Nos:
Deuxième année, Numéro 85
VENDREDI 7 JUIN 1907
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE


















NOTRE PROGRAMME






















Charles van HAECKEN  Réglementation minière et
Crise  du parti catholique en Belgique
Jérôme LABOURT  . . . .
 Le Haut Enseignement catholique
P.L. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
  Dogme et critique
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    A l'Institut catholique de Paris. -  Le Sillon. - La Question des presbytères.
    LETTRES A L'ÉDITEUR
Alfred Loisy: La Revue d'histoire et de littérature religieuses. - Georges BERTRIN : M. Ollé-Laprune et l'Immanence. - Georges BERTIER : A propos du Sillon. - J. DELCOURT : Les Romans d'un converti.

BULLETIN POLITIQUE
        On savait déjà par une note officieuse du Vatican que les traductions des papiers Montagnini n'avaient pas été faites avec l'exactitude scrupuleuse qui eût convenu. Les débats de la Commission d'enquête viennent de confirmer cette note et de montrer avec quelle légèreté avait agi dans cette occasion le grand défenseur des garanties de la liberté individuelle qu'est M. Clemenceau. La Commission a déclaré que les erreurs de détail commises n'infirmaient pas l'authenticité des pièces publiées. Il y a un moyen bien simple de le prouver, qui est devenu pour le Gouvernement un impérieux devoir de justice: c'est la publication intégrale du texte italien.
    Le congrès diocésain de Paris a consacré une de ses séances à la question de la presse. Le rapporteur, homme du métier, a très bien su mettre en relief les conditions de vie du journalisme moderne et la nécessité pour les catholiques d'avoir des sources d'informations du premier ordre, au double point de vue de l'exactitude et de l'indépendance. La complicité du télégraphe et du téléphone donne au mensonge une portée démesurée et jamais sans doute la calomnie ne fut aussi efficace qu'à notre époque. Il importe donc que la presse catholique soit en mesure de répondre aux informations effrontées de l'adversaire ou de l'ennemi. Le rapporteur en a souligné la nécessité dans les termes les plus heureux. Il ne manqua qu'une conclusion à son rapport prendre, pour le compte de la presse catholique tout entière, la résolution d'éviter le péché reproché à autrui. Beaucoup de journaux catholiques qui se plaignent de l'enténêbrement des âmes, ont mis sous le boisseau des vérités qui eussent illuminé le monde. Des publicistes catholiques ont poursuivi et poursuivent chaque jour encore leurs frères de mensonges calomnieux. C'est bien de protester contre les mensonges effrontés d'autrui; ce serait mieux de s'abstenir soi-même de déshonorantes perfidies. Il y a là, pour les auxiliaires ou les défenseurs de la vérité religieuse dans les conditions nouvelles de notre vie publique où le papier imprimé joue un si grand rôle, un danger d'une gravité sans partie. Que les représentants des causes les
plus sacrées se gardent bien de les laisser servir  et d'être servis eux-mêmes par tous les moyens.
    La question des garanties légales réclamées par les fonctionnaires contre l'Etat, leur employeur, se pose en termes de plus en plus pressants. Tout semble indiquer qu'il y sera répondu par une équitable transaction entre le droit sans appel de l'un et les tendances insurrectionnelles des autres. Que les fonctionnaires puissent se concerter pour une brusque cession du travail, c'est ce que l'ordre public ne peut admettre. Leurs privilèges doivent avoir des obligations spéciales pour contrepoids. Mais l'Etat, de son côté, a des devoirs vis-à-vis de ses employés, et il donne à ces derniers, quand il y manque, le droit de manquer à leur tour aux leurs. Lorsque, sur des sommations de politiciens, un préfet sacrifie par exemple l'instituteur qui a refusé de se faire un agent électoral servile, tous les instituteurs qui sentent violé en la personne de l'un d'eux le contrat qu'ils ont passé avec les pouvoirs publics, réclament justement, à ce moment-là, les privilèges des travailleurs libres dans le rang desquels, par l'arbitraire et le favoritisme de la hiérarchie, ils se trouvent pour ainsi dire ramenés. Ils se prévalent logiquement alors du droit de grève. La loi sur les associations de fonctionnaires, si elle interdit le droit de coalition pour la cessation du travail, doit avoir, pour corollaire, un remaniement de la législation relative au statut individuel du fonctionnaire lui-même. Un des membres de la Commission parlementaire chargée de l'étude du projet officiel, M. Jeanneney, député de la Haute-Saône, vient de déposer un intéressant contre-projet; ce législateur est également désireux d'assurer des garanties individuelles aux travailleurs de l'Etat et, aux pouvoirs publics, la discipline qu'ils sont en droit d'exiger de leurs collaborateurs. Le Pouvoir ne peut assurer l'ordre s'il ne distribue en même temps la justice.
Une querelle de race qui paraissait assoupie depuis au moins un demi-siècle mais qui couvait sourdement sous ce semblant de sommeil, vient de se réveiller en Belgique avec une inquiétante âpreté. Les Wallons et les Flamands, les uns de langue et d'affinités françaises, ces derniers d'idiome et de tempérament germaniques, et dont la juxtaposition constitue l'unité belge, luttent pour la prépondérance de leur culture réciproque. L 'offensive a été prise par un parti de Flamands qui s'irritent de voir l'esprit français gagner de plus en plus la Belgique dirigeante, mieux que cela, entamer les masses flamandes elles-mêmes. Les flamingants, dont beaucoup de Flamands, d'ailleurs, n'épousent pas les revendications, exigent en somme l'équiparité pratique des deux langues à tous les degrés de l'enseignement et dans tous les actes de législation et d'administration publiques, ce qui équivaudrait à faire de la Belgique une nation absolument dualiste. Le fond de cette rivalité n'est point, bien entendu, une question littéraire. La querelle bi-linguistique n'est que l'expression d'une rivalité religieuse et politique manifeste. La race Wallonne, à affinités françaises, représente surtout l'élément libéral et démocratique du royaume belge; la race flamande, de source germaine, reste beaucoup plus fidèle au catholicisme et, en général, à la politique d'immobilisme social et d'autorité.



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Réglementation Minière
 et La Crise du Parti Catholique Belge

    La crise ministérielle, qui vient de se dénouer par la formation d'un cabinet de Trooz-Delbeke-Helleputte n'est qu'un des symptômes du mal profond dont souffre le parti catholique dans notre pays. Tenant à la constitution de semblable groupement, dont déjà nous avons dénoncé le caractère factice, ce mal ne devait pas tarder à paraître à la surface et à sortir ses effets successivement en tous les domaines, le jour où, leurs griefs redressés, les vainqueurs de 1884 auraient épuisé leur programme primitif. Qu'on ne s'en soit point douté 'au début, c'est-à-dire durant la période de réalisation des réformes dont l'impérieux besoin avait amené un changement de gouvernement, rien de bien étonnant à cela. A considérer l'entente qui régnait dans la majorité, les hommes peu habitués à pénétrer les choses à fond, - et n'est-ce pas la masse? - pouvaient être persuadés que, pour assurer la cohésion d'un parti, rien n'était comparable à la communauté des idées religieuses. Aussi aujourd'hui encore est-ce aux croyances de cet ordre que font appel tous ceux qui envisagent la prédominance des adeptes de la vraie religion comme le service éminent entre tous à rendre à celle-ci et voudraient, en conséquence, maintenir à n'importe quel prix leur entente sur le terrain électoral.
    Déjà cependant la révision constitutionnelle avait, sur les importantes mesures alors préconisées, révélé des divergences d'opinions si graves que, n'eût été l'absolue nécessité, pour conserver le pouvoir, de se serrer étroitement, et, pour trouver un aboutissement honorable, de suivre le seul homme capable de mener à bien une entreprise aussi périlleuse  la droite se fût irrémédiablement divisée. Depuis, presque tous les problèmes dont la solution n'avait pas été indiquée dans le programme de 1884 ont suscité des désaccords tout à fait déroutants pour les esprits simplistes qui, voyant dans la pratique d'une même foi un motif suffisant d'action politique combinée, demandent à la religion ou plutôt aux ecclésiastiques, - qu'ils appellent l'Eglise, - la clé de toutes les difficultés inhérentes à la direction de l'Etat. Sourd encore en matière d'agriculture, de législation douanière ou de langue, le conflit s'est accusé et accentué dans les questions militaires; il devient profond et flagrant sur le terrain social dès que, laissant de côté les institutions d'assistance ou d'encouragement auxquelles sans peine tout le monde se rallie, on touche un tant soit peu aux problèmes qui gravitent autour du contrat de travail. Déjà, à raison de conceptions nouvelles s'affirmant en ce dernier domaine, la majorité avait dû ouvrir ses rangs à un élément plus jeune: les démocrates chrétiens. Cependant, comme s'ils n'avaient dès lors plus à tenir compte et des idées dont ils venaient de subir les représentants et des besoins qu'elles traduisaient, les ministères de Burlet, Van den Peereboom et de Smedt de Naeyer, - ce dernier surtout, - en arrivèrent, ainsi que nous l'avons montré dans une précédente lettre, à une politique purement conservatrice, sans programme défini, mais néanmoins de plus en plus autoritariste.
    C'est sous la poussée des idées démocratiques et en vertu d'une conception plus progressive du rôle de l'Etat, comme aussi d'un plus grand souci de l'esprit parlementaire que, sans concert préalable, semble-t-il, certains membres de la majorité, amenés plusieurs fois déjà 
à s'opposer à ce mouvement à rebours, se séparèrent du gouvernement ,dans la loi sur les mines et le mirent en échec.
  L'événement est assez significatif et assez grave d'ailleurs pour qu'on examine de près, avec le conflit qui en est sinon la cause, les conséquences qu'il comporte.
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      Il y a nombre d'années que les géologues avaient pressenti l'existence, soit à titre distinct, soit comme prolongement de celui de Liège, d'un bassin houiller dans le nord de notre pays. Mais, à raison de l'épaisseur et de la mobilité des morts-terrains qui le recouvrent, on pensait encore qu'il ne serait jamais industriellement exploitable, lorsque des sondages exécutés en 1898, 1899 et 1901 permirent d'abord de recouper le houiller improductif à deux cent soixante-quinze mètres de profondeur, puis d'atteindre le charbon vers les cinq cents mètres (2).
     Dans le fond, les prévisions des savants étaient confirmées; les recherches successives auxquelles il fut procédé permirent de les rectifier dans les détails, en révélant le tracé exact du nouveau bassin. Continuant à travers le Limbourg hollandais, celui de Westphalie, ce bassin s'étend d'est en ouest au nord de la Belgique et suit assez sensiblement le 51è parallèle depuis la Meuse, au point où elle nous sépare de nos voisins jusqu'aux: approches d'Anvers. Il couvre ainsi, sur une largeur de douze kilomètres environ, une distance reconnue de quatre-vingts kilomètres, sous la partie méridionale de cette région désolée et aride désignée par le nom de Campine et qui contraste singulièrement avec la légion contiguë mais plus occidentale des Flandres.
    Cette découverte était pour les populations flamandes de cette contrée si pauvre et pour la Belgique industrielle une aubaine inespérée dont les capitalistes songèrent aussitôt à tirer profit. Mis en demeure de leur octroyer des concessions, le gouvernement estima que notre législation des mines, vieille de plus de soixante-dix ans, - elle date de 1810 et 1837, - était démodée et qu'il importait tout d'abord de la rajeunir.
    Le ministre du travail saisit donc la Chambre d'un projet élaboré avec le concours de ses bureaux. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner le régime préconisé pour le bassin du Nord; mais comment ne relèverions-nous pas que si l'on avait songé a réclamer des futurs ingénieurs une connaissance approfondie du flamand, - disposition que l'opposition de droite et de gauche fit modifier, - on avait complètement oublié les mesures propres à sauvegarder la santé des ouvriers en garantissant une race inaccoutumée aux durs travaux de la mine contre les causes de dépérissement dont ne souffrent que trop les houilleurs de la Wallonie? Aussi, tandis que, toujours soucieux des "intérêts de industrie», les conservateurs, cléricaux: ou doctrinaires, appuyaient le projet du gouvernement, pendant que, hantés de rêves collectivistes, les socialistes poursuivaient avant tout la mainmise de l'Etat sur les richesses à partager et préconisaient l'exploitation directe de celles-ci par celui-là, quelques parlementaires, plus conscients des besoins de la société moderne et mieux avisés, pensèrent-ils qu'en l'espèce il y avait autre chose qu'un simple régime de propriété à organiser et que des gens d'affaires à favoriser. Ils se dirent qu'après tout le sort et la vie des ouvriers auxquels on ferait appel avaient aussi leur importance et méritaient peut-être bien de tenir dans les préoccupations du législateur une place au moins égale à celle qu'y prenaient les susceptibilités flamingantes.
(2)

C'est le 2 août 1901 que la houille était rencontrée à Asch par M. Dumont, professeur d'exploitation des mines à Louvain. Des recherches dirigées par lui et par d'autres, il résulte que sur cent mètres de terrain carbonifère, l'épaisseur totalisée des couches exploitables (c'est-à-dire des couches de plus de quarante centimètres de hauteur), varie, suivant les faisceaux, d'un à trois mètres et demi. Identique à celui du Sud, le bassin du Nord contiendrait toutes les espèces de charbon, sauf l'anthracite. On évalue sa capacité à huit milliards de tonnes et on estime qu'un siège armé (à deux puits) nécessitera, avant tout travail d'extraction, une immobilisation de dix millions de francs.
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