Nos:
Deuxième  année, Numéro 86
VENDREDI 14 JUIN 1907
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE


















NOTRE PROGRAMME






















C. RIBOUD . . . . . . . . .    Un Collège ouvrier en Angleterre :
      Ruskin College.
J.-K. HUYSMANS . . .
 Lettres Inédites
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    L'Episcopat français et la loi de séparation. - Le Rinnovamento. -
Le quatrième Evangile.

LETTRES A L'EDITEUR
Pierre BATIFFOL Les Evangiles et la Critique. -
Joseph BRUNES,  Georges RENARD,   G.G.? Le Sillon et la Politique;
REVUE DES PERIODIQUES
Notes bibliographiques. - Dernières publications.

BULLETIN POLITIQUE
        Les manifestations désordonnées dont les départements vinicoles du Midi de la France nous donnent le spectacle mettent en lumière de singuliers états d'esprit. Dans les masses administrées, l'idée que l'Etat est tout, peut tout et doit tout devient une sorte de postulat enfantin de plus en plus difficile à extirper des cervelles. Stuart Mill, qui fut l'analyste le plus précis de cette mentalité sociale, n'était cependant pas allé jusqu'à prévoir qu'on exigerait un jour de l'Etat de se faire marchand de vin. Ce jour est arrivé. Rapportez-vous en, à ce sujet, au duel oratoire qui eut lieu l'autre jour entre M. Aynard et M. Jaurès, au Parlement. Une autre remarque qu'entre plusieurs l'agitation méridionale nous suggère, c'est la conception qu'ont de l'ordre certains partisans pour ainsi dire professionnels de l'autorité. A lire leurs journaux, on voit bien; il y a deux ordres, celui qu'on assure et celui qu'on subit et que le premier seul est légitime.
    Les représentants des nations s'acheminent vers la Haye où ils doivent être rendus le 15 de ce mois. Et la discussion du pacifique programme s'engagera aussitôt. Espérons qu'elle ne dégénérera point en bataille. Cette deuxième Conférence internationale se distingue par l'exclusion du représentant de Celui qui vint apporter la paix ici-bas. Le délégué du Pape n'y est pas admis. De cette exclusion singulière, plusieurs explications ont été données. Ce fut tout d'abord, dit-on, la France qui s'y opposait. Mais on allègue aujourd'hui, et avec certaines apparences de vérité, que c'est à la demande de l'Allemagne que le Saint-Siège a été écarté d'un conseil où il n'aurait pu apporter que des suffrages de paix et de conciliation, toutes choses dont un empire, jeune encore, entend difficilement parler. Quoiqu'il soit des raisons ou des agents qui ont fait exclure cette puissance spirituelle, le fait en est regrettable. On avait espéré que la deuxième Conférence se départirait de la position trop platonique adoptée par sa devancière. On y compte moins depuis quelques jours. La question de la limitation des armements n'y sera pas posée L'Angleterre, pourvue d'un matériel 
naval qui défie présentement toute force analogue, avait proposé cette limitation.
     L'Allemagne, dont le Programme maritime est en vois de réalisation seulement, refusa d 'y accéder. En vain  l'Angleterre objecta-t-elle que l'armée allemande compensait largement, par son écrasante supériorité, le déficit naval de l'empire. Berlin a répondu que ses plénipotentiaires quitteraient la salle du Congrès pendant toute la durée de la discussion d'une proposition semblable. L'Autriche, sa seconde, a fait savoir tout aussitôt que telle serait également l'attitude de ses propres délégués. C'est ainsi qu'un classement de forces analogue à celui qu'on put constater lors d'Algésiras semble se préparer à la Haye et qu'on traitera de la paix dans des termes exclusivement militaires. On en traitera cependant. Et en vertu de la fatale force de solution de toute question posée, comparable à l'aboutissement plus ou moins prompt de tout projectile dans sa trajectoire, le divin programme: « Que la paix soit avec vous !» verra, bon gré, mal gré, accroître la somme de ses réalisations. Sans doute, il est de bon ton, surtout dans certains milieux qui se prévalent cependant d'idéal chrétien, de persifler cette chimère, le pacifisme. Il faut cependant en prendre son parti, être ou ne pas être chrétiens. Sans doute, le bienfait de la paix est subordonné à la vertu de justice, et il ne peut être question de nous abandonner sans défenses aux brutalités de qui enfermerait toute la morale dans son poing. Mais la force n'est point l'ennemie de la paix. Elle peut être même l'unique moyen de l'assurer.
    Les incidents de Bergame ont eu pour résultat de ramener au premier plan la question du non expedit. Le Vatican a cru devoir expliquer que cette défense. existait toujours en principe avec la même signification que dans le passé et que des dérogations à la règle générale ne pouvaient être consenties que dans des cas déterminés et en vue de combattre des candidatures « subversives». Seulement, il arrive ce qui devait arriver logiquement  les électeurs catholiques ne. font pas les distinctions nécessaires, et il est actuellement bien acquis en Italie qu'en fait le non expedit a vécu. De plus, cette autorisation d'aller aux urnes contre tel candidat « subversif», pour tel autre « anti-subversif», est difficilement acceptée par bon nombre de catholiques, puisqu'elle peut ainsi revenir à une désignation de candidats par l'autorité ecclésiastique. Sur ce point, l'Osservatore Cattolico, de Milan, s'exprime fort nettement dans un article intitulé "Finissons-en". « Lorsque les catholiques ont la permission de voter, dit-il, ils se trouvent dans la' même condition que tout autre. citoyen, c'est-à-dire libres d'agir dans les limites de. la loi et conformément aux principes généraux de la morale chrétienne, principes tellement simples et lumineux qu'ils n'ont vraiment pas besoin d'éclaircissements pour être appliqués.» Seulement, qui fixera, dans ce cas, quel est le. candidat« subversif», car il est fort possible que pour un catholique conservateur et pour un catholique de la Ligue démocratique nationale, ce ne soit pas le même, et si l'on s'en remet de ce soin à l'autorité ecclésiastique, c'est le retour à une solution qui, mêlant étroitement les choses de la religion et celles de la politique, resta grosse de conséquences pour l'avenir.




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Un Collège ouvrier en Angleterre: RUSKIN COLLEGE (1)
    Dans les cours de l'aristocratique Université d'Oxford, on voit depuis quelques années des vestons et des chapeaux de feutre se mêler aux "caps and gowns' (2); ce sont ceux des étudiants de Ruskin College (3).
    Ruskin College est une Université populaire qui a l'ambition de donner aux ouvriers manuels de l'Angleterre, non une instruction générale comme celle qu'ils peuvent trouver dans les nombreuses institutions d'enseignement ouvrier qui existent déjà (4), mais une éducation purement sociale et politique.
    C'est là quelque chose de très nouveau; comme Ruskin College a prouvé, quoique fondé depuis bien peu d'années, que c'est une œuvre viable et pratiquement organisée, j'ai cru intéressant de l'étudier.
    Ruskin College a été fondé en 1899 par un Américain, M. Walter Vrooman. Le fondateur a fait vivre le Collège pendant trois ans, puis a dû cesser de s'en occuper pour raisons de santé. La pratique a montré quelles modifications il fallait apporter à l'œuvre primitive si l'on voulait qu'elle vive et l'on peut dire que l'on doit Ruskin College dans sa forme actuelle aux idées et à l'énergie persévérante des hommes qui, après M. Vrooman, en ont assumé la direction. Mais c'est sans conteste à son initiative hardie qu'est due une institution au sujet de laquelle les organisations ouvrières auraient été longues à se mettre d'accord, étant donné que rien du même genre n'avait encore été tenté. C'est aussi lui qui a su découvrir et choisir les hommes capables de surmonter les nombreuses difficultés auxquelles on devait forcément se heurter au début.
    Quoi qu'il en soit, voici, d'après les prospectus et les "tracts », quel était le but du collège :
    "Ruskin College a été créé en vue de mettre une éducation digne d'un citoyen à la portée de tout homme ou femme. Jusqu'ici une connaissance méthodique des problèmes de notre vie et de notre génération constituait un luxe inespéré, auquel ne pouvait prétendre la grande majorité de nos ouvriers. Et cependant ces hommes sont nos concitoyens, nos électeurs, les auteurs de nos lois. Le travailleur dans l'usine, le commerçant dans la boutique, le journalier dans les champs tiennent entre leurs mains la destinée du pays. Useront-ils de leur pouvoir avec un jugement calme et sain ou obéiront-ils à l'impulsivité des préjugés de l'ignorance! cela dépend de la somme de connaissances qu'ils possèdent. C'est pou; qu'ils puissent étudier scientifiquement les grands problèmes sociaux et politiques que Ruskin Hall a été créé. Aucun effort rationnel ne peut être tenté pour améliorer les conditions de la vie si nous ne connaissons pas quelques-uns des faits recueillis par l'expérience des hommes, quelques-unes des lois qui les ont guidés dans leurs progrès jusqu'à la civilisation contemporaine. Notre but est d'enseigner ces faits et ces lois d'une manière aussi simple que complète. Nous nous efforcerons de créer chez chaque étudiant le sens des responsabilités. Il apprend de manière à ce qu'il puisse élever (raise) sa classe et non en sortir (rise out). -
    Il s'agit, est-il écrit ailleurs, de permettre à la classe ouvrière de trouver en elle-même les intelligences nécessaires à sa direction. - Et. encore. .« Renseignez ceux de vos amis qui désirent ardemment développer leur esprit par des études sérieuses et se préparer à
faire leur devoir de citoyens.
    Le but de l'enseignement de Ruskin College est donc très précis; très limité.
  L'ouvrier joue depuis ces dernières années un rôle nouveau auquel il
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  faut le préparer : il est entré dans la politique pratique, c'est lui-même qui représente ses camarades dans les graves municipalités, au Parlement, qui y fait des lois; il y a là un apprentissage à lui. faire faire; il faut former sa conscience d'électeur, le persuader de l'importance de ses devoirs. Il se constituera ainsi un état-major de la classe ouvrière qui, une fois retourné à l'usine ou à la mine  avec des connaissances nouvelles, des espérances nouvelles, des sympathies nouvelles, des aspirations nouvelles - , y répandra l'esprit de Ruskin College, et par une lente propagation, fera peu à peu l'éducation de la classe tout entière l'instruction ne doit plus servir seulement à faire avancer quelques individualités bien douées de quelques échelons sur "l'educational ladder" - , sur l'échelle sociale; elle doit profiter à la masse: pendant trop longtemps elle n'a été qu'un agent de déclassement.
    On voit quel appel c'est faire à l'altruisme, à l'énergie morale, à l'esprit civique de l'ouvrier; il a su y répondre. .
    Ce double caractère d'enseignement civique et d'effort altruiste qui frappe tellement quiconque s'intéresse à Ruskin College ne saurait être mieux illustré que par l'histoire des premières années du Collège. Il est curieux de voir comment les étudiants surent faite servir des difficultés de ménage à leur éducation politique.
    Le fondateur avait décidé pour des raisons d'économie, et aussi philosophiques, qu'on se passerait de domestiques. Le travail d'intérieur devait être fait par les étudiants eux-mêmes, certains d'entre eux se réservant le plus gros et payant leur pension de cette façon-là.
    Or, en février 899, quand arrivèrent les premiers étudiants, le local n'était pas encore meublé; qu'on se représente la situation de vingt ouvriers, âgés de vingt-cinq à trente-cinq ans, sans expérience ménagère, qui se trouvaient obligés de faire marcher par leurs propres moyens une grosse maison, de l'entretenir et de trouver encore du temps pour leur travail. Pendant quelque temps ce fut l'anarchie.
    Puis, au bout de quelques semaines, un petit nombre d'étudiants se décida à organiser d'une façon à peu près stable le travail intérieur et à s'entendre sur un règlement. Ils le soumirent à leurs camarades puis au fondateur, et, une fois adopté, il devint la « règle de
l'organisation domestique de Ruskin College, plus connue sous le nom de « la Constitution - .
 C'est, en effet, un régime parlementaire; l'assemblée générale des étudiants se réunit tous les lundis soir pour élire une délégation de trois membres renouvelable par tiers toutes les trois semaines; elle entend les explications et le rapport de cette délégation et modifie la constitution, s'il y a lieu.
    La délégation est l'exécutif responsable, chargé de diriger tous les travaux, d'en désigner les titulaires et d'en fixer l'heure en respectant, toutefois, ...

(1) La plupart des renseignements contenus dans cet article m'ont été fournis par M. Bertram Wilson, secrétaire de Ruskin College, avec une amabilité extrême, et aussi par M. A.-E. Zimmern, fellow of New College, Oxford, lecturer à Ruskin College. Je les prie de recevoir ici mes plus vifs remerciements. J'ai aussi emprunté quelques citations à une conférence donnée par M. J. Bardoux au Musée Social, le 15 janvier 1907 (Mus. Soc. Docts, février 1907.)
(2) C'est la robe et le bonnet carré que les étudiants sont obligés de porter pour aller aux cours ou prendre part à une cérémonie académique quelconque.
(3) Un « college » anglais est un établissement d'enseignement supérieur. Les Universités d'Oxford et de Cambridge sont formées de la réunion de plusieurs collèges ayant leur administration et leurs biens propres; mais Ruskin College ne fait pas partie de l'université.
(4) Il faut signaler les écoles et bibliothèques populaires fondées par les trade-unions et les coopératives, les cours d'adultes créés par les County Councils, les University Settlements, l'University Extension movement (qui, d'ailleurs, n'a pas réussi à pénétrer dans les milieux vraiment ouvriers), les bourses Hughes et Neale, créées dans un collège d'Oxford (Oriel College), pour les fils de membres de sociétés coopératives, mais auxquelles on reproche d'être un agent de déclassement. (En fait, ces boursiers deviennent surtout professeurs ou clergymen.)
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    L'EPISCOPAT FRANÇAIS ET LA LOI DE SEPARATION
    L'Eclair Comtois vient de publier une importante lettre adressée par Mgr Fulbert-Petit à la comtesse de Franqueville et dans laquelle l'archevêque de Besançon explique les décisions prises par la première assemblée de l'épiscopat
        Archevêché de Besançon, le 11 avril I907.
    Non, certes, l'on n'a aucun motif d'accuser le Souverain Pontife d'avoir blessé la vérité dans sa seconde Encyclique. Ce qu'il y expose est absolument exact
    Après la première Encyclique condamnant la loi de Séparation et dans leur première assemblée plénière, les évêques de France furent consultés non pas "sur la légitimité de la loi", puisqu'elle était condamnée, mais sur cette double question
    1° Les évêques pensent-ils qu'il fût possible "pratiquement » d'accepter les associations cultuelles, telles qu'elles sont déterminées par la loi de Séparation, sans porter atteinte à la divine constitution de l'Eglise, à ses droits et à sa hiérarchie?
    Les évêques, à la presque unanimité (fere ad unum) et très librement, ont répondu Non.
    2° Les évêques pensent-ils qu'il serait possible de constituer des associations qui, sans violer la loi de Séparation, maintiendraient saufs les droits essentiels de l'Eglise, sa constitution et sa hiérarchie?  La majorité de l'assemblée pensa que cela était possible et le dit très librement, mais en soumettant respectueusement son opinion au jugement du pape.
Celui-ci, après avoir réfléchi et prié, usa du droit que lui donne son suprême magistère.
    Dans sa seconde Encyclique, il proclama, d'accord avec la presque unanimité de l'épiscopat (fere ad unum) qu'on ne pouvait instituer des associations cultuelles telles que les prévoit la loi de Séparation sans violer la constitution divine, les lois et la hiérarchie de l'Eglise et qu'elles restent définitivement condamnées.
    Quant aux associations proposées par les évêques avec des statuts établis par eux, le pape jugea qu'il ne pouvait en autoriser l'essai, tant que ne lui serait pas donnée la garantie certaine que, dans ces associations, la constitution, les droits, - la hiérarchie et les biens de l'Eglise seraient en pleine sécurité. Cette garantie  certaine et légale, l'épiscopat ne pouvait la lui donner. Les pouvoirs publics seuls le pouvaient faire. S'ils avaient donné cette certitude légale, la conciliation pouvait être tentée.
    Ils ne l'ont pas voulu.
    De même que les évêques avaient fait connaître « librement" leur pensée, aussi « librement, ils ont adhéré à la décision du Souverain Pontife, sans hésitation et sans exception.
    Telles ont été très exactement la position et la solution de la question.
    L'Eglise n'a jamais voulu la guerre. Depuis 1905, le gouvernement n'a jamais voulu sincèrement la paix, puisqu'il n'a jamais voulu consentir une législation que le dogme et la conscience catholiques pussent accepter.
    Voilà exclusivement pourquoi la lutte religieuse existe en France, aussi préjudiciable à l'Etat qu'à l'Eglise et tout à fait en opposition avec le véritable intérêt social.
    Je crois, Madame la Comtesse, avoir répondu à votre question, et je n'ai aucun motif de ne point vous autoriser a user de cette loyale réponse, absolument exempte de passion et de parti pris.
         FULBERT, Archevêque de Besançon.
Nous pouvons, à cette lettre, ajouter quelques précisions, désormais acquises à l'histoire. Les voici:
    A la première question « Approuvez-vous les associations cultuelles telles qu'elles ont été réglées par la loi de 1905 ?

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   Soixante-douze évêques répondirent non. Deux répondirent oui (sur soixante-quatorze présents). A la seconde question « Pensez-vous qu'il y aurait lieu de chercher un accommodement avec la loi et de créer  des associations qui soient légales, tout en respectant les droits de la hiérarchie ?
    Quarante-huit évêques répondirent oui. Vingt-six répondirent non.
,    Après ce second vote, on examina en détail les statuts élaborés par l'archevêque de Besançon. Lorsque ce travail fut achevé, le résultat en fut soumis à l'approbation de l'assemblée
    Cinquante-six évêques l'approuvèrent. Dix-huit le repoussèrent.
    Tels sont les faits sur lesquels certains évêques de la minorité cherchaient à créer des confusions, au cours de leurs entrevues avec Mgr Montagnini, confusions que la Croix s'efforçait récemment encore, contre toute évidence, à perpétuer.

LE "RINNOVAMENTO"
Voici la réponse qu'ont adressée au cardinal Ferrari les directeurs du Rinnovamento et qu'ils publient dans leur dernier numéro :
             " Milan, 15 via Bigli, 13 mai 1907.
    Ayant eu communication, dans la soirée du 10 mai 1907, par l'intermédiaire de l'Em. cardinal Ferrari, archevêque de Milan, de la lettre du cardinal André Steinhuber, préfet de la Sacrée Congrégation de 1'Index, publiée  dans l'Osservatore Romano du 3 mai:
    Nous soussignés, directeurs de la revue mensuelle il Rinnovamento, renouvelant l'expression de notre entier respect, comme catholiques, pour l'autorité ecclésiastique, exprimons notre douleur profonde de voir attribuées à notre œuvre des intentions qui nous furent toujours étrangères et qui sont en contradiction avec notre amour sincère de l'Eglise et repoussons de la manière la plus explicite la prétention de nous attribuer dans l'Eglise la fonction de docteurs.
    Mais nous ne croyons pas devoir cesser notre publication, parce que cet acte impliquerait de notre part la reconnaissance du droit de .la Congrégation de l'Index à imposer  aux laïcs l'abandon de  leurs  études religieuses, politiques et sociales, qui doivent être et paraître indépendantes, afin de ne pas justifier cette assertion que seulement hors de l'Eglise peut se rencontrer, avec la liberté des méthodes et le calme de la recherche, une sereine et sévère activité intellectuelle.
    Nous sommes les premiers à reconnaître les difficultés, et les insuffisances de notre œuvre; c'est pourquoi nous attendons les objections et nous acceptons les critiques,  soit du point de vue scientifique, faites au nom d'une, recherche plus large et plus sûre, soit du point de vue religieux, au nom d'une vie spirituelle plus élevée, soit du point de vue catholique, au nom d'une expression plus autorisée de la vérité chrétienne. Mais nous ne pourrons pas renoncer à penser et à exprimer notre pensée; nous ne pourrons surtout pas interrompre notre travail à son début avant d'avoir pu fournir à l'autorité elle-même et au public les éléments suffisants pour nous juger, nous; et notre œuvre, avec justice.
    Cette attitude, qui nous fait revendiquer pour nous et; pour les autres, sans orgueil mais aussi sans faiblesse, le droit de penser et d'étudier avec plus de confiance dans l'Eglise catholique, pourra peiner peut-être quelques consciences timides et fournir des armes à nos adversaires. Mais nous nous sentons disposés à voir incompris un acte loyal dont nous avons médité longuement et sans aucune préoccupation, personnelle toutes les conséquences possibles, et qui montre que la charité qui ordonne d'obéir, peut aussi imposer une humble mais ferme résistance à des mesures dont nous ne saurions justifier l'acceptation, ni devant notre conscience, ni devant celle des autres.
    Nous prions Dieu que dans cet acte puis. se manifester le très vif amour que nous portons à l'Eglise catholique, de laquelle nous ne voudrons ni ne pourrons jamais nous séparer.
Aiace-Antonio ALFIERI. Alessandro CASATI.
F .-Tommaso GALLARATI-SCOTTI.
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LE QUATRIEME EVANGILE
    Voici le texte du décret de la Commission biblique relatif à l'authenticité du quatrième Evangile
    Première question. - Si, abstraction faite de l'argument théologique, l'apôtre Jean, et non un autre, est démontré devoir être reconnu comme l'auteur du quatrième Evangile, - et ce, par un argument historique si solide que les raisons que les critiques apportent à l'encontre n'infirment en rien cette tradition laquelle existe, constante, universelle et solennelle dans l'Eglise dès le courant du IIè siècle, ainsi qu'il ressort surtout
    a) Des témoignages et allusions des saints Pères, des écrivains ecclésiastiques et même aussi des hérétiques, témoignages et allusions qui, dérivant nécessairement des disciples ou des premiers successeurs des Apôtres, se  rattachent par un nœud obligatoire à l'origine même du  Livre;
    b) Du fait que le nom de l'auteur du quatrième Evangile a été reçu toujours et partout dans le Canon et les Catalogues des Livres sacrés;
    c) Des plus anciens exemplaires manuscrits des mêmes Livres et de leurs versions en langues diverses.
    d) De l'usage liturgique public régnant, par suite, dans toute la terre, depuis les origines de l'Eglise.
    Réponse. - Oui.
    Deuxième question. - Si, les arguments intrinsèques, eux aussi, tirés du quatrième Evangile considéré séparément, ainsi que du témoignage de l'écrivain et de la parenté manifeste de l'Evangile lui-même avec la première Epître de l'apôtre Jean doivent être jugés comme confirmant la tradition qui attribue indubitablement le quatrième Evangile à ce même apôtre?     
    Et si les difficultés qui sont tirées du rapprochement de ce même Evangile avec les trois autres, en tenant compte de la diversité de l'époque, du but et des auditeurs pour lesquels ou contre lesquels l'auteur a écrit peuvent être résolues raisonnablement, comme les saints
Pères et les exégètes catholiques l'ont établi à diverses reprises.
Réponse. - Oui, sur les deux points.
Troisième question. - Si, nonobstant la pratique constante établie, dès les premiers temps, dans l'Eglise universelle, d'arguer du quatrième Evangile comme d'un document proprement historique, mais, en raison
du caractère particulier de cet Evangile et de l'intention manifeste de l'auteur de prouver et de défendre la divinité de Jésus-Christ d'après les actes mêmes et les discours du Seigneur, on peut dire que les faits rapportés dans le quatrième Evangile ont été inventés, en tout ou
en partie, en manière d'allégories ou de symboles doctrinaux, et que les discours attribués au Seigneur ne sont pas proprement et  véritablement ceux du Seigneur, mais de simples compositions théologiques d'écrivain quoiqu'ils soient   mis dans la bouche du Seigneur?
    Réponse. - Non.
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 Et le 29 mai de l'an 1907, dans l'audience gracieusement accordée aux deux révérendissimes consulteurs secrétaires, Sa Sainteté a ratifié les susdites réponses et leur a donné force de droit.
Fulcran VIGOUROUX, prêtre de Saint-Sulpice;
Laurent JANSSENS, de l'Ordre de Saint-Benoît...
Consulteurs secrétaires.


LETTRES A L'ÉDITEUR
Les Evangiles et la Critique

                    Toulouse, le 2 juin 1907.
    Monsieur le Directeur,
    M.. Georges Sorel, dont Demain expose les vues sur la critique des Evangiles dans son dernier numéro (11 mai), aura lu bien distraitement les travaux du R. P. Lagrange et les miens, s'il croit que la conclusion qu'il énonce, - à savoir qu'on ne pourrait extraire des
documents du Nouveau Testament « une biographie" quelque peu vraisemblable du fondateur du christianisme, est la conclusion qui se dégage de nos travaux. .
    Le R. P. Lagrange répondra, j'espère, à cette assertion. En attendant, il suffit de lire dans la Revue biblique ses articles sur les questions évangéliques et notamment sa magistrale critique de l'Evangile et l'Eglise (avril 1903), pour s'assurer que M. Sorel a parlé fort
inconsciemment.
    En ce qui me concerne, il faut que M. Sorel n'ait pas  pris garde à mes Six leçons sur les Evangiles ou à mon livre sur l'Enseignement de Jésus, pour n'avoir pas soupçonné que tout ce que j'ai écrit sur ces matières était l'antithèse de sa conclusion à lui.
    Aussi bien, la légèreté avec laquelle M. Sorel esquisse ce que Demain appelle une solution « neuve et originale"  de la question synoptique (solution qui n'arrêtera pas un instant quiconque connaît les données scientifiques du problème et l'état actuel de la question); pareillement, la légèreté avec laquelle il avance que le quatrième évangile « dépend étroitement du mouvement montaniste", (lequel lui est de soixante ans postérieur), sont deux indices révélateurs de sa méthode.
    Elle est fabuleuse.
    Laissez-moi cependant ajouter que c'est le signe d'une étrange confusion dans les idées que M. Sorel ait cru des critiques ecclésiastiques capables de penser qu'une biographie de Notre-Seigneur ne pouvait être extraite du Nouveau Testament. J'ai à peine besoin de souligner l'énormité doctrinale et critique de cette assertion.
    Agréez, Monsieur le Directeur, mes sentiments très distingués.
    Pierre BATIFFOL, Recteur de l'Institut catholique de Toulouse.

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 Le «Sillon" et la Politique
                Dijon, le 10 juin 1907.
    Monsieur le Directeur,
    Excusez-moi et que vos lecteurs m'excusent de parler à mon tour du Sillon, mais si M. Georges Bertier a estimé qu'il y avait encore quelque chose d'essentiel à dire à son sujet après les déclarations de M. Deslandres, ses - propres déclarations appellent, il me semble, quelques utiles remarques.
    M. Bertier s'est ému à la suite de la dernière lettre de M. Deslandres. Pourquoi? Parce qu'il y a vu la « révélation » que le Sillon se transforme désormais en parti politique, révélation d'autant plus grave que son auteur supposé a donné de l'esprit sillonniste une «remarquable synthèse ». Et le directeur de l'Ecole des Roches a exprimé en termes très rigoureux les craintes que lui inspire cette décision dont son article laisse supposer que M. Deslandres est un partisan.
    Je n'ai pas l'intention de suivre M. Bertier sur le fond du débat,. je pense avec M. Deslandres qu'il est préférable d'en réserver l'examen par les réunions sillonnistes,. mais il me paraît opportun de bien fixer - du moins de fixer comme je la comprends - la portée de la correspondance qui a provoqué son émotion et, à ce propos, l'état de la question au sein même du Sillon. Je crois que la cause que sert M. Bertier bénéficiera de ces explications.
    En premier lieu, je ne découvre point, pour ma part, dans la lettre de mon ami du Sillon de Dijon la « révélation » que la transformation de notre mouvement en parti politique soit chose faite, à cet égard, il n'y a rien ni d'officiel, ni d'officieux dans ce qu'il a écrit.
    Tout au contraire, M. Deslandres dit que la question est « pendante» et qu'il préfère « ne pas la jeter encore dans le domaine des 
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discussions publiques ». S'il s'abstient d'exprimer dans Demain les raisons de son opinion, c'est parce qu'il entend les formuler d'abord dans des réunions privées de sillonnistes. Donc le débat n'est pas clos,. à peine peut-on dire qu'il est ouvert.
    En second lieu, je ne vois pas que M. Deslandres se soit rangé dans le camp que combat M. Bertier, et c'est pourtant l'impression que donne la lettre de ce dernier.
Dans les déclarations de M. Deslandres, je n'ai rien trouvé qui autorise à lui prêter cette manière de voir. Ne laissent-elles pas plutôt soupçonner une orientation contraire La distinction si heureusement faite par lui entre le Sillon, agent direct d'action politique, et le Sillon propagateur de son esprit dans des groupes politiques existant par ailleurs entre le Sillon organisateur et le Sillon simplement inspirateur d'un parti politique, - ne jette-t-elle pas sur l'avis personnel de M. Deslandres une clarté suffisante pour calmer les craintes de ceux qui pensent comme M. Bertier ? Je n'ose insister, pour ne point manquer à la réserve que s'est si courageusement  imposée le correspondant de Dijon.
    M. Bertier se réjouira sans doute tout le premier de savoir que la question reste entière et que son opinion personnelle n'est point isolée. Mais sa lettre même ne donne-t-elle pas à penser qu'il est préférable d'ajourner de semblables discussions pour ces entretiens intimes, où des camarades unis par une amitié profonde, puisent dans ce sentiment l'inspiration qui, sans enlever aux arguments leur valeur intrinsèque, leur donne la forme la  plus persuasive et la plus conquérante?
    Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de .mes sentiments les plus distingués.
            Joseph BRUNHES.

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