Nos:
Deuxième année, Numéro 80
VENDREDI 3 MAI 1907
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE




















NOTRE PROGRAMME
























Marian ZDZIECKOWSKI, professeur à l'Université de Cracovie  Le Mouvement religieux en Russie: La politique chrétienne de Boris Tschitscherine
J.-M. BERNARD  ................
 Pour la bienveillance
Caietano ORTIZ ..................
   Le Clergé espagnol
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    A. FOGAZZARO: Les Lectures Fogazzaro. - Georges GUY-GRAND; Edouard LEBRUN: L'Action Française. - Eugène BEAUPIN :  A propos du Sillon - G. COULTON: Les Romans de M. Benson.

BULLETIN POLITIQUE
        Les mesures prises par le Gouvernement contre quelques fonctionnaires indisciplinés, contre les signataires d'une affiche antimilitariste et contre deux des plus violents meneurs de la Confédération générale du Travail ont été approuvées par la majorité de l'opinion. Ces opérations de police n'ont cependant pas été du goût d'une certaine presse dont la conservation sociale semble être le principal souci, mais qui entend si peu en laisser le bénéfice, même occasionnel, à ses adversaires, qu'elle préférerait encore un désordre autorisant toutes les récriminations qu'un ordre que ses amis politiques n'auraient pas eux-mêmes assuré. Cette presse se scandalise du caractère d'incohérence et de contradiction des précautions rigoureuses prises par un gouvernement qui compte d'anciens révolutionnaires dans son conseil. En cela, elle a beau jeu. Une des principales causes de la démoralisation politique du pays provient évidemment, en effet, de l'indéniable solidarité qui rattache aux éléments anarchiques un certain nombre de nos hommes d'Etat. Cette sorte de péché originel diminue de beaucoup chez nous l'efficacité et la moralité du Pouvoir. Il n'en reste pas moins que l'autorité, quand elle est en exercice légitime, devient par là même respectable et doit être obéie et qu'il n'y a pas â rechercher à son sujet, pratiquement du moins, d'autre corrélation que celle qui existe naturellement entre sa fonction et notre besoin.
On annonce que le Gouvernement se prépare à déposer un projet de loi destiné à amender la législation syndicaliste. Le nouveau texte viserait non pas les associations en elles-mêmes mais les fédérations d'associations, autrement dit les syndicats de syndicats. Il s'agirait de briser ou du moins de raccourcir considérablement, au moyen de l'amendement en question, la portée de ce levier révolutionnaire qu'est la Confédération générale du Travail. Enfermer le mouvement syndicaliste tout entier, et comme unités et. comme multiple, dans le champ absolument clos des revendications économiques et des intérêts professionnels est évidemment le but et même le devoir du
Gouvernement. En agir autrement serait prononcer le suicide de la puissance publique et de l'Etat. Mais ce que nos ministres oublient, c'est que les lois seront impuissantes à contenir cette force débordante tant que de meilleures mœurs politiques ne viendront pas à leur secours. Nous le répétons : beaucoup de nos hommes d'Etat restent sans grande autorité morale pour commander aux plats de sabre de s'abattre sur les épaules mêmes qui les portèrent au pouvoir.
    Il apparaît de plus en plus combien était sage la démarche faite par l'Episcopat auprès du Gouvernement et des maires pour obtenir, par un contrat conforme à la loi du 2 janvier 1907, une jouissance moins précaire des édifices religieux. Il est trop certain que le calme de l'heure présente est apparent et qu'il ne tardera pas à faire place, dans bien des communes, aux plus graves difficultés. Quelques faits récents doivent à ce point de vue retenir l'attention. On sait, par exemple, qu'un maire du canton de Brignoles ayant fait sonner les cloches de l'église pour un enterrement civil, Mgr Guillibert, évêque de Fréjus, a aussitôt ordonné au curé de quitter sa paroisse. Voici donc une paroisse privée de pasteur, et comme la loi prévoit la désaffectation des édifices religieux où le culte n'est plus célébré, on voit quel est le danger du statu quo. La question des églises attend encore une solution: le temps n'est peut-être pas éloigné où, de part et d'autre, on comprendra que cette solution est urgente si l'on veut loyalement faire pénétrer dans l'esprit public le sens même de la Séparation et réduire au minimum les occasions de conflits entre la Société Civile et l'Eglise.
    M. de Bülow vient de prononcer un très important discours au Reichstag. Il importe d'en retenir que les idées pacifistes, qu'il ne" faut pas confondre avec une politique de paix, n'ont pas encore entamé le public allemand. Le chancelier de l'Empire a déclaré que la question de la limitation des armements ne pouvait pas être utilement discutée à la Haye tant qu'à un pareil débat, une conclusion pratique et des sanctions impératives ne seraient point trouvées et formulées. Là-dessus, le Reichstaga éclaté en applaudissements à peu près unanimes. M. de Bülow a tenu le langage de la raison et de la nécessité. Ce n'est pas d'ailleurs sous le fardeau des armements que risquent de succomber les nations, mais sous le poids des vices, des discordes intestines, des oisivetés matérielles et morales qu'engendrerait indubitablement une paix voulue à tout prix. La guerre, sans doute, est le plus grand des maux, mais la crainte de la guerre, sa perspective et ses possibilités sont certainement aussi pour les nations des conditions nécessaires de sagesse, d'énergie et de discipline.
    La Douma a doublé son cap le plus dangereux. Le général Rediger, ministre de ]a guerre, ayant proposé de porter à 450.000 hommes le contingent des recrues pour 1907, l'extrême-gauche se livra aux démonstrations les plus violentes. Finalement une opportune entrevue ayant eu lieu entre M. Stolypine et M. Golovine, la Douma vota, par 193 voix contre 129, le projet de loi sur le contingent et échappa ainsi, grâce à la sage attitude des Cadets, chez qui la notion du possible se fortifie de plus en plus, à la dissolution dont, avec de moins en moins de motifs plausibles, elle reste menacée.


Page 3

CORRESPONDANCE : Le Clergé Espagnol
Barcelone, le 10 Avril 1907.
Je vous disais, à la fin. de ma dernière lettre, que nos  clercs reçoivent jusqu'ici, en général, dans les grands séminaires, une formation aussi irréaliste que possible, ceux qui font la "carrera» et seront plus tard nos  gros bonnets comme prédicateurs, chanoines, curés ou évêques, leurs études théologiques terminées, ont leur  cerveau farci de subtilités et d'abstractions. Histoire, philosophie moderne, sciences, exégèse leur sont, à quelques rares exceptions près, inconnues.
    Il est cependant une actualité qui les passionne violemment et qu'ils connaissent à fond. Je suis tout à fait inexcusable de ne vous avoir pas signalé ce «modernisme" de nos séminaristes. Sur la question brûlante du libéralisme, on les trouve toujours ferrés et admirablement documentes. Ils sont rares ceux qui, avant de quitter le  séminaire, ne tiennent tout prêt un discours, une conférence ou un sermon contre le « grand péché ». Ils ont lu, approfondi et annoté « el Liberalismo es pecado », du  chanoine Sarda y Salvany, la loi et les prophètes sur le  sujet, bien qu'il ait un peu baissé dans l'estime des métaphysiciens, depuis que R. Nocedal a exclu de sa communion le trop timide docteur catalan; ils ont étudié avec acharnement les « casus conscientiae de liberalismo » du P. Villada s. j., accusé, lui aussi maintenant, d'avoir commis la faute qu'il poursuivait jadis dans ses derniers retranchements et faux-fuyants, car, en son livre, il comptait la danse parmi les péchés de libéralisme (1) ; ils ont dévoré les panégyriques historiques que don Montana, l'ancien confesseur de notre reine-mère, a consacrés à " Felipe II el Grande", et qui, eux aussi,  sont une attaque à fond, contre le mal régnant.
    Ces jeunes prêtres entrent dans la société, non comme  de bons. Samaritains, pour l'aider à se relever, pour mettre l'huile et le baume sur les blessures, mais comme les lévites de la parabole qui n'avaient qu'oublis et dédains pour le pauvre infirme tombé dans le fossé. Ils s'empressent sous le drapeau d'un parti. Pour les uns, ce sera l'intégrisme et ils s'abonneront au Siglo Futuro, où Ramon Nocedal les confirmera et renforcera dans leur mysticisme politico-religieux ; pour les autres, moins nombreux, ce sera le carlisme, et ils liront el Correo Espagnol, ou quelques succédanés de province, qui leur apprendra tous les jours que la monarchie actuelle, fille de la Révolution, avec ses atermoiements, est un mal pire que le radicalisme antireligieux. De ces deux partis, qui, d'ailleurs, s'anathématisent, chacun passant pour libéral aux regards de l'autre, sont pour nos prêtres, comme une forteresse d'où ils lancent des traits, hélas! bien impuissants, contre « le Satan du siècle".
Je voudrais me tromper, mais je crains bien que sous la pression de récents événements, le clergé espagnol, vieux ou jeune, abandonnant par désespoir de succès don Carlos ou Nocedal sans force ou influence politique, ne se mette maintenant à la remorque du conservatisme. Il se prépare de cruelles désillusions! Le libéralisme ne s'appellera plus Maura, ni Alejandro Pidal, il aura nom Moret, Canalejas ou Salmeron, et l'on continuera à foncer terme contre l'ennemi. Les élections prochaines vont donner à ces ardeurs l'occasion de se manifester. Les sages voudraient prémunir le clergé contre les emballements. On trouve que, jusqu'ici, il ne s'est point tenu assez à l'écart de la mêlée, certains actes épiscopaux ont été critiqués, et dans tous les partis, comme une immixtion trop ouverte dans nos luttes. Quelques journaux catholiques, dont el Universo, semblent se rendre compte du danger. Ils tâchent de pallier, de justifier l'entrée en scène, à propos des élections, de nos évêques et de nos amis. Ils se défendent surtout de vouloir fonder un "parti catholique ». Mieux vaudrait cependant fonder un parti catholique que de lier la cause de l'Eglise à celte de M. Maura, dont je ne songe nullement à nier la haute intelligence, l'énergie et l'honorabilité.
    Mais laissons pour l'heure ces actualités... C'est donc la tête pleine de métaphysique et le cœur débordant de sainte haine contre tous les libéralismes que le jeune prêtre espagnol entre dans le ministère. Les problèmes sociaux ou religieux qui se posent à cette heure, même chez nous, peuvent-ils l'inquiéter? Vicaire ou curé, il donne tous ses soins aux formes cultuelles. Il administre les sacrements, il prêche des sermons, vagues, imprécis et abstraits, sans chaleur ni lumière. Pour ces incorrigibles raisonneurs, les dogmes et la morale ne sont pas une vérité et une vie à vivre, mais des syllogismes à perte de vue qu'on déduit loin de ce monde. Nulle part autant qu'en Espagne la prédication chrétienne ordinaire n'es aussi éthérée et supraterrestre.
    Quand ils quittent ces hauteurs pour descendre sur la planète, n'en doutez pas, c'est pour rompre des lances contre le libéralisme. Les plus prudents, ceux qui ont besoin d'un appui quelconque de la part du gouvernement, n'y font que des allusions discrètes. Les autres, ceux qui n'ont rien à recevoir ou à perdre, se lancent fougueux dans la mêlée avec l'accent personnel du carliste ou de l'intégriste. On a vu, et plus d'une fois, ces prédicateurs, ardents politiciens, attaquer des prélats, soupçonnés de tendresse envers le monstre. Je me souviens qu'il y a une quinzaine d'années, un Jésuite prêchant à Saint-Sébastien devant une cinquantaine de dévotes, fonça  bride abattue sur le pelé et le galeux, d'où, à son dire, venaient tous les maux. Mais le gouverneur, à qui l'on parla de la harangue, ne la trouva pas de son goût. Il écrivit à son gouvernement pour le mettre au courant de ce "scandale" et demanda quel châtiment on pourrait infliger à l'audacieux jésuite. Le ministère était alors aux mains des libéraux. Ce sermon si inoffensif devint une affaire d'Etat. Comme la Compagnie de Jésus ne vivait en Espagne que par pure tolérance il fut très sérieusement question de l'expulsion de ses religieux. Le nonce et. Rome s'entremirent pour calmer les colères.. Ou promit  d'être sage et réservé. Je crois même, je n'en suis pas cependant tout à fait sûr, que défense fut faite aux. prédicateurs jésuites, par leurs supérieurs, de parler en chaire de. libéralisme. En tout cas, cette défense a été portée bien que dans la suite on l'ait probablement mitigée.
  Page 4

    Je dois ajouter, pour être juste, que les sermons de mission ne tombent pas dans les défauts que je viens de signaler. Ils sont plus simples et  vrais. Les orateurs, religieux pour la plupart, évitent la haute métaphysique et sonT, en général, plus politiciens. Ils savent frapper vivement l'imagination, parler au cœur... Il faut cependant leur reprocher un réalisme outrancier qui donne à cette prédication un caractère trop théâtral ou fantasmagorique. Ainsi il arrive parfois au milieu d'un sermon sur la mort, d'entendre les cloches sonner. Le missionnaire s'arrête. Il demande à ses auditeurs, qu'il vient de chauffer, de regarder vers la porte.. on voit alors entrer quatre hommes portant, sur une civière couverte du drap mortuaire, un horrible squelette. Ils s'arrêtent devant la chaire. Des femmes se sont évanouies à ce spectacle lugubre. Le prédicateur, sans perdre courage, n'en poursuit pas moins sa terrible et funèbre harangue. Elle produit toujours son effet, au moins momentané. Plus souvent encore, ces orateurs populaires ont dans leurs chaires de grands Christs sanglants, qu'on ne voit pas ailleurs et dont l'expression de souffrance est vraiment touchante. Or, certains jours, surtout au sermon dit du Pardon des injures, ils le prennent à l'improviste, et dans un mouvement pathétique, ils le montrent à la foule, l'apostrophant, la suppliant de se laisser toucher, de pardonner à ceux qui ont fait tort. Il n'est pas rare en ce moment de voir des ennemis jurés qui, hier peut-être, cherchaient à se poignarder, traverser le flot humain, qui s'ouvre respectueux et se précipite dans les bras l'un de l'autre.
    Et puisque j'en suis à ces exhibitions réalistes de la piété espagnole, écoutez ce que me racontait un missionnaire. Il venait de prêcher pendant trois jours à la Riga, province de Logrino. Il me montra une demi-sphère en cire, de la grosseur d'une moitié d'orange, suspendue à un cordon assez court. Sur la calotte de la demi-sphère étaient enfoncés solidement des pointes, des bouts d'aiguilles, des morceaux de fer et de verre. « Vous ne devineriez jamais à quoi peut servir un pareil objet? C'est une discipline  ... Il existe là-bas, de temps immémorial, une confrérie de pénitents. A certaines époques, ils ont des processions. J'ai assisté à l'une d'elles, je les ai vus le dos complètement découvert, pendant le trajet, se frapper avec l'instrument que vous voyez là et ils ne se ménageaient pas. Comme le verre se casse et reste dans la plaie, l'un des pénitents est chargé de l'extraire. Inutile de vous dire que l'exercice fini, ils sont tout couverts de sang. » Le missionnaire ajoutait mélancoliquement: «Les gens-là ne sont pas parfaits pour cela.»
Je vais étonner vos lecteurs, mais je suis convaincu que, jusqu'en ces derniers temps, l'Espagne était un des pays catholiques où l'on enseignait le moins et le plus mal le catéchisme. Un jeune prêtre fort distingué, qui sait bien ce qui se passe hors de chez lui, me disait quelques jours après la publication de l'Encyclique de Pie X sur la Doctrine chrétienne: « Cette lettre n'est ni pour les Français, ni pour les Allemands, mais pour nous et un peu pour les Italiens."
    Il n'y a dans toute l'Espagne qu'un ou deux catéchismes, ce qui peut être un avantage, mais ils sont bien courts, bien peu adaptés aux difficultés de la vie moderne. El Astete, du nom de son auteur, un jésuite du XVIIè siècle, est le plus répandu de ces manuels de religion. Je ne le crois pas beaucoup plus étendu que «le petit catéchisme» qui existe dans la plupart de vos diocèses. Il faut en savoir la lettre. Pendant le carême, le curé ou le vicaire réunissent, deux ou trois fois par semaine, les garçons et les filles de sept à quinze ans, sans tenir compte de l'âge, et on leur enseigne « la Doctrine" pour le reste de l'année. On m'assure cependant! qu'en plusieurs endroits d'importantes réformes ont été faites. Tant mieux! on en avait besoin. Beaucoup parmi nous se consolent en disant que nous avons la foi dans le sang. Il faudrait voir ce que vaut cette foi. N'est-elle pas une coutume, une tradition, un geste plus qu'une conviction et une vie? En tout cas, d'une génération à l'autre le sang se modifie. Si nous voulons conserver le catholicisme, nous ferions bien de lui trouver un autre refuge.
    En Espagne, la première communion ne revêt pas la solennité que vous lui donnez en France. On commence cependant, dans les couvents et les provinces du nord à vous imiter. Jusqu'ici, cet acte auquel vous accordez tant d'importance, que vos prêtres préparent avec tant de soin se faisait isolement, au gré des parents et du curé. Pour les riches, il y a peut-être, si la famille est sérieusement chrétienne, dans ce système un avantage, mais pour les pauvres, qui sont le très grand nombre, ce jour passe absolument inaperçu, Il ne laisse pas dans la mémoire de nos enfants cette empreinte ineffaçable de bien-être moral! qu'une première communion telle qu'elle a lieu chez vous, doit creuser dans une âme. A vous dire vrai, je crois que le  clergé français, allemand ou belge, s'entend mieux que le nôtre a faire pénétrer le christianisme dans les intelligences et les cœurs. Chez nous, on s'attache beaucoup aux pratiques, aux formules, au dehors. Comme le milieu est favorable et que le mouvement est donné dans le sens catholique, on y entre en naissant et il vous  emporte. Cela durera-t-il? Bien sourds et bien aveugles sont ceux qui n'entendent pas ou ne voient pas les signes, précurseurs d'un orage plus ou moins lointain, qui troublera nos quiétudes et nos formalismes.

    Notre clergé ne devrait pas seulement être préoccupé de défendre des privilèges et une tradition qui n'est trop souvent qu'une routine et la sanctification de la paresse. Le double problème intellectuel et social qui se pose , déjà avec tant d'acuité en d'autres pays se posera chez
nous. On aura beau fermer les yeux, anathématiser les libéralismes, on n'empêchera ni la marche des idées, ni le trouble des consciences. Nous attendons de nos prêtres qu'ils nous montrent alors que Jésus a toujours les paroles de vie éternelle et qu'il est le seul maître que l'Humanité doive écouter pour se sanctifier, se racheter et trouver le bonheur qu'elle cherche... S'ils sont au-dessous de leur tâche, quelle responsabilité!
Caietano ORTIZ.

Page 5
Revue des Périodiques:
HISTORIENS ET CROYANTS

    Revue d'histoire et de littérature religieuses, mars-avril 1907. - De M. l'abbé Loisy, dans sa chronique biblique:
    Ce n'est pas uniquement, ni même principalement en  historien, que M. W. Soltau expose et résout la question des influences païennes sur le christianisme (Das Vortleben des Heidentuns in der altchrislichen Kirche), c'est en croyant qui a une conviction arrêtée sur la valeur absolue de la religion chrétienne et sur la différence essentielle qu'il suppose exister entre cette religion et les autres... Le christianisme a une valeur absolue pour celui qui y croit; mais il en va de même pour les autres religions, en sorte que l'on peut dire de toutes qu'elles ont une valeur absolue pour la conscience de leurs fidèles respectifs, et une valeur relative pour l'intelligence du critique et du philosophe qui observent et comparent entre elles ces différentes formes de la foi. L'idée d'une religion parfaite semble aussi incompatible avec la condition de l'humanité que celle d'une science parfaite. Il ne faut donc pas s'attendre à ce que le christianisme de l'Evangile réalise la perfection absolue...
Page 6
   M. Soltau veut bien relâcher quelque chose de  l'opposition qu'il institue entre le paganisme et le christianisme..., je lui accorderai que toutes les confessions chrétiennes ont des progrès à faire pour accomplir l'idéal que l'esprit de l'Evangile, plutôt que l'Evangile même, encore maintenant, nous aide à concevoir. (Cf. p. 173.)
    M. Kaftan (Jesus und Paulus) expose le plus gravement du monde que l'existence du pur christianisme se termine avec l'Evangile de Jean; ce qui vient ensuite est la paganisation catholique. Mais, juste ciel! est-ce que le paganisme n'a pas exercé à toutes les époques une influence plus ou moins profonde sur le monothéisme juif et chrétien? Et à qui fera-t-on croire que le messianisme et l'eschatologie, éléments essentiels de l'Evangile prêché par Jésus, sont l'expression adéquate et définitive de la vérité religieuse; que la notion du Logos est sans portée dans l'Evangile johannique, ou que le mysticisme de Jean, même déjà celui de Paul, sont un pur produit de l'Evangile primitif? Evidemment, ce n'est pas chose facile à un croyant que d'étudier sa religion comme une autre matière d'histoire, en faisant abstraction de sa foi personnelle. Le mieux serait, quand on veut prêcher sa croyance, de ne pas afficher la qualité d'historien; et quand on veut être historien, de ne plus voir autre chose que les témoignages, leur valeur critique et leur signification originelle. (Cf. p. 178).
Page 7
<<<
  Page 8
<<<
Page 9
 <<<
  Page 10
<<<
Page 11

 <<<
  Page 12
<<<
Page13

 <<<
Page 14
<<<














.