|
Deuxième
année, Numéro 77
VENDREDI 12 AVRIL. 1907
SOMMAIRE:
Les
dossiers Montagnini. - Le Congrès des catholiques de la Loire
LETTRES
A L'ÉDITEUR
François
LAURENTIE : A propos du Sillon.
REVUE DES PÉRIODIQUES
La Papauté, par
le docteur Briggs (North American
Revue).BULLETIN POLITIQUE La publication
des
papiers de Mgr Montagnini se poursuit dans un grand nombre de journaux
de tous les partis. Elle apporte, avec des racontars sans grand
intérêt, bon nombre de documents de premier ordre pour
l'histoire de la
Séparation. On y peut voir par exemple quel espoir le Vatican
avait mis
dans le succès de l'Action Libérale et combien directe
fut son
intervention dans les dernières élections. Lorsque le
Pape rappelle
publiquement aux nations et aux individus que l'arbitraire d'un
monarque ou d'une majorité ne saurait prescrire contre le droit
désarmé, contre la liberté de la pensée et
de la vie chrétienne ;
lorsqu'il rappelle à tous les catholiques que leur devoir est de
voter
selon leur conscience, il est dans son droit, sans contredit. Mais que
le Vatican puisse ordonner aux catholiques de s'inscrire dans tel parti
politique organisé par lui, qu'il e choisir lui-même les
candidats,
imposer des désistements, manier l'argent électoral,
c'est ce que les
catholiques français ne sauraient admettre. Il est
juste toutefois de reconnaître que, s'il l'a fait, il pouvait s'y croire autorisé par deux raisons: la première, c'est qu'un très grand nombre des nôtres, au lieu de prendre courageusement sur eux-mêmes les responsabilités qui sont leurs, trouvent plus commode d'obséder Rome de demandes de direction dans les questions les plus infimes et parfois les plus ridicules. Ces catholiques, d'ailleurs, sont de ceux qui vantent volontiers l'énergie de nos coreligionnaires de l'étranger, sans songer que les catholiques allemands, par exemple, font leurs affaires eux-mêmes, et qu'ils ne tolèrent pas les ingérences dont nous parlons. On peut ajouter que l'intervention du Vatican dans les élections françaises est, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, une vieille habitude « concordataire». Seulement, lorsque ces interventions étaient demandées par les ministres eux-mêmes, ceux-ci avaient bien garde de s'en plaindre. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, les catholiques français auront à. faire effort pour renoncer à d'antiques :routines et prendre vaillamment les mœurs d'un pays de |
Séparation. Nous sommes
à
un tournant de l'histoire", écrivait à Mgr Montagnini le cardinal Merry
del Val. On ne saurait mieux dire et la curieuse lettre qui contient
ces paroles montre bien qu'au Vatican, on avait
compris dès le début toute l'importance du drame
qui se déroule en
France sous ses yeux. L'Eglise catholique a un rôle à
accomplir et ce
rôle n'est pas de s'appuyer sur tous les partis de
réaction pour
empêcher le monde de marcher. Comme elle l'a déjà
fait à d'autres
tournants de l'histoire, nous avons confiance qu'elle saura encore
prendre la tête de la civilisation qui s'élabore et la
pénétrer
d'esprit chrétien. La Confédération générale du Travail s'est essayée à la grève générale de l'alimentation. Paris devait être bloqué par la famine. Mais, comme on ne peut traquer l'ennemi sur tous les points à la fois, le reste de la France aurait eu la permission de manger. Mal. par exemple. C'est dans la confection des aliments, dans la malfaçon du pain que le sabotage est surtout appréciable. En se cassant les dents à table, la bourgeoisie réfléchira' peut-être à des choses qui lui ont échappé jusqu'ici, Ce jeu peut mener très loin la Confédération générale du Travail. Toute puissance périt de ses excès. Le syndicalisme est la plus indiscutée des forces modernes. Renfermé. dans ses fins légitimes, il peut les réaliser presque intégralement, obtenir dans tous les domaines la libération de plus en plus complète des travailleurs asservis encore à tant d'égoïsmes et de fatalités. Mais encore une fois, il importe que le syndicalisme ne se départe point de ce qui est équitable. L'association n'est pas la fin de l'homme. La tyrannie des corporations modernes peut ramener le triomphe ,de l'individualisme, sans grand effort. Fabriquer soi-même son pain n'est pas une œuvre bien difficile, non plus que semer son chanvre et le tisser. Et de ces deux barbaries: la collective ou la libre, nous croyons que l'humanité opterait encore pour la dernière, pour le temps du moins qu'il lui restera quelques gouttes d'énergie dans les veines. La semaine extérieure a été assez intéressante. II faut noter trois événements relativement importants: l'entrevue, à Rappalo, de MM. de Bülow et Tittoni, 1a réception des souverains anglais à Carthagène et enfin la prise de possession par M. Jules Cambon de l'ambassade française de Berlin. L'entrevue de Rappalo a été considérée par la presse française, et notamment par le Temps, qui est une sorte de succursale officieuse de notre chancellerie, comme un geste de resserrement plus amical de l'Italie vers l'axe de la Triplice. On prétend que le voyage du roi Edouard en Espagne est le sceau mis à une nouvelle entente cordiale, laquelle, se juxtaposant à l'anglo-française, constitue une triple entente amicale limitée, mais bien nette, et dont la politique marocaine est le principal objet. C'est en vertu d'un tel accord que la France, avant d'occuper Oudjda, aurait pris l'avis de Londres et de Madrid, alors qu'elle se serait bornée à signifier son intervention aux autres puissances signataires de l'acte d'Algésiras. Enfin, - la. réception exceptionnellement empressée, qui a été, dit-on, faite à M. Cambon par l'empereur allemand ne serait pas un geste négligeable, surtout au moment où la presse officieuse de l'un-et l'autre pays traite d'une possibilité de transaction entre les points de vue allemand et français dans la question marocaine. |
||||
![]() |
![]() |
| Page 3 |
Page 4 <<<
|
| Page 5 <<<
|
Page 6 <<<
|
| Page 7 |
Page 8 <<<
|
| Page 9 <<<
|
Page 10 <<<
|
| Page 11 <<<
|
Page 12 <<<
|
| Page13 <<<
|
Page 14 <<<
|