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Deuxième année,
Numéro 71
VENDREDI 1er MARS 1907 SOMMAIRE:
Un professeur de théologie: A propos de la soumission de
Fénelon.
BULLETIN POLITIQUE Il faut croire que
sans
la guerre religieuse certains partis extrêmes seraient
réduits à
disparaître de la scène politique, à
considérer avec quelle énergie et
quel esprit de suite ils tentent de diriger vers ce but les
événements et d'envenimer les difficultés. C'est
ainsi qu'à l'occasion
des pourparlers qui ont eu lieu entre le préfet de la
Seine et
l'Archevêché de Paris, on a pu voir s'acharner ensemble
à les faire
avorter, ceux qui, à gauche et à droite, ont placé
dans le gâchis
toutes leurs espérances. On a pu voir des journaux, parmi
ceux-là même
qui se proclament catholiques avant tout, tel le Nouvelliste de Lyon,
mener contre l'Archevêché de Paris, et notamment contre
Mgr Amette, une
campagne acharnée, les accusant d 'avoir, «sans
mandat», faussé des
textes et entraîné le clergé à une
abdication de principes. Que de
telles manœuvres soient de nature à retarder l'avènement
de la paix
religieuse, c'est fort possible, mais qu'elles puissent, suivant le
désir de leurs auteurs, accréditer cette idée
fausse que l'Archevêché
de Paris agissait, dans ses tentatives d'entente, contre l'opinion des
autres évêques, c'est ce qu'il importe d'empêcher.
Ceux-qui ne
craignent pas de diminuer ainsi le sens et la portée de la
démarche des
évêques français, n'exercent plus sur les
catholiques .français cette
domination incontestée dont ils ont tant abusé. Il est
certain
d'ailleurs que les évêques eux-mêmes ne laisseront
pas dénaturer leurs
intentions et leurs actes. Nous en avons pour garant les
récentes
déclarations de Mgr Dadolle, évêque de Dijon, qui
fut, on le sait,
chargé de porter à Rome les décisions de la
dernière Assemblée. Il en
ressort nettement que c'est bien d'accord avec l'épiscopat tout
entier
que l'Archevêché de Paris a posé la question des
réparations et a
conduit les négociations, et, d'autre part, que les
évêques n'ont pas
eu pour but d'adresser au gouvernement des sommations hautaines, mais
de faire une tentative loyale de pacification et d'obtenir pour le
culte public une sécurité qu'il n'a pas sous le
régime de la simple
occupation. « Il importe que l'on sache, a déclaré
Mgr Dadolle, qu'en
sortant de l'abstention pure et simple, l'épiscopat a voulu
maintenir
la publicité du culte, dans des conditions de
sécurité morale et de
liberté Il l'a voulu aussi dans une
idée d'apaisement général. » Et c'est
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précisément ce qui
indispose les
politiciens dont nous parlons que les évêques
français aient mis de
côté toute arrière-pensée pour chercher
uniquement la paix religieuse,
ignorants, suivant le précepte divin, du mal qu'on leur a
déjà fait,
de celui qu'on leur fera peut-être encore, demandant seulement le
respect des principes essentiels de l'Eglise et la liberté.
C'est un
acte de bonne volonté et de bonne foi qu'a accompli l'Episcopat
en
faisant le premier pas; les criailleries de ceux qui veulent le faire
passer pour la déclaration de guerre qu'ils désirent ne
prévaudront pas
contre la vérité. Le conflit qui vient d'éclater entre le gouvernement et les instituteurs équivaut à une véritable crise de l'autorité publique. Le pouvoir s'y trouve virtuellement en échec. Il a dû, en effet, parlementer avec les représentants de leurs syndicats. Que ces derniers n'aient pas été reçus en cette qualité, mais à titre individuel, c'est là une distinction sans portée. Si le président du Conseil, individualiste autoritaire, avait pu se dispenser de donner audience aux instituteurs qui se sont tout dernièrement présentés à son cabinet, il l'aurait certainement fait. La force syndicaliste dont les petits fonctionnaires se prévalent aujourd'hui est donc toute-puissante. Le principe de la coalition professionnelle aboutit à ses conséquences dernières. Partant, la force publique telle qu'elle fut conçue en droit, n'est plus guère la force publique telle qu'elle est, en fait, vécue. Puisque le syndicalisme représente actuellement la plus forte des initiatives collective en présence desquelles se trouve le Pouvoir politique, puisque le syndicalisme est tantôt aussi fort, pour ne pas dire plus, que ce Pouvoir, il faut bien que ce dernier compose, et que le statut public du fonctionnaire, comme celui du salarié, s'augmente, bon gré mal gré, d'un droit de plus correspondant à un nouvel accroissement de force. A s'en rapporter aux impressions recueillies cette semaine dans la presse russe, il semblerait que les partis aient déjà quelque sens d'un opportunisme commandé par les faits, et qu'il n'y aurait pas, pour le moment, de tragique prise de contact entre la révolution légale et l'autocratie. Le gouvernement, dont il faudra bien que l'éducation constitutionnelle finisse par se faire, ne se poserait pas en adversaire absolu du parti des Cadets, n'adopterait point à leur égard l'attitude que vient, par exemple, de prendre Guillaume II vis-à-vis des socialistes allemands et qui ne laisse aucune marge possible à des relations autres que des relations à mains armées. Cette position aurait déjà provoque une réciprocité appréciable dans l'aile droite tout au moins du parti des Constitutionnels démocrates. On sait que ce parti, bien qu'il soit revenu fort diminué, par suite des persécutions sans nom dont ses membres ont été l'objet avant et pendant la période électorale, est encore assez fort pour arbitrer la situation. Placés entre une droite et une gauche aux noyaux inflexibles, les Cadets peuvent, unis aux Octobristes ou semi-constitutionnels de droite, former un parti de transaction,. un Centre, où la nécessité, à défaut de tendance naturelle, pourrait contraindre le gouvernement de prendre son point d'appui. Qu'en adviendra-t-il ? |
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