Nos:
Deuxième année, Numéro 72
VENDREDI 8 MARS 1907
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE

















NOTRE PROGRAMME





















Ernest DIMNET   Les Péchés du Grand Monde
Dr Marcel RIFAUX   Les Conditions du retour au Catholicisme
C. LAURENT   Correspondance allemande:
Le Centre et les Elections.
LETTRES A L'ÉDITEUR
Un professeur d'écriture sainte: A propos de la soumission de Fénelon.
C. P. : Absinthe et Apocalypse
    REVUE DES PÉRIODIQUES
Les deux Clergés français (Le Times) L'argent des catholiques (La Justice sociale).
    NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
Histoire religieuse, par J. Guiraud.- Le rôle de l'acheteur dans les conflits économiques, par A.-Ch. Morsier.
Dernières Publications

BULLETIN POLITIQUE
        Depuis quelque temps, certains journaux conservateurs emplissent leurs colonnes d'appels pressants à l'adresse du public riche qui les lit. Le Soleil, qu'il ne faut pas confondre avec l'organe dirigé naguère avec tant de distinction par M. Edouard Hervé et, un peu plus tard, par son frère, M. Hervé de Kérohant, se distingue dans ce concert. Ces journaux réclament de l'argent à leurs lecteurs, sous prétexte que la presse est tout et qu'il n'y a pas d'œuvre plus urgente en ce moment que la conquête de l'opinion. Ils ont raison. Il faut gagner l'opinion publique. Nous sommes en ce point complètement d'accord avec eux. Reste à savoir à quelle cause il faut la gagner et les moyens qu'il convient d'employer pour cela. « Etre les maîtres, écrit le Soleil, voilà notre but suprême. Pour arriver au pouvoir, la première condition es d'y préparer l'opinion... Que les catholiques ne subventionnent plus d'œuvres secondaires; qu'ils donnent pour avoir une Presse puissante et pour constituer une caisse, en vue de payer les frais du renversement de la République. Tout est à vendre, aujourd'hui: ministres, sénateurs, députés, socialistes radicaux, opportunistes, préfets, fonctionnaires; nous n'avons qu'à y mettre le prix. » Un autre journal, la Croix, que nous ne prétendons point confondre avec le Soleil, ce dernier étant d'ailleurs d'une franchise qui ne manque pas d'intérêt, énumère une série de moyens propres à faciliter l'accomplissement de ce grand devoir social qu'est la propagation des bons journaux et la ruine des mauvais. L'énumération est parfaite. Il reste, toutefois, une question à poser, une difficulté à résoudre: quel est le bon journal et quel est le mauvais? Pour quelques-uns, trop rares, la mauvaise presse est la presse mensongère, vénale et impudique. La mauvaise presse, pour le Soleil,
c'est la presse républicaine; pour un autre, c'est la presse libérée.
    
Définir le bon journal et le mauvais n'est pas comme on le voit, chose aussi facile que le pensent ceux qui prêchent pour leur saint ou pour leur caisse seulement. En attendant que les vérités relatives et contingentes, exagérées ou diminuées, qui s'agitent et  grouillent dans les colonnes des journaux, soient fixées et définies, tombons du moins tous d'accord que la bonne presse c'est la presse de bonnes mœurs et de bonne foi. Il faut, certes, de l'argent pour créer un bon journal, mais il n'en faut pas trop, de même qu'il ne faut pas trop de puissance dans les mains, miséricordieuses et si douces soient-elles, du même homme. La démocratie a des haines douloureuses de lourdes préventions qu'il est du devoir d'une élite morale d'éteindre et de dissiper. Mais de  récentes expériences ont démontré, tout à son honneur, que les maquignons politiques ne viendront pas à bout de sa force et de sa fierté avec de l'argent. Gagner honnêtement l'opinion, ce n'est point essayer de la rafler dans l'immense filet d'une presse vendue, c'est la conquérir à force de dévouement et de lumière, comme le Christ qui n'édifia point sa divine société des âmes sur de gros capitaux.
    Le grand événement extérieur de cette semaine a consisté dans l'ouverture de la deuxième Douma. La première séance de cette Assemblée nationale a marqué de suite la différence existant entre elle et celle qui la précéda. Cette disparité s'accusa d'ailleurs dès les élections, qui furent aussi disciplinées que les premières avaient été cahotiques. Expression et reflet d'une puissance électorale plus consciente  d'elle-même et de ses responsabilités, la deuxième Douma s'est allégée déjà du tempérament révolutionnaire qui perdit sa devancière. Elle veut durer et travailler. Elle semble d'ailleurs organisée déjà. L'élection d'un député cadet à la présidence démontre que les Constitutionnels démocrates sont plus forts que leur nombre dénominatif ne le laissait supposer et qu'ils forment le point de concentration et d'équilibre de l'assemblée nouvelle. Il est visible que le Pouvoir garde une réserve hostile à l'endroit de ce Parlement et qu'il s'efforcera d'en limiter l'action. Son dessein est évidemment de le restreindre au rôle d'une Chambre consultative éphémère. Mais l'idéal de 1a Douma d'empire est de légiférer. Et il faudra bien que, tôt ou tard, le czar s'accommode de cette prétention.
    La question des "papiers de Mgr Montagnini" a fait couler beaucoup d'encre depuis quinze jours. Et si certains journaux, éprouvant le besoin de sursaturer leur public d'informations malsaines, se sont laissé aller aux inventions les plus désobligeantes pour le Saint-Siège, si le parquet, détenteur officiel de  documents dépouillés pour les besoins d'une cause trop opportune pour n'être pas suspecte, a pu commettre de regrettables et même d'inqualifiables indiscrétions, la presse réactionnaire, de son côté, a bic mal servi la cause du Saint-Siège et les intérêts catholiques en faisant outrageusement sonner à des oreilles françaises que la « capitulation » du gouvernement aurait été le résultat d'une intervention plus ou moins impérative de 1 'Autriche et de l'Allemagne. Il ne faudrait pas renouveler plusieurs fois l'argument pour amener à un degré d'impopularité sans précédent une cause aussi mal servie.



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Les péchés du grand Monde .
    Peu de prédicateurs ont le droit de dire avec vérité sinon en toute modestie, que la presse du monde entier s'est occupée d'eux et de leurs sermons. Le R. P. Bernard Vaughan le dit et personne ne peut le taxer d'exagération. Ni Bossuet ni Lacordaire, ni aucun imitateur de Lacordaire, quelque habile qu'il pût être, n'ont  jamais entendu l'écho de leur parole leur revenir de bien loin, mais le P. Vaughan prêchant dans l'église de son. ordre, à Londres, une simple série d'homélies dominicales, a vu tous les journaux, non seulement d'Angleterre et d'Amérique, mais même de la tranquille et indifférente Europe latine, signaler, analyser et critiquer ses improvisations. Qui fut surpris? Le P. Vaughan nous assure que ce fut lui, et recommande aux jeunes prédicateurs et même aux vieux de préparer toujours et d'écrire soigneusement leurs prônes, sans - doute pour parer à l'éventualité d'un succès si écrasant.
    Avouerai-je que je fus aussi légèrement surpris? J'ai entendu, un jour de Pentecôte, le P. Bernard Vaughan prêcher dans cette même église de Farm Street. On s'écrasait un peu, je m'en souviens, et je ne pus trouver le moindre escabeau; mais je mis cette affluence principalement sur le compte de la solennité du jour. Je vis un prédicateur fort bel homme, portant bien une tête noble et régulière, sans cependant beaucoup de feu dans les yeux, disant très bien, d'une voix ample et riche, un sermon qui me rappela, d'une manière frappante, la division et la composition de nos sermons français. Rien ne retenant beaucoup mon attention, je me laissai aller peu à peu à regarder le vieux Père Gérard, supérieur de la maison de Farm Street, qui priait, prosterné, un peu en arrière du chœur, et avait bien l'air d'un saint. Vers la fin du sermon, j'entendis le P. Vaughan s'excuser de retenir si longtemps son auditoire, que le parc verdoyant appelait des mille voix du printemps, et cette allusion à « la parade de l'église », - comme on nomme cet élégant défilé, - me parut actuelle et vivante.
    Depuis, j'ai entendu dire que le P. Vaughan avait prêché, à Cannes, devant le roi Edouard, encore prince de Galles, et je sais bien que c'est là une consécration solennelle du talent d'un prédicateur anglais. Cependant cet événement a moins d'importance que si M. Fallières s'avisait, un beau dimanche, d'aller entendre le P. Janvier à Notre-Dame, ou M. l'abbé Martin de Gibergues à Saint-Philippe-du-Roule, sa paroisse, ou même le curé de son village, au Loupillon. Chacun sait que le roi Edouard a toujours été à l'église le dimanche, même sans sa femme, et même avec un livre, et il était naturel qu'il aimât mieux entendre le P. Vaughan que le bon vieux évêque de Gibraltar. -
    Je fus donc étonné du fracas qui se fit autour des sermons prêchés au printemps dernier sur les péchés du grand monde, et comme il y avait du pour et du contre dans ce que disaient les journaux, je jugeai téméraire ment que le P. Vaughan avait été un peu « sensationnel » et j'attendis, dans un sentiment de méfiance, que la série parût en volume.
Le volume a paru, et il faut dire que son premier aspect est d'un volume sensationnel. Ni Bourdaloue, ni le P. Bridaine, ni aucun de nos grands missionnaires et moralistes n'auraient publié leurs sermons reliés en rouge flamboyant, ils n'y auraient pas mis leur portrait,
ni leur autographe, ils n'en auraient .pas discuté. et expliqué la vogue dans la préface, et ils n'y auraient pas ajouté les opinions du monde sur leur éloquence. Ce sont là des procédés modernes et sensationnels qui les eussent, au contraire, fort scandalisés. Je doute aussi qu'ils les eussent intitulés: Péchés du grand monde. Nous ne manquons pas, en France, de recueils de sermons ou prétendus livres spirituels, à titres aussi affriolants que ceux des romans des bibliothèques de gares. C'est une grande honte: mais, sans doute, qu'un volume intitulé Petit Carême ne se vendrait pas, et il faut, avant tout, que le volume se vende et fasse sensation, comme on le dit que trop justement. Le P. Vaughan cédé à la mode. Un sous-titre nous apprend, pour achever, que ces sermons sur d'élégants péchés ont été prononcés, non comme ceux de Newman, le dimanche de la trinité ou le quatrième après la Pentecôte, mais pendant la "saison" , c'est-à-dire pendant ces mois si brillants, printaniers et fous, où la richesse, l'éclat, le clinquant de toutes sortes reviennent se montrer à Londres, des quatre coins de l'univers, où les romans nouveaux, les pièces nouvelles et les jeunes filles à marier font leur entrée dans le monde.
    Vous voilà fâcheusement prévenus contre le pauvre P. Vaughan. Vous pensez à quelque vicaire de paroisse riche ou à quelque prédicateur à grand tapage, soucieux, avant tout, de renchérir sur leur voisin en connaissance intime et minutieuse de l'aristocratie gaie, - l'autre n'intéresse plus, on la laisse à son faubourg, - et de la finance parvenue. .
    Ce serait tirer une conclusion hâtive. Le P. Vaughan ne laisse ignorer à personne, ce que d'ailleurs tout le monde sait, qu'il appartient par droit de naissance à la société dont il parle. Un passage d'un de ses sermons nous le montre enfant de vieille famille, de bon sang et de bon nom, chevauchant dans la campagne avec son père, et celui-ci lui montrant le pays d'alentour et disant: "Tout cela était à nous, c'est maintenant de domaine de la couronne; si nous avions renié notre foi, notre terre serait intacte. Le P. Vaughan ne fait donc pas un personnage, et ses admirateurs ou admiratrices ne sont pas obligés, comme il arrive en d'autres pays, de retoucher légèrement son nom et de lui supposer une généalogie pour en faire un monsieur. Il ne faut aussi qu'entrouvrir son livre pour voir qu'il ne monte pas en chaire pour flatter ou amuser un auditoire par des critiques tempérées d'éloges, comme le font les prédicateurs qui sont du monde: il est net, franc, précis et souvent même plus dur qu'il ne faut. Sa dédicace à ses "frères et sœurs, justes comme le Pharisien, débauchés comme le Prodigue, etc, etc. », est un long sarcasme à peine adouci par une invitation à chercher le repos près de Celui qui, seul, le donne. Le livre est mal composé, mal écrit, plein de répétitions et de passages languissants. La psychologie en est courte, l'érudition n'y paraît que dans un appendice bibliographique inattendu, mais c'est l'œuvre d'un bon Anglais et d'un bon prêtre. Le ton moderne du langage, l'assaisonnement d'argot mondain ne sont pas des affectations. En dépit de son appendice et de son portrait, le P. Vaughan est un chrétien très simple, très sincère, bien qu'un peu snob, et qui dit honnêtement ce qu'il voit et ce qu'il sent. Il n'est que cela, mais il l'est bien, et cela suffit pour qu'on lui tire son chapeau: la sincérité ne
court pas les rues aujourd'hui.
    Le point de vue anglais - c'est un peu plus que si l'on disait seulement le point de vue patriotique, - est très apparent dans ces sermons. On voit, dès les premières pages, que le P. Vaughan ne parle pas uniquement pour les paroissiens catholiques de Farm Street. Ils 
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ont leur dû, comme les autres, dans l'épilogue, mais les sermons sont destinés à tous ceux, catholiques ou protestants, qui, au faîte des honneurs et de la puissance que donnent la richesse et !e rang, corrompent le pays par leur exemple. Les considérations qu'on nomme pieuses y sont rares, et le christianisme y apparaît surtout - suivant la tradition anglaise, d'ailleurs, comme un facteur de perfectionnement individuel et social. Le P. Vaughan permet qu'on veuille être beau, bien fait, bien habillé. Il ne dit pas qu'il ne faut pas craindre de dépenser beaucoup d'argent chez le dentiste, mais on n'aurait guère à le prier pour le lui faire dire. Il aime un beau cavalier, un chasseur solide, tout ce qui rappelle la joyeuse et vigoureuse Angleterre. Il n'a pas une estime sans mélange pour les habitudes de tempérance de la jeunesse d'aujourd'hui: ces sobres jeunes hommes lui paraissent dégénérés. Os peut être chrétien et ne renoncer à rien de ce qui fait une vie saine et robuste. Le P. Vaughan serait évidemment trop heureux si ses auditeurs voulaient seulement reprendre la vieille devise: Mens sana in corpore sano. Ce qui le désole, c'est de voir que dans un pays où l'on ne répète qu'empire et impérialisme, c'est-à-dire commandement souverain sur le monde, les individus se résignent si facilement à l'amoindrissement d'eux-mêmes. A chaque page, il invoque son lie maternelle et déplore la. décadence de ses enfants. A quoi servirait de faire appel aux considérations chrétiennes pour ramener des êtres affaiblis que les intérêts humains eux-mêmes n'émeuvent plus? Quant on a affaire à un alcoolique invétéré, on ne lui dit pas que son vice met son âme en péril: on lui fait peur de la tuberculose ou du delirium tremens. C'est ainsi que le P. Vaughan parle à ses contemporains, en gentleman chrétien, comme il dit, c'est-à-dire en Anglais de la vieille roche, raisonnable et pratique.
    Cet accent paraît un peu singulier quand on a été habitué à ce que nous appelions si noblement l'éloquence de la chaire. Mais il vaut mieux, sans doute, étonner que faire bâiller, et la surprise est souvent le commencement des réflexions salutaires. Le P. Vaughan est donc un moraliste effrayé devoir la dégénérescence de ses contemporains, et un patriote
alarmé de la décadence inévitable de son pays. Le tableau qu'il nous fait des vices de la société élégante n'est pas beau, et les péchés du grand monde, quand une main si rude nous les montre à nu, ne sont guère moins repoussants que la crapule de la populace.
    Le P. Vaughan cite, dans son épilogue, quelques fortes paroles 1e sir. James Crichton Browne : «La richesse est ce a quoi 1a multitude des hommes rend instinctivement hommage. Et cet hommage vient d'une admiration sincère, pure et passionnée de la richesse en elle-même, très comparable à l'amour sans alliage que les saints ont pour leur créateur. Cet hommage vient d'une foi profonde en la :richesse. d'un sentiment intime et enraciné au cœur que, quelle que soit la mine d'un homme, s'il est riche, il diffère de tous les autres: il un don, un charme, une toute-puissance; avec son argent, il peut tout. »
    Le P. Vaughan nous montre, à chaque page, le grand monde prosterné et en adoration devant le Veau d'or. Toutes les concupiscences se donnent rendez-vous dans Mayfair, pendant la saison, mais elles dépendent toutes de Mammon. .Les passions n'ont plus la fierté qui faisait croire à leur grandeur: elles se sont avilies au contact des billets de banque souillés. c De mon temps », disait au prédicateur une femme qui fut jeune et brillante, c de mon temps, nous étions frivoles, légères et infidèles, mais nous ne nous vendions pas pour de l'argent, comme le font certaines femmes d'aujourd'hui. Nous voulions être admirées et adulées, nous n'adorions pas les écus. .
    On voit, dans les sermons du P. Vaughan, que tout se vend. Les femmes se vendent pour avoir de quoi s'amuser et briller, elles vendent leurs filles à des parvenus qu'elles méprisent pour payer leurs dettes, elles se font payer pour recevoir chez elles des nababs qui n'ont que leur argent; bien mieux, elles acceptent, à prix d'or, d'aller dîner chez ces nababs, quittes à ne pas les reconnaître le lendemain si leurs voitures se croisent dans le Parc.
    Tout le monde joue avec fureur. Le P. Vaughan ne cesse de dénoncer le bridge, qu'il appelle  par son nom, comme tout le reste, et auquel il fait remonter, pour une bonne part, la corruption universelle. Les jeunes filles jouent dès leur première saison; les femmes qui les
invitent ne les traitent pas mieux que les petits jeunes gens qui viennent exprès pour se faire tondre: on les dévalise sans qu'elles s'en doutent, il leur faut regagner ce qu'elles ont perdu, elles s'enfoncent, se passionnent; en trois mois, leurs visages deviennent durs, elles comprennent la vie et sont toutes prêtes à se vendre, comme leurs mères. Le P. Vaughan dit même qu'elles le font sans plus attendre, mais quand le P. Vaughan est lancé, il fait facilement un peu de rhétorique, et j'aime mieux croire qu'il exagère;
    On va de maison en maison, comme on irait de tripot en tripot. L'existence est un camp volant qui se ressemble éternellement à lui-même, et dont la monotonie ferait crier si l'on n'avait les petites intrigues pour faire diversion, et le bridge, toujours le bridge: Ce tourbillon ne laisse pas une minute à ceux qui y sont entrés: on n'a pas le temps d'élever ses enfants, ou pour mieux dire l'unique enfant qu'on a à intervalles, quand il n'y a personne, on le fait descendre une seconde, à l'heure du thé. Le P. Vaughan dit plus dune fuis aussi, et d'un accent que j'ai aimé, que des gens si occupés n'ont pas de temps de payer leurs fournisseurs. Ils ne savent pas qu'il y a de l'angoisse, vers les fins de mois, chez le boulanger et même chez la modiste: Inutile de dire que le vrai Dieu n'existe plus pour ces idolâtres de l'or et d'eux-mêmes. Le P. Vaughan leur attribue une petite philosophie, agnosticisme à usage de jouisseurs féroces, qui doit être assez juste. C'est, d'ailleurs, toute l'analyse qu'il fait de ses sujets, et il aime mieux, sans aucun doute, les dénoncer que les étudier.
    Voilà, en raccourci, le tableau que l'auditoire de Farm Street s'est vu présenter pendant six ou sept dimanches. Ce tableau est-il juste? Les uns disent que oui, d'autres disent que non et que la société flétrie par le P. Vaughan n'est qu'un petit clan, une bande de monomanes qui se retrouve à peu près la même à chaque génération. C'est pourtant un fait, répond le prédicateur, dans son épilogue, que la société anglaise ne va plus à l'église, et que la dépopulation de l'Angleterre est rapide. C'est aussi un fait, dirai-je, à mon tour, que la littérature courante commence à ressembler singulièrement à la nôtre; Le changement, en moins de vingt années, est frappant. Les sermons du P. Vaughan m'ont souvent fait penser à un assez mauvais petit roman intitulé The Visits of Elizabeth, écrit par une femme, dans la première veine de M. Lavedan ou de M. Donnay, et dont le succès eût été impossible quand j'ai commencé à m'occuper de littérature anglaise, il y a dix-huit ou vingt ans. Ce livre a été dévoré par la classe moyenne.
    J'incline donc à croire que le P. Vaughan a raison et qu'il a bien fait de dire net ce qu'il avait à dire. Mais, encore une fois, pourquoi ce portrait et cet autographe?
Ernest DIMNET.
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Les Conditions du retour au Catholicisme
    Sous ce titre, noire ami, M. le Dr Marcel Rifaux. publiera dans quelques jours chez. Plon un ouvrage que nous avons déjà annoncé et auquel ont , collaboré une élite d'écrivains catholiques. Il a bien voulu détacher pour Demain quelques pages de sa conclusion. Les voici:
    Ce serait véritablement faire injure à ceux qui, dans le catholicisme, sont aussi instruits et aussi modernes que personne, que de supposer un seul instant qu'ils engageraient leur vie à la légère et donneraient leur assentiment à une doctrine dont ils n'auraient pas contrôlé les fondements. Ils ne sont pas de ceux qui refusent d'exposer et de défendre publiquement leur foi. ..
    Et, de ces raisons de fait qui témoignent en faveur du catholicisme, l'abbé Loisy en démontrait récemment, et à sa manière, toute la valeur et toute là portée.
    On comprend donc pourquoi tous nos correspondants sont unanimes à déclarer que la crise dont souffre en ce moment le catholicisme n'est pas une crise d'épuisement.
    Une doctrine qui peut encore centupler les énergies de l'homme, diriger ses aspirations vers le parfait, étancher sa soif d'absolu, embraser son âme d'amour pour le prochain, n'est pas une doctrine épuisée. A l'heure où les volontés sont affadies, les âmes .
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découragées, les esprits stérilisés par le scepticisme ou l'agnosticisme, le cœur desséché par l'égoïsme, elle apparaît, au contraire, 'comme la suprême ressource des individus et des sociétés.
    Une doctrine qui ajoute à la religion naturelle et à la métaphysique des lumières complémentaires, qui, au point de vue psychologique, satisfait notre instinct religieux et nous permet, en outre, de nous enrichir de toutes les acquisitions des sciences, n'est pas une doctrine que doit repousser la raison.
    La doctrine n'est en rien responsable des griefs que l'on formule contre elle. Seuls doivent en répondre les hommes qui l'interprètent et la transmettent.
    Jamais un catholique n'a été obligé, en conscience, de repousser une conclusion certaine de science. L'autorité ecclésiastique qui l'exigerait outrepasserait, en principe, son droit, et sa sentence ne serait point ratifiée par la justice divine. Toutes les décisions des papes et des théologiens, toutes les condamnations et tous les décrets qui ne sont pas revêtus du caractère de l'infaillibilité n'engagent pas sans retour la doctrine. Or, chacun sait combien sont rares les décisions infaillibles. L'infaillibilité de l'Eglise ne s'exerce que dans des conditions très précises et « s'applique aux définitions dogmatiques, non aux considérants qui les ont motivées, quand même ces considérants seraient exprimés dans les déclarations officielles des conciles et des papes »..
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