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Deuxième  année, Numéro 78
VENDREDI 19 AVRIL 1907
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE

















NOTRE PROGRAMME





















Paul BUREAU   Le bon Citoyen dans la Cité moderne
Mario TORTONESE  Correspondance: Notes de  politique Italienne
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
 Discours de Pie X. - le Papier. Montagnini. - L'Université d'Irlande.
LETTRES A L'ÉDITEUR
Giulio VITALI: L'Assistance à Rome. - Paul FEYEL: Les Retraites ouvrières. Paul ROBAIN : L'Action Française.
    REVUE DES PÉRIODIQUES 

BULLETIN POLITIQUE
        Le Vatican a tenu à faire savoir qu'il n'était pas renseigné sur les choses de notre pays par le seul Mgr Montagnini. Il était bon que cette déclaration fût faite, car il serait vraiment trop pénible de penser  que le sort de l'Eglise de France était entre les mains d'un diplomate d'aussi mesquine envergure et même, si l'on en jugeait par le seul ton de ses petits écrits, d'aussi peu de sens chrétien, tandis que les chefs mêmes de cette Eglise n'auraient pas été écoutés. Mais, quoi qu'il en soit de ce point d'histoire, il reste un fait humiliant: c'est de voir dénoncer pêle-mêle, sans preuves, sur d'indignes racontars, des prêtres, des laïques et jusqu'à des évêques, parmi ceux mêmes que leur âge et leur caractère devaient garantir de tout soupçon. Il n'est rien de plus triste que la série des démentis qui se succèdent, mettant en pleine lumière l'extraordinaire légèreté avec laquelle étaient acceptées ces dénonciations. Mgr Montagnini faisait parmi les catholiques français deux parts: les bons, dont tous les avis étaient dignes d'attention, et les autres, c'est-à-dire tous ceux qui ne partageaient pas les idées de MM. Piou, Groussau ou Emile Ollivier, et qui, par conséquent, étaient capables de toutes les trahisons. Ce faisant, il croyait, peut-être, travailler à l'union. Il oubliait que l'union entre chrétiens réside non dans l'uniformité, mais dans la charité.
    La mise en échec du cabinet catholique-conservateur Smet de Nacyer sur l'amendement relatif à la limitation des heures de travail dans les charbonnages belges est des plus significatives. Repoussé par le gouvernement, cet amendement n'en a pas moins été voté à une majorité appréciable formée de deux éléments parlementaires dont les affinités se sont fait jour depuis assez longtemps déjà: les catholiques démocrates, dits de la Jeune Droite, et les radicaux et socialistes. Par contre, le cabinet s'est vu soutenir par des députés libéraux d'une irreligiosité notoire, mais d'un conservatisme qui ne l'est pas moins, que le gouvernement catholique compta toujours parmi ses adversaires et qui l'ont suivi, fort logiquement d'ailleurs, dans la minorité où il a été mis. Cette situation nouvelles tire tout son intérêt de cc fait que la lutte politique s'est, pour une fois, placée sans artifice sur son véritable terrain. Que la question religieuse arrive à être
politiquement réglée de telle façon que le libre exercice du culte ne donne plus matière à des conflits d'opinion ou à des Bagarres de rues et, de suite, un déclassement des partis, analogue à celui qui vient incidemment de se produire en Belgique, s'opérera, à n'en pas douter, dans la plupart des parlements européens. Et ce sera tout au profit de la sincérité sociale et de la paix.
    Un très grave incident est venu, d'autre part, se greffer sur la crise ministérielle belge. Le cabinet ayant dû se retirer devant le vote du 12 avril, quelle ne fut pas la stupeur de l'opinion lorsqu'on lut, le 13 à la Gazette, un arrêté royal, daté du 11 et retirant purement et simplement le projet même sur lequel la Chambre devait discuter encore le lendemain, et le cabinet tomber! Ce procédé a vivement ému les libéraux et les socialistes; et les journaux de droite ont été assez embarrassés pour en donner une suffisante explication. Les parlementaires mêmes qui s'étaient prononcés contre l'amendement dont le vote a sans doute motivé ce retrait, se sont trouvés froissés du sans-gêne royal à l'égard des Chambres. On ne sait encore comment la crise se dénouera. Il est, dit-on, question d'un cabinet d'affaires d'où le parti catholique démocrate serait cependant exclu dans la personne de M. Bernaert, son leader. Quoi qu'il en soit, le procédé qui consistait à laisser le Parlement délibérer sur un projet de loi déjà retiré de l'ordre du jour, n'accroîtra guère la popularité du roi.
    L'Espagne attend l'héritier de la couronne et se prépare à renouveler les Cortès. C'est beaucoup de politique à la fois. Mais c'est de la politique où tout est providentiellement réuni. Sans doute, Dieu protège l'Espagne et il faut espérer que le souverain qu'elle attend sera le bienfaisant, un jour, non moins que tout à l'heure le bienvenu. Mais un roi est un homme, et un homme, quand il s'agit du salut ou des destinées de tout un peuple, est peu de chose. C'est pourquoi la délivrance de la reine coïncidant avec l'ouverture du scrutin, les Espagnols auront à pratiquer deux belles vertus à la fois: l'espoir en la Providence et l 'effort sur eux-mêmes. Les élections espagnoles risquent de se faire sur un terrain purement « clérical ». Deux blocs sont en présence: le libéral et le catholique. Ce dernier l'emportera puisque les conservateurs sont au pouvoir. On note, toutefois, que jamais les catholiques espagnols ne seront allés au scrutin en une aussi expresse qualité confessionnelle et pour la défense aussi précise des intérêts religieux qu'ils représentent actuellement sous les formes traditionnelles qu'on sait. Et comme les libéraux se préparent à la lutte sur le terrain qu'on connaît aussi: celui de la liberté de penser, telle que le laïcisme moderne la conçoit, on voit d'ici toute la dangereuse acuité de ces engagements politiques, dont les plus hautes causes sont l'enjeu et où, cependant, on se bat de part et d'autre, non pour ce qui devrait être, mais pour ce qui est, non, pour des améliorations désintéressées, mais pour de brutales consolidations. De telle sorte que l'unique bien qui en puisse résulter: rappel à plus de modestie, rectification de vieux gestes égoïstes ou serviles, provient généralement non des positions, absurdes parfois, que la discipline contraint de défendre et de conserver, mais des salutaires défaites que vous inflige l'ennemi.

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