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Deuxième année,
Numéro 73
VENDREDI 15 MARS
1907 SOMMAIRE:
INFORMATIONS ET DOCUMENTS Les Projets de M. l'abbé
Baudrillart: Une Lettre de M. Maurice Blondel. La question des Eglises.
REVUE DES PÉRIODIQUES
Newman et le
newmanisme (Revue pratique
d'apologétique). - Trois ans et demi de Pie X (North-American-Review). etc.BULLETIN POLITIQUE La nouvelle
catastrophe
qui vient de terroriser le pays et dont la cause déterminante ne
sera
sans doute jamais connue, est comparable à un de ces cataclysmes
de la
nature qu'aucune force humaine ne peut conjurer et qu'il faut nous
résigner à subir. L'excès de colère et de
douleur que de semblables
coups déchaînent dans les âmes nous porte à
chercher un coupable et une
expiation. La passion politique a tôt fait de les trouver.
Gardons-nous, comme d'un crime, dans ces jours de deuil, d'une telle
promptitude. La série de nos sinistres maritimes serait-elle
décuplée
qu'avant d'oser les inductions auxquels se sont laissés aller
certains
journaux, il importerait de descendre jusqu'au fond de sa conscience et
de l'interroger sept fois. Pleurons nos morts. Armons-nous de prudence,
de vigilance et de patriotisme. Faisons des sacrifices nouveaux. Mais,
au nom de Dieu et de la patrie, que la politique ne vienne point se
dresser au bord de la tombe nouvelle qui s'entrouvre. L'immolation de
tant de victimes doit être, jusqu'à preuve précise
et formelle d'un
contraire trop effrayant pour y songer de sang-froid, porté au
compte
de ce que la prévoyance humaine ne peut atteindre. Que si Dieu
avait
permis ce nouveau malheur pour notre châtiment, il faudrait du
moins
être logique et se demander pour le châtiment de qui, et,
dans ce
cas-là encore, descendre en soi-même et se frapper la
poitrine au lieu
de dresser des réquisitoires.
La séance de lundi à la Chambre a nettement démontré que la majorité radicale n'entend point laisser la direction des affaires aux socialistes et que, pour irréligieuse qu'elle fût, elle n'était nullement révolutionnaire. Nous en étions convaincus, de même que de l'inanité de cette prédiction: après le clergé, la bourgeoisie, et l'ordre public après la religion. Croire que la politique anticléricale devait être le fait essentiel de perturbateurs de l'ordre économique établi, comme certaine presse à épouvantail en colporte l'argument, était d'un bien pauvre esprit critique. C'est plutôt le contraire qui est exact. |
Viennent encore une
ou deux générations politiques et l'on en aura des
nouvelles. La
querelle qui vient d'éclater entre radicaux et
socialistes porte sur un point des plus graves et des plus
délicats: le
droit de coalition concédé par la loi est-il sans limite?
Le fait de la
grève est-il indéfiniment extensible? N'est-il pas une
limite au delà
de quoi la société en péril ou gravement
lésée peut intervenir au nom
d'une raison d'Etat, qui n'est en somme que l'intérêt
public et la
prédominance de cet intérêt sur tous les
intérêts privés, ces intérêts
privés fussent-ils aussi formidablement coalisés que ceux
que régit
actuellement la Confédération générale du
Travail? Champion du
syndicalisme absolu devenu dans l'Etat un état
bien plus puissant tout à l'heure que l'Etat lui-même, M.
Jaurès a
dénié au Pouvoir le: droit d'intervenir dans le conflit.
M. Clemenceau
a répondu que l'intérêt public, dans son total,
passait avant les
intérêts privés. Certaines façons pour
certains intérêts syndicaux de
formuler leurs exigences, équivalent à une
véritable déclaration de
guerre à la Société. La majorité s'est
prononcée en faveur de cette
dernière thèse. La Confédération
générale du Travail, une puissance
dont nous ne savons pas encore les destinées, a
été battue. Mais le
duel aura des reprises. La question de la limitation des heures de travail dans les mines, posée depuis déjà fort longtemps à la Chambre belge, vient de recevoir une solution significative. Malgré l'opposition du gouvernement, le: principe de l'intervention légale a été admis et, résultat plus radical encore, des amendements précis fixant à un maximum de dix heures pour les travaux de fond et de huit heures pour les opérations d'abattage, ont été adoptés à une très appréciable majorité. Le cabinet catholique Smet de Naeyer, soutenu même par quelques libéraux dissidents, s'était constamment opposé à l'intervention du législateur sur ce terrain, où il estimait que la liberté économique dût rester intacte. Telle n'était point l'opinion du groupe catholique démocrate, dit de la jeune droite, lequel a de la liberté économique et des rapports entre employeurs et salariés, une conception bien différente de celle de M. Woeste, par exemple. Les députés de ce groupe ont fait bloc avec les démocrates de: gauche et les socialistes. Le gouvernement, qui est dans sa huitième année d'existence, a été complètement battu. Il espère encore être sauvé sur le vote d'ensemble ou par le Sénat. Mais ce salut d'expédient ne modifierait en rien une situation politique désormais fort nette. Le gouvernement catholique belge devra se départir de son intransigeance conservatrice, ouvrir ses rangs à la jeune droite démocrate ou disparaître: il est probable qu'il prendra ce dernier parti. Cette crise virtuelle, amenée par la logique même des choses, nous fournit une fois de plus la démonstration de toute la chimère qu'il y a à vouloir t fonder une politique réaliste sur des distinctions confessionnelles ou religieuses. En se rangeant d'ailleurs du côté de M. Smet de Naeyer, quelques conservateurs anticléricaux qui siègent à la gauche de la Chambre bruxelloise n'ont pas moins concouru à étayer cette preuve, que les catholiques démocrates de droite en votant l'amendement du socialiste Vandervelde. |
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