphe. Telle est la signification du second comme du premier tour de scrutin en Allemagne. En attendant de pouvoir résumer ici quelques impressions réfléchies et contrôlées, notons la caractéristique singulière de cette consultation électorale: la collusion du Centre et notamment du Centre bavarois, avec le parti socialiste. Si l'on en concluait que les catholiques ont pactisé avec tout ce que représente ordinairement le socialisme de fait à une imagination française, c'est-à-dire les négations religieuses, l'antipatriotisme et le bouleversement social le plus violent, on serait complètement dans l'erreur. Et cependant, comment ne pas raisonner ainsi avec la rudimentaire information du télégraphe, cet instrument perfectionné de la barbarie intellectuelle et du mensonge historique, qui dépouille le fait de toutes nuances, de toutes distinctions, de toutes précisions, de toutes proportions, pour n'en retenir qu'une image dénudée et décharnée, suffisante tout au plus à satisfaire le besoin de logique d'un Hottentot. En s'alliant aux socialistes sur le terrain électoral, le Centre n'a fait que conclure un marché , fort légitime. C'est de la politique avouable. On ne peut aucunement la comparer à celle qui prévalut, aux élections françaises de 1898, alors que les suffrages de tant de catholiques se portèrent, sans réciprocité possible ni virtuelle, sur les candidats d'extrême gauche, en haine de la politique méliniste. Les socialistes allemands ont solennellement déclaré, dans maints congrès, que la plus large liberté de conscience restait inscrite dans leurs programmes et que l'adhésion à la social-démocratie n'était nullement subordonnée à une renonciation confessionnelle quelconque. Les alliés éventuels du Centre sont vaincus. Il n'en reste pas moins que le parti socialiste est une sorte de ferment dont la lourde pâte allemande a besoin. En jouant, à quelque dose ou degré que ce soit, le même rôle organique, le Centre a pris une position qui lui sera favorablement comptée devant l'Histoire. |
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