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Un Collège
ouvrier en Angleterre: RUSKIN COLLEGE (1)
Dans les
cours de
l'aristocratique Université d'Oxford, on voit depuis quelques
années
des vestons et des chapeaux de feutre se mêler aux "caps and
gowns'
(2); ce sont ceux des étudiants de Ruskin College (3).
Ruskin
College est une
Université populaire qui a l'ambition de donner aux ouvriers
manuels de
l'Angleterre, non une instruction générale comme celle
qu'ils peuvent
trouver dans les nombreuses institutions d'enseignement ouvrier qui
existent déjà (4), mais une éducation purement
sociale et politique.
C'est
là quelque chose de très
nouveau; comme Ruskin College a prouvé, quoique fondé
depuis bien peu
d'années, que c'est une œuvre viable et pratiquement
organisée, j'ai
cru intéressant de l'étudier.
Ruskin
College a été fondé en
1899 par un Américain, M. Walter Vrooman. Le fondateur a fait
vivre le
Collège pendant trois ans, puis a dû cesser de s'en
occuper pour
raisons de santé. La pratique a montré quelles
modifications il fallait
apporter à l'œuvre primitive si l'on voulait qu'elle vive et
l'on peut
dire que l'on doit Ruskin College dans sa forme actuelle aux
idées et à
l'énergie persévérante des hommes qui,
après M. Vrooman, en ont assumé
la direction. Mais c'est sans conteste à son initiative hardie
qu'est
due une institution au sujet de laquelle les organisations
ouvrières
auraient été longues à se mettre d'accord,
étant donné que rien du même
genre n'avait encore été tenté. C'est aussi lui
qui a su découvrir et
choisir les hommes capables de surmonter les nombreuses
difficultés
auxquelles on devait forcément se heurter au début.
Quoi qu'il
en soit, voici, d'après les prospectus et les "tracts »,
quel était le but du collège :
"Ruskin
College a été créé en
vue de mettre une éducation digne d'un citoyen à la
portée de tout
homme ou femme. Jusqu'ici une connaissance méthodique des
problèmes de
notre vie et de notre génération constituait un luxe
inespéré, auquel
ne pouvait prétendre la grande majorité de nos ouvriers.
Et cependant
ces hommes sont nos concitoyens, nos électeurs, les auteurs de
nos
lois. Le travailleur dans l'usine, le commerçant dans la
boutique, le
journalier dans les champs tiennent entre leurs mains la
destinée du
pays. Useront-ils de leur pouvoir avec un jugement calme et sain ou
obéiront-ils à l'impulsivité des
préjugés de
l'ignorance! cela dépend de la somme de connaissances qu'ils
possèdent.
C'est pou; qu'ils puissent étudier scientifiquement les grands
problèmes sociaux et politiques que Ruskin Hall a
été créé. Aucun
effort rationnel ne peut être tenté pour améliorer
les conditions de la
vie si nous ne connaissons pas quelques-uns des faits recueillis par
l'expérience des hommes, quelques-unes des lois qui les ont
guidés dans
leurs progrès jusqu'à la civilisation contemporaine.
Notre but est
d'enseigner ces faits et ces lois d'une manière aussi simple que
complète. Nous nous efforcerons de créer chez chaque
étudiant le sens
des responsabilités. Il apprend de manière à ce
qu'il puisse élever
(raise) sa classe et non en sortir (rise out). -
Il s'agit,
est-il écrit
ailleurs, de permettre à la classe ouvrière de trouver en
elle-même les
intelligences nécessaires à sa direction. - Et. encore.
.« Renseignez
ceux de vos amis qui désirent ardemment développer leur
esprit par des
études sérieuses et se préparer à
faire leur devoir de
citoyens.
Le but de
l'enseignement de Ruskin College est donc très précis;
très limité.
L'ouvrier joue depuis ces
dernières années un rôle nouveau auquel il
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faut le préparer : il est
entré dans la politique pratique, c'est lui-même qui représente ses
camarades dans les graves municipalités, au Parlement, qui y
fait des
lois; il y a là un apprentissage à lui. faire faire; il
faut former sa
conscience d'électeur, le persuader de l'importance de ses
devoirs. Il
se constituera ainsi un état-major de la classe ouvrière
qui, une fois
retourné à l'usine ou à la mine avec des
connaissances nouvelles, des
espérances nouvelles, des sympathies nouvelles, des aspirations
nouvelles - , y répandra l'esprit de Ruskin College, et par une
lente
propagation, fera peu à peu l'éducation de la classe tout
entière
l'instruction ne doit plus servir seulement à faire avancer
quelques
individualités bien douées de quelques échelons
sur "l'educational
ladder" - , sur l'échelle sociale; elle doit profiter à
la masse:
pendant trop longtemps elle n'a été qu'un agent de
déclassement.
On voit
quel appel c'est faire à l'altruisme, à l'énergie
morale, à l'esprit civique de l'ouvrier; il a su y
répondre. .
Ce double
caractère
d'enseignement civique et d'effort altruiste qui frappe tellement
quiconque s'intéresse à Ruskin College ne saurait
être mieux illustré
que par l'histoire des premières années du
Collège. Il est curieux de
voir comment les étudiants surent faite servir des
difficultés de
ménage à leur éducation politique.
Le
fondateur avait décidé pour
des raisons d'économie, et aussi philosophiques, qu'on se
passerait de
domestiques. Le travail d'intérieur devait être fait par
les étudiants
eux-mêmes, certains d'entre eux se réservant le plus gros
et payant
leur pension de cette façon-là.
Or, en
février 899, quand
arrivèrent les premiers étudiants, le local
n'était pas encore meublé;
qu'on se représente la situation de vingt ouvriers,
âgés de vingt-cinq
à trente-cinq ans, sans expérience
ménagère, qui se trouvaient obligés
de faire marcher par leurs propres moyens une grosse maison, de
l'entretenir et de trouver encore du temps pour leur travail. Pendant
quelque temps ce fut l'anarchie.
Puis, au
bout de quelques
semaines, un petit nombre d'étudiants se décida à
organiser d'une façon
à peu près stable le travail intérieur et à
s'entendre sur un
règlement. Ils le soumirent à leurs camarades puis au
fondateur, et,
une fois adopté, il devint la « règle de
l'organisation domestique de
Ruskin College, plus connue sous le nom de « la Constitution - .
C'est, en effet, un
régime
parlementaire; l'assemblée générale des
étudiants se réunit tous les
lundis soir pour élire une délégation de trois
membres renouvelable par
tiers toutes les trois semaines; elle entend les explications et le
rapport de cette délégation et modifie la constitution,
s'il y a lieu.
La
délégation est l'exécutif
responsable, chargé de diriger tous les travaux, d'en
désigner les
titulaires et d'en fixer l'heure en respectant, toutefois, ...
(1) La plupart des
renseignements contenus dans cet article m'ont été
fournis par M.
Bertram Wilson, secrétaire de Ruskin College, avec une
amabilité
extrême, et aussi par M. A.-E. Zimmern, fellow of New College,
Oxford,
lecturer à Ruskin College. Je les prie de recevoir ici mes plus
vifs
remerciements. J'ai aussi emprunté quelques citations à
une conférence
donnée par M. J. Bardoux au Musée Social, le 15 janvier
1907 (Mus. Soc.
Docts, février 1907.)
(2) C'est la robe et le
bonnet
carré que les étudiants sont obligés de porter
pour aller aux cours ou
prendre part à une cérémonie académique
quelconque.
(3) Un « college
» anglais est un
établissement d'enseignement supérieur. Les
Universités d'Oxford et de
Cambridge sont formées de la réunion de plusieurs
collèges ayant leur
administration et leurs biens propres; mais Ruskin College ne fait pas
partie de l'université.
(4) Il faut signaler les écoles et
bibliothèques populaires fondées par les trade-unions et
les
coopératives, les cours d'adultes créés par les
County Councils, les
University Settlements, l'University Extension movement (qui,
d'ailleurs, n'a pas réussi à pénétrer dans
les milieux vraiment
ouvriers), les bourses Hughes et Neale, créées dans un
collège d'Oxford
(Oriel College), pour les fils de membres de sociétés
coopératives,
mais auxquelles on reproche d'être un agent de
déclassement. (En fait,
ces boursiers deviennent surtout professeurs ou clergymen.)
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L'EPISCOPAT
FRANÇAIS ET LA LOI DE SEPARATION
L'Eclair
Comtois vient de
publier une importante lettre adressée par Mgr Fulbert-Petit
à la
comtesse de Franqueville et dans laquelle l'archevêque de
Besançon
explique les décisions prises par la première
assemblée de l'épiscopat
Archevêché de Besançon, le 11
avril I907.
Non,
certes, l'on n'a aucun
motif d'accuser le Souverain Pontife d'avoir blessé la
vérité dans sa
seconde Encyclique. Ce qu'il y expose est absolument exact
Après la première Encyclique
condamnant la loi de Séparation et dans leur première
assemblée
plénière, les évêques de France furent
consultés non pas "sur la
légitimité de la loi", puisqu'elle était
condamnée, mais sur cette
double question
1° Les
évêques pensent-ils
qu'il fût possible "pratiquement » d'accepter les
associations
cultuelles, telles qu'elles sont déterminées par la loi
de Séparation,
sans porter atteinte à la divine constitution de l'Eglise,
à ses droits
et à sa hiérarchie?
Les
évêques, à la presque unanimité (fere ad
unum) et très librement, ont répondu Non.
2° Les
évêques pensent-ils
qu'il serait possible de constituer des associations qui, sans violer
la loi de Séparation, maintiendraient saufs les droits
essentiels de
l'Eglise, sa constitution et sa hiérarchie? La
majorité de l'assemblée
pensa que cela était possible et le dit très librement,
mais en
soumettant respectueusement son opinion au jugement du pape.
Celui-ci, après avoir
réfléchi et prié, usa du droit que lui donne son
suprême magistère.
Dans sa
seconde Encyclique, il
proclama, d'accord avec la presque unanimité de
l'épiscopat (fere ad
unum) qu'on ne pouvait instituer des associations cultuelles telles que
les prévoit la loi de Séparation sans violer la
constitution divine,
les lois et la hiérarchie de l'Eglise et qu'elles restent
définitivement condamnées.
Quant aux
associations
proposées par les évêques avec des statuts
établis par eux, le pape
jugea qu'il ne pouvait en autoriser l'essai, tant que ne lui serait pas
donnée la garantie certaine que, dans ces associations, la
constitution, les droits, - la hiérarchie et les biens de
l'Eglise
seraient en pleine sécurité. Cette garantie
certaine et légale,
l'épiscopat ne pouvait la lui donner. Les pouvoirs publics seuls
le
pouvaient faire. S'ils avaient donné cette certitude
légale, la
conciliation pouvait être tentée.
Ils ne
l'ont pas voulu.
De
même que les évêques avaient
fait connaître « librement" leur pensée, aussi
« librement, ils ont
adhéré à la décision du Souverain Pontife,
sans hésitation et sans
exception.
Telles ont
été très exactement la position et la solution de
la question.
L'Eglise
n'a jamais voulu la
guerre. Depuis 1905, le gouvernement n'a jamais voulu
sincèrement la
paix, puisqu'il n'a jamais voulu consentir une législation que
le dogme
et la conscience catholiques pussent accepter.
Voilà exclusivement pourquoi la
lutte religieuse existe en France, aussi préjudiciable à
l'Etat qu'à
l'Eglise et tout à fait en opposition avec le véritable
intérêt social.
Je crois,
Madame la Comtesse,
avoir répondu à votre question, et je n'ai aucun motif de
ne point vous
autoriser a user de cette loyale réponse, absolument exempte de
passion
et de parti pris.
FULBERT, Archevêque de Besançon.
Nous pouvons, à cette
lettre, ajouter quelques précisions, désormais acquises
à l'histoire. Les voici:
A la
première question « Approuvez-vous les associations
cultuelles telles qu'elles ont été réglées
par la loi de 1905 ?
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Soixante-douze
évêques
répondirent non. Deux répondirent oui (sur
soixante-quatorze présents).
A la seconde question « Pensez-vous qu'il y aurait lieu de
chercher un
accommodement avec la loi et de créer des associations qui
soient
légales, tout en respectant les droits de la hiérarchie ?
Quarante-huit évêques répondirent oui. Vingt-six
répondirent non.
,
Après ce second vote, on
examina en détail les statuts élaborés par
l'archevêque de Besançon.
Lorsque ce travail fut achevé, le résultat en fut soumis
à
l'approbation de l'assemblée
Cinquante-six évêques l'approuvèrent. Dix-huit le
repoussèrent.
Tels sont
les faits sur
lesquels certains évêques de la minorité
cherchaient à créer des
confusions, au cours de leurs entrevues avec Mgr Montagnini, confusions
que la Croix s'efforçait récemment encore, contre toute
évidence, à
perpétuer.
LE
"RINNOVAMENTO"
Voici la réponse
qu'ont adressée au
cardinal Ferrari les directeurs du Rinnovamento et qu'ils publient dans
leur dernier numéro :
" Milan, 15 via Bigli, 13
mai 1907.
Ayant eu
communication, dans la
soirée du 10 mai 1907, par l'intermédiaire de l'Em.
cardinal Ferrari,
archevêque de Milan, de la lettre du cardinal André
Steinhuber, préfet
de la Sacrée Congrégation de 1'Index,
publiée dans l'Osservatore
Romano du 3 mai:
Nous
soussignés, directeurs de
la revue mensuelle il Rinnovamento, renouvelant l'expression de notre
entier respect, comme catholiques, pour l'autorité
ecclésiastique,
exprimons notre douleur profonde de voir attribuées à
notre œuvre des
intentions qui nous furent toujours étrangères et qui
sont en
contradiction avec notre amour sincère de l'Eglise et repoussons
de la
manière la plus explicite la prétention de nous attribuer
dans l'Eglise
la fonction de docteurs.
Mais nous
ne croyons pas devoir
cesser notre publication, parce que cet acte impliquerait de notre part
la reconnaissance du droit de .la Congrégation de l'Index
à imposer
aux laïcs l'abandon de leurs études
religieuses, politiques et
sociales, qui doivent être et paraître
indépendantes, afin de ne pas
justifier cette assertion que seulement hors de l'Eglise peut se
rencontrer, avec la liberté des méthodes et le calme de
la recherche,
une sereine et sévère activité intellectuelle.
Nous
sommes les premiers à
reconnaître les difficultés, et les insuffisances de notre
œuvre; c'est
pourquoi nous attendons les objections et nous acceptons les
critiques, soit du point de vue scientifique, faites au nom
d'une,
recherche plus large et plus sûre, soit du point de vue
religieux, au
nom d'une vie spirituelle plus élevée, soit du point de
vue catholique,
au nom d'une expression plus autorisée de la
vérité chrétienne. Mais
nous ne pourrons pas renoncer à penser et à exprimer
notre pensée; nous
ne pourrons surtout pas interrompre notre travail à son
début avant
d'avoir pu fournir à l'autorité elle-même et au
public les éléments
suffisants pour nous juger, nous; et notre œuvre, avec justice.
Cette
attitude, qui nous fait
revendiquer pour nous et; pour les autres, sans orgueil mais aussi sans
faiblesse, le droit de penser et d'étudier avec plus de
confiance dans
l'Eglise catholique, pourra peiner peut-être quelques consciences
timides et fournir des armes à nos adversaires. Mais nous nous
sentons
disposés à voir incompris un acte loyal dont nous avons
médité
longuement et sans aucune préoccupation, personnelle toutes les
conséquences possibles, et qui montre que la charité qui
ordonne
d'obéir, peut aussi imposer une humble mais ferme
résistance à des
mesures dont nous ne saurions justifier l'acceptation, ni devant notre
conscience, ni devant celle des autres.
Nous
prions Dieu que dans cet
acte puis. se manifester le très vif amour que nous portons
à l'Eglise
catholique, de laquelle nous ne voudrons ni ne pourrons jamais nous
séparer.
Aiace-Antonio ALFIERI. Alessandro CASATI.
F .-Tommaso
GALLARATI-SCOTTI.
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Page 7
LE
QUATRIEME EVANGILE
Voici le
texte
du décret de la Commission biblique relatif à
l'authenticité du quatrième Evangile
Première
question. - Si, abstraction faite de l'argument théologique,
l'apôtre Jean, et non un autre, est démontré devoir
être reconnu comme l'auteur du quatrième Evangile, - et
ce, par un argument historique si solide que les raisons que les
critiques apportent à l'encontre n'infirment en rien cette
tradition laquelle existe, constante, universelle et solennelle dans
l'Eglise dès le courant du IIè siècle, ainsi qu'il
ressort surtout
a) Des
témoignages et allusions des saints Pères, des
écrivains ecclésiastiques et même aussi des
hérétiques, témoignages et allusions qui,
dérivant nécessairement des disciples ou des premiers
successeurs des Apôtres, se rattachent par un nœud
obligatoire à l'origine même du Livre;
b) Du fait
que
le nom de l'auteur du quatrième Evangile a été
reçu toujours et partout dans le Canon et les Catalogues des
Livres sacrés;
c) Des
plus
anciens exemplaires manuscrits des mêmes Livres et de leurs
versions en langues diverses.
d) De
l'usage
liturgique public régnant, par suite, dans toute la terre,
depuis les origines de l'Eglise.
Réponse.
- Oui.
Deuxième
question. - Si, les arguments intrinsèques, eux aussi,
tirés du quatrième Evangile considéré
séparément, ainsi que du témoignage de
l'écrivain et de la parenté manifeste de l'Evangile
lui-même avec la première Epître de l'apôtre
Jean doivent être jugés comme confirmant la tradition qui
attribue indubitablement le quatrième Evangile à ce
même apôtre?
Et si les
difficultés qui sont tirées du rapprochement de ce
même Evangile avec les trois autres, en tenant compte de la
diversité de l'époque, du but et des auditeurs pour
lesquels ou contre lesquels l'auteur a écrit peuvent être
résolues raisonnablement, comme les saints
Pères et les
exégètes catholiques l'ont établi à
diverses reprises.
Réponse. - Oui, sur
les deux
points.
Troisième question. -
Si,
nonobstant la pratique constante établie, dès les
premiers temps, dans l'Eglise universelle, d'arguer du quatrième
Evangile comme d'un document proprement historique, mais, en raison
du caractère
particulier de
cet Evangile et de l'intention manifeste de l'auteur de prouver et de
défendre la divinité de Jésus-Christ
d'après les actes mêmes et les discours du Seigneur, on
peut dire que les faits rapportés dans le quatrième
Evangile ont été inventés, en tout ou
en partie, en manière
d'allégories ou de symboles doctrinaux, et que les discours
attribués au Seigneur ne sont pas proprement et
véritablement ceux du Seigneur, mais de simples compositions
théologiques d'écrivain quoiqu'ils soient mis
dans la bouche du Seigneur?
Réponse.
- Non.
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Et le 29 mai de l'an 1907,
dans l'audience gracieusement accordée aux deux
révérendissimes consulteurs secrétaires, Sa
Sainteté a ratifié les susdites réponses et leur a
donné force de droit.
Fulcran VIGOUROUX, prêtre de
Saint-Sulpice;
Laurent JANSSENS, de l'Ordre de Saint-Benoît...
Consulteurs
secrétaires.
LETTRES
A L'ÉDITEUR
Les Evangiles et la Critique
Toulouse, le 2 juin 1907.
Monsieur
le
Directeur,
M..
Georges
Sorel, dont Demain expose les vues sur la critique des Evangiles dans
son dernier numéro (11 mai), aura lu bien distraitement les
travaux du R. P. Lagrange et les miens, s'il croit que la conclusion
qu'il énonce, - à savoir qu'on ne pourrait extraire des
documents du Nouveau
Testament
« une biographie" quelque peu vraisemblable du fondateur du
christianisme, est la conclusion qui se dégage de nos travaux. .
Le R. P.
Lagrange répondra, j'espère, à cette assertion. En
attendant, il suffit de lire dans la Revue biblique ses articles sur
les questions évangéliques et notamment sa magistrale
critique de l'Evangile et l'Eglise (avril 1903), pour s'assurer que M.
Sorel a parlé fort
inconsciemment.
En ce qui
me
concerne, il faut que M. Sorel n'ait pas pris garde à mes
Six leçons sur les Evangiles ou à mon livre sur
l'Enseignement de Jésus, pour n'avoir pas
soupçonné que tout ce que j'ai écrit sur ces
matières était l'antithèse de sa conclusion
à lui.
Aussi
bien, la
légèreté avec laquelle M. Sorel esquisse ce que
Demain appelle une solution « neuve et originale" de la
question synoptique (solution qui n'arrêtera pas un instant
quiconque connaît les données scientifiques du
problème et l'état actuel de la question); pareillement,
la légèreté avec laquelle il avance que le
quatrième évangile « dépend
étroitement du mouvement montaniste", (lequel lui est de
soixante ans postérieur), sont deux indices
révélateurs de sa méthode.
Elle est
fabuleuse.
Laissez-moi
cependant ajouter que c'est le signe d'une étrange confusion
dans les idées que M. Sorel ait cru des critiques
ecclésiastiques capables de penser qu'une biographie de
Notre-Seigneur ne pouvait être extraite du Nouveau Testament.
J'ai à peine besoin de souligner l'énormité
doctrinale et critique de cette assertion.
Agréez,
Monsieur le Directeur, mes sentiments très distingués.
Pierre
BATIFFOL,
Recteur de l'Institut catholique de Toulouse.
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Page 9
Le
«Sillon" et la Politique
Dijon, le 10
juin 1907.
Monsieur
le
Directeur,
Excusez-moi et
que vos lecteurs m'excusent de parler à mon tour du Sillon, mais
si M. Georges Bertier a estimé qu'il y avait encore quelque
chose d'essentiel à dire à son sujet après les
déclarations de M. Deslandres, ses - propres déclarations
appellent, il me semble, quelques utiles remarques.
M. Bertier
s'est
ému à la suite de la dernière lettre de M.
Deslandres. Pourquoi? Parce qu'il y a vu la «
révélation » que le Sillon se transforme
désormais en parti politique, révélation d'autant
plus grave que son auteur supposé a donné de l'esprit
sillonniste une «remarquable synthèse ». Et le
directeur de l'Ecole des Roches a exprimé en termes très
rigoureux les craintes que lui inspire cette décision dont son
article laisse supposer que M. Deslandres est un partisan.
Je n'ai
pas
l'intention de suivre M. Bertier sur le fond du débat,. je pense
avec M. Deslandres qu'il est préférable d'en
réserver l'examen par les réunions sillonnistes,. mais il
me paraît opportun de bien fixer - du moins de fixer comme je la
comprends - la portée de la correspondance qui a provoqué
son émotion et, à ce propos, l'état de la question
au sein même du Sillon. Je crois que la cause que sert M. Bertier
bénéficiera de ces explications.
En premier
lieu,
je ne découvre point, pour ma part, dans la lettre de mon ami du
Sillon de Dijon la « révélation » que la
transformation de notre mouvement en parti politique soit chose faite,
à cet égard, il n'y a rien ni d'officiel, ni d'officieux
dans ce qu'il a écrit.
Tout au
contraire, M. Deslandres dit que la question est «
pendante» et qu'il préfère « ne pas la jeter
encore dans le domaine des
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discussions publiques ». S'il
s'abstient d'exprimer dans Demain les raisons de son opinion, c'est
parce qu'il entend les formuler d'abord dans des réunions
privées de sillonnistes. Donc le débat n'est pas clos,.
à peine peut-on dire qu'il est ouvert.
En second
lieu,
je ne vois pas que M. Deslandres se soit rangé dans le camp que
combat M. Bertier, et c'est pourtant l'impression que donne la lettre
de ce dernier.
Dans les déclarations
de M.
Deslandres, je n'ai rien trouvé qui autorise à lui
prêter cette manière de voir. Ne laissent-elles pas
plutôt soupçonner une orientation contraire La distinction
si heureusement faite par lui entre le Sillon, agent direct d'action
politique, et le Sillon propagateur de son esprit dans des groupes
politiques existant par ailleurs entre le Sillon organisateur et le
Sillon simplement inspirateur d'un parti politique, - ne jette-t-elle
pas sur l'avis personnel de M. Deslandres une clarté suffisante
pour calmer les craintes de ceux qui pensent comme M. Bertier ? Je
n'ose insister, pour ne point manquer à la réserve que
s'est si courageusement imposée le correspondant de Dijon.
M. Bertier
se
réjouira sans doute tout le premier de savoir que la question
reste entière et que son opinion personnelle n'est point
isolée. Mais sa lettre même ne donne-t-elle pas à
penser qu'il est préférable d'ajourner de semblables
discussions pour ces entretiens intimes, où des camarades unis
par une amitié profonde, puisent dans ce sentiment l'inspiration
qui, sans enlever aux arguments leur valeur intrinsèque, leur
donne la forme la plus persuasive et la plus conquérante?
Veuillez
agréer,
Monsieur
le Directeur, l'expression de .mes sentiments les plus
distingués.
Joseph BRUNHES.
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