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BRUNETIERE
Etait-ce
un critique, un
professeur, un historien de la littérature, un
conférencier ou un
théologien? L'avenir dira sans doute qu'ayant été
tout cela éminemment,
il fut avant tout un prédicateur, un des plus grands
prédicateurs
français. L'avenir le placera aux côtés de
Bossuet, qu'il a vénéré
avec toute la tendresse de son intelligence, et de ce Lacordaire, que
je le soupçonne, - lui qui avait tout lu, de n'avoir
jamais lu.
L'avenir mettra sur la même ligne, sinon à la même
hauteur, les Carêmes
du Louvre, les Conférences de Notre-Dame et les Discours de
Combat. Et
si, par hasard, dans quelque cinquante ans, il est encore des
professeurs de rhétorique pour enseigner à leurs
élèves « l'évolution
des genres », ils leur conteront comment Ferdinand
Brunetière fit
sortir le sermon des églises, pour le ransporter et le
ressusciter dans
les amphithéâtres des Sorbonnes et des hippodromes. Vous
rappelez-vous
sa stupeur indignée, quand il lut, un jour, chez Edmond Scherer
: "Le
sermon est un genre faux, j'entends par genre faux celui dans lequel on
ne peut ni penser ni dire juste» (1) ? En ce temps-là,
pourtant, ses
auditoires se réduisaient à quelque vingt jeunes gens
dans les petites
salles de la rue d'Ulm; mais, déjà, c'était les
« sermons» qu'il y
donnait; et dans ces "sermons », malgré leur
division tripartite, il
entendait bien pouvoir et « penser », et "dire juste".
Depuis lors, Il
le cessa de prêcher partout, et sous toutes les formes. chez cet
orateur né, où toute pansée était une
conviction, où toute conviction
voulait se justifier et se faire partager, tous les mouvements de
l'esprit aboutissaient, comme d'instinct, à. la
démonstration et au
prêche. Je l'entends encore à l'Ecole normale, dans une
discussion
littéraire entre ses élèves et lui, improviser
"en trois points» la
réfutation magistrale de ses contradicteurs. Je le revois dans
son
cabinet de la Revue, combattant avec énergie une idée que
je lui
soumettais, et trouvant aussitôt trois raisons pour
la débouter sans
retour.
De tous
ses "sermons", il avait
d'abord choisi les "textes" dans la littérature
française; plus tard,
il les emprunta aux philosophes et aux savants, plus tard encore, aux
encycliques des pontifes et aux Pères de 'Eglise, pour les
demander
enfin, avec son maître Bossuet, à l'Evangile
lui-même. Comme tous les
grands prédicateurs, il eut ses convertis, ses dirigés et
ses disciples
(2). Ceux-là auront le devoir de nous rappeler ce qu'il fut.
Mieux que
tout autre, ils sauront nous faire sentir la puissance et la
bienfaisance d'une action qu'ils qu'ont eux-mêmes
éprouvée. Dans
quelques années peut-être, il conviendra de marquer
comment la belle
ordonnance de ses "sermons", - si elle ne l'a, certes, pas
empêché
d'avoir une "pensée" et de la "dire juste», - lui a
parfois cependant
imprimé une allure trop raide, trop simplifiée, trop
unilatérale.
Aujourd'hui, levant ce grand mort à peine couché, il vaut
mieux lire
seulement combien fut forte cette pensée, combien loyale et
ardente. Il
vaut mieux en suivre la noble histoire à travers sa vie, plus
encore à
travers ces «sermons» généreusement
combatifs, qu'il a prononcés en
artiste supérieur, qu'il a vécus en homme douloureux, et
dont il est
mort.
* * *
Il
a écrit quelque part,
dans une parenthèse qui est presque une confidence: "on
naît
pessimiste, on ne le devient pas (3). » Je ne sais s'il
était « né»
pessimiste, et si les dures années de sa jeunesse ne lui avaient
pas
prématurément ôté ce que la vie peut avoir
de douceur; jamais homme, du
moins, n'a proclamé son pessimisme avec plus de
sincérité, ni, si j'ose
dire, avec plus d'enthousiasme et de foi passionnée. Dans un
discours
d'autrefois, qui est déjà un « discours de combat",
et où l'allure
didactique ne parvient pas à dissimuler la confiance et l'ardeur
de
l'apôtre, il a prêché les mâles vertus du
pessimisme, créateur de
Justice, d'Idéal et
d'Art, il a
glorifié les âmes robustes, qui portent en elles «
l'inébranlable
conviction" que la vie est « radicalement mauvaise », mais
qui
protestent par une fière et active révolte de la
pensée et du cœur
contre la brutalité tyrannique des faits (4). Ce pessimisme
énergique
et âpre dont il nous a dérobé la souffrance pour
n'en manifester que la
valeur esthétique et sociale, ce pessimisme vif en
incessante
rébellion contre la nature, c'est lui qui explique l'attitude de
Brunetière en face des choses, des œuvres et des hommes, son
système
critique, son évolution religieuse, toute sa vie.
Si, tout
jeune encore, il alla
droit à la littérature, c'est précisément
qu'au milieu de la vie
mauvaise et de « la réalité qui nous opprime" (5),
elle se montra tout
d'abord à lui comme la suprême Libératrice. Avec
Alexandre Vinet, son
premier directeur intellectuel, il pensait qu'une
société sans lettres
serait une société sans lumière, sans morale, sans
sociabilité et même
sans religion; non pas, à la vérité, que la
littérature crée aucune de
ces choses, mais elle les accompagne, et elle en est tellement la
condition, qu'on ne les conçoit pas sans elle (6). La
littérature lui
apparut ainsi comme, la résultante: et l'expression
supérieure de
toutes les forces émancipatrices qui peuvent améliorer la
vie. Esprit
insatiable et envahisseur, il lui sut un gré infini de son
universalité. Il comprit que, grâce â elle, rien
d'humain ne lui serait étranger, et que par elle mieux
que par tout autre « service", il
ferait son métier d'homme. En face de ceux qui affectaient de la
dédaigner, il
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en proclamait l'éminente
dignité et lui rendait
conscience de sa mission. «La littérature, disait-il,
n'est pas un
amusement d'oisifs ou un divertissement de mandarins: elle est, il. la
fois, un instrument d'investigation psychologique et un moyen de
perfectionnement moral... (7); non seulement elle est une forme de
l'action,. mais, s'il y en a de plus brutales, je doute qu'Il yen ait
beaucoup de plus efficaces (6). » Pour lui parmi tous les modes
si
divers que peut prendre l'action 'littéraire, il choisit du
premier
coup, et pour toujours le plus social de tous: la critique.
On sait
comment il y débuta,
somment, petit répétiteur de la pension Lelarge, qui
vivotait à Paris,
inconnu et chétif, de leçons mal payées et passait
ses nuits au milieu
des livres, introduit comme par hasard à la Revue des Deux
Mondes (9),
i! y fit aussitôt son devoir avec toute l'ardeur de ses vingt-six
ans,
avec surtout une sincérité courageuse, que de plus
« arrivés"
peut-être ne se seraient pas permis. D'un élan brusque,
poussant devant
lui ses périodes éloquentes et la justice de sa raison
indignée il
accula dans l'impasse de ses argumentations les princes triomphants du
naturalisme, les décapita de leur gloire sinon de leur
succès, troubla
dans leur plaisir les lecteurs de Pot-Bouille et de la Fille Elisa et
rendit à un public trop passif son élan
idéaliste. Désormais, sa vie
littéraire ne fut qu'un combat: «Ah! Monsieur, que vous
êtes pugnace!»
lui disait le comte d'Haussonville en le recevant à
l'Académie; et
Ju1es Lemaitre, jadis moins aimable, le déclarait «
éminemment
grincheux ». .Il y a de Alceste chez lui", disait-il
encore, et plus
justement
Mais cet
Alceste, un peu bourru
parfois, n'était pas, comme l'autre, dominé par ses
nerfs. Il
entendait, au contraire, réagir contre ses impressions et ne pas
faire
de son plaisir la mesure de ses jugements. Il ne se contentait
même
plus, comme Sainte-Beuve...
Je ne
voudrais pas clore sur
lui ces quelques lignes par des mots sonores et des
épithètes
retentissantes, qui risqueraient de réveiller, dans une.
dernière
irritation, cet Alceste à peine endormi. Mais je ne puis me
rappeler
ses dernières années et sa mort, sans me rappeler aussi
ce que songeait
Chateaubriand dans la prison de Perrare : « Il n'y a de beau que
les
existences malheureuses. A ces martyrs de l'intelligence
impitoyablement immolés sur la terre, les adversités sont
comptées en
.accroissement de gloire; ils dorment au sépulcre avec leurs
immortelles souffrances comme des rois avec leurs couronnes (38). .Sur
cette vie qui lui fut toujours rude, qui ne lui apporta que les joies
écrasantes d'un travail inlassé, qui le mena à la
lutte plus encore
qu'à la gloire, - sur cette vie qui finissait, toutes les
tristesses
ont mis leur beauté. L'injustice de ses ennemis, l'ingratitude
de ses
alliés, la stupidité brutale des diminutions physiques,
la défaite dé
ses rêves les plus chers l'ont conduit jusqu'à une mort
hâtive dans la
douleur du corps et dans l'affliction de l'esprit. Il avait
travaillé
toute sa vie pour accomplir son devoir social; et la
société,
représentée par l'Etat, lui marquait une défiance
hostile et lui
retirait un enseignement qui était sa force et presque sa raison
de
vivre. Une jouissance lui restait: cette voix dominatrice,
merveilleusement souple et passionnée, qui soulevait ses phrases
trop
longues et les rendait conquérantes. Elle lui manqua, elle
aussi, et
l'outil se brisa entre les
mains du
bon ouvrier un instant découragé. Pas à pas,
depuis dix ans, dans une
ascension toujours plus. consciente et plus volontaire, il montait vers
le christianisme catholique pour s y arrêter
définitivement. Mais de
presque partout, de droite
comme de gauche, et chaque
jour
davantage, la solitude se faisait autour de lui. Il s'était
séparé avec
un grand courage d'un parti qui croyait le posséder et qui
allait à
toutes les victoires, pour se ranger généreusement parmi
.les vaincus.
Mais là même, - le combat l'attendit, et là encore
là. défaite. Peu
importait à ce grand, batailleur indépendant qu'on le
traitât de «
soumissionniste », à cet éclaireur toujours en
éveil qu'on le regardât
comme un traînard «d'arrière-garde» (39): il
aurait dédaigné toutes ces
petites ironies croassantes des Semaines Religieuses de province, s'il
n'avait par là même senti que les inexpériences
intellectuelles et les
rancunes plus ou moins conscientes de quelques « conducteurs du
troupeau - aussi bien, d'ailleurs, que la fatalité des
événements,
écartaient, une fois encore, de la démocratie moderne
cette Eglise
qu'il aimait et qu'il aurait voulu lui ramener. Il n'a rien dit de sa
souffrance. Il a rappelé - seulement, - et pour se consoler,
sans
doute, - qu'il y eut un pape, au siècle passé, pour
refuser la dédicace
du livre même qui devançait de cinquante ans la
proclamation de
l'infaillibilité pontificale (40). Jusqu'au dernier jour, il a
continué
d'écrire (41), - ou plutôt de parler, car toute sa vie n'a
été qu'un
discours, avec une confiance et une sérénité
apparentes; mais, déjà
rendu silencieux par le mal qui le tuait, il est mort dans un autre
silence, d'autant plus douloureux qu'il était plus
volontairement
contenu.
Maurice MASSON.
Voir: Questions de critique .."la
Philosophie de Schopenhauer; Essais sur la littérature
contemporaine
les Conséquences du pessimisme".
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Les
catholiques Espagnols
Barcelone, le 20 janvier.
...Les conservateurs
intelligents et, entre autres, Antonio Maura, leur chef, triomphent
modestement. Ils ne voudraient pas la mort, mais la conversion de leurs
adversaires.
Politiques
avisés, ils
comprennent que sur son cadavre, les fractions de
l'extrême-gauche
passeront, entraînant à leur suite les unités
désemparées des troupes
de Sagasta, pour courir à l'assaut de la monarchie et des
libertés
religieuses. Seuls, les républicains et les anticléricaux
profitent de
cette disparition.
Les
catholiques, eux, toujours
simplistes, ne voient pas cela. Leurs journaux ne se tiennent, pas de
contentement au spectacle de la désunion, des guerres intestines
et
publiques qui règnent chez les libéraux Ils voient
déjà la loi des
associations par terre avec le parti qui la proposa. Ils. ont
protesté
un peu partout et, d'ailleurs, non sans succès et enthousiasme.
Le
projet, en effet, est trop sectaire et antilibéral pour
être accepté en
Espagne, au moins à cette heure. mais ces catholiques me
paraissent
trop oublier que s Ils ont beaucoup manifesté dans leur sens,
dans
l'autre aussi on a manifesté pas mal; qu'on a vu, à
Saint-Sébastien,
par exemple, des socialistes, des républicains, des monarchistes
libéraux faire bloc, et, avec un accent divers sans doute, mais
unanimement, réclamer une législation plus
sévère à ce qu'ils appellent
«cléricalisme » et moins favorable, en particulier,
au développement
des congrégations. Ils oublient encore, ces catholiques, que
même les
conservateurs les plus modérés disent, sinon toujours en
public, en
tout cas dans leurs conversations privées, qu'il y a quelque
chose à
faire à ce sujet.
Et, par
conséquent, tout en
protestant contre le projet, ce qui est leur droit et même leur
devoir,
il serait peut-être sage de quitter la région des
idées et d'une facile
opposition, pour descendre sur le terrain des réalités et
des faits.
Là, ils examineraient froidement ce que les circonstances, la
justice
et la prudence permettraient d'accorder au pouvoir ou, du moins, de
présenter à qui de droit comme un minimum de concessions
à faire, si
l'on ne veut pas se voir arracher. ces concessions et des droits plus
sacrés par la force brutale, ainsi que cela s'est vu chez vous.
« Le
tout ou rien» est une formule commode, mais les contingences ne
supportent pas ces axiomes absolutistes. Ceux qui ne le voient pas ne
devraient jamais parler de politique, ni surtout s'en occuper.
J'oublie
cependant que, dans ma
dernière lettre, j'ai promis d'entretenir vos lecteurs de notre
clergé.
La matière est vaste et je ne pourrai guère que
l'effleurer.
D'ailleurs, ce que je ne dirai pas aujourd'hui sera
réservé à une autre
fois.
La plupart
des diocèses ont,
pour la formation de nos prêtres, des « Seminarios
Conciliares ». Ils
comprennent, d'ordinaire, dans le même corps de bâtiment,
ce que chez
vous on appelle petit et grand séminaire. Le petit
séminaire est
exclusivement réservé aux jeunes gens qui se destinent au
sacerdoce. On
les y initie au latin, à, la littérature. et à.
quelques rudiments de
science. Les méthodes pédagogiques, comme
d'ailleurs celles des
établissements
officiels, sont
déplorables. La
mémoire et le formalisme y ont le
rôle principal.
Presque point de devoirs écrits où l'on fasse appel au
jugement et à
l'initiative personnelle de l'élève, mais de longues
leçons à apprendre
par cœur, des formules et du psittacisme. Les livres, grammaires,
histoires, manuels scientifiques
ne sont jamais à.
jour. La
formation littéraire, en particulier, laisse tout à. fait
à. désirer.
L'artificiel, le convenu, Je cliché et le« truc»
sont de rigueur (2).
Aussi avons-nous bien peu d'ecclésiastiques qui sachent
écrire notre
belle langue, et les chaires, surtout dans les grandes villes,
retentissent de phraséologie de lieux communs et de
banalités creuses.
Rien de personnel et jaillissant; on s'est appliqué
l'étouffer. Nous
n'avons de véritablement éloquents que nos missionnaires
de campagne
qui, eux, parlent sans art, mais de l'abondance du cœur.
Après les classes de lettres,
où le séminariste a appris surtout un peu de latin, les
classes
supérieures de philosophie et de théologie. 'Nous
sommes
maintenant au
grand séminaire. Ici commence la bifurcation. Les
élèves jugés
intelligents suivent « la carrera ». Elle dure, si
j'ai bonne mémoire,
sept ans : trois pour la philosophie, quatre pour la théologie
et le
droit canon. Les autres, les médiocres, ceux qui formeront le
clergé
des campagnes, les vicaires jusqu'à la mort, ont un
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petit cours et des
« compendiums» résumés supposés plus
abordables à. leurs facultés. Ce
que je n'ai jamais admis, entre parenthèses. Ces
«compendiums », règle
générale sont beaucoup plus difficiles que les livres
complets, pour la
simple raison que leurs auteurs voulant tout dire en peu de mots,
empilent, et entassent l'essentiel des gros ouvrages, mais sans
l'expliquer. Il faut un professeur de génie pour rendre clair
un«
compendium ». Le travail. des élèves se
réduit, le plus souvent à
apprendre de mémoire ces abrégés.
Mais
pénétrons chez les plus
favorisés, ceux qui seront les curés de grande paroisse,
les chanoines
ou les évêques. L'abstraction et la syllogisme
trônent ici en
souverains. Le monde moderne et la réalité si changeants,
si capricieux
et si fuyants n'existent pas pour ces éternels raisonneurs qui
n'ont
des yeux que pour l'absolu. Portes et fenêtres sont
soigneusement
fermées. Maîtres et élèves ignorent ce qui
se passe à cette heure au
dehors, par delà même les murs qui les abritent. La
philosophie et la
théologie sont enseignées et apprises comme des sciences
mortes, ayant
vécu un jour dans les cerveaux puissants d'un saint Thomas ou
d'un
Suarez, où elles se sont figées et cristallisées,
incapables désormais
d'entrer dans le courant de vie intellectuelle qui, à tous les
âges,
emporte l'humanité. Je connais un de ces
séminaires
où Belluart, un
célèbre et intrépide thomiste du XVIIè
siècle, est le livre de texte lu
et commenté par le professeur de dogme depuis des années.
Les
questions de métaphysique
les plus abstruses et les plus obscures sont celles qui ont le don de
passionner et d'enlever cette jeunesse cléricale (3). La
prédestination, en particulier, et ses mystères
insondables, est
l'occasion de chaudes et interminables querelles, comme aux beaux
jours
de la congrégation de Auxiliis. Je dois dire, en passant, que la
plupart des étudiants et professeurs théologiens de chez
nous se
prononcent résolument contre Molina et Suarez, en faveur de
Baes.
L'âpre fatalisme qui semble distinguer le système dit de
« la prémotion
physique» de cet auteur, n'est point fait pour déplaire
aux gens de
notre race que .la mentalité arabe a assez fortement
influencés. La
distinction, réelle ou non, de l'essence et de l'existence, la
matière
et la forme, le quantum, la causalité physique, morale ou
dispositive
des sacrements ont d'ardents et vigoureux partisans parmi les
professeurs et les élèves qui, souvent, cela s'est vu,
font dépendre le
Credo et tout l'édifice de la foi de l'adoption du
système que leur.
exclusivisme choisit. Il n'y aurait pas à se plaindre de ces
outrances,
excusables chez des métaphysiciens toujours un peu enfants et
naïfs
adorateurs de leurs idées, s'ils consentaient à donner un
peu
d'attention aux problèmes nouveaux, que les sciences positives
de tout
ordre ont soulevés autour de nous depuis un siècle. A
cette
observation, nos abstracteurs de la quintessence
répondent,
d'ordinaire, que les erreurs sont vieilles comme le monde, toujours les
mêmes, qu'Aristote pour la philosophie et saint Thomas pour la
théologie, les ont depuis longtemps réfutées.
Réponse commode qui
dispense d'abord de connaître ce qu'a priori on appelle erreurs;
qui
permet d'enfoncer beaucoup de portes ouvertes, de foncer bravement
contre les moulins à vent, et surtout de fermer les yeux et les
oreilles comme l'autruche, pour ne pas voir ou entendre les coups
violents et répétés que tant de bras et de tant de
côtés, même chez
nous, en Espagne, dirigent contre le sanctuaire.
Je lis
parfois, dans vos
revues, que notre clergé est toujours au premier rang des
clergés
européens pour sa science théologique. Oui, si l'on veut
parler d'une
théologie plus spéculative, plus abstraite et plus
étrangère à la
pensée contemporaine que partout ailleurs. Ayons le courage de
le dire,
cet enseignement si éloigné et si au-dessus des
contingences et des
réalités humaines n'a pas peu contribué
à développer chez le prêtre
espagnol le défaut de sens pratique et la tendance si
dangereuse, mère
de tous les fanatismes, qui les porte, eux, et tant de publicistes
catholiques, comme Ramon Nocedal, à considérer hommes et
sociétés
toujours au point de vue de la thèse, et à peu
près jamais de l
'hypothèse qui les enveloppe et les enserre. D'ailleurs,
même dans le
champ de la théologie spéculative; rien n'a
été produit chez nous
durant les deux derniers siècles, qui mérite d'être
comparé aux
immortels travaux des Lugo, des Cano, des Suarez, des Molina ou des
Banes. Les dernières publications théologiques ou
philosophiques sont
plutôt des compilations ou des résumés que des
œuvres originales...
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