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Deuxième année,
Numéro 79
VENDREDI 26 AVRIL 1907
SOMMAIRE:
INFORMATIONS
ET DOCUMENTS
Allocution de Pie X. La Question de
Lorette. - Les Papiers Montagnani. - Les Retraites ouvrières.
LETTRES A L'ÉDITEUR
M. DESLANDRES : A propos du Sillon. - G.
OLPHE-GALLIARD: les Retraites
ouvrières.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
La Crise du Clergé, par
Albert HOUTIN.
BULLETIN
POLITIQUE
Le Non Expedit a
définitivement vécu. Telle est la conclusion qu'on peut
tirer des
dernières élections partielles en Italie; et comme la
nouvelle alliance
des catholiques et des modérés a valu aux uns et aux
autres un certain
nombre de succès sur les partis avancés, il est à
prévoir que les
catholiques italiens attacheront désormais à la lutte
politique une
importance de plus en plus grande; il est même probable qu'ils
obtiendront, pour quelque temps, une grosse influence au Parlement, le
peuple italien leur sachant gré d'une démarche
qu'à tort ou à raison il
considère comme ]a reconnaissance définitive de
l'unité de ]a patrie
sous l'égide de ]a maison de Savoie. Ces résultats
prochains semblent,
à l'heure actuelle, hypnotiser bon nombre de catholiques
italiens:
organisés sous ]a direction immédiate des
évêques dans des unions
électorales diocésaines, ils jettent en pleine
mêlée électorale la
religion qui jusqu'ici en était écartée. "Je suis
chargé par notre
évêque, écrivait récemment aux curés,
pour l'élection de Girgenti,
l'abbé Selafani, de vous faire savoir officiellement que le
Saint-Siège
a levé le Non Expedit pour la prochaine élection
politique uniquement
en faveur de l'avocat Gregorio Gallo.» Ainsi c'est la question
religieuse qui sera au premier plan lors des prochaines
élections
générales et il est à craindre que cette situation
n'engendre de graves
conséquences: la renaissance de l'anticléricalisme,
contrepartie fatale
du «parti catholique" ; des positions fausses au point de vue
social
adoptées de part et d'autre, partant bien des malentendus.
L'influence
directement exercée sur le pays par l'action purement religieuse
et
sociale avait cependant produit, en l'absence de tout groupement
catholique au Parlement, d'appréciables résultats,
puisque c'est en
s'appuyant sur elle seule que les catholiques italiens avaient pu faire
appel à l'opinion pour la question du divorce et obtenir gain de
cause.
On sait
avec quelle docilité
les radicaux se sont courbés pendant longtemps sous les injonctions
révolutionnaires. Finiraient-ils par
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se demander s'il n'existe pas, sur
cette ligne imaginaire qui s'en va de droite à gauche
indéfiniment, des
ennemis et des écueils? C'est ce qu'à divers indices nous
serions
fondés de croire. Sans parler de la campagne de presse notamment, de prononcer, à
Limours,
M. Edmond Gast, le jeune député radical de Seine-et-Oise,
le laisse
nettement supposer: « Nous avons des adversaires à
gauche". Et le Temps
de reprendre: « Oui, la République a des ennemis à
gauche, les pires
sont même de ce côté." Les pires, en effet, parce
que les plus
puissants, parce que leur sophisme, qui touche de si près
à certain
autre, n'a pas encore reçu, comme Je sophisme
réactionnaire avec lequel
d'ailleurs il se confond en réalité, l'humiliante
correction de
l'expérience historique; les pires enfin, parce qu'ils
étayent des
doctrines aussi négatives et antisociales que le sabotage et la
grève
générale sur ce que le syndicalisme comporte de vraiment
utile et
bienfaisant. Mais voici une manifestation plus significative encore.
Sous ce titre: l'Avenir du parti radical, M. Pierre Baudin,
député de
l'Ain et ancien ministre, vient de publier dans la Grande Revue,
numéro
du 10 avril, un article où il préconise l'alliance des
socialistes
indépendants, des radicaux et des progressistes, à
l'exclusion de la
droite et des socialistes unifiés. Son langage est celui d'un
homme de
gouvernement, soucieux non seulement de progrès mais de
continuité ces
deux éléments essentiels d'une saine évolution, en
politique comme dans
tous les domaines.
Il y a
beau temps déjà que
l'Espagne vote, et l'on n'a pas souvenir qu'elle ait répondu non
à
l'impérieuse question qui lui est périodiquement
posée par le pouvoir à
l'occasion du renouvellement des Cortès. M. Maura, un ministre
conservateur dont les libéraux disent beaucoup de bien et qui
semble,
dit-on, disposé à ne pas abuser de la tradition, vient de
remporter la
victoire prévue. Ses préfets nouvellement
installés ont laissé
l'opposition s'approprier un quart des sièges, ce qui est
relativement
honnête. Ils auraient pu, en effet, lui faire la part moindre
encore.
Mais comme il est toujours dangereux, pour toute puissance de ce monde
quelle qu'elle soit, d'aller jusqu'au bout de sa victoire, soit, en
effet, qu'en abusant de l'adversaire on le mette hors de lui et on le
rende capable de tout, soit qu'on reporte dans ses propres troupes et
dans son propre sein, faute d'un restant d'ennemi à combattre,
l'esprit
de déchirement et de lutte qui est au fond de la nature humaine,
M.
Maura n'a pas commis la faute d'anéantir ses adversaires
politiques. Il
s'est contenté de les écraser. Néanmoins, il n'a
pu venir à bout du
comte Romanonès qui sort trois fois victorieux de
l'épreuve électorale.
On se demande déjà ce que M. Maura va faire de son
triomphe. Délicate
question! Si es libéraux n'ont pu faire aboutir leur pro gramme,
en
dépit de l'effectif parlementaire dont ils semblaient disposer,
c'est
qu'en réalité, sous la dénomination
libérale coexistaient des tendances
très opposées, allant du libéralisme conservateur
jusqu'au radicalisme
le plus aigu. Il se peut aussi qu'il en soit de même, dans la
position
adverse, avec les troupes fraîches de M. Maura.
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