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A
propos du Livre de M. Paul Bureau:
«La Crise
Morale des Temps Nouveaux»
Le volume
de M. Paul Bureau, la
Crise morale des Temps nouveaux, suscitera des contradictions, car il
obligera tous ceux qui le liront, - et il y en aura beaucoup, -
à faire
leur examen de conscience d'une façon plus sérieuse, plus
complète et
plus profonde qu'ils
n'en ont l'habitude. La
grande
originalité du livre n'est pas dans le .bilan de
l'immoralité»
contemporaine que l'auteur dresse au début; elle est dans
l'établissement des responsabilités qui occupe une bonne
partie de
l'étude et dans la conclusion qui trace des devoirs
précis aux bons
citoyens de la cité moderne. Ces responsabilités et ces
devoirs sont
déterminés, au surplus, non pas par des
considérations abstraites et
générales, mais par des faits pris sur le vif, de telle
sorte que
chacun sait clairement à qui en revient la charge et se voit
souvent
obligé de constater l'incidence directe de telle
responsabilité et de
tel devoir sut lui-même. Si .
l'ouvrage de M. Paul Bureau
ne
soulevait ni mauvaise humeur, ni opposition, c'est donc ou qu'il ne
serait pas compris, ou que tous les devoirs auxquels il nous convie
seraient joyeusement acceptés et courageusement accomplis par la
masse
de ceux auxquels ils incombent.
Aucune de
ces hypothèses n'est
admissible. M. Paul Bureau écrit nettement, vigoureusement notre
claire
langue française, et sa pensée ne se voile jamais
derrière une
obscurité voulue pour éluder un problème
délicat ou dangereux. Quel que
soit l'obstacle, il fonce droit sur lui, après l'avoir
regardé bien en
face, après l'avoir démasqué,
dépouillé de tous les artifices dont il
s'entoure et ,se protège. Les plus obstinés des aveugles
volontaires
seront donc contraints de voir et de comprendre en le lisant.
Et il leur
faudra bien
reconnaître aussi qu'ils sont les artisans de cette crise morale
des
temps nouveaux que des faits indéniables ne permettent pas de
mettre en
doute. Qu'ils se classent parmi les "enfants de la
tradition» ou parmi
les "enfants de l'esprit nouveau", ils auront bien de la peine
à se
disculper de toutes les erreurs et de toutes les fautes que leur mettra
impitoyablement sous les yeux et que leur fera toucher du doigt
l'enquête perspicace de M. Bureau. Et, alors même que,
très
sincèrement, ils s'efforceraient d'adapter aux
nécessités et aux
conditions modernes les préceptes éternels de la morale,
alors même
qu'ils chercheraient à vivre à la fois d'une vie intense
et d'une vie
morale, la lecture de ces pages pourra leur ouvrir les yeux sur
certaines responsabilités encourus par eux; par exemple, sur la
persistance de certains malentendus qu'ils déplorent
amèrement, mais
que leur conduite ne dénonce pas toujours avec une suffisante
énergie.
Les leçons ainsi données sont trop nécessaires
pour être
universellement, goûtées.
Ceux qui
les reçoivent ont du
moins le droit de ne les accepter qu'à bon escient. C'est
même de leur
part, un devoir de prudence de s'assurer que les disciplines qu'on leur
propose sont des disciplines nécessaires. Pour leur fournir tout
apaisement à cet égard, je voudrais insister ici sur
l'exactitude de la
méthode suivie par M. Bureau.
L'observation scientifique des
sociétés humaines révèle qu'elles ne
sauraient subsister sans un
certain minimum de moralité, et, par exemple, qu'une nation
où la
pratique du vol, de l'adultère, de l'assassinat, du faux
témoignage
serait acceptée comme normale, deviendrait par là
même incapable
d'assurer à ses membres le bien-être et le progrès
purement matériels.
A vrai dire, ce point-là est hors de discussion, bien que le
droit de
propriété rencontre des négateurs absolus, que
l'union libre de 1
'homme et de la femme et la "propagande par le fait» comptent des
partisans. Ces théories extrêmes ont, en effet, le
caractère bien
accusé d'exagérations logiques formulées en vue de
frapper les esprits,
de donner satisfaction à certaines colères, de
déterminer certains
mouvements.
Mais
l'observation scientifique
va plus loin. Elle constate qu'en dépit d'harmonies
économiques très
réelles, l'intérêt privé visible et
immédiat, le seul dont beaucoup
d'individus soient aptes à se rendre compte, n'est pas toujours
partout
et complètement d'accord avec l'intérêt
général. A ce point de vue
étroit, le patron. a intérêt à mal payer ses
ouvriers; l'ouvrier a
intérêt à « saboter» l'ouvrage, tout au
moins à travailler aussi peu
que possible; le jeune homme a intérêt à ne pas se
donner la charge
d'une famille; tous ont intérêt à refuser leur
temps, leur argent aux
entreprises de bien public, aux affaires de leur pays; personne enfin
n'a intérêt à se dévouer à quoi que
ce soit. El l'on sait de reste que
la considération de cet intérêt immédiat et
visible guide seule ou
presque seule certaines existences. Nous connaissons tous des patrons
qu'une menace de grève décidera seule à augmenter
les salaires de leurs
ouvriers; des ouvriers que la crainte d'être découverts ou
renvoyés
arrêtera seule sur la pente malhonnête du sabotage; des
jeunes gens qui
n'accepteront les charges d'une famille réduite qu'en raison des
avantages pécuniaires que le mariage leur procurera; des
bourgeois
apeurés qui ne contribueront à une œuvre de
charité, de préservation
sociale, à une entreprise désintéressée
quelconque, que s'ils y voient
une garantie contre un danger pressant les atteignant personnellement.
Tous ces
hommes sont des
parasites. Ils profitent des sacrifices que, sous des formes diverses,
les bons citoyens accomplissent chaque jour, de la justice du patron,
de l'honnêteté de l'ouvrier, de la
générosité avec laquelle le père
assume la charge d'une famille nombreuse, du dévouement de tous
ceux
qui se consacrent à. des tâches gratuites ou
onéreuses par un sentiment
éclairé du bien public. Par suite, une
société ne peut en supporter
qu'une faible proportion. Si leurs égoïstes calculs se
généralisent,
ils se trouvent déçus, ce qui est justice, mais un
élément essentiel à
tout groupement social a disparu et un malaise profond apparaît.
Nous en sommes là;
nous manquons
visiblement de vertus sociales. Des gens qui ne sont pas des criminels,
qui ne tuent ni ne volent, sont devenus de mauvais citoyens,
compromettent la situation de notre pays, menacent gravement son
avenir. Et M. Bureau s'est demandé pourquoi il en est ainsi.
Il aurait
pu se borner. à
constater que ce déplorable résultat tenait à une
diminution de la
moralité générale, à un oubli de certains
devoirs essentiels auxquels
la loi ne saurait nous contraindre, mais qu'une saine morale nous
enseigne. En ajoutant une exhortation à pratiquer ces devoirs,
M.
Bureau aurait écrit un sermon que nous connaissons tous, une de
ces
variations quelconques sur le malheur des temps, qui éclairent
peu et
ne déterminent pas une action vigoureuse.
Heureusement, ni sa curiosité
scientifique, ni son ardent désir du Bien ne pouvaient
s'arrêter à des
conclusions aussi flottantes. Il fallait, pour faire œuvre
d'observateur, découvrit les raisons du fléchissement
moral constaté;
et c'était, au surplus, le seul moyen d'y porter remède.
Ces
raisons peuvent se résumer
ainsi: les préceptes moraux ne sauraient avoir
d'efficacité sociale
dans une société donnée, que s'ils sont
adaptés aux conditions de cette
société, que s'ils résolvent les problèmes
posés dans cette société. Le
livre de M. Bureau contient, à ce sujet, des indications
multiples. Au
fond, cela revient à dire qu'une morale simplement
superposée à un
groupement social, mais non vécue par lui, demeure inerte et
sans effet
en ce qui concerne ce groupement, quelque vertu qu'elle ait pu avoir
dans d'autres. Par suite, si les soutiens les plus fermes de la morale
s'isolent de la vie et dans la mesure où ils s'en isoleront, la
morale
se trouve en danger. Comme elle ne répond plus aux besoins de
ceux qui
vivent une vie intense, elle est abandonnée par eux, non pas
seulement
sous la forme surannée qu'elle revêt en fait à
leurs yeux, mais sous
toutes ses formes. Et ils en viennent à douter de la morale
elle-même
puis à la nier, puis à enseigner doctrinale ment qu'elle
n'est, en
aucune manière, un élément constitutif de la
société. M. 'Bureau
retrace les tentatives,
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suivies de lamentables échecs,
auxquelles les
enfants de l'esprit nouveau se sont livrés pour remplacer la morale
ancienne. D'abord, au XVIIIè siècle, on a imaginé
qu'il fallait confier
à la « nature" le rôle que l'on refusait à la
morale. L'illusion a été
de courte durée; la nature, sans frein, a vite montré
où elle
conduisait. On s'est adressé alors à
l'intérêt en insistant sur
l'harmonie des intérêts privés et de
l'intérêt général. Des
considérations justes et profondes sont sorties des recherches
entreprises dans ce but. Avec une vue perçante des
conséquences
éloignées, on peut bien, en effet, arriver à
démêler le point de
rencontre de l'intérêt privé et de
l'intérêt général, mais
l'égoïsme
individuel n'a point coutume de porter ses regards à de si
longues
distances, ni surtout de chercher si loin de lui les motifs de ses
déterminations.. Il a donc fallu renoncer aussi à
remplacer la morale
par la pure considération de l'intérêt bien
entendu. Découragés, ceux
qui ne voulaient pas d'une morale imposée;
révélée, ont demandé à la
science de leur en suggérer une que l'on pût
considérer comme
indépendante. La science, consultée, s'est refusée
à inventer une
morale nouvelle, mais plusieurs de ses adeptes ont fait effort pour
découvrir à la vieille morale un fondement exclusivement
scientifique.
Cela nous a donné la morale de l'évolution, puis la
morale de la
solidarité. M. Bureau insiste spécialement sur la
dernière, et la
partie de son ouvrage qu'il consacre à sa critique est, à
coup sûr, une
des plus curieuses et des plus nouvelles. Il montre avec une grande
abondance de preuves que la solidarité est, suivant les
circonstances,
bonne ou mauvaise conseillère en fait de morale, qu'elle est une
force
sociale, mais une force sans direction. Et nous voilà encore
sans
morale ou avec une morale sans-fondement, ce qui est tout aussi grave
dans le cas particulier de notre société moderne.
Les
transformations profondes
qui se sont opérées en elle ne lui permettent pas, en
effet, de vivre
avec les applications de la morale qui lui convenaient ou qui,
tout au
moins, lui suffisaient, à la rigueur, autrefois. Deux raisons
principales s'y opposent: en premier lieu, l'homme dispose aujourd'hui
d'une puissance beaucoup plus grand sur les forces naturelles; il peut,
à son gré, accepter ou refuser certaines
conséquences de ses actes
qu'il lui fallait subir autrefois; la concentration industrielle et
commerciale met entre les mains de ceux qui la réalisent des
moyens
d'action redoutables, plus énergiques et d'une portée
plus étendue que
les moyens d'action anciens. Et comme le pouvoir ainsi acquis est par
lui-même dépourvu dé direction morale, comme il
peut indifféremment
devenir une source de corruption ou de progrès moral, il faut
une
éducation morale plus vigoureuse et plus profonde pour en
assurer le
bon emploi. Toute autorité comporte une responsabilité;
tout
accroissement d'autorité comporte un accroissement de
responsabilité et
réclame, par conséquent, un accroissement correspondant
d'éducation
morale. C'est pourquoi notre société moderne a besoin de
plus de
moralité, précisément parce qu'elle dispose d'une
puissance plus
considérable.
En second
lieu, elle a besoin
de vertus morales spéciales et assez différentes parfois
de celles qui
étaient en honneur jadis, bien que s'alimentant à la
même source de la
morale éternelle. Ici, je ne puis donner qu'un exemple à
titre
d'indication. Autrefois, la docilité était une des
qualités que
l'éducation traditionnelle s'appliquait le plus à nous
inculquer. Elle
avait eu, en effet, un rôle important dans une
société très
hiérarchisée et comportant des cadres fixes ou peu
modifiables. Elle
conserve encore une valeur sociale de premier ordre dans les rares
milieux patriarcaux auxquels l'isolement et des conditions de vie
très
exceptionnelles permettent de subsister sans grand. changement dans
leur organisation sociale. Mais elle n'est visiblement pas la vertu
dominante que réclame notre société
française moderne. Chez nous, en
effet, l'évolution de la vie matérielle a brisé
les cadres anciens, les
hiérarchies traditionnelles,
et les conditions
nouvelles de cette vie matérielle ne permettent pas de les
reconstituer
sur d'autres bases. Il faut plus de souplesse, plus de liberté,
d'action, plus d'indépendance pour assurer la marche de la
machine
sociale moderne. Ce n'est pas là une
question de tendances,
d'idées;
c'est une nécessité qui s'impose.
Précisément parce que la vie moderne
crée de lourdes responsabilités, ces
responsabilités ne peuvent être
confiées qu'à une élite constamment
sélectionnée. Les qualités
nécessaires pour conduire une très grande entreprise sont
rares et
complexes; elles ne sauraient être l'apanage
héréditaire de personne.
Et, d'autre part, il faut que l'initiative soit très
répandue pour
vivifier le travail et aussi pour permettre à de nombreuses
individualités l'apprentissage éventuel des directions
suprêmes. Notre
organisation matérielle exige donc plus d'esprit d'entreprise,
plus
d'effort et de réflexion personnels que de docilité. Et,
remarquons-le
en passant, c'est une nouvelle raison d'avoir une
formation morale plus forte
et plus
universelle. Dans l'enfant de l'école primaire, il peut y avoir
un
futur chef. Si les leçons élémentaires de la
morale ne pénètrent pas
son intelligence et n'inspirent pas sa conduite d'enfant, la lacune se
retrouvera plus tard augmentée de toute l'importance de la
situation à
laquelle il sera parvenu.
Ainsi
notre société a besoin à
la fois d'un plus haut degré de moralité, d'une morale
adaptée à ses
conditions, et, à cause même de ces conditions, d'une
morale non pas
réservée à quelques-uns, mais largement
répandue chez tous.
Avec de
semblables exigences,
elle ne peut pas se désintéresser du fondement de la
morale. Elle ne
saurait se contenter de voir ses philosophes et ses savants plus ou
moins vaguement d'accord sur quelques grandes vérités
morales; il lui
faut plus. Il lui faut se faire une morale, c'est-à-dire
interpréter
les principes essentiels de la morale universelle et éternelle
en
fonction des conditions nouvelles où elle se trouve.
Manifestement, la
« foi du charbonnier est radicalement incapable de cette
interprétation, seuls, ceux qui ont raisonné leurs
convictions morales;
c'est-à-dire ont établies sur une base certaine, qui
peuvent les
justifier, c'est-à-dire ceux qui connaissent le fondement de la
morale
à laquelle ils croient peuvent l'entreprendre.
Un
phénomène analogue se
retrouve, d'ailleurs, dans tous les états de crise; il en est la
caractéristique. Il y a crise dans le monde du travail lorsque
les
pratiques coutumières ne suffisent plus à rendre
rémunératrices les
méthodes adoptées, lorsque les conditions reconnues
jusque-là efficaces
pour la paix des ateliers cessent de l'assurer. Alors, l'intervention
de véritables directeurs du travail devient nécessaire
dans la ferme
abandonnée
par le cultivateur routinier,
dans
l'usine désertée par l'industriel ruiné et par les
ouvriers mécontents.
Ce n'est pas une reprise qu'il faut, c'est une réorganisation.
Il y a
crise dans le monde intellectuel quand, en présence de
phénomènes
nouveaux ou de conséquences inattendues de
phénomènes anciens, les
docteurs voient des théories longtemps admises et
enseignées par eux
s'effondrer sous le contrôle des faits. Alors, chacun tourne les
yeux
vers les vrais hommes de science qui, ayant haussé leur
intelligence
au-dessus des limites de leur savoir, ont toujours connu la valeur
relative de leurs enseignements, et qui, sans s'émouvoir des
ruines qui
les entourent, y retrouvent les matériaux d'un édifice
plus solide et
plus beau. Dans l'ordre moral, également, les crises
réclament autre
chose que les conseils des simples dépositaires de la morale, de
ses
docteurs officiels; il faut, pour les résoudre, des hommes
vivant
intensivement et activement leur vie morale et sachant pourquoi ils la
vivent.
Les
lecteurs de Demain qui
auront bien voulu me suivre jusqu'ici, ne manqueront pas de tirer
eux-mêmes la conclusion qui se dégage, pour les
catholiques, du livre
de M. Bureau. Nous avons une lourde responsabilité dans la crise
morale
présente, non pas seulement. par nos défaillances
individuelles, mais
collectivement, comme "catholique". Les vérités morales
fondamentales
auxquelles nous sommes attachés, dont nous proclamons avec
raison la
souveraine efficacité, ne sauraient être jugées par
la masse des hommes
d'après leur valeur...
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La Chambre des
Lords et le Gouvernement libéral
Londres, 21 avril.
Ce n'est
pas la première fois
qu'un gouvernement libéral est entré en lutte directe
avec la Chambre
des Lords, et même, dans une occasion précédente,
l'opinion publique
était bien plus montée que cette fois-ci. Aucun
gouvernement libéral ne
s'est trouvé dans une situation aussi mauvaise vis-à-vis
de la Chambre
des Lords que celui de lord Grey, en 1832, et cependant le peuple a
soutenu avec plus d'enthousiasme le grand Reform Bill. qu'aucune autre
réforme libérale. Mais la Chambre des Lords, sous la
prudente direction
du duc de Wellington, se rendit en temps opportun aux vœux
exprimés par
le peuple et créa un précédent et une règle
pour toute action future de
la seconde Chambre. Il y a aujourd'hui une loi qui, sans être
écrite
dans la Constitution, permet à la Chambre des Lords de
résister à la
volonté de la Chambre des Communes au sujet d'une mesure
particulière,
même peu après une élection, si elle suppose que
cette mesure n'est pas
l'expression exacte de la volonté populaire. Mais, si une
deuxième
élection générale a lieu et que le peuple ayant
connu cette mesure dans
tous ses détails élit encore une majorité en sa
faveur, la Chambre des
Lords se considère comme constitutionnellement obligée de
se rendre à
une telle majorité et d'accepter sa décision. Quelque
opposés que les
pairs puissent lui être en principe.
Un cas
bien, plus complique et
plus difficile était celui du Home Rule Bill, de M. Gladstone,
car, sur
ce sujet, la volonté populaire pouvait sembler avoir
été clairement
exprimée et une majorité avoir été
gagnée sur la question même et sur
le principe du Home Rule clairement posée devant la nation. Mais
quoiqu'il ait pu alors sembler que la Chambre des Lords avait
usé
jusqu'à l'extrême limite de ses prérogatives, il
fut prouvé que les
Lords avaient raison: ce n'était pas le Home Rule Bill qui avait
gagné
à M. Gladstone sa majorité, mais un certain nombre de
propositions
accessoires au moyen desquelles il avait attiré à lui des
partisans de
toute sorte, dont quelques-uns étaient indifférents et
beaucoup
hostiles au principe du Home Rule. Et quand le gouvernement de M.
Gladstone en appela une seconde fois au pays, il fut vaincu par une
majorité décisive. En conséquence, la position de
la Chambre des Lords,
au lieu d'être affaiblie par un usage plutôt hardi de ce
pouvoir, fut
considérablement renforcée, et les menaces dont les pairs
avaient été
assaillis par le gouvernement libéral avant de se
représenter devant le
pays ne firent que grandir leur réputation en donnant toute
l'apparence
du courage à leur opposition aux plus populaires, aux plus
expérimentés
et aux plus éloquents leaders que le parti libéral ait
jamais possédés.
Les membres de la Chambre des
Lords
avaient acquis un tel prestige
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par leur courage, leurs qualités
de
gouvernement et leur patriotisme éclairé, dont la
résistance au Home
Rule qu'ils semblaient avoir définitivement
évincé, paraissait être la
preuve manifeste, qu'ils pouvaient considérer leurs positions
comme en
fait sûres et virtuellement imprenables. Dangereuse illusion!
Il est
bien vrai que le peuple
anglais est attaché, à un degré singulier,
à toute institution entourée
de souvenirs historiques. Il a appris aussi par une amère
expérience
que la réforme qui vient de l'intérieur était bien
préférable aux
réformes extérieures et apparentes. Il a vu la Chambre
des Lords
détruite, et apparemment détruite pour toujours. Mais le
malheur fut,
comme M. Birrell l'a fait remarquer, que celui qui détruisit la
Chambre
des Lords détruisit aussi la Chambre des Communes. Il a vu la
Chambre
des Lords revenir après sa destruction et obtenir une puissance
plus
grande que jamais. il a, bien plus, vu la monarchie et l'Eglise
d'Angleterre apparemment anéanties, et il a vu la monarchie
revenir
plus absolue que jamais, et l'Eglise devenir plus puissante et plus
exclusive qu'elles n'avaient jamais été avant le
règne de Charles 1er.
De ces
événements, la majorité
des Anglais a conclu que la destruction des institutions historiques,
aussi longtemps qu'elles ont de la vie en elles, agit comme une sorte
d'élagage et ne fait que concentrer la vitalité qu'elles
possèdent et
même ajouter un nouvel élément
d'intérêt et de dignité à leur histoire.
Néanmoins, l'apparente
modération des réformes anglaises résulte de cette
expérience et ne
vient pas d'une modération dans leurs convictions. Ils
enlevèrent à
l'Eglise protestante d'Irlande son caractère officiel,
même d'accord en
cela avec les catholiques romains irlandais, malgré leurs
préjugés
anticatholiques (plus forts alors qu'aujourd'hui) parce qu'ils
étaient
convaincus que l'Eglise protestante d'Irlande était dans une
situation
anormale. Mais, aujourd'hui, les pairs conservateurs eux-mêmes ne
pourraient essayer de nier que la position de la Chambre des Lords, au
milieu de la démocratie envahissante, est, au plus haut
degré, anormale.
En
conséquence, il n'y a pas de
doute dans le pays qu'une réforme. dans la seconde Chambre soit
nécessaire et certaines réformes ont été
proposées et même formulées
non seulement par les libéraux (en tant que membres de la
Chambre des
Communes et sans engager le gouvernement) mais aussi par un pair
libéral comme lord Rosebery et même par feu lord Salisbury
et le
présent lord Dunraven.
Mais
aucune de ces propositions
n'a soulevé un profond intérêt dans le pays, et
vraiment la grande
majorité du peuple y a à peine fait attention. Il sent,
en premier
lieu, qu'il ne connaît pas assez les détails de la
question pour se
faire une opinion. SI les réformes sont proposées par un
conservateur,
le peuple les trouve trop détaillées, trop complexes et
trop
académiques...
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