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Deuxième année,
Numéro 70
VENDREDI 22 FEVRIER 1907
SOMMAIRE:
Marc Sangier: le Sillon et le Patronat
BULLETIN POLITIQUE Le succès que
vient de
remporter à la Chambre M. Briand est non seulement un triomphe
personnel indéniable, c'est aussi une nouvelle déroute de
l'esprit de
haine antireligieuse qui anime plusieurs membres de la gauche. M.
Briand a certainement bénéficié de son très
réel talent d'homme d'Etat
et d'orateur: avec un art consommé il a rappelé que sa
politique ne lui
était en aucune façon personnelle puisqu'il n'avait
jamais rien fait de
décisif sans avoir obtenu l'assentiment du Conseil des
ministres, sans
avoir soumis sa ligne de conduite à l'approbation de la
majorité; il a
montré qu'en somme les pourparlers acceptés par lui
n'étaient que
l'application de la loi du 2 janvier 1907, puisqu'il ne peut y avoir
contrat sans pourparlers préalables. Il est probable aussi, nous
aimons
du moins à le penser, que bon nombre de députés
ont été gagnés par la
netteté et la franchise des déclarations du ministre des
cultes, car
c'est ce qu'il y eut vraiment de remarquable dans le discours de M.
Briand qu'il ne cherchait pas à gagner par des concessions les
suffrages de ses adversaires. Il parlait constamment tourné vers
la
gauche, et défendait contre certains de ses amis politiques son
idéal
de Séparation dans la tolérance et a paix religieuse.
Ainsi son
triomphe prenait devant histoire une portée plus haute et plus
générale: il s'agissait plus d'un vulgaire incident de la
lutte
journalière, ni même d'une belle page dans les
annales parlementaires,
mais dans le grand drame, la Séparation des Eglises et de l'Etat
en
France, était patiemment poursuivie et loyalement obtenue, la
revanche
de l'article_4.
Les mouvements de partis provoqués par l'élection du nouveau Reichstag démontrent qu'il est vain l'essayer de maintenir la discipline dans les rangs l'une armée unie seulement par la communauté de 'uniforme ou de l'étiquette et non de l'intérêt. Au surplus, agrégation et désagrégation, intégration et désintégration sont les fonctions normales de toute institution qui vit. Nous ne sommes donc nullement surpris d'apprendre la scission ou plutôt les tentatives naturelles ou spontanées de scission qui viennent de se produire dans Je sein du Centre et notamment du Centre bavarois, lequel constitue, comme on le sait, la plus importante fraction du parti catholique au Reichstag. Le |
fond de la politique
allemande, comme de toute politique parlementaire désormais,
se réduit de plus en plus à une lutte d'équilibre
entre les deux pôles
sociaux, les possédants et les non possédants, les
conservateurs et
les "acquéreurs ». Il était donc tout naturel
que réactionnaires et
démocrates, se sentissent, peu à peu, bien que
réunis sous l'étiquette,
réelle d'ailleurs, de catholiques, étrangers les uns aux
autres. Les
catholiques démocrates du Centre bavarois ont actuellement des
tendances à se rapprocher, dans une certaine mesure, des
éléments
étrangers à leur confession mais avec lesquelles ils se
sentent des
affinités sociales. Les catholiques conservateurs du même
parti sont,
d'autre part, tout disposés à collaborer aux œuvres
politiques dont
l'aristocratie luthérienne de Droite prendra l'initiative. La révolution légale triomphe en Russie. La démocratie constitutionnelle vient d'y recruter, en vue des élections de la future Douma, un effectif de suffrages du double environ de ceux qui sont allés à l'Autocratie. Et il n'y a pas de méprise possible sur le sens de cette victoire: c'est bien contre la monarchie absolue, son système et sa logique qu'elle a été remportée. L'inadvertance serait de ne pas aller jusqu'au bout de la signification du phénomène, de reculer devant la portée historique de l'événement. Quelle va être l'attitude du césarisme russe devant l'insurrection électorale de ses sujets? Tragique question. Ou il laissera le principe libéral que, par force, lassitude, peur ou impulsion généreuse, il a posé, aller jusqu'au bout de ses conséquences, et son rôle actif est terminé, - ou il y mentira, et c'est une longue guerre intestine au bout de laquelle les insurgés l'emporteront. Il est banal de redire que nous sommes souverainement intéressés à l'issue de ces alternatives. Les nations ne sont point des océans fermés où les tempêtes seraient sans répercussions. Par delà de superficielles démarcations de frontières que les vagues ont d'ailleurs tôt fait d'enjamber, il y a les courants de fonds, où toutes les races et tous les peuples communient. Un tiers de l'Europe s'ouvrira demain au parlementarisme occidental, précaire et agité, ou il rétrogradera vers la nuit politique, où l'ordre, ce bien presque souverain, est surtout fondé sur le silence et dans le sang. Mais nos vœux ne sont point aussi simples qu'on le croit. Le dualisme politique est une notion enfantine et barbare. Et jamais ici-bas ceci ne devra tuer cela. Il ne nous est certes pas indifférent que tel ou tel courant triomphe et l'emporte chez nos alliés et chez nos voisins. Le sort d'une démocratie libérale serait bien précaire, le jour où le féodalisme aurait reconquis l'Europe. De même, il ne faudrait pas donner cher de la couronne d'un autocrate, fut-il constellée de diamants, à l'heure où les frontières du dernier empire seraient battues et baignées par les flots tumultueux et pénétrants de toutes les démocraties. Que la France le veuille ou non, ses destinées sont liées aux destinées d'un idéal, qui n'est point sans mélange assurément, mais dont l'échec emporterait momentanément sa ruine: « l'idéal révolutionnaire ». Et par là il faut entendre avant tout la prétention des individus d'avoir personnellement charge de leur âme, de gérer directement leurs intérêts. |
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